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Bilan de la campagne électorale en ligne pour les élections européennes de 2019

Que peut-on apprendre de l’Observatoire européen des élections, qui a collecté plus de 10 000 documents électoraux, en particulier les publications sur les réseaux sociaux et des annonces imprimées, produits par 418 partis politiques ou candidats et 193 de leurs comptes Facebook officiels, dans les 28 États-membres appelés à voter…

Principales tendances : une campagne globalement pro-Europe

28 campagnes électorales différentes : La campagne électorale pour les élections européennes ne s’est pas déroulée de manière uniforme, il existe plusieurs différences entre les 28 nations européennes, chacune d’entre elles marquée par des spécificités et particularités.

Pas de campagne supranationale : Les différentes campagnes électorales nationales ont présenté un faible degré d’internationalisation. La présence des campagnes de l’UE n’était pas détectable. Un aspect qui, au moins pour la communication électorale, confirme que les identités nationales priment de loin sur les affiliations politiques européennes.

L’impact des réseaux sociaux : Un changement dans les instruments de la campagne apparaît évident, les réseaux sociaux, dont l’utilisation représente la plus grande nouveauté de cette campagne électorale, ont surclassé les médias traditionnels. Pourtant, des différences notables apparaissent dans la production et l’utilisation des réseaux sociaux entre les quatre zones géographiques et familles politiques.

Une campagne électorale de faible intensité : A deux semaines du scrutin, la campagne électorale avait encore du mal à décoller. Seuls dans quelques pays, on peut parler d’une campagne électorale intense, alors que dans la plupart des autres, la campagne européenne était à peine perceptible.

Des thèmes plus nationaux qu’européens : La prédominance des thèmes domestiques par rapport aux thèmes européens était une tendance commune dans presque tous les pays. Les sujets abordés par les partis politiques et leurs candidats étaient principalement nationaux, par exemple, l’immigration, bien que potentiellement supranationale, était fréquemment présentée et discutée dans la limite de ses conséquences nationale. En revanche, les sujets environnementaux étaient généralement traités dans une dimension supranationale.

Des enjeux géographiés : Parmi les macro-thèmes les plus discutés pendant la campagne électorale, outre l’Europe, on retrouve les valeurs, puis l’économie. Les macro-thèmes de l’environnement et de l’immigration présentent une caractérisation géographique marquée, alors que les questions liées à l’immigration sont plus présentes dans la campagne électorale en Europe de l’Est, l’environnement est strictement lié à l’Europe du Nord et de l’Ouest.

Une campagne pro-Europe : Malgré l’opinion générale d’une campagne électorale caractérisée par l’activisme significatif des sentiments eurosceptiques et des partis eurocritiques, les forces les plus actives dans la campagne électorale et celles qui ont le plus communiqué ont été celles fortement ou en tout cas assez favorable à l’Europe. La campagne électorale européenne de 2019 n’a pas été dominée par la propagande des forces eurocritiques ou eurosceptiques, ni par le front généralement défini des forces souveraines. Un fait qui pourrait être lié au changement des thèmes de la campagne électorale de certains partis politiques qui par le passé avaient soutenu des positions d’opposition radicale envers l’Europe jusqu’à la sortie de l’euro, et qui cette année ont plutôt limité leurs critiques sur aspects spécifiques de l’UE et de ses politiques.

Meilleurs partis politiques sur les réseaux sociaux : l’engagement des populistes

Les partis des pays les plus actifs sur Facebook concernent l’Italie, entre la Lega, près de quatre fois le deuxième parti du classement, également italien, le Movimento 5 Stelle tandis que le Britannique Ukip n’était pas loin derrière.

Au sein des groupes politiques au Parlement européen, cinq des sept premiers partis, dont les deux premiers, sont membres d’Identité et démocratie (ID) et d’Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD). Le premier rassemble certains des principaux partis d’extrême droite, le second quelques partis eurosceptiques dont le Brexit Party. Les deux formations partagent une vision fortement critique et sceptique de l’Europe.

