Consultations citoyennes européennes : bilan et perspective

Comment évaluer les consultations citoyennes européennes – organisées via une enquête en ligne avec des questions formulées par un panel de citoyens et des opérations pilotées par les États-membres – dont les résultats du questionnaire en ligne et les synthèses nationales seront discutés lors du Conseil européen de décembre 2018 ?

Réalisations : des États-membres « unis dans la diversité »

Première et remarquable accomplissement, l’approbation officielle de chaque pays et sa participation active au processus – quel que soient l’inégalité d’investissement et le manque de coordination – est un exploit permettant aux citoyens de toute l’UE de s’exprimer sur l’Europe.

Deuxième enseignement, le principe de flexibilité, exigé par les États-membres en échange de leur participation, a contribué à faire que tous les États membres se sentent suffisamment à l’aise pour jouer un rôle plus ou moins actif.

Mais, du coup, les consultations citoyennes européennes n’ont eu ni l’identité crédible et signifiante auprès des citoyens européens, ni le message cohérent que les décideurs politiques pourraient reconnaître et prendre en compte ; affaiblissant ainsi l’impact potentiel.

En fin de compte, le rapport estime que le processus non structuré et sous-financé n’a jamais permis de générer une masse critique d’activités permettant à davantage de citoyens de participer.

Si au final les citoyens estiment que leur participation n’a aucune incidence sur les décisions ultérieures de l’UE, cela renforcera leur perception que les responsables politiques ne répondent pas et ne sont pas représentatifs, que l’UE est distante et qu’elle se développe hors de son contrôle. Aussi, les responsables politiques nationaux et européens doivent impérativement réagir aux résultats des consultations.

Recommandations pour demain et après-demain

Pour cette série de consultations citoyennes européennes :

  • Les États membres et la Commission devraient veiller à ce que les rapports de synthèse fournissent un compte rendu détaillé des consultations et soient rendus publics ;
  • Les organisateurs de consultations nationales devraient utiliser la dynamique des prochaines élections au Parlement européen pour renforcer le débat public, et la Commission européenne devrait consacrer davantage d’efforts à la promotion du questionnaire ;
  • Le Conseil européen devrait fixer un calendrier clair pour le suivi des rapports par les nouveaux dirigeants, tandis que les candidats au Parlement européen et la société civile devraient veiller à ce que les résultats soient pris en compte. La Commission actuelle devrait transmettre les conclusions à la prochaine Commission.

L’agenda des prochains Parlement et Commission lors du prochain cycle politico-institutionnel (2019-2024) fera-t-il écho, du moins en partie, à la voix des citoyens entendue par les consultations ? Si cette voix n’est que du bruit parce qu’elle a été rassemblée de manière si fragmentée, les décideurs seront-ils en mesure de la comprendre et d’agir en conséquence ? Comment garantir qu’ils ne choisissent pas simplement les résultats qu’ils souhaitent parmi une masse indifférenciée de commentaires et d’idées ?

Pour les futures éventuelles consultations citoyennes européennes :

  • Le but de l’exercice et son lien avec le niveau européen doivent être clairement définis ;
  • Les citoyens devraient être informés dès le début de la manière dont les résultats des consultations seront utilisés ;
  • La dimension transnationale des consultations devrait être renforcée ;
  • Les organisateurs devraient utiliser les modèles existants de participation des citoyens ;
  • Il devrait y avoir un bon équilibre entre un format commun et diverses pratiques nationales ;
  • Les discussions nationales devraient inclure des questions figurant actuellement à l’agenda politique de l’UE ;
  • Il devrait y avoir une synthèse publique des résultats, qui devrait inclure des voix indépendantes ;
  • Un autre panel de citoyens devrait être organisé.

Finalement, à quels problèmes les consultations devaient répondre ? Sensibiliser sur l’UE en général ? Faire des propositions de réforme concrètes ? Partager des opinions ? Rétablir le lien entre les citoyens européens et leurs élites politiques ? Identifier des préoccupations et des priorités pour définir une orientation future inclusive pour la réforme de l’Union européenne ?

À l’avenir, tout nouvel engagement nécessitera plus qu’une procédure, une véritable culture d’ouverture dans et autour des institutions européennes afin de passer d’une juxtaposition de projets isolés à une approche systémique durable au bénéfice de la réforme démocratique à grande échelle de l’UE.

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Quelles nouvelles formes d’engagement autour de l’Europe ?

