Quels sont les effets des médias pour la confiance dans l’Union européenne ?

Est-ce que l’information des médias, en particulier la visibilité et la tonalité, joue un rôle dans la confiance des citoyens dans l’Union européenne, selon Anna Brosius, Erika J van Elsas et Claes H de Vreese dans“Trust in the European Union: Effects of the information environment” ?

Pourquoi les citoyens font confiance ou ne font pas confiance à l’UE ?

Du côté des arguments traditionnels, avec d’une part, la « logique d’identité », qui conceptualise la confiance comme une conséquence de l’attachement émotionnel à l’UE et d’autre part, la « logique de rationalité », qui suppose que la confiance des citoyens repose sur des éléments rationnels, des considérations utilitaires relatifs à la performance perçue de l’UE.

L’argument de recherche porte plutôt sur la « logique d’extrapolation », qui envisage que les citoyens fondent leur confiance sur l’UE en fonction de substituts comme par exemple la confiance dans des institutions nationales plus familières.

Comment l’information des médias influe sur la confiance politique dans l’UE ?

Les preuves sur les effets du contenu des médias sur la confiance politique dans l’UE ne sont guère concluantes.

Quelques observations tirées d’une analyse dans une dizaine d’États-membres sur une dizaine d’années tendent à confirmer certaines intuitions : La confiance dans l’UE est plus forte lorsque l’UE est plus visible dans les médias et lorsque la couverture est plus positive. Une couverture négative de l’UE atténue la relation entre confiance dans le gouvernement national et confiance dans l’UE, tandis qu’une couverture positive de l’UE et une visibilité accrue de l’UE amplifient cette relation.

Cependant, la vision trop souvent dominante que les citoyens utilisent les médias pour acquérir des connaissances grâce aux informations – la couverture médiatique aidant les citoyens à porter des jugements plus éclairés sur les institutions européennes – n’est pas toujours vérifiée.

Bien au contraire, tout le monde n’apprend pas des médias en toutes circonstances. Certains citoyens, ceux souffrant d’un manque de connaissances et d’opinions sur l’UE, renforcent leur extrapolation et utilisent le climat médiatique négatif pour redoubler leur défiance.

Même, l’information positive et la visibilité de l’UE exercent une fonction polarisante, qui créé un fossé plus grand entre ceux qui font confiance et ceux qui ne font confiance à aucune institution. Nombreux sont les citoyens qui se méfient des deux institutions – l’UE et les médias – et les médias ne modifient pas leurs opinions.

Principal enseignement pour l’UE et sa communication auprès des journalistes : compte tenu du « déficit de communication » de l’UE et du fait que l’UE ne devient généralement visible dans les médias que pendant les crises, la visibilité de l’UE dans les médias risque de renforcer le jugement de citoyens méfiants dont l’opinion peut difficilement être influencée par le contenu des médias.

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Élections européennes : comment expliquer la divine surprise de la participation ?

Dans l’ensemble, le taux de participation a augmenté de 8 points dans l’UE, le plus élevé depuis 1994, soit davantage que la plupart des élections législatives nationales et alors qu’un seul pays organisait un scrutin national en même temps. Cette victoire contre l’abstention qu’aucun sondage n’avait vu venir nécessite d’y trouver des éléments d’explication. Quelles les mauvaises et les bonnes raisons de la hausse significative de la participation électorale ?

Les mauvaises raisons qu’on aimerait pourtant vraies

La première raison à laquelle on aimerait forcément croire serait de penser que l’intérêt intrinsèque pour l’Europe – que les Eurobaromètres ont plutôt bien mesurés avec une hausse récente mais marquée de la confiance dans l’UE – justifierait en soi la hausse de la participation. Néanmoins, il est à craindre que ni les campagnes des partis nationaux, ni les programmes spécifiquement, ni les Spitzenkandidaten des partis européens ne sont parvenus à vraiment faire la différence auprès des électeurs européens.