Les partis des familles politiques les plus nombreuses et les plus pro-européennes, tels que le Parti populaire européen (PPE), l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) et Renew Europe se trouvent en bas de la liste.

L’engagement n’est pas automatiquement lié à la production. L’Italie détient la suprématie absolue dans ce domaine. Les positions suivantes révèlent plusieurs changements par rapport au classement de la production. En deuxième position se trouve la Grande-Bretagne, en troisième position la Hongrie et en quatrième position l’Espagne, avec un ratio particulièrement élevé entre posts et engagement.

La hiérarchisation des interactions par parti et leur affiliation politique au sein du Parlement européen confirme le plus grand activisme des partis qui soutiennent des positions critiques et eurosceptiques, caractérisées par un leadership dit populiste.

La présence de deux partis appartenant au PPE aux premières places est atténuée par la particularité du parti hongrois Fidez, au point qu’il a été suspendu par le PPE. Les trois partis S&D sont en bas du tableau. Le seul membre du groupe GUE/NGL est le parti espagnol Podemos, qui se classe dixième.

Globalement, les réseaux sociaux ont impacté la campagne électorale européenne 2019, s’avérant être un outil plus largement utilisé et encore plus utile pour certains segments politiques, des partis non traditionnels et des partisans de positions plus critiques et vision sceptique de l’Europe ; quoique la tonalité pro-Europe ait été plus largement présente.

Prospective stratégique : capacité et liberté d’action de l’Union européenne

Perspective prospective et multidisciplinaire sur la capacité et la liberté d’action de l’UE au cours des prochaines décennies, compte tenu des principales tendances mondiales, des incertitudes et des choix qui façonneront l’avenir de l’Europe.

Principaux mega-tendances mondiales

1. CHANGEMENT CLIMATIQUE ET AUTRES DÉFIS ENVIRONNEMENTAUX

Avec un impact sans précédent et irréversible, les conséquences du changement climatique sont multiples : pression sur l’eau et la sécurité alimentaire, perte de biodiversité et évolution du cycle de l’azote, dégradation de l’environnement et de la santé publique.

2. HYPERCONNECTIVITÉ NUMÉRIQUE ET TRANSFORMATIONS TECHNOLOGIQUES

Pour être souveraine sur le plan technologique et numérique, l’UE devra soutenir le développement et l’adoption de connaissances et de technologies centrées sur l’humain. Malgré l’incertitude, des innovations de rupture peuvent être la clé de la double transition et de la compétitivité. L’hyperconnectivité est le moteur de la transformation. Cependant, les nouvelles technologies et l’hyperconnectivité ne vont pas sans défis propres.

3. PRESSION SUR LES MODÈLES DÉMOCRATIQUES DE GOUVERNANCE ET DE VALEURS

L’UE est le plus grand groupe de démocraties au monde, mais la gouvernance démocratique est en déclin à l’échelle mondiale. Les zones d’instabilité et de conflit proches de l’UE et au-delà sont susceptibles de persister et même de s’étendre. La désinformation à grande échelle, alimentée par de nouveaux outils et plateformes en ligne, posera des défis croissants aux systèmes démocratiques et entraînera un nouveau type de guerre de l’information.

4. ÉVOLUTION D’UN ORDRE MONDIAL MULTIPOLAIRE ET DE LA DÉMOGRAPHIE

La population mondiale atteindra 8,5 milliards en 2030 et 9,7 en 2050. Les prochaines décennies seront marquées par une redistribution croissante de la puissance mondiale, avec un centre de gravité géo-économique se déplaçant vers l’Est. La rivalité mondiale et la fragilité sont susceptibles d’augmenter. La concurrence multidimensionnelle et les interdépendances profondes sont susceptibles de définir les caractéristiques d’un ordre mondial de plus en plus multipolaire.

