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Unpacking les élections européennes

Normalisation de la politique européenne
Une normalisation de la politique européenne, pas complètement nouveau, encore moins étonnant, mais les élections européennes ont été vécues, en particulier en France et en Allemagne comme des « mid-terms elections », des scrutins pour sanctionner les gouvernements en place ; tandis que d’autres campagnes, comme en Italie et en Pologne ont consolidé des leaders comme Meloni et Tusk récemment installés au pouvoir. La France est entrée fébrile en campagne pour en sortir en crise politique avec la dissolution.

Banalisation des radicalités
Une banalisation des radicalités, avec des votes pour les différentes forces de droite extrême qui sont des votes de conviction sur une ligne dure identitaire et nationaliste, autour d’une mentalité d’assiégé-persécuté, dont les électeurs estiment en fait qu’ils sont eux-mêmes les premières victimes.

Politique spectacle et solutions simplistes
Une politique spectacle, en selfie, sur TikTok, de mise en spectacle sans pudeur des têtes de liste d’extrême-droite avec des solutions simplistes et immédiates, avec un simple vote, on peut renverser la table, notamment la facture de l’énergie ou la « paix » en Europe.

Décalage entre agenda médiatique et résultats électoraux
Un « agenda-framing » encore décalé entre des résultats électoraux finaux pourtant globalement prévus par les sondages, qui ont toujours confirmé la victoire de la majorité pro-européenne et l’agenda médiatique dominé par la vague « populiste » qui ne s’est guère confirmée, à l’échelle paneuropéenne, mais dans les principales démocraties des États-membres fondateurs en Europe occidentale, tandis que l’Europe centrale est moins touchée par le phénomène.

Accumulation des tensions et violence physique
Une accumulation des tensions, avivée par des cyberattaques attendues et, cela est malheureusement plus nouveau dans son ampleur, la violence physique, avec des attaques de candidats par des extrémistes, en particulier en Allemagne avec des victimes pour le SPD, les libéraux, les Verts et même l’AFD.

Participation en hausse
Une participation électorale en hausse, ce n’est plus une « second-order election », mais une élection de premier plan, considérée peut-être même comme plus importante par les électeurs-citoyens, qui la prenent vraiment au sérieux, par rapport aux principales forces politiques qui semblent dépassées par les attentes et les envies d’Europe sans savoir y répondre.

Controverse autour de l’Ukraine
Une controverse autour de l’Ukraine, avec la visite du président Volodymyr Zelensky à l’occasion des cérémonies du D-Day à la fois en France et en Allemagne à la veille du scrutin, avec un discours au Parlement dans chaque pays qui aura été boycotté par les extrémistes.

Vote des jeunes et glissement à droite
Un vote des jeunes, ça n’existe pas. Les jeunes évoluent comme le reste de la société qui glisse à droite. Le pessimisme, l’angoisse et la peur, voire de troubles mentaux et psychologiques pèsent sur leurs préoccupations : inflation, logement, polarisation, changement climatique mais aussi forcément sur leurs votes plus autoritaires et populistes pour les extrêmes tant d’extrême-gauche que d’extrême-droite.

Clivages géographiques
Des clivages géographiques qui confirment des lignes de fractures fortes, anciennes ; songeons aux résultats du RN en France en tête dans plus de 90% des communes, hormis Paris et quelques métropoles, les résultats communautarisés de LFI dans les banlieues ou les résultats de l’AFD très forts dans l’ancienne Allemagne de l’Est, avec des scrutins régionaux dans ces Lander à l’automne.

Absence de programme commun des partis proeuropéens
Une carte de l’Europe que les partis proeuropéens n’ont pas joué, pas de programme commun, pas de projets partagés, il faudrait essayer l’Europe, ce serait en fait la nouveauté. L’Europe, c’est le terrain pour vraiment agir, d’autant que les budgets des États-nationaux, avec le frein à la dette en Allemagne et les déficits excessifs en France, ne peuvent plus répondre aux besoins de financement pour le climat et la défense.

Échec des têtes de liste des grandes familles politiques européennes
Un échec des têtes de liste des grandes familles politiques européennes, avec la « fake Spitzenkandidat » Ursula von der Leyen qui aura fait semblant de faire campagne sans vraiment de programme, sans vraiment d’opposition de ses partenaires de coalition, sans conviction.

Intérêt pour les sujets de société sous l’angle européen
Un intérêt porté pour des sujets de société, relativement nouveaux, sous l’angle européen, dans le registre de la protection tant externe (re/dé-globalisation, sécurité/défense, climat) ou interne (santé, pouvoir d’achat, santé, égalité/travail) même si les campagnes partisanes ont été animées autour de débats nationaux et sans que les sujets de fond comme les rapports Dragui et Letta autour de la compétitivité et des financements des investissements n’aient été discutés.