La seconde raison à laquelle les institutions européennes aimeraient nous faire croire, considère du point de vue de la Commission européenne que le travail de personnalisation et de politisation renforcées aurait porté la vague tandis que du point de vue du Parlement européen il s’agirait de la campagne reposant sur une communication émotionnelle avec une vidéo forte et une démarche de mobilisation de pas moins de 25 000 volontaires « helpers ». Tous ces efforts ont évidemment contribué aux résultats des élections européennes sans néanmoins permettre d’affirmer qu’eux seuls en sont la cause sûre et certaine.

Les bonnes raisons qu’on trouverait plus justes

Une continentalisation des « agendas » 

Au cours des dernières années, les sujets qui ont été à l’agenda médiatique et dans les esprits ont davantage porté sur des enjeux européens (quel que soient les jugements personnels) qu’il s’agisse de l’effet des crises : euro, Trump, Brexit et migrants – fort bien analysé par Luuk van Middelaar dans « Quand l’Europe improvise » – ou encore de la prééminence d’enjeux paneuropéens de plus en plus sensibles dans le quotidien des Européens : environnement, immigration-terrorisme, sécurité, numérique, commerce international… sans même parler du sujet de la place de l’Europe dans le monde qui redimmensionne d’emblée l’importance quasi géopolitique du scrutin par rapport aux enjeux globaux et planétaires.

Autrement dit, le poids des événements, la pression des crises et la place de l’Europe dans le monde ont contribué à former la première véritable émergence d’une sphère publique européenne grand public autour de thèmes communs où les élections européennes ont généré une forte augmentation de l’intérêt, de l’engagement et donc de la participation des citoyens.

Une polarisation du scrutin

Les électeurs se sont portés sur les listes qui se positionnaient clairement sur des enjeux européens : pour ou contre certaines orientations politiques en Europe et non plus de manière caricaturale pour ou contre l’UE. Au sein des forces qui progressent, comme les Verts ou les Libéraux, la nuance ou la mesure dans leur posture en matière européenne est moindre que dans les familles politiques traditionnelles qui rassemblaient au moins 50 nuances de soutien différent à la construction européenne.

Du coup, les résultats du scrutin se traduisent d’abord par une représentativité renforcée plus pluraliste et moderne dans la composition du Parlement européen au sens où les groupes politiques seront plus réduits et au moins aussi nombreux, et donc ensuite, sans doute, par une imprévisibilité accrue des votes, qui se feront encore plus qu’hier sur la base de majorité d’idées et de coalitions ad hoc. Bref, une promesse d’incarnation des choix beaucoup plus fertiles avec davantage d’acteurs et d’histoires à raconter.

Les résultats du scrutin de 2019 traduisent un renforcement du rôle de Parlement afin de dessiner des majorités (en l’occurrence à plus des deux tiers pro-européennes) face à des oppositions plus visibles et mieux incarnées tandis que le rôle traditionnel dévolu au Parlement européen correspondait à une institution « en dialogue » avec le Conseil et la Commission dans le triangle institutionnel de l’UE.

Une européanisation de la politique

La hausse de la participation traduit un mouvement dans les opinions publiques européennes d’européanisation de la politique que l’UE soit perçue comme la solution à des problèmes difficiles à résoudre à l’échelle nationale : protection des libertés, modèle économique pour un avenir plus vert, équitable et inclusif ; intérêts et valeurs de l’Europe dans le monde… ou l’inverse est tout aussi exact d’ailleurs.

Le regain des électeurs européens ne doit pas pour autant être sur-interprété. Il serait inexact d’en déduire que les citoyens ont délivré un blanc-seing au « business as usual » de la vie politique parlementaire européenne. Au contraire, l’exigence de participation, d’accountability devraient être renforcée au cours de la prochaine mandature. Les Européens semblent ouvert à l’idée de confier plus de compétences à l’UE : protection de l’environnement et lutte contre le changement climatique, politique étrangère et défense… L’Union doit s’en saisir pour relancer le projet européen et faire face à de nouveaux défis tant internes qu’externes sous le regard d’électeurs qui seront également au moins aussi soucieux du bilan législatif acquis.