Dans le cadre des consultations citoyennes européennes, plusieurs collectifs sur la citoyenneté et la démocratie participative débattent de l’Europe, des jeunes et de l’engagement…

Discussions

Comment construire un espace politique européen démocratique ?

Aujourd’hui, les enjeux démocratiques, tels que façonnés par les politiques, ne correspondent pas aux problèmes de la population. Les citoyens ont l’impression qu’ils ne peuvent pas peser sur les vrais leviers de pouvoir. C’est donc une réelle crise de la représentation politique.

Les citoyens n’arrivent pas à projeter un imaginaire sur l’Europe, ni à « érotiser » cet imaginaire européen. Elle est considérée comme un acquis et comme un sujet très ennuyeux. Or il existe des réflexes européens dans la jeunesse.

Comment réduire le désintérêt pour les questions européennes ?

Pourquoi, alors que les sujets européens impactent nos vies quotidiennes, on ne réussit pas à partager cela ? La communication est-elle trop institutionnelle ? Le sentiment d’impuissance est-il trop fort ? Les sujets sont-ils trop complexes ?

Le désintérêt peut s’expliquer par la méconnaissance du public, un manque d’information et le déficit du pouvoir d’agir citoyen au niveau des institutions. Il existe un véritable sentiment de “moins c’est près de nous, moins ça nous impacte”. Ainsi, les personnes concernées par les subventions de l’UE ne le savent généralement pas. Et les initiatives locales atteignent toujours un problème du changement d’échelle.

Ce qui bloque les gens, c’est aussi l’indécision et l’incertitude face à ce qu’est l’Europe. La fin de l’Europe n’est pas tranchée. Cette indécision empêche l’intérêt des gens.

Comment engager les jeunes avec l’Union européenne ?

Les jeunes ont une conception de l’Europe qui n’est pas celle de l’Europe institutionnalisée. Ils voient l’Europe à travers le partage de savoirs, des voyages, voire d’Erasmus qui est vraiment plébiscité. La question de l’Europe les intéresse mais il y a une distinction à faire entre l’Europe institutionnelle et l’Europe « concrète » qui a plus d’intérêt pour eux. En effet, il y a un décrochage réel par rapport aux institutions.

Les jeunes ressentent que leur vote ne va pas peser sur l’évolution des choses. Et ils éprouvent une véritable doute sur la fonctionnalité même du vote. Les formes d’engagement des jeunes sont surtout au niveau du local, mais toutefois ils recherchent réellement de faire le lien avec d’autres dynamiques similaires dans d’autres pays européens.

Concernant les projets de démocratie locaux des citoyens, elle sont perçus comme des initiatives qui n’ont pas un but institutionnel en Europe, mais plutôt une volonté de créer une dynamique de « réseau » de projets européens similaires. Ce sont plutôt des initiatives nationales qui essaient de trouver des alliés, plutôt que des projets réellement transnationaux.

Pistes de propositions

Repolitiser l’Europe

Pour changer cette perception d’Europe antidémocratique, il faut ralentir la communication “pro européenne” et remettre le débat politique au cœur de la stratégie. il ne faut pas multiplier la « propagande » aux faveurs de l’UE.

Nous devons arrêter de réduire le débat sur l’Europe à un “pour ou contre”. Cette vision manichéenne ne laisse pas de réelle place au débat d’idées. Et les partis politiques doivent relever cet enjeu à l’occasion des élections européennes en faisant des propositions clivantes et en montrant les différentes alternatives possibles au sein du projet européen.

Il faut repolitiser l’Europe pour re-créer de l’engagement et de l’engouement. Il faut retrouver une vraie démocratie de base et des outils de démocratie directe (à l’aide des civic techs par exemple) sur les thématiques européennes, avec des échanges entre les citoyens susceptibles.

Re-populariser l’Europe

Il est nécessaire d’aller dans la rue au contact des gens et de les forcer à en parler à travers une discussion apaisée. Il faut remettre l’Europe comme quelque chose d’actif dans la bouche des gens en sortant des sentiers battus, à travers l’utilisation de mots chocs, de gros mots. Il faut passer par ces artifices linguistiques pour instaurer le dialogue et partir de l’expérience que les gens ont de l’Europe et qui la vivent au quotidien. Rendre attirante l’Europe c’est aussi faire le pari de parler d’Europe là où on s’y attend le moins et sortir de sentiers battus. Le personnel politique doit adopter un style et langage plus proche des gens.