Voix de la vieille Europe et défi du leadership
Une voix de la vieille Europe à l’Ouest et du moteur franco-allemand qui doit trouver des solutions pour éviter les scénarios de l’inertie voire du pire, là où les extrémistes progressent, tant la fuite en avant que le surplace, tandis que le centre de gravité proeuropéen se déplace vers l’Est et le Sud, c’est un saut dans l’inconnu, qui va avoir besoin de leadership.

L’Europe, une bonne marque ?

Organisée par l’Académie des controverses et de la communication sensible, la conférence « Communication européenne : comment se faire entendre ? » est l’occasion de s’interroger, avec Georges Lewi, auteur en 2006 de « l’Europe, une mauvaise marque ? » sur les dernières tendances autour de la marque Europe…

Thierry Libaert introduit la problématique de la communication européenne à partir de deux réflexions :

D’une part, malgré les évolutions du contexte pour les élections européennes de juin prochain, la prise de conscience géopolitique entre l’Ukraine et Trump ou l’échec du Brexit ou encore le succès relatif de la réponse à la crise du covid, l’engouement européen n’est pas au rendez-vous – le sentiment pour ou contre l’Europe n’a pas vraiment évolué.

D’autre part, l’Europe souffre d’un triple blocage :

  1. Il n’y a pas d’émetteur unique ; l’UE, c’est un ensemble d’institutions, chacune fait la promotion de ses propres activités – sans une direction de la communication centrale ;
  2. Il n’y a pas de récit européen ; l’UE s’est figée dans le récit « l’Europe c’est la paix » – sans renouvellement du narratif européen, malgré les dimensions sociales ou environnementales uniques à notre continent ;
  3. Il n’y a pas d’incarnation ; l’UE, on n’en parle que tous les 5 ans lors des élections – sans présence sur le terrain, dans les médias…

Comment construire une nouvelle marque Europe en effaçant le passé des conflits ?

Pour Georges Lewi, Robert Schuman, le père fondateur du projet d’Europe, peut être considéré comme l’auteur initial de la marque Europe, puisque l’acte de naissance d’une marque, c’est la création d’un récit ex nihilo, d’une promesse, à partir d’une réalité, qui vise à la dépasser.

Toute marque fonctionne sur la base de 3 temps : les temps héroïque, de la sagesse et du mythe :

  1. Pour la marque Europe, le temps héroïque commence avec le 25 mars 1957, la signature du traité de Rome ; la marque Europe arrive avec une promesse : faire la guerre à la guerre, une promesse presque surhumaine, hors de la logique de domination ; le récit embarque les premières réalisations comme la PAC en 1962 ou les premiers élargissements en 1973.
  2. L’Europe passe au temps de la sagesse, avec les premières élections européennes au suffrage universel en 1979, l’Europe rentre dans une logique démocratique, dont le symbole sera l’intégration de la Grèce en 1981 ; le récit porte sur la construction avec de nouveaux traités, dont Maastricht en 1992, et de nouvelles politiques européennes ; mais comme le dit Mitterrand : « quand l’Europe ouvre la bouche, c’est pour bailler ».
  3. La marque Europe aujourd’hui arrive au terme de la 3e phase, celle de la pérennité et du mythe. Certes, la dynamique s’est bien poursuivie avec la naissance de l’euro en 1999 ou les élargissements à 10 nouveaux États-membres d’Europe centrale et de l’Est. Mais, ces empilements font aussi l’objet de craquements comme l’échec du référendum sur le projet de Constitution européenne en France en 2005 ou bien entendu le Brexit en 2016. Normalement, à ce stade la marque à trouver son récit, se réaffirme avec puissance. Les Européens refusent des dirigeants charismatiques et emblématiques. On se retrouve aujourd’hui, sur une 3e phase qui n’a pas été celle qu’elle aurait dû être. Ce n’est pas dramatique, la phase de consolidation peut durer plus longtemps que prévu, mais ça manque d’enthousiasme.

Que peut faire la marque Europe aujourd’hui ? Revenir à ses fondamentaux d’origine : la promesse de la rencontre humaine

Que reste-t-il de la marque Europe ? Une facilité d’échanges et de mobilité, illustrée par l’emblématique programme Erasmus et par l’euro, l’Europe dans nos proches.

L’Europe, sa véritable promesse, c’est une formidable rencontre entre les Européens, dont les différences culturelles, historiques, linguistiques, etc. sont très importantes.

Il faut continuer de développer l’Europe dans ce sens, faire ce que l’on a fait pour les étudiants, avec tous les métiers – ce que font les grandes entreprises pour leurs cadres.

