Archives de l’auteur : Michael Malherbe

La communication européenne, ça n’existe pas, vraiment ?

A l’occasion du 1500e billet depuis le lancement de Lacomeuropéenne en septembre 2007, une question récurrente, en filigrane des interrogations, revient sans cesse : est-ce que la communication de l’Union européenne existe-elle vraiment ? Prenons cette occasion particulière pour tenter d’y apporter des éléments de réponse à partir d’une fresque de l’évolution des figures de la communication européenne au cours des dernières décennies de la construction européenne…

La communication technique, intégrative : la base de la communauté européenne

Même s’il n’est pas contestable que la communication n’existe pas dans le traité fondateur de la construction européenne, il n’en demeure pas moins que l’enjeu apparaît rapidement dans la mesure où toute organisation publique se doit de rendre compte au public de l’usage et des résultats des dépenses de financement public. Le rapport d’activité de la CEE porte ainsi sur les fonds baptismaux la grande évolution de la communication européenne à venir.

Cette première fonction d’organisation des administrations, de nature technique, sur les décennies des années 1950s à 1970s, exerce un rôle important pour porter à la connaissance du public les avancées de l’intégration du système avec la publicisation des premières décisions et la présentation des premières politiques publiques européennes.

La communication symbolique, représentative : le développement du Parlement européen

Face aux accusations dans la littérature scientifique britannique de « déficit démocratique » de la construction européenne en raison du rôle réduit confié au Parlement européen, l’évolution de cette institution va très largement répondre aux attentes et corriger ce défaut de démocratie dans le dispositif institutionnel européen. Les premières élections européennes en 1979 marquent un tournant majeur pour la communication européenne.

Cette deuxième fonction de représentation des citoyens, de nature symbolique, sur les décennies suivantes à partir des années 1980s, entraîne des transformations significatives des discours et de la médiatisation de la construction européenne, en particulier autour des temps forts correspondants aux campagnes électorales, sans sous-estimer la communication parlementaire, tant de l’institution en tant que telle, que les communications des eurodéputés.

La communication éthique, justificative : la clé de voute du Conseil européen

Confrontés à une multiplication de crises de plus en plus importantes, la légitimité de la construction européenne est renforcée par la montée du Conseil européen qui rassemble les chefs d’État et de gouvernement qui incarnent le pouvoir. Cette institution devient la clé de voute de la construction européenne à partir des années 1990s. Les réunions nocturnes et les conclusions partagées au milieu de la nuit incarnent cette nouvelle nécessité de s’appuyer sur la politique des événements et cette responsabilité de trancher et prendre des décisions.

Cette troisième fonction de justification des choix, de nature éthique, s’applique en donnant des orientations publiques, communiquées aux autres institutions européennes, en particulier pour la Commission européenne qui conserve le pouvoir d’initiative législative. La communication autour du Conseil européen s’est raffinée notamment en amont pour parvenir à poser les enjeux, peser les choix, orienter les opinions publiques avec des mobilisations dorénavant paneuropéennes des leaders européens dans les médias ; mais aussi en aval, pour organiser des conférences de presse avec les correspondants de presse de chaque espace national ou parfois commune à plusieurs chefs d’État et de gouvernement qui assurent le service après-vente auprès des citoyens.

La communication critique : la vie politique européenne

Avec la montée de forces politiques populistes et la formulation de critiques eurosceptiques et europhobes de masse, la conversation publique, les controverses partisanes, les débats publics dans les hémicycles des assemblées, les panels télévisés, etc. se sont très largement développées autour de l’Europe depuis les années 2000s. Le discours programmatique ex-cathedra donné depuis une université européenne par une personnalité politique est devenu une figure de style imposée à tout leader politique européen qui veut exercer un rôle d’influence de premier plan.

Cette quatrième fonction de contestation et de proposition, de nature critique, s’exerce non seulement au sein de toutes les institutions européennes mais surtout dans les sociétés civiles, dans les médias, dans les lieux qui accueillent une parole européenne, plus libre, plus critique. En somme, la vie politique européenne s’est peu à peu imposée dans nos vies quotidiennes, pour qui veut tendre l’oreille. La politisation renforce l’incarnation des orientations, personnalise les choix, mobilise aujourd’hui les électorats – le taux de participation a augmenté pour la première fois lors des dernières élections européennes – et demain aussi les journalistes.

