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Comment l’UE communique « de concert » sur le prix Nobel de la paix ?

Les lignes bougent en matière de créativité et d’inter-institutionnalité à l’occasion de la communication de l’UE autour de la récompense du prix Nobel de la paix. Au-delà des interrogations initiales sur qui viendraient récupérer le Nobel à Oslo, que fait l’UE pour valoriser son Nobel de la paix auprès des citoyens européens ?

Le « concert » peu visible : une communication orchestrée entre les institutions européennes

Selon les conclusions de la dernière réunion du groupe interinstitutionnel de l’information (GII) du 30 novembre, le Secrétariat Général du Conseil a présenté le plan de communication interinstitutionnelle pour communiquer sur la cérémonie de remise du prix Nobel, qui a lieu à Oslo le 10 décembre.

Une telle mobilisation de toutes les institutions européennes en matière de communication est relativement exceptionnelle. Le prix Nobel de la paix est une occasion inespérée pour l’UE de mettre en musique, d’orchestrer une communication sur les droits de l’homme, la promotion de la paix et du développement.

Au-delà d’une page web interinstitutionnelle dédiée (un support rare en matière d’actualité européenne), chaque institution contribue à la promotion de l’événement :

  • le Parlement européen prévoit une cérémonie dans l’hémicycle de Strasbourg le 12 décembre ;
  • la Commission planifie des événements dans les Représentations (en coopération avec les bureaux d’information du PE et les Etats-membres)…

Le « concert » très visible : une communication créative auprès des jeunes, du grand public et de l’international

La communication de l’UE vise à démultiplier la visibilité du prix Nobel de la paix, en capitalisant sur plusieurs dispositifs :

Dispositif « jeunes » : Un concours a été organisé auprès des jeunes afin que les gagnants accompagnent les représentants de l’UE à Oslo pour assister à la remise du prix. Un moyen d’illustrer que le message est tourné vers l’avenir et s’adresse aussi et surtout aux futures générations. De même, le montant du prix (930 000 euros) est reversé à des projets pour les enfants victimes de guerres et de conflits.

Dispositif « grand public » : La charte graphique retenue déploie un dessin spécial de Plantu, qu’il est d’ailleurs possible d’adapter à sa photo de profil sur Twitter ou Facebook. Une manière originale pour l’UE de solliciter un engagement crédible et porteur de sens pour les Européens dans les médias sociaux.

Dispositif « international » : Par ailleurs, en termes d’originalité et de créativité, à New York, le bureau de l’UE auprès des Nations unies a obtenu que, le 11 décembre, l’Empire State Building soit éclairé en bleu et jaune, les couleurs de l’UE. Une initiative que l’on aimerait voir se reproduire dans d’autres capitales du monde…

Au total, la communication de l’UE autour du prix Nobel de la paix est innovante tant par le niveau intense d’inter-institutionnalité que par la créativité.

Quelles sont les recommandations des abstentionnistes pour la campagne de communication sur les prochaines élections européennes ?

En préparation des prochaines élections européennes en 2014, la DG Communication du Parlement européen met en place un « desk research » consacré à l’abstention et aux comportements électoraux de juin 2009 en vue d’une « stratégie de marketing social » pour les prochaines élections en mai 2014. Puisque la communication sur l’élection est un élément essentiel pour améliorer la participation électorale, quelles sont, en matière de communication, les recommandations des abstentionnistes ?

Etape 1 : identifier les profils des abstentionnistes

Avec une première étude : « Eurobaromètre Spécial : Enquête post-électorale sur les élections européennes de 2009 », le « desk research » établit que les abstentionnistes ne sont pas un groupe homogène.