Les peuples sont assoiffés de curiosité, comme le montre le succès du tourisme, c’est un besoin humain de rencontre, et celui-ci peut permettre de retrouver le lyrisme de la marque Europe avec l’Europe des rencontres.

Il existe schématiquement 3 types de marque :

  1. les marque-produit/service que l’on achète, comme par exemple Mikado ;
  2. les marques-caution, comme par exemple LU ;
  3. les marques-ombrelle, comme par exemple Danone.

L’Europe ne peut pas être une marque-produit/service avant plusieurs générations, on n’est pas prêt à jeter son passeport national et vouloir vendre la citoyenneté européenne alors que les Européens n’ont pas envie, besoin ou désir, c’est une erreur. Pourquoi cette erreur de marketing, que font beaucoup de marque ? Parce qu’à vouloir parler à tout le monde, on finit par parler à personne, tant que le marketing visera à forcer la marque Europe pour ce qu’elle n’est pas, ça ne pourra pas marcher.

L’Europe, si elle visait à être une marque-caution, qui est une marque pas très bien identifiée, sur un territoire large et englobant, il faudrait une incarnation, donc une direction de la communication. Mais, on n’arrivera pas à cette forme d’incarnation pour une marque-caution, aucune ne parvient à être incarnée, c’est plutôt l’insight qui doit pouvoir remplacer l’incarnation, l’implicite très fort de la marque-caution.

Pour qu’une marque puisse exister, il faut au moins l’un des éléments qui vont la faire acheter : un besoin, une menace ou un grand amour. Et comme le disait Jacques Delors « on ne tombe pas amoureux du marché commun ». Pour la marque Europe, il y a un déficit de réflexion des institutions européennes pour poser quels leviers activer.

Toutes les marques reposent sur un schéma narratif, une sorte de cycle de vie des marques : la marque-héros fait quelque chose pour le public, va défendre contre un fléau, pour la marque-Europe, c’est contre la guerre.

Pour la marque-Europe en tant que héros, le message pourrait être : si tu t’occupes pas de l’Europe, tu risques de te retrouver tout seul ». Si une majorité d’Européens devient moins pro-européenne, c’est le risque du détricotage de l’Europe. Dans tout récit, c’est la rencontre humaine qui fait la différence. On n’a pas envie de faire chacun son propre Brexit, on a besoin d’un parapluie pour se protéger, une marque-ombrelle Europe peut y trouver sa légitimité, encapsuler dans le paradigme de la rencontre, pour que l’Europe soit une marque les Européens vont ressentir.

Comment les Français perçoivent la marque Europe ?

Sans transition avec l’intervention de Georges Lewi, une enquête qualitative « Élections européennes : le grand brouillard » commandée par le Mouvement Européen – France avec Destin commun auprès des citoyens français en vue du scrutin européen complète la perception de l’Europe, si l’UE était un produit de consommation :

Les médias français couvrent-ils suffisamment les affaires européennes ?

En plein cœur de la campagne des élections européennes, le Mouvement Européen France organise lundi 22 avril à Sciences Po Paris avec Les Jeunes Européens – France de Sciences Po, le Centre de politique Européenne et l’Association des journalistes européens une conférence sur l’état de l’information européenne en France…

Les médias français en font-ils assez sur l’Europe ?

C’est avec cette question de pure rhétorique, que Victor Wharem, représentant du Centre de politique européenne en France entame les échanges avec cette question « Comment expliquer que seuls 39% des Français aient récemment entendu parler de l’actualité du Parlement européen, contre 62% des Européens en moyenne, et 74% des Allemands ? ». C’est l’un des enseignements principaux de l’enquête Eurobaromètre de juin 2023 : la France est bonne dernière en termes de couverture de l’actualité européenne, et malgré des améliorations, le retard reste important vis-à-vis de tous les autres pays européens – l’Irlande, avant-dernière, étant par exemple à 50%. C’est à la société civile et aux citoyens de se mobiliser et donc la raison pour laquelle une pétition a été lancée en novembre 2023.

Avec les élections européennes, on parle un peu plus d’Europe, mais l’exception continue : le désintérêt pour les élections européennes des Français (47%) est encore confirmé dans la dernière enquête Eurobaromètre avant le scrutin, par rapport au reste des Européens (60%), tandis que l’euroscepticisme semble plus marqué en France qu’ailleurs, selon les résultats de l’enquête qualitative de Destin commun qui projette 41% d’europhobes et 23% d’euro-critiques en France, plaçant notre pays dans une position singulière dans l’UE.