Au total, les lauriers du succès de la hausse de la participation électorale ne sauraient être tressés à la gloire des formes anciennes de la parlementarisation progressive de l’Union européenne, mais bien davantage comme une pierre blanche vers une européanisation de la politique.

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Élections européennes : quel est le diagnostic de la campagne ?

Alors que la hausse de la participation est la divine surprise des résultats aux élections européennes, quel bilan tiré de la campagne des élections européennes de mai 2019 au lendemain des résultats ? Quel est le diagnostic, sachant que le pronostic vital de l’avenir de l’UE ne semble plus la principale inquiétude ?

Anomie renforcée des forces politiques à contrôler la campagne

Première hypothèse du diagnostic, une sorte d’anomie – c’est-à-dire de perte des moyens de contrôle dû à l’absence de règles – est largement perceptible du côté des forces politiques, particulièrement les partis traditionnels.

A l’échelle européenne, les partis politiques européens ne sont pas parvenus à convaincre que la règle des Spitzenkandidaten serait de nouveau appliquée pour sélectionner le futur président de la Commission européenne. Pire, au fil des débats entre les têtes de liste, il est même apparu que le candidat de la force politique la plus vraisemblablement susceptible de rassembler le plus d’eurodéputés élus était également la personnalité n’apparaissant pas comme suffisamment dotée des attributs de présidentialité. Le combat pour rassembler les scrutins des eurodéputés pour élire le président de la Commission européenne ne fait que commencer.

A l’échelle française, la perte de repères entre les partis politiques nationaux est encore plus flagrante puisque bon an, mal an, aucune ligne de partage ne s’est suffisamment dessinée entre les offres partisanes pour créer des dynamiques électorales autour de projets distinctifs hormis les Verts qui se hissent à la 3e place. Les principales formations proposent des programmes sensiblement équivalents avec quelques nuances en termes de priorités – la dialectique Progressistes contre Nationalistes apparaissant comme l’ultime tentative de sortir de cette anomie politique.

Acédie réduite des citoyens à s’intéresser à l’Europe

Deuxième hypothèse du diagnostic concernant les citoyens, une sorte d’acédie – de mal de l’âme qui s’exprime par l’ennui, l’indifférence et le découragement – semble moins que lors des campagnes précédentes frappé le corps électoral qui se traduit par un poids réduit de l’abstention.

L’affection acédique des citoyens en matière européenne se traduit par une forme de résignation qui dessine une majorité d’Européens favorable à l’Union européenne mais faute de mieux, et malgré tout complétée par une vision prospective globalement sombre pour l’avenir des institutions européennes. La participation électorale en hausse est la bonne nouvelle de ces élections européennes de 2019.

L’absence d’envie de prendre soin de l’Europe, de la faire progresser, de poursuivre la construction européenne est aujourd’hui – semble-t-il – en recul parmi les citoyens européens qui se sont mobilisés davantage que les prévisions les plus optimistes. S’agit-il d’un feu de paille ou d’un renouveau durable ?

Atonie relative des médias à traiter les élections européennes

Troisième hypothèse du diagnostic des élections européennes sous l’angle des médias, une sorte d’atonie, de manque de vitalité et de vigueur à couvrir la campagne sur le fond via les programmes pour privilégier un traitement sur la forme avec la course de chevaux entre les candidats.

L’atonie médiatique doit naturellement distinguer entre les médias européens qui ont mis les bouchés doubles pour prendre le sujet à bras le corps tandis que les médias audiovisuels nationaux se sont plutôt contentés d’un service minimum, se dissimulant derrière les règles imposées ou participant de la fabrication médiatique autour du classement d’arrivée des listes nourrie par le récit des éditorialistes et renforcée par le rolling sondagier quotidien.

Au total, la fin de la campagne, qui ne fut pas à la hauteur des enjeux, marque comme un lâche soulagement de la part de tous. Souhaitons que la mobilisation électorale parvienne à sortir du cercle vicieux de l’inertie.