Réhausser l’image de l’Europe et l’intérêt des citoyens

Il y a un manque d’intérêt pour l’Europe énorme et désolant de la part des médias. Ils parlent de façon ethnocentrique. L’européen est traité comme quelque chose d’exotique. Il faut donc plus de moyens financiers et de volonté politique pour développer des médias européens comme Euronews.

Les réseaux sociaux sont aussi là pour médiatiser l’Europe. Les médias traditionnels ne vont pas se mettre à médiatiser tout seul l’UE, ils vont suivre avant tout les débats de société : il faut créer du buzz. Il faut une approche bottom-up et mettre dans l’agenda les questions de citoyenneté. Il est important de parler de l’Europe à travers les droits de la citoyenneté européenne.

 

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La communication d’émancipation : la seule communication européenne vraiment démocratique

Loin des dogmes qui ont porté sur les fonts baptismaux le projet européen, le discours européen doit être aujourd’hui à la fois moins ésotérique et plus pragmatique pour le grand public. L’heure est la seule communication démocratique européenne possible, la communication d’émancipation. De quoi s’agit-il ?

Une communication européenne sécularisée : la communication de la sortie de la communication

La communication d’émancipation est la seule communication possible pour sortir de la communication européenne actuelle.

Première conséquence, la communication de l’Union européenne doit sortir des débats hyper-idéologisés sclérosant qui piège tous les discours sur l’Europe et font de la langue de l’UE une langue quasi morte pour les citoyens européens.

Par conséquent, la communication européenne doit partir de la réalité désenchantée, de l’ère de la fin des téléologies, des promesses et des croyances qui ne rassemblent plus que quelques communautés de fidèles.

D’une certaine manière, le discours sur l’Europe, pour reprendre des propos anciens de Jean-Louis Bourlanges doit cesser de « faire semblant », de prendre des fantasmes (que ce soit des désirs ou des peurs) pour des réalités, de promettre sans délivrer, un reproche de survendre l’Europe dénoncé même par la Cour des comptes européenne.

L’Europe fait semblant. Semblant d’être une solution aux yeux de ses promoteurs et, à l’inverse, d’être une menace aux yeux de ses adversaires qui lui attribuent abusivement la responsabilité de tous les bouleversements.

En fait, le discours sur l’Europe crève autant de ses thuriféraires qui veillent jalousement sur les reliques des Pères fondateurs que de ses hérétiques qui dressent des euro-mythes fantasques.

Bref, il est temps de passer à une communication européenne sécularisée, qui rompe avec les dogmes et les démagogies, pour remettre à plat, avec aplomb, une parole audible par le grand public.

Une communication existentielle : la communication de la survie de la communication

Dans ce moment de vérité, #nobullshit, #nofakenews, la communication existentielle, qui parle de notre existence d’Européen, de la survie de l’Europe est finalement la seule communication vraiment démocratique.

L’occasion, unique, ultime de redonner des clés d’appréhension de l’objet européen et de compréhension des sujets européens à un public abandonné aux discours simplificateurs ou mystificateurs qui détournent et détruisent les réalisations du projet européen.

Cette communication existentielle, reposant sur une question pragmatique essentielle : « qu’est-ce que l’Europe a fait pour nous ? », dispose d’une généalogie déjà longue et riche, héritée de la question inaugurale des Monty Python « What have the Romans ever done for us ? » reprise pour l’UE par le Mouvement européen en 2007 et pour la CEDH avec Patrick Stewart en 2016.

Dorénavant, le site web « Que fait l’Europe pour moi ? » lancé par le Parlement européen soumet l’UE à la question. Enfin un projet ambitieux, d’autorité, sans jargon compliqué et d’initié, le site examine ce que l’UE fait pour nous à échelle humaine.

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Résultats : 1 800 notes brèves sur ce que l’UE fait pour chacun, des initiatives législatives majeures aux changements plus modestes dans la vie quotidienne, accompagnées d’une sélection présentant des projets localisés de l’UE.

En bref, ce portail de référence sur l’UE pour les citoyens accouche grâce à une certaine maturité dans la communication, qui relie à la fois simplicité et lucidité.

Bref, un projet de communication émancipateur qui fait éclater la bulle bruxelloise, plus utile que toutes les campagnes d’affichages ou de publicité pour réenchanter et faire aimer l’Europe. Souhaitons juste qu’il ne soit pas trop tard.

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Consultation citoyenne européenne : atelier collaboratif « Quelle communication pour l’Europe ? »

Que proposent les étudiants en masters professionnels au CELSA invités à participer à un atelier collaboratif co-animé par Thierry Libaert et Gaëtane Ricard-Nihoul dans le cadre des consultations citoyennes européennes en matière de communication pour l’Europe ?