Alors, est-ce que vous êtes convaincu dorénavant que la communication européenne, ça existe pour de vrai ?

Discours sur l’état de l’Union 2022 : l’Europe à l’heure des solidarités

Pour ce 13e discours sur l’état de l’Union, le premier en temps de guerre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a enfilé l’uniforme militaire en se vetant littéralement aux couleurs de l’Ukraine, avec un propos offensif pour une Union européenne forte de ses valeurs qui n’est plus tant proactive sur son propre agenda mais réactive face au événements et crises comme l’Ukraine ou l’énergie, un discours très politique…

La solidarité de l’UE en soutien au courage de l’Ukraine

La force intérieure de l’Europe a été ravivée par l’agression de la Russie en Ukraine, l’unité doit être préservée pour que l’UE soit à la hauteur des enjeux considérables, même si un nouveau train de sanctions contre la Russie n’a pas été annoncé.

Le courage a dorénavant un nom, un visage, c’est le peuple ukrainien, une nation de héros, dont la solidarité européenne à hauteur de 19 milliards d’euros va se poursuivre avec aussi d’autres mesures d’intégration au marché intérieur européen : roaming, accès au marché de l’électricité…

La solidarité économique pour un changement de paradigme économique

La crise énergétique, qui est la plus saillante lors de cette rentrée fait l’objet d’une série de propositions pour viser l’indépendance aux hydrocarbures russes et la fin des manipulations des prix des marchés des énergies par la Russie.

Outre la diversification des approvisionnements et la réduction de la consommation des ménages, des entreprises et des administrations déjà largement engagées, la réforme du marché de l’électricité pour découpler les prix du gaz et de l’électricité ainsi que le plafonnement des recettes des producteurs d’électricité, soit une estimation de 140 milliards d’euros redistribués, sont à l’ordre du jour.

Le changement de paradigme pour une solidarité en action implique aussi d’autres propositions comme :

  • La création d’une banque de l’hydrogène, dotée de 3 milliards d’euros pour construire le futur marché de cette énergie prometteuse,
  • Le doublement des capacités de lutte contre les incendies,
  • La poursuite des investissements du plan NextGenerationEU, dont 700 milliards d’euros doivent être encore investis dans les économies sociales de marché européennes,
  • La souplesse dans les trajectoires de désendettements des États pour la gouvernance économique,
  • Le soutien aux PME avec plusieurs actions,
  • L’Année européenne des talents, en 2023, pour la formation continue,
  • Un règlement sur les matières premières critiques, après l’action de l’UE pour les batteries et les semi-conducteurs,
  • La création future d’un fonds de souveraineté européenne pour investir dans les industries d’avenir.

La solidarité des démocraties européennes

Afin de défendre la démocratie, Ursula von der Leyen recommande d’investir dans le pouvoir collectif des démocraties pour les biens publics mondiaux avec plusieurs actions comme le soutien à la Communauté politique européenne suggérée par Macron, la poursuite de Global Gateway, les routes de la soie à la sauce UE et de nouvelles mesures contre les ingérences malveillantes d’agents étrangers et la lutte contre la corruption, inclus dans le régime de sanction des droits de l’Homme.

Pour conclure, deux recommandations institutionnelles pour approfondir la démocratie européenne : d’une part, suivre la recommandation de la conférence sur l’avenir de l’Europe de maintenir des panels de citoyens comme une composante permanente de la vie démocratique (sans oublier une nouvelle initiative sur la santé mentale, issue des recommandations de la COFEU) et d’autre part, consacrer la solidarité intergénérationnelle dans les traités européens afin de renouveler la promesse européenne, via la convocation d’une Convention pour la révision des traités.

“Puisque nous songeons sérieusement à élargir notre Union, nous devons aussi envisager sérieusement de la réformer.”

Au total, le discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen 2022 gagne par rapport aux années précédentes, un vrai fil rouge, un narratif cohérent autour de la solidarité ; tandis que quasi toutes les propositions mentionnées viennent des États-membres plutôt que des services internes ou des partis politiques, mais manque un peu d’idées ground-breaking.

