Archives annuelles : 2018

Rétrospective 2018 : les tops de l’année

Quel est le palmarès du top 10 des articles les plus lus au fil de l’année 2018 ?

N°10 : Consultations citoyennes européennes : quelle communication pour libérer la parole sur l’Europe ?

Thématique largement discutée au cours de l’année écoulée, les consultations citoyennes européennes entrent parmi les articles plus consultés avec cette question : comment parvenir à libérer la parole sur l’Europe largement mise sous le boisseau depuis l’échec du projet de Constitution pour l’Europe ?

Incarnation : une représentation incarnée des enjeux de l’Europe via des ambassadeurs européens car pour libérer la parole des Européens, il faut pouvoir porter les arguments et les visions de l’Europe, faire la pédagogie des projets. En somme, il faut créer un désir d’avenir qui soit porté dans la société et les médias.

Labellisation : une discussion organisée via des événements labélisés car pour libérer la parole de la majorité silencieuse, il s’agit d’assurer une présence sur le terrain aussi large que possible pour faire en sorte que se rencontrent les sachants et les non-sachants.

Démultiplication : une réappropriation massive via une plateforme numérique et les réseaux sociaux – le relais et l’amplification en ligne doit permettre d’assurer une démultiplication au service de la diffusion et de la réappropriation massive du très grand public.

Au total, les défis pour libérer la parole et canaliser ses formes d’expression sont nombreux. Les fondamentaux d’une communication reposent sur une réelle incarnation, des événements populaires et une réapparition massive de la part des citoyens.

 

N°9 : Analyse sémantique des discours d’Emmanuel Macron, l’Européen

Quoique beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, les discours sur l’Europe du président de la République entre Athènes, La Sorbonne, Strasbourg et Aix-la-Chapelle ont fait l’objet d’une analyse sémantique poussée :

Présenté par France Culture comme le « discours lyrique à la résonance démocratique », l’analyse sémantique du discours à la Pnyx, Athènes le jeudi 7 septembre 2017 montre que le thème de la « souveraineté » est abondamment abordé.

Présenté par France Culture comme le « discours aux promesses substantielles », l’analyse sémantique du discours à la Sorbonne, Paris le mardi 26 septembre 2017 place l’ambition d’une politique européenne au cœur d’un propos ancré dans une dimension plus immédiate dans le présent avec des sujets plus concrets.

Présenté par France Culture comme le « discours aux propositions visionnaires », l’analyse sémantique du discours au Parlement européen, à Strasbourg, le mardi 17 avril 2018 le positionne comme la synthèse entre souveraineté et démocratie européennes dans une dialectique entre grands principes et réalités.

Présenté par France Culture comme le « discours de la concrétisation » puisque prononcé à l’occasion de la remise du Prix Charlemagne, l’analyse sémantique du discours à Aix-la-Chapelle, le jeudi 10 mai 2018 distingue clairement le choix du franco-allemand.

Au total, l’enchaînement des discours présidentiels sur l’Europe, sous l’angle de l’analyse sémantique, montre un cheminement intellectuel d’une vision très conceptuelle autour de la souveraineté européenne d’une Europe idéelle sinon idéale à un discours plus équilibré entre le souhaitable et le possible, rationnel, raisonné, sinon raisonnable sur l’Europe. Une image pour illustrer ce cheminement : l’entrée progressive d’une fusée dans l’atmosphère.

 

N°8 : EuroPCom 2018 : la communication européenne en vue des élections européennes 

Au cœur de l’été, la présentation du programme de la 9ème édition d’EuroPCom : « Faire campagne pour l’Europe » afin que les élections européennes représentent un moment de vérité envisageant toutes les facettes stratégiques et opérationnelles de la communication européenne pour faire campagne pour l’Europe.

 

N°7 : Pourquoi la communication institutionnelle européenne est en train de s’éteindre ?

L’analyse stratégique d’une communication institutionnelle des institutions européennes, celle qui s’intéresse aux valeurs et au projet global, en voie de disparaître se hisse parmi les articles les plus lus. Tant mieux, car le sujet sera encore au cœur de l’année qui vient, parce que :

La communication « corporate » de la Commission européenne est phagocytée par les politiques : la chute de la maison Juncker devra être l’occasion de réinterroger les choix initiaux et les dérives constatées pour corriger une communication devenue trop verrouillée et top-down, car seule une communication véritablement construite avec et pour les publics parviendra à convaincre.