Selon le moment, crucial, auquel ils ont pris leur décision de ne pas aller voter, les abstentionnistes se distinguent et les répartissent selon 4 catégories :

  • les abstentionnistes « impulsifs » (26%) : groupe le plus féminin, légèrement plus jeune, mais également plus éduqué et le plus actif. Enfin, ce sont ceux qui utilisent le plus fréquemment Internet : c’est le cas des deux-tiers d’entre eux, dont notamment 44% qui le font pratiquement tous les jours.
  • les abstentionnistes « réfléchis » (26%) : groupe le plus âgé et qui utilise Internet le moins fréquemment.
  • les abstentionnistes « inconditionnels » (18%) : groupe le plus masculin, mais surtout, moins éduqué (plus d’ouvriers et de chômeurs) et où les jeunes sont le plus représentés
  • les abstentionnistes « indéterminés » (30%) : groupe qui se distingue le moins de la moyenne des abstentionnistes hormis par la proportion importante de personnes déclarant avoir voté aux dernières élections nationales (73%, pour 57% de l’ensemble des abstentionnistes).

Conclusion, parmi les 4 groupes d’abstentionnistes, les impulsifs sont sans doute les plus susceptibles de se déplacer lors du scrutin de 2014. Ce groupe représente environ 15% de l’électorat européen.

Etape 2 : identifier les leviers pour inciter à voter

Avec une deuxième étude : « Eurobaromètre Qualitatif : Groupes d’entretien avec des abstentionnistes « impulsifs » et « indéterminés » sur les blocages et les incitations au vote », le « desk research » vise à renouer les liens avec ces abstentionnistes « mobilisables » et à dégager des pistes afin d’assurer une communication efficace (impact maximum du message délivré auprès des cibles).

Principaux enseignements des groupes d’entretien :

  • Principales sources d’information concernant le Parlement européen : médias classiques (journaux et télévision) et internet ;
  • Domaines clés augmentant résolument la probabilité d’aller voter : économie, santé et emploi ;
  • Connaissance sur les candidats et information sur les enjeux du vote : facteurs déterminant la décision d’aller voter ;
  • Demande d’informations et d’histoires positives sur l’UE, afin d’équilibrer le traitement négatif des médias ;

Suggestions quant à la meilleure manière de présenter les informations : diffusion régulière d’émissions de télévision sur le thème de l’Europe, émission de TV hebdo :  » la semaine au Parlement », rubrique du journal télévisé chaque soir, débats télévisés au cours de la campagne électorale et reportages en direct du PE.

Avis mitigés sur les campagnes de sensibilisation : très chères et trop ponctuelles, courriels directs et brochures à bannir, démarchage (porte à porte et téléphone) également très mal vu, textos tout aussi mal perçus.

Avis partagés quant à l’opportunité de faire appel aux médias sociaux : les plus jeunes pensent que le PE a sa pleine place sur les réseaux sociaux et d’autres estiment qu’il n’était pas convenable que le PE se présente en utilisant les médias sociaux.

Conclusion, il faut souligner les bénéfices associés au vote aux élections européennes :

  • mettre l’accent sur la valeur ajoutée de l’Europe en soulignant l’impact direct qu’exerce la législation sur la vie quotidienne de chacun ;
  • passer d’un sentiment abstrait et diffus des conséquences du vote européen à une perception plus concrète et ciblée des effets de celui-ci.

Au total, puisque les abstentionnistes les plus susceptibles d’aller voter semblent plutôt jeunes, éduqués, actifs et connectés, il est probable que les médias sociaux – qui ont progressé de manière exponentielle depuis 2009 et sont devenus le média privilégié de la jeunesse européenne – vont jouer un rôle majeur dans les prochaines élections européennes de 2014.

Une troisième étude Eurobaromètre permettra de récolter des informations sur les réseaux sociaux.

L’objet sera de prendre le pouls du débat sur un média qui accroît son importance d’années en années et qui est privilégié par les jeunes européens pour disséminer et obtenir de l’information autour de ce qui est dit sur la « toile » au sujet du Parlement européen, de son rôle, de son action et de sa capacité à avoir un impact positif sur la vie des Européens.

L’objectif de ce troisième volet sera dans un deuxième temps d’influencer via ces réseaux les internautes pour les inciter à aller voter en 2014.

Ainsi, les deux études Eurobaromètres du « desk research » au Parlement européen fournissent de précieuses recommandations pour la future campagne d’incitation à aller voter.