Jean Marie Cavada : l’audiovisuel s’intéresse à l’Europe quand elle commence à faire les gros titres de la presse

Des résultats qui sortiront des urnes en juin prochain, la liste des responsables sera longue, pour l’ancien eurodéputé… Quand on parle d’Europe, il faut parler des peuples européens, comme Olivier Guez dans l’ouvrage « Le Grand Tour » qui rassemble les points de vue d’écrivains européens pour parler de leurs souvenirs et mémoires d’Europe. Il faut se rappeler que la France est peu pro-européenne, rappelle l’ancien président du Mouvement Européen France, elle a refusé la défense en 1954 (la CED) et la constitution en 2005. Mais d’une part, il y a un décalage entre la capitale jacobine centralisée, y compris pour les médias nationaux et le pays qui est girondin, s’intéresse davantage à la presse régionale et locale, qui devrait être davantage développée sur l’Europe. D’autre part, il faut réinvestir le rôle des correspondants de presse dans tous les autres pays, c’est une veulerie éditoriale de notre époque alors que seul le continent européen a une chance dans le monde, il faut cette vision à l’échelle continentale.

En matière d’information européenne, la France occupe une position désastreuse qui doit être nuancée : la presse écrite parle plus d’Europe que l’audiovisuel et la radio un peu plus que la télévision. Malgré les cahiers des charges qui impose une forte obligation de parler des affaires européennes pour toutes les chaînes de télévision, le premier média d’information en Europe, TF1, ne dispose toujours pas de correspondant permanent à Bruxelles. L’audiovisuel s’intéresse à l’Europe quand elle commence à faire les gros titres de la presse, comme avec l’affaire de la nomination de l’Américaine Scott Morton au poste de Chief Economist à la Commission européenne pour superviser les régulations du secteur numérique DMA et DSA.

Pour le service public de l’audiovisuel, l’ancien Président de Radio France reconnaît que les contrats d’objectifs et de moyens, pour avoir une certaine crédibilité, alors qu’il y a toujours plus d’objectifs et toujours moins de moyens, serait de permettre aux dirigeants de chaque entreprise d’avoir la possibilité de se projeter sur plusieurs exercices budgétaires, ce que la BBC est parvenu à régler depuis longtemps.

Pour l’information européenne à la télévision, il faut prendre le média tel qu’il est, ça veut dire qu’il faut produire des choses abordables, traduire de manière simple des éléments plus complexes, le destin humain plutôt que la vie des institutions.

Pour les réseaux sociaux, il faut réviser la loi américaine « section 230 » remontant à Bill Clinton qui encadre à travers le monde les entreprises technologiques autour d’un principe que les réseaux sociaux ne sont pas des éditeurs, responsables de contenus qui circulent sur leurs plateformes, les réseaux sociaux sont des médias au cœur de nos vies, qui devraient exercer une pleine responsabilité sachant que les monopoles sont les ennemis de la démocratie.

Quand il s’agit de voir ce qu’il ne faut pas faire, il suffit de se plonger dans « Le Monde d’hier, souvenirs d’un Européen », le livre de Stefan Zweig et se rappeler la devise d’Elie Wiesel : « les gens qui ne connaissent pas l’histoire, s’exposent à la revivre ».

Constance Le Grip : le Parlement européen, un purgatoire médiatique

Députée Renaissance, membre de la Commission des Affaires européennes et ancienne eurodéputée confirme que l’accès aux médias nationaux est beaucoup plus aisé pour un élu national qu’européen, malgré l’importance des sujets pour l’avenir, une fois le tour de quelques émissions dédiées à l’Europe, d’échanges avec quelques correspondants de presse à Bruxelles, il reste peu de débouchés et rien dans l’audiovisuel.

Les réseaux sociaux seront-ils en mesure de combler le fossé médiatique en favorisant le contact direct ? La plupart des eurodéputés ne s’épanouissent pas encore de manière pleinement satisfaisante sur ces plateformes.

Le service public de l’audiovisuel pourrait-il porter plus d’Europe sur les ondes ? Les parlementaires disposent de leviers limités : un droit de regard sur les contrats d’objectifs et de moyens et l’idée d’insérer un indicateur de performance pour mesurer la couverture des sujets européens à l’antenne des chaînes.

L’ingérence étrangère représente une nouvelle préoccupation qui touche à la fois les médias, les réseaux sociaux et les citoyens au travers des campagnes de désinformation massives contre la démocratie européenne qui menace déjà la sincérité des débats et demain peut-être l’intégrité des résultats du scrutin.