La communication institutionnelle du Parlement européen est aspirée par les élections : le Bureau politique a engagé l’institution sur la voie d’une communication plus partisane et pro-intégrationniste à l’occasion des prochaines élections européennes alors que la communication institutionnelle du Parlement européen serait indispensable pour parvenir à la fois à simplifier certains messages qui sont trop complexifiés, sur les actions et bienfaits de l’UE tout en parvenant à complexifier certains messages qui sont très simplifiés, en particulier sur les acteurs qui bloquent ou facilitent les dossiers européens.

Au total, il semble que les institutions européennes semblent faire le deuil de leur communication institutionnelle, sans doute convaincue à force d’avoir entendu qu’aucune institution n’était bonne pour parler au grand public. Mais, il est somme toute paradoxal de se laisser convaincre de guerre lasse par une idée reçue qui tourne en boucle. La communication institutionnelle européenne, la vraie, non dépossédée par la politique, mérite mieux ; et vite.

 

N°6 : Comment développer la participation citoyenne avec l’Union européenne ?

En amont du lancement des Consultations citoyennes européennes, ce billet s’interroge sur comment intégrer la participation citoyenne tout au long du cycle d’élaboration des politiques publiques en dépassant le seul « moment de la consultation » ?

Faire mieux et plus : la participation comme projet de transformation parce qu’améliorer la participation aux décisions de l’UE ne consiste pas à seulement à ouvrir de nouveaux canaux, ne repose pas uniquement sur une sorte de « réseau des réseaux » piloté depuis Bruxelles, ne se limite pas à une sorte de promotion pour faire connaître les opportunités.

Avant le commencement et après la fin : la participation comme stratégie de gouvernance parce qu’encourager la participation des citoyens à la formulation de stratégies, de priorités et de politiques publiques se pense et s’organise.

Faire des progrès dans la participation citoyenne implique de développer des cultures organisationnelles d’engagement et d’ouverture, de construire des réseaux qui créent des voies plus larges pour les citoyens, et de mettre en place des structures politiques et des processus qui impliquent l’engagement du public avant le début et après la fin du moment de la consultation.

 

N°5 : Consultations citoyennes européennes : comment se fabrique une opinion publique européenne ?

Alors que les consultations citoyennes européennes sont juste annoncées, l’enjeu de la fabrique d’une opinion publique européenne pour comprendre comment fonctionne le recours aux citoyens pour forger une opinion publique est un papier d’analyse traçant quelques perspectives :

  • L’opinion publique européenne occupe une dimension centrale dans le processus d’intégration et de légitimation européenne depuis les origines
  • Les instruments choisis dans la fabrique de l’opinion publique européenne contribuent imparfaitement à la capacité de gouvernement de l’UE
  • L’expérience du Dialogue National pour l’Europe : malgré sa qualité, n’a pas réussi à mobiliser suffisamment les citoyens

Au total, la fabrique une opinion publique européenne, sans toutefois parvenir à mobiliser massivement les citoyens achoppe surtout lorsqu’il s’agit de restituer et d’exploiter les résultats. Tant que les priorités de l’UE en termes de politiques publiques ne seront pas liées à l’évolution de préférences des citoyens, qu’il n’y aura ni réactivité démocratique (accountability) ni effets retours (policy-feedbacks), le statut de relation entre opinion publique et politiques publiques européennes restera « compliqué ».

 

N°4 : Initiatives citoyennes européennes : bilan chiffré des résultats et de la visibilité médiatique

Le bilan consolidé des résultats et de la visibilité médiatique des initiatives citoyennes européennes réalisé par le think tank Bertelmann Stiftung donne des indications précieuses, notamment :

  • Bilan chiffré des initiatives citoyennes européennes : huit millions de signataires, zéro impact législatif
  • Visibilité médiatique des initiatives citoyennes européennes : 500 mentions, 500 fois moins que la Commission européenne

 

N°3 : Budget de la DG COMM en 2018 : quel est le programme de travail pour la communication ?