Défis à relever et opportunité à saisir pour le leadership de l’UE dans le monde

1. GARANTIR DES SYSTÈMES DE SANTÉ ET D’ALIMENTATION DURABLES ET RÉSILIENTS

Les systèmes de santé de l’UE sont parmi les plus avancés au monde, mais leur durabilité et leur résilience doivent augmenter. Au début de la pandémie, les dépendances stratégiques de l’UE vis-à-vis des pays tiers pour les biens essentiels, comme les produits pharmaceutiques, sont devenues évidentes. Une UE de la santé renforcerait notre capacité à faire face aux nouvelles crises sanitaires. Alors que les systèmes alimentaires de l’UE sont de plus en plus remis en cause, les nouvelles technologies pourraient renforcer leur durabilité et leur résilience.

2. SÉCURISER UNE ÉNERGIE DÉCARBONÉE ET ABORDABLE

Assurer un approvisionnement suffisant en énergie décarbonée et abordable est essentiel sur la voie d’une Europe plus verte et plus numérique. Atteindre l’objectif de neutralité climatique d’ici 2050 pourrait aider l’UE à réduire sa dépendance énergétique d’environ 60 % aujourd’hui à 15 %. La décarbonation de l’énergie aura des effets à long terme sur les dynamiques géopolitiques, avec l’émergence de nouvelles dépendances stratégiques.

3. RENFORCEMENT DES CAPACITÉS EN GESTION DES DONNÉES, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET TECHNOLOGIES DE POINTE

La souveraineté numérique de l’UE dépendra de sa capacité à stocker, extraire et traiter les données, tout en satisfaisant aux exigences de confiance, de sécurité et de droits fondamentaux. Les mégadonnées et les analyses avancées évoluent rapidement. Face à l’augmentation exponentielle de la demande de semi-conducteurs, l’UE doit se positionner plus fermement dans le développement et la production de technologies de nouvelle génération.

4. SÉCURISER ET DIVERSIFIER L’APPROVISIONNEMENT EN MATIÈRES PREMIÈRES CRITIQUES

Les matières premières critiques sont essentielles pour la double transition de l’UE. Une combinaison intelligente de politiques industrielles, de recherche et commerciales avec des partenariats internationaux pourrait garantir un approvisionnement durable et diversifié.

5. ASSURER UNE POSITION GLOBALE DE PREMIER MOUVEMENT EN NORME

L’UE est en concurrence pour l’avantage du « premier entrant » dans l’élaboration des normes. Les antécédents de l’UE dans l’établissement de règles internes et de normes internationales de facto fournissent une base solide pour relever ce défi.

6. BÂTIR DES SYSTÈMES ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS RÉSILIENTS ET ÉPROUVÉS POUR L’AVENIR

Une économie résiliente et stable telle que l’économie sociale de marché de l’Europe est essentielle pour relever les défis à long terme. Le système financier a un rôle clé à jouer dans le financement de la transition. Une utilisation plus large de l’euro dans le commerce international et les services, y compris sur les marchés de l’énergie, et des solutions à l’échelle de l’UE pour les paiements instantanés renforceraient le poids stratégique de l’UE.

7. DÉVELOPPER ET CONSERVER LES COMPÉTENCES ET LES TALENTS CORRESPONDANT AUX AMBITIONS DE L’UE

Face aux tendances démographiques, les jeunes méritent un meilleur accès à des emplois de qualité. Exploiter les opportunités d’emploi des deux transformations nécessitera une action politique soutenant la transition vers de nouveaux types d’emplois.

8. RENFORCEMENT DES CAPACITES DE SECURITE ET DE DEFENSE ET D’ACCES A L’ESPACE

Afin de renforcer ses capacités et ses opérations de défense, l’UE devrait s’engager à unir ses forces et à renforcer la cohérence des instruments et initiatives de coopération récemment mis en place. Il est essentiel que l’UE soutienne un accès autonome, fiable et rentable à l’espace. L’UE devrait reconnaître l’infrastructure spatiale de l’UE comme stratégique.