Anne Grand d’Esnon, membre de l’ARCOM : la pédagogie multiple sur l’Europe à la TV

La membre de l’ARCOM rappelle que dans les cahiers des charges, tant des chaînes privées comme LCI dont la convention prévoit une place à l’Europe autant que les chaînes TV publiques, les engagements portent à plusieurs niveaux : 1/ L’Europe dans l’information, les sujets des JT ; 2/ Des émissions récurrentes dédiées à l’Europe ; 3/ Des programmes comme la série « Parlement » sur France Télévisions ; 4/ des débats entre les candidats aux élections européennes et 4/ des modules civiques de sensibilisation, comme ceux réalisés lors des dernières élections départementales et régionales. Les modalités de corriger le déficit pédagogique sur l’Europe sont multiples.

Ana Navarro Pedro, correspondante à Paris de médias portugais : l’Europe, la gratitude du cœur et une question de la vie quotidienne

La couverture de l’actualité européenne est quasi nulle en France par rapport au Portugal. En France, la déception de 2005 demeure un point de blocage, une perte de confiance dans la politique. Au Portugal, l’adhésion en 1986 donne une perspective européenne reconnue dans la vie des citoyens, une sorte de gratitude du cœur. Les élections européennes sont d’ailleurs vraiment importantes pour le pays, quelques responsables politiques font même carrière avec l’Europe. Le score des dernières élections législatives avec le bon score de l’extrême-droite gâche la célébration des 50 ans de la chute de la dictature.

Pour intéresser les Français à l’Europe, les méthodes coercitives sous la contrainte ne sont pas la bonne réponse. Les journalistes sont trop focalisés sur les questions institutionnelles au détriment des décisions politiques, dont la pédagogie est insuffisante. L’Europe est une question importante dans la vie quotidienne, l’intérêt porté vient avec ce qui nous touche : questions économiques, d’emploi et de pouvoir d’achat.

Politico Europe est une bouffée d’air frais, avec une couverture des affaires européennes à Bruxelles comme pour la politique à Washington, l’actualité fédérale de l’union avec des spécialistes, des moyens et aussi un agenda politique, même s’il s’agit de l’Europe pour les professionnels de l’Europe.

Désinformation lors des élections en Europe : décryptage des campagnes de manipulation des opinions

Le groupe de travail EDMO sur les élections européennes de 2024 publie un rapport sur les discours de désinformation lors des élections de 2023 en Europe, des recherches utiles sur ce qui s’est passé lors des campagne électorales passées lors des votes en 2023…

Près d’un millier d’articles de fake news, faisant l’objet de fact-checking publiés dans le contexte de 8 élections dans des États-membres de l’UE différents

L’analyse révèle une désinformation généralisée au cours des campagnes électorales dans tous les pays considérés, en particulier sur le processus électoral, avec de faux récits visant souvent à délégitimer les élections par des allégations infondées de fraude électorale, d’influences étrangères et de pratiques déloyales. Chaque pays présente également des tendances uniques en matière de désinformation, influencées par les contextes nationaux et les événements mondiaux actuels. Les thèmes clés incluent la guerre en Ukraine, l’économie, le changement climatique et les questions sociales (par exemple, les thèmes de genre, la religion et l’immigration). La nature omniprésente de ces récits souligne leur impact probablement significatif sur les débats démocratiques en Europe et souligne la nécessité cruciale de solides initiatives de vérification des faits et de sensibilisation pour préserver l’intégrité électorale et les valeurs démocratiques.

Classification des faux récits de désinformation sur le processus électoral dans les pays de l’UE en 2023 :

  • République tchèque – élection présidentielle – janvier : les questions militaires et liées à la défense ont occupé une place centrale dans le discours public, tout en étant affectées par une quantité significative de désinformation ;
  • Estonie – élection parlementaire – mars : en amont des élections, des fausses statistiques ont circulé sur les hausses de prix, tandis que des récits de désinformation sur la guerre en Ukraine et le changement climatique ont été largement diffusés ;
  • Bulgarie – élection parlementaire – avril : des vidéos ont été mal interprétées comme des preuves d’ingérence américaine, et des informations fausses ont circulé sur les positions des partis politiques concernant les questions LGBTQ+ ;
  • Finlande – élection parlementaire – avril : des histoires fausses ont porté sur les affiliations politiques des journalistes et la présentation erronée de directives de l’UE sur la performance énergétique des bâtiments ;
  • Grèce – élection parlementaire – mai/juin ( 2e tour) : des images trompeuses ont été utilisées pour propager des rumeurs, notamment sur la Vierge Marie, tandis que des fausses histoires ont cherché à discréditer les LGBTQ+ et les immigrants ;
  • Espagne – élection parlementaire – juillet : la désinformation a touché divers sujets, notamment le changement climatique, l’immigration et les questions LGBTQ+, avec de fausses allégations sur les positions des partis ;
  • Slovaquie – élection parlementaire – septembre : des récits de désinformation ont joué sur les sentiments anti-occidentaux, insinuant la présence de soldats américains ;
  • Pologne – élection parlementaire – octobre : la guerre en Ukraine a été au cœur des fausses histoires, avec des accusations diffamatoires contre les Ukrainiens et des théories du complot sur la guerre.