Panorama des journalistes accrédités auprès des institutions de l’Union européenne

Les journalistes accrédités auprès de la Commission européenne, et les types de médias représentés, fournissent des informations très utiles sur la façon dont les médias couvrent l’Union européenne à partir de Bruxelles. Au fur et à mesure que le nombre de membres et le pouvoir de l’Union européenne ont augmenté, la taille du « corps de presse bruxellois » a également augmenté, mais que disent les derniers chiffres

Évolutions historiques des journalistes accrédités auprès de la Commission européenne

En 1976, alors que la Communauté économique européenne de l’époque comptait neuf membres, seuls 259 journalistes étaient accrédités auprès des institutions européennes. Le nombre de journalistes accrédités auprès de la Commission européenne a connu son pic en 2018 avec 1 031 journalistes. En septembre 2020, 899 journalistes étaient accrédités auprès de la Commission européenne. Tous ces chiffres représentent les accréditations annuelles, mais n’incluent pas les accréditations temporaires ou événementielles.

Pourquoi cette stabilisation du nombre de correspondants de presse à Bruxelles ?

  1. Les salles de rédaction à travers l’Europe – d’où viennent la plupart des correspondants basés à Bruxelles – ont licencié du personnel depuis le milieu des années 1990 en raison de la crise économique, de la baisse des sources de revenus et des coûts de maintenance des bureaux coûteux à l’étranger.
  2. Le nombre de correspondants étrangers diminue parce que le temps consacré par les médias traditionnels à l’information internationale a diminué.
  3. De nombreux journalistes d’Europe centrale et orientale venus à Bruxelles pour couvrir l’adhésion de leur pays à l’UE sont rentrés chez eux après l’adhésion de leur pays.

Tendances récentes des journalistes accrédités auprès de la Commission européenne

Chiffres clés : En septembre 2020, 189 de ces 899 journalistes, soit 21 % de tous les représentants des médias, travaillent pour des agences de presse. Les journalistes des agences de presse font majoritairement partie du personnel (160 journalistes), tandis que seulement 29 (15 %) sont des pigistes.

Déclin presse écrite : Depuis 2004, il y a eu un léger déplacement des journalistes de la presse écrite vers les médias en ligne, les agences de presse et les médias audiovisuels (radio et télévision). En 2005, près de la moitié des journalistes accrédités à Bruxelles travaillaient dans la presse écrite. En mai 2012, un peu plus de 40 %, et ce chiffre est tombé à 26 % en octobre 2015.

Stabilisation des agences de presse : La part des journalistes d’agences de presse a légèrement diminué au cours de la dernière décennie. En 2012, 26 % des journalistes accrédités travaillaient pour des agences de presse. Ce chiffre est tombé à 21 % à la fin de 2015 et reste à ce niveau en 2020. Les agences de presse de six pays européens (le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, la Belgique, l’Italie et l’Espagne) dominent ouvertement le secteur, puisque chacun d’eux compte plus de dix journalistes et qu’ensemble, ils représentent 76 % des effectifs des agences de presse à Bruxelles, avec 116 journalistes accrédités en permanence.

Médias accrédités principalement de pays européens et membres de l’UE : Sur l’ensemble des journalistes accrédités, 609, soit 68 %, travaillent pour des médias de 34 pays membres, candidats ou candidats potentiels à l’Union européenne.

Déficit des pays candidats et candidats potentiels : Dix pays figurant sur la liste des pays membres, candidats ou candidats potentiels n’ont pas de journalistes d’agence de presse couvrant l’Union européenne à Bruxelles, et 13 n’ont qu’un seul journaliste d’agence de presse accrédité auprès de la Commission européenne.

Focus sur les agences de presse d’Europe Ouest et Est dans les institutions de l’UE

Un premier groupe « UE-Ouest » constitué des États qui ont rejoint l’UE avant ou au cours de l’élargissement de 1995 comprend 14 agences de presse tandis qu’un deuxième groupe « UE Est » composé d’agences de pays qui ont rejoint l’UE entre 2004 et 2013 ainsi que de pays candidats et de pays candidats potentiels contient des agences de 20 pays. Les États qui ne sont pas membres de l’UE – comme la Norvège, la Suisse ou encore le Royaume-Uni – sont exclus des comparaisons exhaustives entre les « anciens » et les « nouveaux » États membres ou pays candidats.

La sortie du Royaume-Uni de l’adhésion à l’UE est un événement important pour la couverture des affaires européennes puisqu’il y reste actuellement 138 journalistes de médias britanniques accrédités auprès de la Commission européenne. C’est plus que tout autre pays, même l’Allemagne (96) et la France (99), bien que ces deux pays aient une population plus importante que le Royaume-Uni. Il existe plusieurs médias importants sur les affaires européennes qui sont enregistrés au Royaume-Uni, comme le Financial Times, Euractiv et MLex. D’un autre côté, Euronews est enregistré à Lyon, en France, dynamisant les chiffres français, tandis que Politico Europe dynamise ceux de la Belgique.

