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2013, année européenne des citoyens : comment communiquer sur la citoyenneté européenne ?

« Mieux les Européens connaîtront leurs droits en tant que citoyens de l’Union européenne, plus ils pourront prendre des décisions en toute connaissance de cause dans le cadre de leur vie privée, et plus la vie démocratique européenne sera riche à tous les niveaux ».

Cette présentation de l’année européenne 2013 résume parfaitement l’ambivalence d’un double message : l’année européenne sera-t-elle l’année où la citoyenneté devient participative à l’échelle de l’UE ou bien l’année où l’UE entre de plein pied dans la vie quotidienne des citoyens ?

Communiquer sur la citoyenneté européenne en tant que participation à la vie démocratique

La première orientation possible de la communication sur l’année européenne des citoyens consiste à faire que la campagne soit dirigée par les citoyens au niveau national et local (approche bottom-up) et soit axée autour d’une « Année de l’écoute des citoyens de l’UE ».

Recommander de communiquer sur la citoyenneté participative, c’est aider l’UE à :

  • être plus en phase avec l’évolution des besoins au niveau local et national ;
  • utiliser concrètement l’« expertise citoyenne » afin d’adapter les politiques européennes ;
  • réconcilier pratique et rhétorique.

Cette conviction est la principale conclusion d’un rapport sur la citoyenneté participative dans l’UE, qui après consultation des Etats-membres stipule que « l’année européenne 2013 pourrait échouer, causer des dommages et exacerber les sentiments anti-UE », si les projets et initiatives dans les différents pays n’auraient pas pour but d’écouter les citoyens et de se concentrer sur les formes participatives de la citoyenneté.

La communication sur l’année européenne des citoyens pourrait s’incarner dans des « journées européennes de la citoyenneté participative », des événements de formation sur la démocratie européenne organisés autour de groupes de discussion dans tous les pays avec des auditoires clés, tels que les jeunes ou les ONG.

Par ailleurs, les usages et pratiques issus des médias sociaux sont de plus en plus répandus dans les sociétés européennes et pourraient être judicieusement utilisés pour illustrer la citoyenneté participative européenne.

Communiquer sur la citoyenneté européenne en tant que réalité concrète dans la vie quotidienne

La seconde orientation de la communication sur l’année européenne des citoyens s’oriente plutôt sur la valorisation de la citoyenneté civile européenne correspondant aux libertés fondamentales : les droits de vivre, de circuler et de travailler dans toute l’Union. (La citoyenneté sociale européenne résultant de la création de « droits à » socio-économiques ne peut pas être valorisée faute d’arguments suffisants.)

Cette approche semble clairement privilégiée par Viviane Reding, la Vice-présidente de la Commission européenne, qui affirme que son mandat en matière de citoyenneté consiste à « montrer la voie en matière de promotion de la citoyenneté européenne (…) mettre l’accent sur des mesures concrètes destinées à promouvoir et à protéger les droits des citoyens dans leur vie quotidienne ».

La communication sur la citoyenneté européenne en tant que réalité concrète semble privilégiée dans l’opinion publique européenne. Selon un Eurobaromètre flash 294 sur « La citoyenneté européenne », les Européens portent un intérêt à l’UE non pas pour apporter leur contribution mais en fonction de ce qu’ils reçoivent de l’UE.

De plus, les Européens qui reconnaissent l’impact de l’UE sur leur vie quotidienne ont plus tendance à trouver les informations sur l’UE utiles (73 % contre 59 %) et intéressantes (69 % contre 55 %). Ils sont également plus enclins à les trouver intelligibles que ceux qui perçoivent l’UE comme plus éloignée de leur vie quotidienne (54 % contre 49 %).

Ainsi, alors que 2013, année européenne des citoyens représente une opportunité pour faire avancer la citoyenneté participative, force est de constater que tant les Européens que la Commission européenne privilégient la citoyenneté concrète.

« Rencontrez l’Europe » : une plateforme communautaire de la société civile sur l’Europe en France

Lors de la journée de l’Europe, Touteleurope, avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères et européennes et de la Commission européenne, a lancé « Rencontrez l’Europe« , une plateforme communautaire autour de l’activité de la société civile sur l’Europe en France…

« Rencontrez l’Europe » : quel but et quels moyens ?

Quel est le but ?

  • Permettre aux citoyens de s’informer des événements européens qui se déroulent près de chez eux ;
  • Permettre également aux acteurs de la société civile d’échanger, et de mettre en place des actions communes ;
  • En somme, rassembler idées et projets et créer des synergies communes.

Quels sont les moyens ?