Défis pour l’avenir de la communication sur l’Europe

L’exercice de brainstorming débouche sur une vision partagée :

  • Nécessité de sauver et poursuivre l’Europe ;
  • Difficulté à en comprendre le fonctionnement et à identifier ses acteurs ;
  • Flou qui entoure sans cesse ses messages ;
  • Complexité des arbitrages de communication en termes d’outils, canaux, cibles et récit ;
  • Crise politique européenne ;
  • Défis collectifs à relever.

Finalement, une question simple à plusieurs problématiques sur comment réinventer la communication sur l’Europe :

Comment faire que la communication serve efficacement le projet vertueux que demeure la construction européenne aujourd’hui ?

Comment envisager de concert des solutions/moyens/stratégies raisonnables/crédibles pour que l’Europe irrigue la société : éducation ? événements ? dimension médiatique des leviers ?

Comment palier le déclin de confiance au sein de la société, l’ignorance des process communautaires, le déficit d’incarnation de “l’Europe” et de démocratie, la bureaucratie opaque, l’éloignement entre l’échelle supranationale et les territoires infra-étatiques, la question des coûts/RSI et le passif de campagnes de communication non impactantes ?

Propositions formulées

Élaborer enfin des messages aux contenus et formats pédagogiques, moteurs de proximité entre les individus dans la société ET l’échelle communautaire.

Instituer une organisation/agence dépolitisée dédiée à toute la communication européenne.

Investir un dispositif médiatique 360° (ex. relations presse-journalistes/médias sociaux beaucoup plus proactives et ciblées) pour structurer les circulations de la communication “européenne”.

Mettre en œuvre une stratégie de marque “Europe” à part entière qui puisse entre autres pénétrer jusqu’au cœur des territoires dans les États.

Créer des productions culturelles/programmes audiovisuels (de type “TV réalité”) dédiés au thème “Europe”.

Instaurer un événement ritualisé et solennel (une “journée”/ une “semaine”) pour consacrer l’Europe.

Inaugurer un exercice du pouvoir européen beaucoup plus mobile, voire une itinérance des institutions au sein des 27 États.

Encourager la mobilité trans-européenne des individus, depuis l’école via programmes pédagogiques dédiés et journée civique-défense “Europe” jusqu’à l’âge adulte.

Au total, l’atelier collaboratif sur la communication européenne plaide pour une refondation profonde, un impératif dorénavant très largement consensuel.

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Incommunication et communication européennes : « viva la revolucion ! »

Lors du colloque organisé par les étudiants du CELSA à la Mairie du XVe à Paris le 7 novembre dernier sur le thème de l’Incommunication européenne », une convergence de vue en filagramme se dessine au travers des différentes interventions pour faire la révolution de la communication européenne…

Dominique Wolton : la communication est la condition de survie de l’Europe

En ouverture du colloque, Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS et directeur de la revue Hermès invite à lutter contre l’incommunication européenne, par la négociation.

L’Europe est la plus grande aventure pacifique et expérience démocratique dans le monde mais on n’est d’accord sur pratiquement rien, donc on n’ose pas débattre et la communication de l’Europe a quasiment tout raté, quoique le désir d’Europe soit plus fort que la volonté de destruction.

Plusieurs éléments constituent des conditions pour communiquer, donc négocier :

  • Le patrimoine identitaire des valeurs communes chaotiques et contradictoires doit être mis en avant ;
  • La négociation des identités doit permettre de mettre à distance le passé et la mémoire des empires et de la colonisation pour relativiser les divisions du présent ;
  • La construction européenne ne doit plus se faire avoir par la tyrannie des experts et des technos qui ont imposé un opérateur économique plutôt qu’un projet politique, qui fait que les populismes font pression car on ne retrouve pas dans l’Europe des forces d’émancipation ;
  • L’info factuelle sur l’UE existe mais ne rentre pas dans les codes de la communication faute de médias, de médiations et d’espace public européens.
  • La tyrannie de l’expression sur les réseaux sociaux peut conduire à un alignement sous la pression des minorités et au populisme lorsqu’une seule partie du peuple est écoutée lorsqu’elle parle. La démocratie participative/interactive sans filtre, ne vaut pas mieux que les intermédiaires trop nombreux et peu structurés sur les réseaux sociaux.