Les agences de presse des pays membres de l’UE-Ouest dominent les ressources pour couvrir l’Union européenne lorsque le nombre de journalistes accrédités auprès de la Commission européenne est pris en considération. 531 journalistes couvrant l’UE sont originaires de ces 14 pays. En revanche, seuls 75 journalistes travaillent pour les 20 autres pays européens, composés de 13 membres qui ont rejoint l’UE avec l’élargissement, et de 7 pays candidats.

En plus de tous les journalistes, les membres des médias travaillant pour les agences de presse dans les pays de l’UE-Ouest (100) sont quatre fois plus nombreux que ceux des pays de l’UE-Est (21). Deux pays du groupe UE-Ouest n’ont pas de journaliste accrédité travaillant pour une agence de presse à Bruxelles, tandis que 8 des 20 pays du groupe UE-Est n’ont pas d’agence de presse à Bruxelles. Huit autres pays sur 20 n’ont qu’un seul journaliste accrédité contribuant pour une agence de presse.

Pourquoi ce déficit du nombre de correspondants de presse à Bruxelles par leurs agences de presse du groupe UE-Est ?

Petite taille du paysage médiatique dans les pays concernés, dépendance vis-à-vis des agences de presse internationales, réduisant le rôle des services d’information générale des agences nationales, et perte de revenus de leurs médias d’information en raison de bouleversement numérique.

Quelles conséquences sur l’information européenne ?

Outre le fait que les agences de presse nationales du groupe UE-Est ont des capacités et des ressources limitées pour couvrir Bruxelles, le nombre de journalistes accrédités auprès de l’UE travaillant pour tous les types de médias (74 journalistes y compris ceux des agences de presse) est très faible dans ces pays par rapport au groupe UE-Ouest (531). Cela signifie que les habitants de ces pays ont peu de sources d’informations et de points de vue sur les affaires européennes, car leurs médias nationaux n’emploient pratiquement aucun journaliste pour couvrir Bruxelles. L’un des 20 pays n’a même pas un seul reporter à Bruxelles. 2 autres de ces pays n’ont qu’un seul journaliste accrédité couvrant l’UE. 14 de ces 20 pays n’ont pas plus de trois journalistes accrédités auprès de la Commission européenne.

Alors, quelles peuvent être les solutions pour compenser le déficit de correspondants à Bruxelles travaillant dans des agences de presse issus d’États-membres et candidats de l’Europe Centrale et Orientale ?

Comment vraiment intéresser les Français à l’Europe ?

C’est la mission – ambitieuse – du projet « Listen To Europe » qui vise à construire des campagnes de communication ciblées et innovantes basées sur l’analyse de données (sondages d’opinion) et de conversations et récits (posts Facebook) concernant la démocratie, la participation et l’UE. La méthodologie repose d’une part, sur l’exploitation de données fiables pour segmenter les publics cibles et l’identification d’un public susceptible de bouger sur ses lignes et d’autre part, la construction des bons messages, qui amènent plus de gens dans la conversation…

Mais en fait, les Français se sentent-ils concernés par la démocratie ?

Avant tout, il s’agit de connaître et de comprendre comment les citoyens français se positionnent par rapport à l’enjeu le plus général de la démocratie, et de leur soutien à un système démocratique pour gouverner leur pays.

38% des Français soutiennent toujours la démocratie dans leur pays ; un résultat – disons décevant – qui n’est malheureusement pas majoritaire contrairement à l’Allemagne (56%) mais qui n’est pas aussi catastrophique qu’en Pologne (19%) ou en Hongrie (16%). Il s’agit du socle potentiel maximal sur lequel il pourrait être possible d’intéresser à l’Europe, encore faut-il savoir quelles sont les opinions des Français à ce sujet.

Mais en vrai, quelles sont attitudes des Français vis-à-vis de l’Europe ?

A partir d’une analyse plus fine des grandes orientations politiques des Français sur la base de positionnement relatif à des thématiques, des comportements et des idéologies, se dessinent une segmentation spécifique à l’Europe.