  • Un « Agenda » recensant tous les événements en lien avec l’Europe des organisations en France de la société civile (associations, fondations, think tanks… déjà 450 organisations référencées) ;
  • Un espace « Débat », lieu d’échanges avec les citoyens ;
  • Un espace « Société Civile » où ces organisations peuvent présenter leurs activités ;
  • Un espace « Membres » réservé aux organisations pour « créer des synergies entre eux, par exemple autour de l’organisation d’un événement et éventuellement réfléchir à des initiatives communes », selon la page de présentation.

« Rencontrez l’Europe » : quelles clés de succès et quels facteurs de risque ?

Selon la typologie établie par le livre blanc sur « les communautés de marque », la plateforme « Rencontrez l’Europe » correspondrait à une « communauté de pairs » autour de leur activité sur l’Europe en France, qui trouverait comme principal bénéfice « les solutions pour mieux vivre leur propre condition ».

Les clés du succès identifiées pour ce type de plateforme semblent bien prises en compte :

  • d’une part, le point commun des membres de cette communauté de « pairs » est particulièrement fort : l’activité et la volonté de mieux faire connaître l’Europe en France ;
  • d’autre part, leurs difficultés à résoudre dans leur quotidien sont effectivement nombreuses : l’exiguïté des moyens pour agir et la visibilité réduite dans les médias et en ligne auprès du public.

Les facteurs de risque pour ce type de plateforme s’avèrent en revanche plus problématiques :

Premier facteur de risque, ne pas bien identifier les vraies attentes. En l’occurrence, l’attente la plus pressante de la société civile exerçant dans les affaires européennes en France est-elle tournée vers une meilleure organisation interne ou bien plutôt vers une meilleure communication externe ? « Rencontrez l’Europe » ne risque-t-elle pas de toucher des cibles acquises plutôt que de conquérir de nouveaux publics ?

Second facteur de risque, ne pas offrir des services et des fonctionnalités qui répondent aux besoins et aux usages. En la matière, la limite la plus criante de la plateforme est de ne proposer aucune ouverture aux autres espaces du web :

  • ni possibilité de liker, twitter ou partager les contributions de la rubrique « Société civile » alors qu’il s’agit du meilleur moyen de disséminer les contenus auprès des internautes aujourd’hui ;
  • ni possibilité d’exporter (sauf RSS exhaustif) ou de personnaliser des entrées de l’agenda pour les inscrire dans son propre agenda (Outlook, Google, iOS, Android…).

Au total, l’idée de rassembler la communauté de « pairs » de ceux qui travaillent sur les questions européennes en France apparaît comme une excellente idée, sur le papier. La plateforme communautaire « Rencontrez l’Europe » parviendra-t-elle à les motiver et à créer de la valeur ajoutée pour les fidéliser ?

Initiative citoyenne européenne : qui détient le pouvoir de cet outil de lobbying ?

Après l’entrée en vigueur des initiatives citoyennes européennes (ICE) le 1er avril dernier, la première ICE « Fraternité 2020 – Mobility. Progress. Europe. » a été présentée par la Commission européenne à l’occasion de la journée de l’Europe. Indice ou symptôme, que révèlent les premières ICE ?

Initiative citoyenne européenne : un nouveau pouvoir pour instrumentaliser les citoyens entre les mains de la Commission européenne

Seule institution européenne ne disposant pas d’une légitimité issue directement des citoyens (comme le Parlement européen avec l’élection) ou indirectement (comme le Conseil de l’UE avec les gouvernements représentatifs), la Commission européenne se voit octroyer un nouveau pouvoir « civique » avec le droit d’initiative citoyenne.

En principe, l’ICE est conçue pour permettre aux citoyens de faire entendre leur voix entre les élections et d’accroître la légitimité du processus décisionnel européen en incluant une capacité de pression des citoyens sur les initiatives de la Commission.

En pratique, l’ICE risque de devenir un nouvel outil à la disposition de la Commission européenne pour exercer une nouvelle forme de pression sur les autres institutions européennes au nom des citoyens, ayant réussi à réunir 1 million de signatures sur une proposition.

Maîtrisant intégralement la procédure : du contrôle ex ante des ICE autorisées à l’opportunité ex post de décider ou non de donner une suite, la Commission européenne semble la grande bénéficiaire de cette nouvel instrument de « démocratie participative ».

Initiative citoyenne européenne : un nouveau cauchemar dans la société civile pour organiser l’expression des citoyens

Face aux multiples risques de la procédure tant en raison de la mainmise de la Commission que de la difficulté à agir sur une année, en respectant à la fois les quotas par pays et les contraintes sur la qualité des signatures, les organisations de la société civile risquent de réfléchir à deux fois avant de se lancer dans une ICE.