La traditionnelle présentation du budget annuel de la DG Communication de la Commission européenne intéresse quoique la principale observation soit un budget de continuité plutôt que de rupture, avec une baisse des dépenses web (une rupture inédite) et une hausse de la communication décentralisée (une continuité historique).

 

N°2 : Quelles sont les idées des jeunes pour l’avenir de l’Europe ?

Le débrief de la consultation « New Narrative for Europe » pour débattre de l’avenir de l’Europe auprès des jeunes et recueillir leurs idées et priorités pour l’UE a particulièrement intéressé, sans doute en raison de la présentation synthétique :

  • D’une communication d’engagement autour d’une multitude d’activités par le biais de dispositifs créatifs
  • D’un livrable de 12 recommandations d’actions pour l’Europe
  • D’un sondage Eurobaromètre pour tester et confirmer les idées des jeunes Européens

Principal enseignement : seules la créativité et la diversité des actions de communication permettent de générer de l’engagement et seules des recommandations à la fois concrètes et représentatives peuvent parvenir à vraiment contribuer à la transformation du futur de l’Europe.

 

N°1 : Quels sont les enjeux des prochaines élections européennes ?

Publié un an avant le scrutin, l’article introduit trois enjeux :

1/ « La pédagogie de la douleur » : l’enjeu de l’« europocalypse » ou la question de la survie de la construction européenne et la crainte d’un big bang politique européen.

2/ « To be Spitzenkandidaten, or not to be » : l’enjeu du leadership entre maintien de la procédure des Spitzenkandidaten et respect à la lettre du traité de Lisbonne.

3/ Le respect des principes : l’enjeu de la confiance – une question de respect des principes comme la vie privée sur les réseaux sociaux et la traditionnelle neutralité non partisane de la communication institutionnelle.

En somme, la campagne des prochaines élections européennes s’annonce donc comme inédite tant par son importance pour l’avenir du projet européen que par ses modalités en termes de communication.

 

Très bonnes fêtes de fin d’année !

Des opinions publiques divisées sur l’UE en Europe de l’Ouest

Une vaste enquête paneuropéenne du Pew Research Centre dans les huit plus grands pays d’Europe de l’Ouest confirme qu’une majorité affirme que l’adhésion à l’Union européenne a été une bonne chose pour l’économie de leur pays ; mais en même temps, des majorités affirment que certaines compétences de l’UE devraient être rendues aux gouvernements nationaux. La campagne pour les élections européenne ne fait que commencer…

Côté pile : une majorité des Européens de l’Ouest disent que l’adhésion à l’UE a des avantages économiques

Ouf, des majorités dans tous les pays sauf en Italie indiquent que l’adhésion à l’UE a profité économiquement à leur pays. Ce sentiment est le plus répandu au Danemark, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Espagne, où environ sept sur dix ou plus voient l’adhésion à l’UE comme une bonne chose. Les Italiens sont divisés sur la façon dont l’adhésion à l’UE a affecté leur pays : 46% bonne, 48% mauvaise et 32% affirment que l’appartenance à l’UE nuit à l’économie italienne.

Dans tous les pays étudiés, le poids du populisme pèse sur les consciences politiques : les personnes qui ont des opinions populistes sont moins susceptibles de dire que l’adhésion à l’UE a eu un impact positif sur l’économie de leur pays. Dans la moitié des pays, les populistes de gauche et les populistes de droite ressentent la même chose à propos de l’UE, ce qui peut laisser craindre des coalitions électorales entre partis populistes de bord différent, et a fortiori au sein du futur hémicycle du Parlement européen.

Dans la plupart des pays – France, Italie, Royaume-Uni, Pays-Bas et Allemagne – les personnes de gauche sont plus susceptibles que celles de droite de considérer l’adhésion à l’UE comme une bonne chose pour l’économie. En Espagne, cependant, la tendance gauche-droite est inversée : le groupe du droite est légèrement plus susceptible que le courant de gauche de considérer l’adhésion à l’UE comme un résultat positif.