Paysage de la désinformation affectant les processus pré- et post-électoral à travers l’Europe

Les récits de désinformation sur le processus électoral en tant que tel émerge comme l’un des récits les plus courants, comme la suggestion de fraudes électorales ou de pratiques injustes présumées qui invalideraient les résultats des élections, avec pour objectif apparent de délégitimer les représentants élus démocratiquement.

Aucune des élections examinées n’est exempte de ce type de désinformation, utilisé de manière célèbre par Donald Trump lors de la campagne présidentielle américaine de 2020. Des accusations similaires infondées ont parfois été formulées par des membres nationaux du Parlement. Avant les élections en Slovaquie, par exemple, l’ancien Premier ministre et leader de SMER, Robert Fico, et le président du parti d’extrême droite Republika, Milan Uhrík, ont averti les électeurs d’une possible fraude électorale.

Les affirmations spécifiques utilisées pour suggérer des irrégularités dans le processus électoral étaient très différentes selon les pays où elles étaient diffusées. Les plus courantes font référence à des tentatives présumées d’ajouter ou de soustraire illégalement des votes ; des dysfonctionnements ou des fraudes causés par le vote électronique ou postal ; et des procédures de comptage supposément étranges dans les registres pour augmenter le nombre de votants (par exemple, dépassant celui des résidents locaux).

D’autres fausses affirmations sur les procédures de vote comprenaient l’utilisation de crayons de vote effaçables, des bulletins prémarqués, et même des erreurs survenues réellement dans les isoloirs présentées comme une tentative organisée de manipuler le vote populaire, allant même jusqu’à prétendre que les commissions électorales pouvaient annuler des bulletins à volonté. En Pologne, où un référendum a eu lieu en conjonction avec les élections parlementaires, on prétendait que les deux bulletins utilisés lors des élections seraient agrafés ensemble, forçant ainsi les électeurs à s’exprimer lors du référendum.

Ces prétendues irrégularités ne sont pas seulement liées à la période post-électorale. La désinformation sur le processus électoral était significativement présente même avant le vote. Par exemple, le fait que dans certains pays, le vote postal est possible avant la fin de la campagne électorale a été utilisé par les désinformateurs pour semer le doute et la méfiance envers le vote. Des erreurs triviales ont également été exploitées à cette fin, comme un chronomètre défectueux lors d’un débat électoral, que certains ont prétendu être la preuve d’élections truquées. Des « marques étranges » supposées sur les bulletins de vote, des urnes prétendument déplacées vers des endroits inhabituels ou la possibilité de voter plusieurs fois sont parmi les informations fausses et inexactes potentiellement propagées dans le but de créer de la confusion et/ou d’encourager les gens à commettre des erreurs qui invalideraient leurs votes.

Dans plusieurs pays, des histoires fausses affirmaient que les immigrants ou les réfugiés ukrainiens étaient autorisés à voter, exploitant des sentiments xénophobes pour suggérer une tentative de sous-évaluer les choix politiques des citoyens réels. En Pologne, ces fausses théories circulaient avant et le jour même des élections. En Espagne – le pays où la désinformation sur le processus électoral a été la plus détectée et quantitativement traitée par les vérificateurs de faits – on prétendait également que Pedro Sánchez et le PSOE empêchaient les trains de quitter Valence pour que les passagers ne puissent pas voter, ou que le gouvernement offrait des emplois pendant la campagne électorale pour plaire aux électeurs. Une histoire similaire a également été prouvée fausse en Estonie, impliquant cette fois une prétendue augmentation de salaire pour les fonctionnaires publics.