Comment la communication européenne s’adapte au « nouveau monde » de l’abondance de l’information ?

L’évolution récente du paysage médiatique et numérique conduit les institutions, notamment l’Union européenne, à apprendre à communiquer – au sens de dialoguer – avec des publics mieux informés qu’elles ne savent pas ou ne veulent pas adresser. La communication de l’UE est-elle adaptée au « nouveau monde » de l’abondance de l’information ?

De l’ancien monde de la rareté de l’information et de la communication institutionnelle

L’ancien monde de la rareté de l’information se caractérise par quelques médias dominants et des modes de consommation de l’information très semblable entre les citoyens. La communication institutionnelle y est très top-down et limitée à quelques publics.

Sous cet empire de la rareté de l’information, la communication de l’UE maîtrise globalement l’actualité européenne et ne dialogue vraiment qu’avec quelques émetteurs captifs que l’UE se doit bien d’adresser, à savoir schématiquement journalistes spécialisés et diplomates nationaux.

Au nouveau monde de l’abondance de l’information et de la communication concurrentielle

Le « nouveau monde » de l’abondance de l’information se définit davantage par l’éclatement des médias et des canaux d’information ainsi que par une consommation individualisée de l’information. La communication, de fait, devient relationnelle avec de multiples publics mieux informés.

Dans une époque d’abondance de l’information (ce qui n’est pas synonyme de qualité et d’égalité d’accès), la communication de l’UE ne maîtrise plus autant l’agenda européen et se voit de plus en plus concurrencée par d’autres émetteurs plus ou moins légitimes : lobbyistes, experts, élus et citoyens.

Comment la communication européenne pourrait s’adapter ?

L’enjeu de la communication de l’UE aujourd’hui n’est plus dans la maîtrise de la rareté mais dans la gestion de l’abondance. Autrement dit, il ne s’agit plus d’alimenter quelques publics multiplicateurs d’opinion mais de dialoguer avec de multiples publics plus ou moins représentatifs des opinions.

Pour parvenir à délivrer ses messages, la communication européenne doit être en mesure de parvenir à la fois à :

  • renforcer sa capacité à définir quelques priorités pour les imposer aux autres émetteurs, cela ne peut se faire sans davantage coordonner sinon mutualiser les efforts de communication des institutions européennes ;
  • développer ses moyens pour définir quelques cibles afin de leur distribuer ces messages prioritaires, cela ne peut se faire sans une meilleure compréhension et à fortiori utilisation des phénomènes de mobilisation et d’opinion, notamment en ligne.

Ainsi, la communication européenne ne peut vraiment s’adapter au « nouveau monde » de l’abondance de l’information sans des efforts de mutualisation des messages et de compréhension de l’opinion publique en ligne.

Aide alimentaire européenne : heureuse coïncidence entre mobilisation des ONG et proposition de la Commission

Le programme européen de distribution de denrées alimentaires (PEAD) est condamné après 2013. Heureuse coïncidence en matière de communication européenne, au moment même où Restos du cœur, Banques alimentaires, Croix-Rouge et Secours populaire français mobilisent en ligne avec le « Air Food Project », la Commission européenne propose de créer un Fonds européen d’aide aux plus démunis…

« Air Food Project » : un dispositif viral de mobilisation citoyenne pour sauver 130 millions de repas distribués en France

Afin d’informer et de mobiliser les citoyens européens à la sauvegarde du PEAD amené à disparaître, des ONG humanitaires françaises lance le « Air Food Project » :

  • Concept : inciter les citoyens à mimer le geste de manger, sur le modèle des compétitions de Air Guitar, pour signifier symboliquement leur soutien à la sauvegarde de l’aide alimentaire européenne ;
  • Dispositif : une vidéo virale (25 0000 vues) gracieusement diffusée par TF1, une pétition-compétition en ligne puisque les internautes peuvent également choisir les meilleures performances de Air Food et des relais dans les réseaux sociaux.