9. TRAVAILLER AVEC DES PARTENAIRES MONDIAUX POUR PROMOUVOIR LA PAIX, LA SÉCURITÉ ET LA PROSPÉRITÉ POUR TOUS

Le multilatéralisme doit s’adapter pour rester adapté à ses objectifs pour contrer les actions coercitives ou les sanctions extraterritoriales imposées par les pays tiers. L’UE devra renforcer et développer des coalitions et des partenariats stratégiques et thématiques avec des pays et des régions spécifiques en vie de la stabilité européenne et mondiale.

10. RENFORCER LA RÉSILIENCE DES INSTITUTIONS

Les institutions et administrations doivent être sensibles aux préoccupations sociétales et efficaces dans la mise en œuvre des politiques. Les implications des tendances actuelles et futures nécessiteront des réponses politiques agiles. Une meilleure préparation signifie également un meilleur suivi de la résilience pour faire face aux défis et subir des transitions de manière durable, juste et démocratique.

EU_forsight_reportPréparer le terrain des politiques de demain consiste à travailler au scénario le plus favorable pour développer le leadership mondial de l’UE vers 2050, en restant ferme sur ses principes et ses valeurs et agile dans sa conduite.

Face aux récits apocalyptiques, y a-t-il encore une place pour un narratif européen ?

Alors que les espaces médiatiques sont saturés de discours sur les crises, et que l’anxiété envers l’avenir se développe notamment au sein de la jeunesse, dans les quelques scénarios du futur, la construction européenne peut-elle encore assurée sa place dans les imaginaires et les consciences ?

Les récits apocalyptiques ou le triomphe de la norme de l’impuissance

Seuls dans le bruit médiatique ambiant, les discours les plus audibles percent par leur radicalité, qu’il s’agisse des versions « verte » de décroissance hantée par la crise climatique ou « brune » de populisme attisé par des passions identitaires délétères. Ces récits frappent les esprits par leur simplicité, leur manichéisme ou leur force symbolique, mais pas seulement.

La veille norme canonique, c’était la puissance ; la nouvelle normalité cathodique, c’est l’impuissance.

Contrairement aux grands récits nationaux qui reposent sur la conviction que le règne de la norme, c’est la puissance étatique et l’exercice de la souveraineté nationale, ces nouveaux récits apocalyptiques postulent la perte de contrôle – au cœur de la campagne du Brexit – et théorisent l’échec et la fin des vieux modèles démocratiques de gouvernance territorialisée. Les solutions importent peu compte tenu de notre incapacité à les mettre en œuvre.

Le narratif européen ou la recherche de la puissance de la norme

La voix de la construction européenne, qui n’a jamais été vraiment entendue, est pourtant plus que jamais d’actualité pour faire face aux défis contemporains tant dans la défense de valeurs communes, si difficile au sein de l’UE que dans la protection de nos intérêts européens dans le monde, encore plus essentielle à l’heure de la nouvelle guerre froide de la Chinamerica.

Concrètement, la gestion des biens publics mondiaux fragilisés que sont le climat, l’eau, la biodiversité mais aussi l’éducation et la santé ne peut se faire que par une gouvernance qui harmonisent les politiques publiques énergétiques, économiques, environnementales, etc. au travers d’engagement publics tangibles tels que aides au développement, distribution de vaccins, réduction des dettes, etc. La capacité d’agir est au cœur justement du projet européen.

Vers un nouvel imaginaire européen fédératif et inclusif ?

La communication européenne doit non seulement affronter le traditionnel déficit démocratique de la fracture entre les institutions et les citoyens, qui s’est en partie résorbé ces dernières années avec des expérimentations de démocratie participative à petite échelle, mais également un nouveau « european gap » qui s’est forgé des multiples contradictions et décalages entre les discours officiels prévenant avec l’Europe et la réalité des pratiques qui se sont dégradées dans l’éducation ou l’information.