Côté face : la plupart des Européens de l’Ouest veulent que certains pouvoirs de l’UE soient rendus aux gouvernements nationaux

Dans tous les pays, des majorités disent vouloir que certains pouvoirs de l’UE soient rendus aux gouvernements nationaux. Même au Danemark et aux Pays-Bas, environ deux tiers déclarent que certaines compétences de l’UE devraient être restituées.

Le désir de rendre les pouvoirs de l’UE aux pays est le plus répandu au Royaume-Uni, où le gouvernement national négocie actuellement une sortie de l’UE (of course). Mais, une majorité d’Allemands ou d’Espagnols (53% et 49% respectivement) sont encore enclins à favoriser ce type de changement.

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Les personnes qui ont des opinions populistes sont plus susceptibles que celles du courant dominant de vouloir plus de souveraineté nationale dans sept des huit pays étudiés. Par exemple, en France, 68% des populistes de gauche soutiennent le retour des pouvoirs de l’UE aux gouvernements nationaux, contre 54% de la gauche mainstream ; à droite, 76% des populistes de droite disent la même chose, contre 61% de la droite ordinaire. La seule exception à cette tendance est le Royaume-Uni, où les populistes et les principaux répondants sont largement d’accord sur cette question.

L’idéologie joue également un rôle dans la façon dont les gens perçoivent la division des pouvoirs entre l’UE et les gouvernements nationaux.

Dans cinq des huit pays, les partisans de la droite idéologique sont beaucoup plus susceptibles que ceux de gauche de penser que les pouvoirs devraient être rendus aux gouvernements nationaux. Les trois pays où ceux de droite ne sont pas plus susceptibles que ceux de gauche de soutenir le retour des pouvoirs aux gouvernements nationaux sont la France, l’Espagne et la Suède.

En bref, l’état des opinions publiques en Europe de l’Ouest à un an des élections européennes est potentiellement explosif si ces majorités d’idées qui souhaitent rétrocéder des pouvoirs confiés à l’UE se retrouvent dans les urnes.

Bilan critique des dialogues citoyens de la Commission européenne

Le rapport d’avancement sur les dialogues citoyens organisés par la Commission européenne fournit l’occasion d’un retour sur cet instrument destiné aux citoyens pour s’impliquer dans l’élaboration des politiques de l’UE. Que faut-il en retenir ?

Plus de 1 200 événements regroupant 160 000 participants depuis 2015

La Commission européenne développe une argumentation en 4 temps pour défendre le bilan des dialogues citoyens, commencés lors de l’Année européennes des citoyens en 2013 et intensifiés depuis 2015 :

  • Un outil essentiel pour faire entendre de nouvelles voix et amener de nouvelles idées dans le débat sur l’avenir de l’Union ;
  • Un engagement conjoint à l’égard de l’Europe des responsables politiques européens et nationaux pour « unir nos forces lorsqu’il s’agit de communiquer sur les avantages que présente l’Europe pour tout un chacun » ;
  • Une innovation continue des dialogues citoyens, via notamment des manifestations transfrontières multilingues avec des citoyens de deux ou trois États membres et des dialogues en ligne via Facebook live ;
  • Une incidence déjà visible dans ses travaux, selon la Commission, qui signale que ses propositions pour la prochaine programmation budgétaire reflètent les priorités et les ambitions exprimées par les citoyens.

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A titre de comparaison pour 2018, la Commission européenne annonce 818 événements ayant réunis 73 000 personnes tandis que le gouvernement français décomptent plus de 70 000 participants en France aux 1082 consultations citoyennes européennes organisés partout sur le territoire.