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Élections européennes : que veulent vraiment les Européens entre mythes et réalités

L’élection européennes de 2019 sera radicalement différente des histoires qui posent un débat basé sur quelques idées extrêmement trompeuses sur la politique européenne, selon une étude du Conseil européen sur les relations étrangères et de YouGov qui révèle une grande fluidité des intentions de vote actuelles. Des événements de dernière minute pourraient donc façonner la composition finale du Parlement européen…

Mythe n°1 : la politique européenne devient tribale

La vérité : 97 millions d’électeurs sont à gagner

Après l’élection de Donald Trump aux États-Unis où de nouvelles tribus fondées sur l’identité, divisent non uniquement par leurs points de vue, mais par les mondes parallèles créés où l’on accède à différents faits produits par des médias partisans, l’hypothèse est que ces tendances façonneraient désormais la politique en Europe.

Il n’en est rien dans les sociétés européennes : aucun des indicateurs classiques qui ont défini les tribus lors des dernières élections – géographie, âge, niveau d’éducation, gauche et droite et religion – n’aide beaucoup à prédire comment les gens envisagent de voter lors des prochaines élections européennes.

Le caractère déterminant du paysage politique est la volatilité : les électeurs n’ont pas encore pris de décision. Et il n’y a pas moins de 97 millions de ces électeurs confus et indécis : 70% de électeurs votants n’ont pas décidé de leur choix ! Les mouvements électoraux ne vont donc pas dans une seule direction, mais dans toutes les directions.

Pour Gilles Finchelstein, la politique est entrée dans « l’ère gazeuse » des agglomérations sans forme d’éléments atomisées imprévisibles qui peuvent se réunir momentanément avant de disparaître. Ces conditions gazeuses peuvent être toxiques ou explosives pour les partis politiques, en particulier traditionnels.

Les règles habituelles pour prédire comment les électeurs vont se comporter ne sont donc plus applicables. Ce n’est plus seulement la position prise par les dirigeants sur les problèmes qui compte ; c’est aussi leur leadership, leur personnalité et la confiance que les gens leur accordent. Les têtes de liste doivent incarner les valeurs et les sentiments de leurs électeurs.

Mythe n°2 : les élections européennes seront un affrontement entre ceux qui croient en l’Europe (ouverte) et ceux qui croient en un État-nation (fermé)

La vérité : ce qui compte, c’est que les partis soient des agents du changement

L’UE risque de sombrer dans un « cauchemar » populiste-nationaliste si les centristes ne bénéficient pas d’un soutien public accru à la cause européenne… et inversement : tel est l’avertissement tant des libéraux (et inversement) de l’extrême droite qui décrivent les élections européennes comme une bataille entre mondialistes et nationalistes. De part et d’autre, pro-européens et anti-européens soutiennent des arguments étonnamment similaires.

La fracture n’opposera pas les partisans de l’UE aux nationalistes. Pour la majorité des citoyens, ce n’est pas un choix qu’ils sentent le besoin de faire : pour eux, être européen est aussi important que leur identité nationale. Seulement 25% des répondants ont exprimé leur désaccord avec l’affirmation selon laquelle leur identité européenne est aussi importante pour eux que leur identité nationale. La plupart des citoyens de l’UE croient que les identités européennes et nationales sont complémentaires plutôt que conflictuelles.

Les partis nationalistes ont également appris la leçon. Ces derniers mois, la plupart se repositionne sur l’Europe pour se présenter comme des champions du changement plutôt que des défenseurs nostalgiques du statu quo : leur objectif n’est pas de paraître anti-européen mais plutôt de proposer une refondation de l’Europe pour résister à la migration et réclamer la souveraineté des institutions bruxelloises.

La division Pro/Anti ne cadre pas avec le stéréotype d’un ouest pro-européen et d’un est anti-européen. Le clivage fondamental ne consiste pas à vouloir une Europe ouverte ou un État-nation fermé, mais entre les électeurs qui pensent que le système est brisé et ceux qui pensent que le statu quo fonctionne toujours. Cette approche dynamique a une saveur très locale, qui n’entraîne pas nécessairement un basculement contre les principaux partis. Dans les pays où les anti-européens sont au pouvoir, ils constituent le statu quo, mais dans les pays où ils sont dans l’opposition, ils ont une influence notable.