Au total, une opération virale de mobilisation citoyenne plutôt efficace sur un enjeu important, comme le résume Morgane Tual, journaliste à Youphil :

  1. un message simple
  2. un ton humoristique
  3. une vidéo tendance
  4. un concept (presque) à la mode
  5. un appel à l’action simple
  6. une touche de gamification

Une proposition concomitante d’action de la Commission européenne avec un Fonds d’aide aux personnes les plus démunies

Au même moment, la Commission européenne consciente de la disparition annoncée de l’aide alimentaire reposant sur le budget de la PAC et de l’importance de la pauvreté dans l’UE souhaite « donner corps à la solidarité de l’Union avec les plus faibles » :

  • 116 millions de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale dans l’UE ;
  • 25,4 millions d’enfants menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale ;
  • 4,1 millions de personnes sans-abri en Europe en 2009-2010.

La Commission européenne propose de créer un Fonds d’aide aux personnes les plus démunies dans l’Union, qui non seulement puisse poursuivre la distribution de repas mais également de vêtements et d’autres biens de base pour les sans-abri et les enfants souffrant de privation matérielle.

Ainsi, sur un enjeu d’urgence sociale, une mobilisation des ONG peut rejoindre une proposition de la Commission. Reste à convaincre le Parlement européen et les gouvernements des États-membres de l’UE.

L’initiative citoyenne européenne, la plus importante innovation pour la communication européenne ?

Inauguré au cours du premier semestre 2012, l’initiative citoyenne européenne qui donne un droit d’initiative politique à condition de réunir au moins un million de citoyens de l’UE, représente-t-elle la plus importante innovation de la communication européenne ?

L’initiative citoyenne européenne relance la réflexion sur la bonne approche de la communication européenne

Cette innovation introduite dans le traité de Lisbonne est une occasion de renouveler le débat sur le diagnostic de la communication de l’UE :

Pour les tenants d’une approche pédagogique, il faut lancer une communication promotionnelle de l’initiative citoyenne européenne auprès du grand public pour combler le « déficit démocratique », réduire le « fossé entre l’UE et les citoyens » et compléter la démocratie représentative par la démocratie participative. Il s’agit de recycler une vieille rhétorique qui au fond de l’initiative citoyenne européenne que le problème de la communication de l’UE (et de la gouvernance européenne) résiderait seulement dans un manque de connaissance et de participation des citoyens.

Pour les tenants d’une approche technocratique, il faut faciliter l’appréhension et l’adhésion de l’initiative citoyenne européenne par les publics spécifiques de l’UE. Là, c’est une rhétorique, qui en invoquant de grands principes tels que la « société civile européenne » et l’« espace public européen », se révèle en fait comme un moyen de confier une nouvelle légitimité aux « petits entrepreneurs de la cause européenne », capable d’exploiter leur « capital social européen ».

Entre un pis-aller de la participation des citoyens à la construction européenne ou comme un canal d’expression technocratisé spécialement réservé aux « insiders » du système européen, l’initiative citoyenne européenne est un objet théorique non identifié.

L’initiative citoyenne européenne renouvelle la réflexion sur les mobilisations collectives européennes

Au-delà des deux formes d’action collective européenne : le lobbying et la protestation que Didier Chabenet identifie dans son article « Vers une européanisation de l’action collective », l’initiative citoyenne constitue un scénario inédit d’européanisation des actions collectives.

Une forme inédite de lobbying, au sens ou le détenteur du pouvoir des initiatives citoyennes européennes est ambiguë :

  • un nouveau pouvoir pour instrumentaliser les citoyens entre les mains de la Commission européenne ?
  • un nouveau cauchemar dans la société civile pour organiser l’expression des citoyens ?

Une forme inédite de protestation, au sens où l’activation des « players » européens sur des initiatives citoyennes européennes ne peut pleinement se réaliser sans le support des institutions européennes :

Ainsi, l’initiative citoyenne européenne se révèle une innovation institutionnelle féconde pour repenser la communication européenne. En sera-t-il autant dans la pratique ?