Quelques chantiers impératifs peuvent nous permettre d’approfondir la connaissance de ce qui nous sépare :

  1. Valoriser le dialogue interpersonnel, donc sauver toutes les langues maternelles et apprendre 3 langues étrangères d’une part et faciliter via « 50 nuances d’Erasmus » la circulation de toutes les catégories de la population d’autre part, car les souvenirs, tout comme les stéréotypes sont autant les adversaires de la communication que le seul moyen d’aborder le dialogue ;
  2. Valoriser la diversité culturelle, donc apprendre les histoires de l’Europe pour sortir du silence des mémoires et faciliter les comparaisons entre États-membres et développer les industries créatives pour contrer le monopole des États-Unis.

En somme, pour Dominique Wolton, l’Europe est une familiarité qui ne se reconnaît pas ; mais la communication peut seule nous permettre de cohabiter et de négocier un avenir commun.

1e table ronde : dépôt de bilan pour la communication européenne

Les intervenants de la 1e table ronde – Thierry Libaert, Eric Dacheux et Jean Quatremer – ont débattus de l’état des lieux de l’incommunication et de la communication européennes.

Eric Dacheux s’est montré, sur un plan théorique, le plus acide de la communication de l’Union européenne :

  • Rapprocher l’UE et les citoyens, leitmotiv de la comm’ est une idiotie car cela démontre que l’UE s’est faite, non seulement sans les citoyens mais contre eux ;
  • Réduire la communication de l’UE à une comm’ persuasive est une erreur, car cela réduit l’UE à une marque et les citoyens à des cibles, alors qu’il faut créer du commun ;
  • Renoncer à un prêt-à-penser communicationnel, permettrait de voir que les citoyens ne sont pas en manque d’informations sur l’Europe, mais souffrent d’un déficit d’instruction civique européenne ;
  • Renoncer au « tout numérique pour connecter les citoyens aux institutions européennes » permettrait de laisser à la fois le temps et la distance nécessaire à la possibilité d’une communication ;
  • Retrouver un projet fondateur, une utopie à la place de la paix, qui est une plaie de la lutte de tous contre tous, permettrait de créer un conflit intégrateur pour construire des désaccords, la fabrique du consentement reposant sur des questions qui fâchent et le pouvoir de dire non.

En somme, pour Eric Dacheux, il vaut mieux « proposer des problèmes à résoudre en commun que donner des fausses solutions solitaires ».

Thierry Libaert, fort de son expérience au cœur du Comité économique et social européen, s’est montré le plus pragmatique :

  • Depuis le reproche adressé aux Pères fondateurs d’une approche technocratique de « solidarités de fait », on cherche encore la place des citoyens ;
  • Seule la communication de terrain, au contact des citoyens réussit tandis que la communication à distance et par les tuyaux échoue ;
  • La solution à l’incommunication européenne ne passe pas seulement par la communication, qui n’est pas la solution à tous les problèmes.

En conclusion, pour Thierry Libaert, il faut prendre au sérieux la forte demande de renouveau formulée par les citoyens, notamment à l’occasion des consultations citoyennes européennes.

Jean Quatremer propose la lecture la plus politique et acerbe du bilan de la construction européenne :

  • « Le problème fondamental de l’UE, c’est le mensonge entretenu par les États-membres et l’UE » sur la place des peuples dans cette construction des États : lorsque le marché fonctionne sans les peuples, tout le monde y est indifférent parce que c’est technique, mais pas lorsque les enjeux plus liés à la souveraineté (monnaie, frontière) sont gérés par le même appareil institutionnel ;
  • « Rien n’est gravé dans le marbre des traités », c’est la responsabilité des États, donc depuis une décennie l’Europe merkelienne où la CDU domine la politique européenne et conduit des politiques publiques de l’UE partisanes ;
  • « Bruxelles, c’est le Vatican à Rome », on y chasse les hérétiques, la moindre critique est facteur d’excommunication et la complexité est une finalité politique pour ne pas lever le voile et éviter le débat politique, qui permettrait l’appropriation par les peuples.

Conclusion définitive de Jean Quatremer : « il faut stopper le délire de la Commission européenne » sinon l’europhobie va monter aussi vite que la démagogie. La dérive idéologique et technocratique doit laisser la place à un fonctionnement plus démocratique avec une responsabilité politique devant le Parlement européen et des citoyens qui veulent qu’on leur rende leur pouvoir de décision.

Que faut-il retenir du dépôt de bilan de la communication européenne ?