Une approche faible de démocratie participative directe européenne mise en place par l’élite politique de l’UE

Selon Sophia Russack dans « Direct participatory democracy at EU level? », les instruments descendants, tels que les dialogues citoyens sont « généralement plus faibles » et ne permettent pas aux citoyens d’influencer beaucoup le processus décisionnel de l’UE :

  • Les dialogues citoyens visent davantage la transparence que la participation des citoyens « ordinaires ».
  • Les dialogues citoyens, très « top-down » suggèrent que pour la Commission il est moins important de permettre aux citoyens d’indiquer leurs propres préférences en matière de politique que d’améliorer les processus décisionnels existants afin de lui offrir les instruments qui justifient ses propres décisions politiques avec davantage de transparence dans l’élaboration des politiques.
  • Les dialogues citoyens percent partiellement la brèche du modus operandi technocratique de la Commission ou l’expertise l’emporte sur l’opinion, i.e. le jugement d’une élite technocratique plutôt que le jugement politique impliquant des citoyens.
  • Les dialogues citoyens sont trop à la discrétion de l’élite politique pour permettre une véritable contribution, Les citoyens ne pouvant pas contester le processus décisionnel des politiciens, leur contribution se limitant presque entièrement à la phase de consultation du processus décisionnel.

Au total, les dialogues citoyens montre que la Commission européenne est consciente de la distance qui la sépare en tant qu’institution des citoyens et fait actuellement preuve d’une volonté accrue de tendre la main et de combler ce fossé. Néanmoins, la valeur qu’elle accorde à l’opinion des citoyens est encore trop faible.

Ainsi, la faible implication des citoyens dans les dialogues de la Commission européenne, autant que les entraves liées à une forme faible d’implication dans le processus décisionnel, limite le potentiel de la démocratie avec le peuple.

 

Pour une réappropriation des citoyens de leur Union : les recommandations des consultations citoyennes européennes en France pour la communication européenne

Enjeu essentiel selon les citoyens consultés partout en France, la communication doit résorber le « problème fondamental de désappropriation des citoyens de leur Union » – selon le rapport des Consultations citoyennes européennes en France – afin à la fois de mettre en valeur les avancées permises par l’UE et son fonctionnement institutionnel ; éduquer les différents publics, leur faire prendre conscience de l’intérêt qu’il y a à être Européen ; et penser des médias intégrés. Vaste programme !

Diagnostic : la communication de l’Union européenne est un enjeu majeur

Le constat d’un déficit communicationnel de l’UE est largement partagé : les citoyens tiennent l’UE pour responsable de sa mauvaise perception, liée à l’absence de pédagogie, à la mauvaise communication et à la faible médiatisation. Les citoyens ne perçoivent pas l’Europe dans leur quotidien.

La survie de l’UE passera par une meilleure compréhension de l’Europe et de son fonctionnement. Les citoyens expriment une forte demande d’information et de communication, plus développées et de meilleure qualité pour répondre à leurs préoccupations et interrogations.

Comment mettre en valeur les actions concrètes de l’Union européenne?

C’est en comprenant ce que l’UE leur apporte que les citoyens s’intéresseront à elle.

Or, par manque d’information, les citoyens ne peuvent pas apprécier les mesures concrètes prises par l’UE. Donc, son action doit être rendue plus visible dans le quotidien des citoyens afin de « faire entrer l’UE dans les foyers ».

D’une part, les citoyens souhaitent mieux comprendre ce que l’UE finance concrètement et surtout au niveau local ; voir en faisant apparaître sur l’avis d’imposition la part consacrée à l’Europe.

D’autre part, les citoyens veulent connaître les avancées importantes permises par l’UE pour en percevoir les bénéfices dans leur vie quotidienne, avec des chiffres clairs et simples des résultats obtenus par les grandes politiques de l’UE, voir même cartographier les enjeux et les réponses apportées par l’Europe.

Comment améliorer la communication sur le fonctionnement des institutions européennes ?

Seule une communication claire et compréhensible sur le rôle et le fonctionnement des institutions de l’UE permettra aux citoyens de mieux appréhender l’UE, afin de réduire le désintérêt et le scepticisme et de favoriser de l’intérêt sinon de l’adhésion.

La plupart des actions suggérées par les citoyens (sessions de formation, simulations des séances du Parlement européen ou du Conseil européen…), déjà existantes, devraient être élargies, à l’instar de l’idée de désigner des référents Europe dans chaque Conseil municipal ou régional.

Avec les prochaines élections européennes dans toutes les têtes, le souhait des citoyens d’une communication des euro-députés au plus proche de leur territoire est très largement partagé – à rebours du nouveau mode de scrutin de liste dans une circonscription nationale.