27% des Français peuvent être considéré appartenir à la catégorie des « Modérés », susceptible d’être réceptifs et persuadable tandis que le premier segment correspond aux « Sceptiques » qui risquent de ne même pas recevoir les messages européens tandis que le reste se répartit entre les « Enthousiastes » et les « Ambivalents ».

Mais en clair, comment s’adresser aux Français pour leur parler d’Europe ?

Selon les sujets, plusieurs partis pris peuvent permettre de trouver les bons cadrages pour s’adresser aux Français sur l’Europe, grâce à l’analyse des récits et conversations :

  • Identity : mieux vaut mettre la France en premier, l’Europe en second ;
  • Emotion : mieux vaut mettre l’espoir pour un meilleur futur en avant ;
  • Place : mieux vaut miser sur la fierté nationale ;
  • Outlook : mieux vaut viser l’alignement entre valeurs et actions afin d’éviter les radicalités, le retour au passé ou le statu quo ;
  • Goal : mieux vaut valoriser la réduction des inégalités économiques, et la solidarité autour de points forts comme les droits de l’homme, l’égalité et donc l’Europe ;

La participation à l’Europe bénéficie à l’amélioration de l’économie, au soutien aux valeurs comme la tolérance et le respect des droits de l’homme à la condition de reconnaître que l’Europe est un projet en construction « work-in-progress ».

Mais en bref, comment communiquer sur l’Europe en France ?

Les messages sont plus susceptibles d’engager et de motiver un public modéré s’ils sont d’abord perçus comme authentiques et guidés par des valeurs et créés pour les gens, pas pour les militants.

Concrètement, il faut viser l’authenticité, pas le marketing qui est souvent rejeté comme manipulateur. De même, il faut privilégier des vraies personnes, pas des acteurs ou des séquences d’archives et de plans d’habillage.

Ensuite, les messages doivent être travaillés sous l’angle de l’histoire, du narratif racontés pour donner envie de suivre et d’en savoir davantage. De même, les messages doivent offrir des solutions, des actions simples que quelqu’un peut faire en faisant appel au bon sens.

Enfin, les messages doivent être pleins d’espoir, concentrés sur l’avenir (pas sur les torts passés et les reproches), parler d’ouverture au changement des traditions, mais sans changement radical en vue d’une réduction des inégalités économiques, pour une France plus juste et tolérante au sein et avec l’Europe.

Comment aller au-delà des audiences captives sur l’Europe ?

Et si nous pouvions améliorer la façon dont nous communiquons sur l’Europe afin d’engager différemment une variété de publics différents, sur la base d’une meilleure connaissance des attitudes des Européens et de leurs réflexions sur les enjeux contemporains…

Une méthodologie éprouvée mise en œuvre pour l’Europe : de l’écoute, à l’apprentissage et à l’engagement actif

Parce que dans le monde interconnecté d’aujourd’hui, les gens se socialisent dans les espaces numériques, le projet « Listen to Europe » lancé en 2019 avant les élections européennes vise à apprendre comment améliorer l’efficacité des campagnes de communication au-delà des bases existantes en reposant sur une démarche rigoureuse :

  • Évaluer ce que nos concitoyens pensent de la démocratie en général mais aussi leur position sur certaines questions plus spécifiques ;
  • Tester des récits et développer des messages pour atteindre et convaincre au-delà du public habituel européen ;
  • Lancer des campagnes ciblées, informées et interactives qui permettent l’engagement actif des citoyens, en particulier ceux qui ne le sont pas.

Face aux défis de l’agenda de l’UE (relance européenne, démocratie européenne, avenir de l’Europe), mais aussi de la lutte contre la désinformation et du nécessaire réengagement civique, en particulier en ligne, tout en favorisant un débat européen démocratique et informé, la clé réside dans la façon dont on communique avec une variété de publics différents en dehors des supporters, à savoir viser à atteindre les citoyens généralement ignorés mais intéressés par l’UE.

Une compréhension des comportements et des attitudes des citoyens ignorés mais intéressés par l’UE à l’égard des problèmes importants de notre époque

Le point de départ de toute démarche de communication consiste à savoir qui est notre public, ce qui l’intéresse, où aller pour se connecter avec lui et quel type de message résonnera auprès de lui. Plus facile à dire qu’à faire, surtout à grande échelle.