Une impasse en matière de principes :

  • L’affaire Selmayr à elle seule résume l’échec de nombreux principes dont collégialité des décisions, exemplarité de l’institution, responsabilité politique face à l’administration…
  • L’irrespect des valeurs fondamentales en Pologne et Hongrie est le signe d’un autre échec que la Commission avec son Premier Vice-Président Timmermans n’est pas parvenue à juguler…
  • Le droit d’initiative a été très largement subordonné aux souhaits des grands États-membres et au strict programme Juncker tandis que les tentatives de règlement en solo, sans le poids du Conseil européen (quotas de migrants par États-membres) ont été des échecs…
  • La capacité de décision exécutive se trouve de plus en plus diluée par le poids grandissant de l’autorité et des moyens des agences exécutives…

Un échec de la communication européenne :

  • Antagonisée face aux États-membres alors que seule la coopération permet d’atteindre le grand public ;
  • Filialisée à une famille politique et à un pays : la CDU allemande ;
  • Liée au seul destin de l’institution et du programme politique de son président ;
  • Neutralisée, trop silencieuse sur les grands enjeux et très bavarde sur les détails en particulier sur les réseaux sociaux…

2e table ronde : quelle communication européenne pour demain ?

Autour de la 2e table ronde, 3 intervenants – Isabelle Coustet, chef du bureau du Parlement européen en France, Juliette Charbonneaux, maître de conférence au CELSA et votre serviteur – ont dialogué des solutions pour « révolutionner » la communication de l’Europe.

Isabelle Coustet présente la campagne originale du Parlement européen pour les prochaines élections européennes, résolument pro-européenne « Cette fois, je vote » avec une plateforme web de quasi « community organising », qui invite non seulement les citoyens à voter, mais aussi à en parler autour d’eux et à rejoindre l’équipe d’organisation d’événements partout en Europe.

Juliette Charbonneaux insiste sur le journalisme européen, entre la prétention initiale à l’apolitisme du projet européen et sa récente politisation qui tend à faciliter le travail des journalistes. Elle revient également sur la tentation de faire « tabula rasa » quant aux questions médiatiques européennes et rappelle que des médias européens existaient déjà dans l’Entre Deux Guerres pour tenter de faire vivre une utopie européenne.

Michaël Malherbe invite à renverser la table, conscient que, tant que les causes non traitées risquent de produire les mêmes effets, aucune campagne de communication miracle n’est possible.

Refonder des structures inspirées des expériences nationales conduit d’une part à se poser la question de la création d’un service public de l’information audiovisuelle au niveau européen avec une indépendance totale et une capacité d’enquête et d’autre part à se doter d’une agence européenne de communication afin de mutualiser les moyens pour répondre aux enjeux de réception auprès du public.

Par ailleurs, la présence de l’Union européenne sur les réseaux sociaux est pléthorique mais illisible et incompréhensible et les institutions n’investissent pas assez en paid dans ce domaine, alors qu’il y a un potentiel énorme.

En outre, il faut faire la part des choses entre l’opposition intégrée au système autour des politiques publiques européennes et l’opposition systémique à l’UE. Le défi est à la fois de davantage parler du fond que de la forme de l’UE et l’UE assura sa survie quand elle sera parvenue à intégrer les discours critiques anti-système.

Enfin, la communication européenne doit faire preuve d’ambition et de créativité pour construire un imaginaire européen et des symboles forts, comme des séries inspirées par l’UE, à l’exemple de Madam Secretary et tant d’autres séries avec le FBI et la CIA ; ou encore afficher le drapeau européen sur les maillots de foot, aux JO, sur Mars…

Conclusion : la démocratie européenne s’use à ne pas servir

L’eurodéputée Isabelle Thomas conclut le colloque avec un plaidoyer pour un nouveau narratif européen qui ne soit pas une vision poétique mais un discours pragmatique et rationnel pour une Europe qui sache résister aux États-continents, aux multinationales/GAFAM pour imposer son modèle de société.

Elle rêve d’une vague citoyenne aux élections européennes pour donner des ailes au Parlement européen et lui permettre de faire son Serment du Jeu de Paume, le moment constituant, prélude à la Révolution démocratique de l’Europe.

Que conclure ? Que le fil rouge invisible d’un certain esprit révolutionnaire, à la fois de contestation et de refondation, semble confirmé lors des Rendez-vous de l’Europe, la consultation citoyenne réunissant les parlementaires français et les eurodéputés français le lendemain, où Jean-Louis Bourlanges a également plaidé pour que « l’UE doit réussir sa révolution copernicienne afin de contribuer à la construction d’un monde où elle sera en mesure de défendre ses valeurs, son modèle social et politique ». Vaste programme !

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