Comment assurer une communication efficace et atteignant toute la population européenne ?

Entre une UE désincarnée et une méconnaissance des personnalités politiques européennes, les citoyens ne se sentent pas concernés, ni par les institutions, ni par les élections européennes.

Seule une incarnation plus forte favorisera l’appropriation de l’UE par les citoyens, quelles que soient les pistes esquissées :

  • Instaurer une représentation de l’UE en région, qu’il s’agisse d’une institution ou de fonction ;
  • Créer des postes d’« ambassadeurs de l’Europe » auprès des citoyens ;
  • Engager des personnalités dans la promotion du projet européen pour donner un visage fédérateur à l’Europe.

S’appuyer sur les partis politiques européens, avec leurs programmes de gouvernement proposés lors des élections européennes et les associations au contact des citoyens pour parler d’Europe, dans la rue, au quotidien afin d’intéresser les citoyens.

Simplifier le discours européen – perçu comme trop complexe et empêchant de s’impliquer véritablement dans les débats européens – afin de rendre l’Europe plus attirante, plus positive, plus humaine : éviter le langage des règles, au profit du langage des gens, plus simple, plus direct et traduit dans toutes les langues européennes au-delà de l’anglais.

Assurer à l’échelle locale de l’Europe concrète – au-delà de l’Europe institutionnelle – facilitera une pédagogie par l’exemple, partant des expériences européennes vécues des citoyens, via notamment des guichets uniques d’information sur l’Europe dans les mairies, des Maisons de l’Europe dans les préfectures et des rubriques Europe dans les journaux régionaux et municipaux.

Développer la communication à destination des jeunes pour leur parler d’Europe est également plébiscité via par exemples des jeux vidéo européens, des youtubeurs et davantage de réseaux sociaux.

Quelle part les médias doivent-ils prendre dans la communication sur l’Europe ?

Le rôle des médias est globalement perçu comme primordial dans l’image de l’Europe ; les citoyens ont le sentiment de ne pas « pouvoir compter » sur les médias pour s’informer sur l’UE – traitée de façon marginale, avec un biais négatif et un profond désintérêt. Une forte attente vis-à-vis des médias se dessine pour une information plus complète, plus précise, plus lisible, plus active et plus qualitative.

Pour améliorer la qualité de l’information sur l’UE, les actions à entreprendre sont multiples :

  • Susciter l’intérêt des médias en créant du buzz et en organisant des sessions de formation spécialisées pour les journalistes et les étudiants en journalisme ;
  • Adopter une réglementation européenne imposant un cadrage moins national et plus européen des campagnes électorales pour les élections européennes ;
  • Lutter contre les fausses informations concernant les politiques européennes ;
  • Assurer la diffusion des débats européens dans la presse et sur les chaînes de radio et de télévisions ;
  • Imposer aux journaux télévisés un temps d’information sur l’UE ;
  • Éviter d’utiliser systématiquement la métonymie « Bruxelles » pour identifier qui fait quoi et qui est responsable de quoi ;
  • Promouvoir davantage l’Union européenne dans les médias ;
  • Créer une instance européenne dans chaque État membre pour communiquer sur les avancées de l’UE.

Pour faire émerger des médias européens :

Créer un réseau de chaînes de télévision publiques européennes ; une chaîne de TNT spécialisée en vue de diffuser des émissions, des débats et des analyses sur les questions européennes ; une chaîne de télévision parlementaire européenne ; des moyens financiers plus importants pour développer Euronews ;

  • Financer une école de journalisme commune aux États membres ;
  • Faire évoluer les pratiques éditoriales dans les écoles de journalisme : plurilinguisme, débats sur l’UE, stages à l’étranger ;
  • Favoriser les déplacements des journalistes souhaitant couvrir des évènements européens ;
  • Créer une agence de presse européenne, à la manière de l’Agence France Presse ;
  • Créer une vraie chaîne de télévision et de radio européenne ainsi qu’une revue européenne traduite dans toutes les langues ;
  • Créer un statut du journaliste européen avec un Conseil de l’Ordre.

Au total, la communication de l’UE apparaît selon les consultations citoyennes européennes comme le véritable pharmakon – à la fois poison et remède – de l’UE.