Le succès à l’élection européenne dépend de la capacité de se positionner en tant qu’agent de changement crédible en offrant des options sérieuses sur des questions qui intéressent les gens.

Mythe n°3 : Ce sera un référendum sur la migration

La vérité : les électeurs ont une plus grande diversité de problèmes en tête

Bannon, Orban et Salvini, ont tenté de transformer l’élection en référendum sur les migrations, en mobilisant une coalition souverainiste pour démanteler l’UE de l’intérieur en répondant à l’insécurité européenne en matière d’identité.

La campagne pour une « Europe forteresse » ne constituera pas une stratégie gagnante parce que la migration n’est pas un problème déterminant, hormis en Hongrie. Plus d’Européens craignent la menace du radicalisme islamique. Cette préoccupation est bien plus grande chez les électeurs qui s’alignent sur les partis de centre et de centre-droite que parmi les partis anti-système et les catholiques ou protestants – ce qui sous-entend l’importance des politiques d’intégration et de cohésion sociale en tant que réponse pour ces électeurs – alors que le nationalisme est la plus grande préoccupation des athées.

La « migration » est tantôt associée à l’émigration tantôt à l’immigration. Un fossé important sépare ceux qui s’inquiètent principalement de l’immigration dans leur pays et ceux qui craignent que l’émigration entraîne un déclin de la population nationale. Des majorités dans tous ces pays souhaiteraient que leurs gouvernements rendent illégale le départ de leurs propres citoyens pour de longues périodes ! Un comble dans une Europe fière de démolir les frontières et de promouvoir la libre circulation, les électeurs semblent prêts à se créer un nouveau mur de migration, trois décennies seulement après la chute du mur de Berlin.

Les partis traditionnels devraient aller au-delà des discussions sur les contrôles aux frontières pour craindre le radicalisme islamique et la fuite des cerveaux afin de développer un agenda autour de la sécurité et de l’intégration des migrants qui tienne compte des différences nationales et régionales et qui traite de l’anxiété culturelle, du maintien de l’ordre et de l’intelligence, ainsi que des questions de citoyenneté et de langue.

Mythe n°4 : les « bons » Européens sont plus à l’Ouest qu’à l’Est

La vérité : le soutien à l’Europe est partagé autant à l’Ouest qu’à l’Est

L’élection de Zuzana Caputova, avocate anti-corruption progressiste, à la présidence de la Slovaquie en mars 2019 a pris par surprise une partie de l’Europe qui croit au mythe persistant d’États-membres de l’Est fondamentalement moins favorables aux valeurs démocratiques de l’UE.

Cette division supposée n’existe pas. Droits de l’homme, état de droit et démocratie seraient la plus grande perte si l’UE s’effondrait demain. C’est vrai à l’Ouest, ça l’est surtout à l’Est. Les citoyens européens des nouveaux États membres semblent même moins méfiants que leurs homologues des anciens États membres quant à l’UE en tant que force contraignante contre les dérives et les échecs des gouvernements nationaux.

Mythe n°5 : toutes les élections européennes sont exclusivement nationales

La vérité : il pourrait s’agir de la première élection véritablement transnationale du Parlement européen

Bien que de nombreuses dynamiques nationales soient en jeu – et qu’aucun Spitzenkandidat n’ait été reconnu à travers l’Europe – les élections promettent de comporter un élément transnational, voire paneuropéen, plus important que tous ses prédécesseurs.

La menace d’une alliance populiste paneuropéenne refondant l’Europe sur la base de valeurs non libérales pourrait conduire à une contre-mobilisation des électeurs pro-européens préoccupés par la survie de l’UE.