La tentative de susciter des doutes sur la légitimité du processus électoral est souvent accompagnée d’allégations fausses sur des déploiements « suspects » de forces armées ou d’une prétendue ingérence de pays étrangers et d’organisations. Dans ce sens, le cas le plus significatif est à nouveau celui des élections espagnoles, où des conspirations présumées sur la validité de l’élection ont été diffusées sur divers médias sociaux, y compris TikTok. Des histoires fausses conformes à ce récit prétendaient que les institutions européennes (en particulier la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen) et des États voisins tels que le Maroc faisaient campagne activement en faveur de Pedro Sánchez. Dans ce contexte, le roi Felipe VI a également été faussement accusé d’abandonner la neutralité politique de la couronne pour appeler à l’élection de « progressistes ». D’autres histoires fausses suggéraient des réunions secrètes présumées de l’OTAN visant à manipuler les résultats des élections. De nombreuses histoires fausses alléguant une fraude électorale ont également été largement diffusées après l’élection. Un fact-checking par AFP Fakty (Slovaquie). « Les experts disent que l’enregistrement présumé d’un appel téléphonique entre le leader du PS et un journaliste de l’agence Denník N. montre de nombreux signes de manipulation ». En Bulgarie, une ingérence des États-Unis a été affirmée avec un contenu trompeur. En Slovaquie – un pays où la population est très méfiante à l’égard de l’ingérence occidentale dans les élections, selon un sondage récent – un prétendu appel téléphonique circulait dans lequel Michal Šimečka, le leader du parti social-libéral Progressive Slovakia, discutait avec un journaliste de fraudes électorales. Selon plusieurs experts, il s’agissait d’un audio généré artificiellement.

La désinformation étant étroitement liée aux événements actuels et aux sujets de débat public, des thèmes communs de désinformation peuvent être retracés à travers toutes les élections analysées pour les questions qui ont touché toute l’Europe. En général, les principaux sujets intéressés par les récits de désinformation sont souvent économiques, y compris les impôts, les prêts hypothécaires, le coût de la vie dû à l’inflation ou à la crise énergétique, mais aussi des attentes générales/qualité de vie. Les alliances politiques actuelles et passées sont également souvent le sujet d’histoires fausses. Dans certains pays, les questions de sécurité ou de défense contre l’intervention extérieure sont centrales, souvent en référence à la guerre en Ukraine. D’autres sujets (tels que le changement climatique, les lois et institutions de l’UE, l’immigration) qui sont des cibles bien connues de la désinformation au niveau européen émergent dans le débat public de manière très différente d’un pays à l’autre. Dans certains pays où la religion est une caractéristique prédominante de la vie publique, elle a également été une cible fréquente de désinformation. Dans ces cas, des histoires fausses sur les questions de genre et la communauté LGBTQ+ ont proliféré de manière significative.

Les questions militaires et liées à la défense ont été au centre du discours public et ont été fortement affectées par une quantité significative de désinformation en République tchèque. Andrej Babiš, l’ancien Premier ministre battu au second tour, a tenté de capitaliser sur les craintes associées à l’expansion potentielle de la guerre en Ukraine. Cette question était également centrale dans les récits de désinformation. AFP Na pravou míru (République tchèque). « Un article manipulé propage des mensonges sur les projets de Petr Pavel de rétablir le service militaire ». Plusieurs fausses histoires portaient sur des sujets tels que la réintroduction du service militaire, le déploiement de soldats à l’étranger et à l’intérieur des frontières nationales, et d’autres mesures anti-guerre. Dans ce contexte, plusieurs récits familiers sur la guerre ont été revisités, dont beaucoup faisaient écho à la propagande russe.

Au total, cette recension un peu longue vise à lever définitivement le doute sur la présence hélas généralisée de la désinformation dans les campagnes électorales des démocraties européennes. Certains thèmes sont privilégiés, tels que le climat ou la sécurité, comme des cibles fréquentes de la désinformation pour susciter la peur, semer la confusion et influencer le résultat du scrutin. Les tactiques de désinformation varient, allant de fausses informations sur les politiques à la création de fausses histoires liées à des personnalités politiques, en passant par des allégations de conspiration et des manipulations visant à semer la méfiance.

Des efforts sont indispensables pour contrer la désinformation, que ce soit par le biais de la sensibilisation du public, du renforcement de la cybersécurité, ou de la collaboration entre les gouvernements, les plateformes de médias sociaux et les organisations de vérification des faits.

Élections européennes : comment les partis d’extrême droite montent en puissance sur TikTok ?

Une récente étude menée par POLITICO Europe révèle que les partis politiques d’extrême droite et d’extrême gauche ont su tirer leur épingle du jeu sur TikTok ; mais, ce sont les députés européens d’extrême droite du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen qui se démarquent. Avec les élections européennes approchant à grands pas et l’enjeu de la problématique de la mobilisation des jeunes électeurs, l’Europe politique risque-t-elle de basculer vers l’extrême droite sous l’emprise de TikTok ? Quels impacts sur le paysage politique européen ?

Les euro-députés ID, leaders incontestés sur TikTok

Selon les données recueillies, les députés du groupe ID cumulent 1 383 000 abonnés sur TikTok, en contraste avec les Verts, qui ne comptent que 62 000 abonnés cumulés, tandis que la plateforme dénombre 142 millions d’utilisateurs actifs mensuels dans l’Union au second semestre 2023.