Contre l’incantation et le fatalisme, la communication européenne doit viser la recherche et la valorisation de solutions, qui ne peuvent passer que par davantage d’incarnation avec des héros du quotidien ; de la désirabilité pour le futur habitable du territoire européen ; des opportunités d’expériences européennes qui mettent en avant les bienfaits du fameux « european way of life » et surtout des preuves concrètes si difficiles à mobiliser pour rendre palpable, sensible les avancées européennes.

La place du narratif européen n’a cessé de perdre en visibilité médiatique et en impact sociétal ; seule la démonstration à grande échelle de la capacité d’agir de l’Europe pourrait inverser la tendance à la banalisation de l’impuissance.

Changement climatique : comment l’UE communique auprès des citoyens ?

A quelques semaines du rendez-vous de la COP26 à Glasgow et en pleine période de hausse du prix des énergies, la lutte contre le changement climatique, cheval de bataille de la Commission Von der Leyen, est également au cœur de toutes les attentions en termes de communication…

Première campagne de l’UE : « le changement climatique, vous pouvez le maîtriser »

En 2009, après le scrutin européen, la Commission européenne réalise sa première campagne de communication mémorable sur le changement climatique autour d’une démarche d’interpellation inquiétante du grand public et de recommandations bienveillantes destinées aux citoyens.

La campagne de communication sur le changement climatique de la Commission européenne :

  • Repose sur le constat qu’un tiers de la consommation énergétique de l’UE est alors imputable aux ménages ;
  • Positionne les citoyens et les familles comme responsables et gardiens de l’environnement ;
  • Prodigue des conseils faciles à suivre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Le dispositif de communication repose sur un affichage choc avec une planète rehaussée d’un thermostat, un site web pour des conseils domestiques d’actes civiques pour le climat. La campagne d’affiche est également relayée par des spots à la radio et à la télévision et des encarts dans la presse.

Dernière campagne de l’UE avec l’UEFA : #EveryTrickCounts

La Commission européenne s’associe à l’UEFA pour lancer #EveryTrickCounts, une campagne de sensibilisation du public dans laquelle des stars du football se mobilisent contre le changement climatique afin de montrer que chacun a un rôle à jouer pour vaincre.

Dans un spot pub, qui sera diffusée à la télévision, sur les réseaux sociaux et sur les écrans des stades, des joueurs utilisent un éventail d’astuces footballistiques pour montrer comment de simples changements dans notre vie quotidienne peuvent faire une grande différence dans la lutte contre le changement climatique.

Pour Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne pour le Green Deal européen, le football rassemble notre continent et notre planète. Pour continuer à profiter de notre jeu préféré, nous devons gagner la lutte contre le changement climatique, en équipe afin de réaliser le Green Deal et la transition de l’Europe vers une économie à zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Continuités et ruptures de la communication européenne sur le changement climatique

La continuité dans l’approche de la communication européenne auprès du grand public depuis plus d’une décennie semble évidente : les citoyens sont toujours positionnés comme les acteurs qui peuvent réagir et agir pour limiter le changement climatique. La communication de changement des comportements est au cœur des campagnes. Le subtil équilibre entre une dramatisation potentiellement contre-productive et une pédagogie parfois infantilisante évolue à mesure que la prise de conscience de l’importance du climat dans les sociétés européennes.

Reste que le prisme dominant auprès des citoyens, c’est la responsabilité individuelle dans la consommation finale, ce qui est malgré tout de plus en plus qu’une partie mineure des besoins de changements structurels et sociétaux.

Les ruptures que l’on aurait pu souhaiter portent d’une part, sur la nécessité de faire davantage pour aborder les enjeux plus complexes des transitions énergétiques et numériques, qui concernent toutes les entreprises, comme leviers de la transformation des économies.

D’autre part, la communication européenne sur le changement climatique aurait besoin de davantage nous projeter dans un avenir bas-carbone qui tracent des pistes innovantes et technophiles vers des investissements responsables, des infrastructures plus durables en particulier pour des secteurs comme le transport, les énergies ou l’habitat.