Les avantages de l’UE : liberté de vivre, travailler et voyager dans d’autres pays, ainsi que le commerce, la monnaie unique, la capacité à contrer les États-Unis et la Chine ou à lutter contre le changement climatique sont autant d’arguments contre la peur de l’effondrement de l’UE. Cette question pourrait être importante pour mobiliser les électeurs pro-européens.

Le résultat sera un nouveau type d’« élection hybride » fondée sur le plan national, mais affectée par les débats ailleurs en Europe. Cette contagion potentielle ajoute à l’imprévisibilité du vote : plus que jamais, un événement dans un État membre de l’UE pourrait affecter le résultat des élections.

Que retenir pour le projet européen ?

De nos jours, dans toutes les élections, les partis politiques s’attachent davantage à persuader leurs partisans actuels de voter qu’à tenter de changer les mentalités. Pour cette raison, de nombreux partis politiques se concentreront sur les non-anti-européens qui ne savent pas s’ils se donneront la peine de voter aux élections européennes. En faisant appel à ces personnes, le plus grand défi est de montrer que les enjeux sont suffisamment importants pour justifier un vote de réforme, opposé au statu quo et prêt à apporter les changements nécessaires à un avenir meilleur et plus sûr pour l’Europe.

L’UE a été créée par des sociétés qui craignaient leur passé. Les Européens ont maintenant peur de l’avenir. Nombreux sont les électeurs qui veulent voter pour un changement qui leur apportera leur passé préféré, embué par l’émotion.

Au lieu de vendre uniquement un projet européen visant à abolir les frontières entre les citoyens et les pays, l’UE doit à nouveau garantir la sécurité de l’interdépendance. Beaucoup de gens ont vu s’effondrer les certitudes qui ont défini leur vie : les barrières entre les mondes développés et en développement, les structures sociales et les codes moraux, voire la différence entre hommes et femmes.

Qui saura définir un avenir pour un projet européen qui résonne auprès des citoyens sera en mesure de le réaliser.

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Élections européennes : quelle stratégie de l’Europe contre la désinformation ?

Entre manipulation des électeurs et déstabilisation de la cyber-sécurité des systèmes et processus électoraux, la lutte contre la désinformation est un chantier à la fois titanesque lorsqu’on le prend au sérieux et lilliputien quand on regarde les actions de l’Union européenne, à lire Annegret Bendiek et Matthias Schulze dans « Disinformation and Elections to the European Parliament »…

Quels sont les défis relatifs aux campagnes de désinformation ?

L’Europe n’étant ni facile à comprendre, ni assez familière pour beaucoup, répandre de fausses informations sur l’UE est relativement simple. Les campagnes de désinformation et les cyber-attaques contre l’infrastructure électorale électronique sont des menaces hybrides de destruction massive contre la démocratie qui peuvent affecter la confidentialité, la disponibilité et l’intégrité du processus électoral.

« La désinformation semble déjà avoir eu un impact en Europe : plus de 400 faux comptes sur des réseaux sociaux gérés par des soi-disant trolls basés à Saint-Pétersbourg ont été utilisés pour influencer le référendum sur le Brexit. »

Les effets des campagnes de désinformation tant numérique (l’ensemble des mécanismes numériques de diffusion de l’information) ou informatique (les incidents de piratage, les cyberattaques qui compromettent la sécurité) pour déstabiliser les piliers de la démocratie sont :

  • A court terme pour influencer le résultat d’une élection en attaquant les partis et discréditant les élus politiques ;
  • A moyen terme pour promouvoir la division sociale et la polarisation des discours publics ;
  • À long terme pour saper la confiance dans l’UE en affaiblissant l’UE en tant que système politique.

Des tactiques telles que la dissémination de déclarations douteuses pour brouiller les pistes ou la répétition constante de fausses informations ou de théories du complot sont utilisées pour saper les certitudes politiques et dissoudre un concept de vérité socialement partagé.

La désinformation numérique a l’avantage d’avoir des coûts bas tout en ayant un impact important : avec peu de ressources, un public mondial peut être atteint avec une désinformation personnalisée via des technologies numériques utilisant les moyens légitimes de la publicité pour cibler les utilisateurs en fonction de leurs profils de comportement individuels.