Nombre total de comptes et par groupe politique sur TikTok

De plus, le groupe ID se distingue par une activité plus soutenue sur le réseau, avec près de 3 000 publications entre mi-février et début mars 2024, contre environ 2 000 publications pour les groupes Renew, S&D et la Gauche.

Une stratégie d’influence ciblée pour séduire les jeunes électeurs

Les partis d’extrême droite européens ont bien compris l’importance d’être présents sur TikTok, une plateforme dominée par des utilisateurs en âge de voter. En effet, en 2023, 73 % des utilisateurs à l’échelle mondiale avaient entre 18 et 34 ans.

Nombre de posts total par groupe politique sur TikTok

À deux mois des élections européennes, la mobilisation de cette tranche d’âge s’annonce particulièrement difficile, notamment en France où seuls 42 % des 18-24 ans et 40 % des 25-34 ans ont déclaré qu’ils étaient « certains » d’aller voter.

Une bataille culturelle menée sur les réseaux sociaux »

Pour Romain Fargier, chercheur sur la radicalisation politique au Centre d’études politiques et sociales (CEPEL) de l’université de Montpellier, cité par Politico : « le premier objectif du mouvement d’extrême droite est de gagner ce qu’ils appellent une bataille culturelle ». En maîtrisant les codes de TikTok et en étant très actifs sur la plateforme, les partis d’extrême droite européens parviennent à toucher un public jeune et à influencer le débat politique.

Portées, likes et activités cumulés par groupe politique sur TikTok

Qu’en est-il des candidats aux élections européennes en France ?

Au niveau des principales têtes de liste aux élections européennes en France, le match est très inégal, dominé par la figure de Jordan Bardela qui cumule à la fois le plus d’abonnés 1,2M et de « J’aime » avec 28,4M tandis que la deuxième personnalité la plus « populaire » sur TikTok n’est autre que Marion Maréchal avec 10 fois moins d’abonnés 115,3k et seulement 1,4M de likes, sans oublier, ce qui montre l’avance des forces politiques à la droite extrême, Florian Philippot avec 135,1k abonnés et 1,3M de likes.

Têtes de liste françaises sur TikTok

Derrière le trio de tête de l’extrême-droite, le candidat Raphaël Glucksmann a suspendu son compte au début de la campagne et s’en est expliqué dans la presse, alors qu’il avait 60k abonnés pour se montrer cohérent (enfin ?) avec ses positions très critiques sur la Chine. A gauche, il faut donc compter d’abord sur Manon Aubry avec 41,3k abonnés et 473,3k likes et les comptes quasi anonymes de Marie Toussaint avec 1,3k abonés et 6,5k likes et Léon Deffontaines avec 1,8l abonnés et 23,3k likes.

Reste deux cas à part, d’une part, François-Xavier Bellamy qui est belle et bien présent sur TikTok avec 3,2k abonnés et 40,5k likes mais s’il en critique leur usage dans ses meetings tandis que Valérie Hayer n’est donc plus que la seule à ne jamais avoir encore été activement présente sur TikTok.

Tiktok, terrain de jeu des deepfakes de l’extrême droite avec Amandine Le Pen et Léna Maréchal

Nouvelles stars, les prétendues nièces de Marine Le Pen sont deux deepfakes, des vidéos générées par une IA qui nous font croire que ces jeunes femmes sont les nouvelles égéries politiques, alors qu’elles sont des hologrammes sortis tout droit d’un film de science-fiction : « Prête à défendre la France » et « Chez les Le Pen, on défend l’agriculture française ».

Rassemblement National et Reconquête jurent leurs grands dieux ne pas être derrière cette mystérieuse machination, c’est juste une petite expérience sociale un test grandeur nature pour voir si les Français sont prêts à élire des avatars virtuels plutôt que des êtres de chair et d’os.

Des milliers d’abonnés, des centaines de milliers de likes, même si la modération de TikTok a fini par arriver, un peu trop tard comme pour une fête, où la police débarque quand le gâteau est déjà mangé. Un bel exemple où le mélange entre politique et divertissement.

Quels impacts pour la campagne électorale et le prochain Parlement européen ?

La présence et l’influence des partis d’extrême droite sur TikTok témoignent de leur capacité à s’adapter aux nouveaux médias et à tirer parti des réseaux sociaux pour diffuser leur message et élargir leur audience.

Les élections européennes approchant, la maîtrise des réseaux sociaux et notamment de TikTok devrait jouer un rôle crucial dans la mobilisation des jeunes électeurs, une tranche d’âge souvent difficile à atteindre et à convaincre.

La bataille culturelle menée par les partis d’extrême droite sur les réseaux sociaux souligne l’importance pour tous les autres partis politiques de développer des stratégies de communication adaptées et efficaces pour contrer leur influence grandissante.