Au total, la prise de conscience progresse, les comportements n’évoluent pas aussi vite.

Comité de réflexion et de propositions pour la Présidence française du Conseil de l’UE

Lors d’une audition de membres du Comité de réflexion et de propositions pour la Présidence française du Conseil de l’UE devant la Commission des affaires européennes au Sénat le 8 juillet dernier, les lignes directrices de leurs travaux, s’appuyant sur les thèmes structurants : « appartenance, puissance et relance » se dessinent…

Pourquoi ce comité de réflexion et de propositions de la PFUE ?

Les objectifs, selon son président Thierry Chopin, universitaire, qui insiste sur la pluralité des profils et des nationalités des personnalités et professionnels, sont de :

  • Mettre en perspective la diversité des enjeux afin d’articuler le travail technique et législatif avec un discours visant à donner une cohérence d’ensemble ;
  • Réfléchir à moyen et long termes aux chocs de souverainetés des crises avec des propositions pour les contours de l’UE à l’avenir ;
  • Proposer des opportunités avec la PFUE en matière de réappropriation européenne par les Français sur la France en Europe et l’Europe en France.

La méthode ne se limite pas à une réflexion franco-française, mais s’intéresse aux idées de nos partenaires et vise à définir les conditions pour clarifier le rapport des Français à l’Europe.

L’approche n’a pas pour vocation à se substituer au travail de l’administration, des parlementaires ou les responsables politiques, mais à étendre la réflexion au-delà du cadre institutionnel.

Dominique Schnapper, sociologue : la problématique de l’appartenance

Le constat et ses causes : le sentiment d’appartenance n’a pas progressé tandis que les contacts objectifs se sont multipliés. L’euroscepticisme est même très présent dans des sociétés européennes qui vivent des évolutions divergentes, notamment en termes de pratiques démocratiques.

Des modalités pour ranimer le sentiment européen :

  1. Éducation : la transmission des valeurs et des institutions européennes est ignorée à tous les niveaux de l’enseignement ; l’éveil à la société politique et à la conscience européenne devrait coïncider ;
  2. Erasmus : de nouvelles catégories de la populations devraient bénéficier de véritables échanges administratifs ou professionnels ;
  3. Médias : les médias et les nouvelles restent nationaux ; développer des efforts de mise en communs des sources d’information, multiplier les médias communs, donner une perspective européenne aux actualités ;
  4. Grand Tour : des possibilités de tours organisés, de visites s’inscrivant dans des parcours de formation, dans des schémas de rencontres directes et immédiates, notamment dans des cafés.

La finalité est de donner un sens concret aux individus et aux pratiques sociales pour ne pas réduire l’Europe à des institutions autour d’un projet politique commun à tous.

Michel Foucher, géographe : la notion de puissance

Si la PFUE devait se concentrer sur un noyau dur, il s’agirait :

  1. Terminologie : ne pas parler de puissance, un mot épouvantail qui fait peur, mais de souveraineté européenne, une idée mise sur la table par la France, qui a participé de la prise de conscience de nos vulnérabilités, un cadre conceptuel pour penser l’Europe accepté par l’Allemagne, même s’il s’agit d’une notion très juridique ;
  2. Puissance de second rang : l’Europe n’est pas prête pour le jeu des grandes puissances face à la Chine émergente et aux USA déclinants, il n’y a pas de place au soleil à part, la place de l’Europe est avec les puissances de second rang comme la Russie, la Turquie…
  3. Leadership : penser par nous-mêmes les contextes géopolitiques qui nous intéressent sans s’aligner sur la politique américaine, d’ailleurs divisée entre la politique à Washington anti-chinoise et la bourse à New York plus ouverte au systèmes banquier et financiers chinois ;
  4. Stratégie : protéger notre ouverture internationale tout en s’affirmant comme le premier centre démocratique au monde.
  5. Style : plus d’humilité concertative, avec tous les États-membres, au-delà du franco-allemand, avec plus de débat public.