Le projet « Listen To Europe » combine données de sondage d’opinion classiques, recherche via des groupes de discussion, écoute des médias et tests de campagne afin de structurer ces données autour de segments basés sur les attitudes envers la démocratie, l’UE et plusieurs autres valeurs et attitudes fondamentales.

Avec cette méthode, l’audience peut être structurée, sous l’angle de la communication européenne, selon :

1. Public enthousiaste de partisans et supporters : aime la démocratie et l’UE, ainsi que la diversité, l’égalité, la protection de l’environnement, la solidarité et la coopération internationales, autant de sujets perçus comme des problèmes prioritaires ;

2. Public modéré de personnes susceptibles de bouger : peut être persuadé d’aimer la démocratie et l’UE, même si ce n’est pas une priorité, car ils sont occupés par leur vie quotidienne, travail et famille. Cependant, certains problèmes peuvent les déclencher dans les deux sens.

3. Public ambivalent : plus sceptique à l’égard de la démocratie et de l’UE, mais comme les modérés, ils sont occupés par leur vie quotidienne, ce n’est donc pas leur priorité. Cependant, certains problèmes peuvent les déclencher dans les deux sens.

4. Public d’opposition : n’aime pas la démocratie ou l’UE, et travaille activement contre la plupart des choses pour lesquelles un enthousiaste travaille. Ils ont tendance à être autoritaires, favorisent les dirigeants « forts » et détestent généralement les immigrés et les droits des femmes, en particulier. C’est généralement de là que provient la désinformation, et ils sont souvent très organisés dans leurs actions de désinformation, car ils tentent d’influencer négativement les récits publics.

Une interprétation des potentiels points de résonnance qui mobilisent autour de la cause européenne

À partir de cette large catégorisation, des publics cibles plus décomposés par thématique peuvent servir de point d’ancrage dans la façon d’aborder et de concevoir des groupes de publics particuliers cohérents. Reste à savoir comment les approcher.

La clé pour interpréter les positionnements d’opinion sur l’Europe consiste, de manière schématique à comparer Enthusiasts Vs Sceptics afin de définir la taille de notre base de supporters par rapport à celle de nos adversaires, puis Moderates Vs Ambivalents, afin d’indiquer avec quelle “facilité” on peut persuader un public moyen plus large de soutenir notre cause.

Ces premiers segments peuvent et doivent être décomposés encore plus selon différents thèmes pour être appliqués dans une campagne de communication au jour le jour.

Une communication européenne au-delà de sa base saisissant des opportunités dans l’opinion afin de proposer des modalités d’implication

A partir des actions de communication d’ores et déjà réalisées, plusieurs conseils se dessinent pour les professionnels :

N’utilisez pas de visuels de démonstrations si vous souhaitez attirer un public moyen, en particulier s’ils peuvent être interprétés comme potentiellement agressifs ou perturbateurs de la vie quotidienne. C’est une réaction qui revient maintes et maintes fois dans notre groupe de discussion – même parmi les enthousiastes.

L’authenticité est la clé. Le contenu trop “élégant” est sous-performant au-delà de la base. Il peut apparaître comme un contenu manipulateur et plus politique. Le but est de le raffiner au maximum avec de vraies personnes et des expériences réelles, bien mieux testées.

Ne vous engagez pas directement dans la désinformation. S’engager avec ce contenu ne fait que renforcer sa portée. Plutôt que de vous engager directement dans la désinformation, concentrez-vous sur la publication de vos récits les plus convaincants pour votre sous-audience.

La formulation est importante. Des termes tels que « justice climatique » ou « transition juste » ont l’effet inverse de persuader le public moyen. En fait, les gens les trouvent déroutantes. Parlez-en plutôt en termes plus spécifiques, comme “Comment l’innovation allemande peut aider à résoudre la crise climatique” ou “Quand les forêts vont bien, nous nous faisons bien”.

Il y a une ligne fine entre motivation et apathie. Par exemple, si vous souhaitez mobiliser des actions contre la corruption, ne parlez pas de la corruption comme d’un problème systémique, même si c’est le cas. Il est préférable de l’attacher à des personnes ou à des événements spécifiques. Cela est moins susceptible de submerger les publics intermédiaires et en fin de compte, d’inspirer l’inaction, au lieu de les motiver et de les mobiliser.

Que faut-il surtout retenir pour mobiliser sur l’Europe ? En tant que communicant, vous devez coder ce que vous voulez dire, dans le contexte de ce que votre public peut entendre ou auquel il peut s’identifier.