« Take back control » : insuffler de la démocratie participative dans l’UE

Outre la participation aux prochaines élections européennes – la voie royale pour exprimer ses convictions – les citoyens pourraient également libérer les potentialités de la démocratie participative au sein de l’UE afin de tenter de rompre le monopole de l’établissement du programme dont jouit l’appareil institutionnel européen, notamment la Commission européenne et le Conseil européen. Comment ?

Maintenir la pression citoyenne exercée avec les consultations citoyennes européennes : une initiative citoyenne européenne destinée à influencer le Conseil européen

Première possibilité dans le cadre des modalités de démocratie participative actuellement disponible pour les citoyens : lancer une Initiative citoyenne européenne pour imposer aux chefs d’Etat et de gouvernement de prendre en compte les conclusions des consultations citoyennes européennes (voir le rapport complet pour la France).

L’enjeu consiste à préserver les priorités politiques et les suggestions de politiques publiques, formulés lors des consultations citoyennes européennes, dans les conclusions des prochains Conseils européens, en particulier celui prévu sur le sujet à Sibiu, en Roumanie, le 9 mai prochain.

Certes, un spécialiste comme Alberto Alemano, professeur à HEC, concède que « le processus ne reconnaît aucun lien explicite entre une demande d’Initiative citoyenne européenne et le processus décisionnel en cours au sein de l’UE. Les composantes participatives et représentatives de la démocratie européenne sont comme des navires qui passent la nuit ».

Mais, il n’en demeure pas moins qu’une telle initiative citoyenne européenne contribuerait à influencer l’établissement de l’agenda politique et donc à accroître l’inclusion politique de l’UE.

Agir sur les programmes des partis politiques européens : une participedia européenne pour crowd-brainstormer les priorités

Autre possibilité à totalement inventer : lancer une plateforme de crowd-brainstorming d’idées, en particulier issues des consultations citoyennes européennes, à intégrer dans les programmes des partis politiques européens.

Le modèle s’inspire du concept de Participedia, qui exploite le pouvoir de la collaboration afin de développer une vaste contribution accessible au public en lecture et en écriture pour là encore exercer une pression dans la formulation des programmes des principaux partis politiques.

Pour Alberto Alemano, « l’UE doit élargir l’accès et multiplier les possibilités pour les citoyens de participer à la résolution des problèmes. À cette fin, les commentaires du public doivent être autorisés tout au long du processus d’élaboration des politiques, de l’établissement de l’agenda au suivi et à l’évaluation des politiques existantes ».

Peser sur la formulation des programmes et la sélection des priorités, facilité par la formulation et le partage d’idées et donc in fine influencer l’agenda politique de manière “bottom-up” permettrait de développer la participation des citoyens à une étape clé du cycle politique européen.

Poursuivre la pression sur le nouveau leadership européen : un European Question Time

Dernière possibilité – puisque toute tentative sérieuse de faire fonctionner la démocratie participative en Europe nécessite de simplifier radicalement le fonctionnement des institutions aux yeux du public – proposée par Alberto Alemano : un « European Question Time ».

« European Question Time » serait une sorte d’agenda participatif de l’UE permettant aux institutions européennes de recevoir et de débattre publiquement, mensuellement, d’informations présélectionnées, présentées par des citoyens via différents canaux, notamment un site convivial participatif et performatif.

Plusieurs bénéfices à ce nouveau rendez-vous participatif :

  • Obliger les décideurs politiques de l’UE à être régulièrement informés de la contribution du public ;
  • Favoriser un débat européanisé sur des questions d’intérêt commun ;
  • Renforcer les incitations pour les institutions de l’UE et les représentants européens à réagir de manière réfléchie aux commentaires du public.
  • Saisir les propositions les plus pertinentes et les plus prometteuses émanant des citoyens et les faire ensuite progressivement peser sur le travail quotidien de chaque institution.

Au total, l’enjeu de la reprise du contrôle des citoyens sur l’UE, c’est de parvenir à relier les réalités quotidiennes des Européens au fonctionnement quotidien de leurs institutions en humanisant et en transnationalisant le processus décisionnel de l’UE.