Au sens diplomatique, l’autonomie stratégique est déjà largement une réalité, mais sur le plan technologique, il faut faire une place à la dimension technologique de la souveraineté sans dépendance structurelle, dans des secteurs clés comme la santé, les infrastructures, l’IA, les secteurs porteurs et les services publics.

La finalité est de se recentrer sur nos intérêts stratégiques concrets et de garantir tous nos moyens, y compris sur le plan financier.

Jean-François Jamet, économiste : le sujet de la relance

La conjoncture : la réaction de l’UE a été forte, sur les plans budgétaire, monétaire avec la BCE et aussi la dette commune. Mais, l’économie européenne est plus touchée par la pandémie et il faut éviter le retrait prématuré des mesures de soutien et éviter de laisser des traces persistantes : un point de croissance en moins, c’est un million d’emploi en moins !

L’opinion : le soutien à l’euro est record, le pessimisme sur la relance est important et l’adhésion au plan de relance est faible. Beaucoup de gens sont à convaincre sur la réponse européenne à la crise.

Les pistes de propositions :

  • Une réponse budgétaire plus ambitieuse pour retrouver le sentier de croissance potentielle ;
  • Un accompagnement de la reprise du marché du travail et de l’insertion des jeunes avec le mécanisme de chômage partiel SURE à étendre ;
  • Des aides d’État à stabiliser en 2022, l’économie est encore sous perfusion ;
  • Un débat sur les règles budgétaires, plus simples et moins procycliques ;
  • Une discussion sur les ressources propres de l’UE.
  • Des sujets d’avenir : la finance responsable, l’euro monnaie numérique, le capitalisme responsable, le valorisation durable et non financière des entreprises, un enjeu géopolitique, la consolidation de l’union économique et monétaire, l’investissement dans des biens communs européens…

Quid de la PFUE et des élections présidentielles… et de l’euroscepticisme ?

Les risques : siphonage de la PFUE par la présidentielle, risque sur le franco-allemand si les négociations sur la future coalition ne sont pas terminée et durée réduite à moitié sauf à faire passer les priorités sur les 3 premiers mois pour se contenter d’avancée plus techniques sur les 3 derniers mois.

L’euroscepticisme : corrélation forte entre les régions désindustrialisée et le vote eurosceptique, il faut tirer les leçons de la géographie de l’Europe eurosceptique, mettre l’accent sur la formation avant d’informer, il faut être formé afin de réconcilier l’Europe et les Eurosceptiques.

Quid du lien entre les Français et l’UE ?

Ambivalence et projection : Pour Thierry Chopin, le lien est ambivalent : la France est à l’origine d’une ambition pour l’Europe mais aussi des coups d’arrêt sur la défense en 1954 ou le projet de Constitution en 2005. La relation, c’est « je t’aime, moi non plus ». La France vise la réincarnation tandis que l’Allemagne vise la rédemption dans le projet européen. La France se projette dans l’Europe, quand ça fonctionne, les idées françaises se traduisent dans les projets, quand les idées françaises sont orthogonales, cela génère déception et frustration.

Appropriation : Pour Thierry Chopin, clarifier le lien entre les Français et l’Europe passe par la réappropriation de l’UE qui n’est pas une Europe à la française. Politiquement, la logique du compromis négocié est très différente du principe présidentiel et majoritaire français. Économiquement, la logique du marché et de la concurrence doit être réappropriée. Et les élargissements, que les Français n’aiment pas doit aussi être appropriés à l’échelle de l’Europe unifiée.

Angoisses et lucidité : Pour Thierry Chopin, un discours lucide sur l’Europe doit permettre aux Français de se réengager avec l’Europe, ce qui nécessite de répondre, et c’est tout l’objet des propositions face aux angoisses économiques et sociales, de sécurité individuelle et collective et identitaire et culturelle avec la question de l’identification à l’Europe.

Il ne nous manque plus que le rapport qui sera remis au Secrétaire d’État aux affaires européennes Clément Beaune fin octobre, début novembre.