Les algorithmes garantissent que les contenus retiennent l’attention des utilisateurs et la garder aussi longtemps que possible. Des bulles de filtres découlent directement du modèle commercial des plates-formes en ligne pour apporter de la publicité au plus grand nombre d’utilisateurs possible. Si les mêmes opinions sont regroupées et si simultanément différentes vues sont masquées, une « chambre d’écho » auto-référentielle peut se développer.

La désinformation a un effet particulièrement polarisant sur les groupes déjà politisés aux positions idéologiques fortes. Cela peut être accompli à l’aide d’une combinaison de comptes automatisés («bots sociaux»), de comptes hybrides (en partie humains, en partie automatisés) et d’armées dites de trolls constituées par des acteurs étatiques ou des commentateurs organisés de manière privée qui diffusent systématiquement certains récits dans les médias sociaux ou sur des sites d’information. Souvent, des « agents involontaires » répandent aussi, à leur insu, de la désinformation.

La couverture médiatique traditionnelle est également impliquée, car elle prend de plus en plus de sujets d’actualité issus des réseaux sociaux. Si ceux-ci contiennent de la désinformation et que les médias plutôt tabloïd les véhiculent de manière irréfléchie, ils renforcent les récits ou les faux rapports. La désinformation a un effet cumulatif sur de plus longues périodes.

Quelles contre-stratégies de l’UE pour lutter contre les menaces hybrides étrangères et internes ?

L’inquiétude est que les élections européennes seront manipulées, perturbées ou illégalement influencées par les opposants à l’UE, avec des campagnes de désinformation ciblées, aux urnes ou lors du dépouillement des votes.

Pour que les élections de mai 2019 soient libres, équitables et sécurisées, une série de mesures concrètes comprend plus de transparence dans la publicité politique (souvent dissimulée) sur les réseaux sociaux et la possibilité de sanctions si des données à caractère personnel sont utilisées illégalement pour influencer le résultat des élections européennes.

Les décideurs politiques européens privilégient des mesures à court terme et techniques en coopération étroite avec les grandes sociétés de l’Internet : Facebook, Twitter et YouTube se sont mis d’accord sur un code de pratique sur la désinformation pour lutter contre la désinformation et contre les faux comptes sur leurs plateformes. Fin janvier 2019, la Commission a averti que ces initiatives en matière de transparence contre la publicité secrète n’étaient pas suffisantes pour protéger l’intégrité des élections européennes.

L’UE a créé un système d’alerte précoce sur la désinformation avec 5 millions d’euros et 50 employés pour identifier les campagnes en temps réel. En outre, elle a mis en place un réseau électoral, élaboré un guide sur l’application de la législation européenne en matière de protection des données aux élections et donné des orientations sur la cyber-sécurité.

Les mesures techniques prises par l’UE pour lutter contre les campagnes de désinformation et les cyber-attaques ne sont qu’un premier pas. Idéalement, les États membres devraient améliorer la protection des élections pendant les campagnes électorales, le vote proprement dit et le décompte des voix. Des échanges constants et des exercices réguliers de cyber-sécurité seraient nécessaires pour minimiser les dangers.

Cependant, la plupart des États membres n’ont jusqu’à présent pas réussi à considérer les élections comme une infrastructure essentielle pour la démocratie à sécuriser. Le problème du matériel informatique et des logiciels non sécurisés dans la technologie de vote est toujours sous-estimé.

« La suprématie des entreprises de l’Internet est comparable à une situation où le parlement est la propriété d’un fournisseur privé, son accès est réglementé en fonction de critères économiques et le volume et la transmission des discours au monde extérieur sont évalués en fonction du marché. »

Seule l’UE, avec l’ensemble de sa puissance économique, peut lutter contre le pouvoir des sociétés numériques transnationales pour réagir de manière stratégique, communicative et avec une efficacité technique aux tentatives de manipulation d’élections , encore faut-il la volonté politique, et les ressources financières et humaines nécessaires.

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