Seuls les acteurs disposant à la fois d’une cause populaire et des ressources suffisantes pour réaliser la campagne de collecte des signatures – donc des ONG internationales ou des entreprises multinationales – se lanceront dans une « vraie » ICE.

D’autres acteurs moins dotés désireux de renforcer leur réseau européen en trouvant de nouveaux partenaires ralliés à la cause de leur ICE ou de mener une campagne de notoriété auprès des parties prenantes européennes sans forcément s’assurer du succès de la collecte des signatures se lanceront dans l’ICE.

Au total, les ICE n’apparaissent vraiment pas comme un nouvel instrument d’empowerment des citoyens, tout au plus, un nouvel outil de lobbying discriminant tant les obstacles à surmonter sont nombreux.

Comment renverser les initiatives citoyennes européennes pour en faire un moyen de pression sur la Commission ?

Bruno Kaufmann dans « Europe Day: Hard challenges, soft democracy » décrypte le vice des premières ICE à la fois trop lyriques et europhiles et en même temps très compatibles avec les intentions de la Commission :

Initiative proposals like “Fraternité 2020” and the upcoming “Right to Water” and “Let me Vote” are still very much an immature way of using the new instrument. They do not concern tough legislative proposals but address the Commission in a old-style petition manner. Such initiatives are not challenging. There is nothing new in it and nothing which opposes current policies.

Traduction : Les propositions des ICE, comme « Fraternité 2020 », « Droit à l’eau » et « Laissez-moi voter » sont encore très immatures dans la façon d’utiliser le nouvel instrument. Il ne s’agit pas de propositions législatives difficiles, mais d’une adresse à la Commission à la manière des pétitions à l’ancienne. De telles initiatives ne donnent aucun défi à la Commission. Il n’y a rien de nouveau et rien qui s’oppose à des politiques actuelles.

Plutôt que de s’adresser à l’idéalisme de jeunes Européens motivés sur le continent et de faire plaisir à la Commission avec des propositions qui auraient pu être envisagées en interne, les organisateurs d’ICE doivent proposer des sujets qui touchent la vie quotidienne des citoyens et qui ambitionnent de faire évoluer la législation européenne.

Ainsi, face à une initiative citoyenne européenne prétendument capable d’empowerment selon la Commission européenne, les organisateurs doivent plutôt viser l’enlightment des citoyens européens.

Conférence participative : les responsables européens communiquent avec les citoyens sans s’en apercevoir

Aujourd’hui, le médiateur européen, P. Nikiforos Diamandouros, a fait l’événement à Bruxelles avec une conférence importante tant par le sujet, que par les invités ou la démarche. Un événement ambiguë dans la mesure où les principaux intervenants ont participé à une expérience participative avec le public en ligne sans quasiment s’en apercevoir…

Organisation d’une conférence participative en présence des responsables des trois institutions européens

José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, Martin Schulz, Président du Parlement européen et Helle Thorning-Schmidt, Premier ministre du Danemark, Président du Conseil de l’UE pendant le semestre de la présidence danoise sont intervenus lors de l’événement « L’Europe en crise : le défi de gagner la confiance des citoyens » organisé par le Médiateur européen.

La novation, selon le communiqué : les citoyens européens peuvent tweeter leurs questions pendant l’événement, en utilisant le hashtag #EO2012 sur Twitter. Dans la salle de conférence, un Twitter-wall diffusent les questions ainsi que les réponses données par les intervenants.

Plusieurs hypothèses de fonctionnement ont illustré les manières d’organiser la discussion avec le public et en ligne :

1/ Le Médiateur européen et le Premier ministre danois – qui ne disposent pas de compte Twitter – se sont reposés sur les Tweets des participants à la conférence pour rapporter leurs propos. Les questions issues de Twitter n’ont pas pu être portées à leur connaissance et aucune réponse n’a pu y être apportée.

2/ Le Président de la Commission européenne – qui ne dispose pas de compte Twitter personnel (contrairement à la majorité des membres de la Commission) – s’est appuyé sur l’équipe assurant la gestion du compte institutionnel @EU_Commission pour rapporter ses propos. La distinction entre les réponses données au public présent dans la salle et aux questions posées sur Twitter est assurée en toute transparence :

L’ambiguïté d’une communication simultanément en personne et en ligne

3/ Le Président du Parlement européen – qui dispose d’un compte Twitter à son nom – est à la fois intervenu devant le public mais également, en simultané, a répondu aux questions posées sur Twitter, comme celle-ci :

Autrement dit, le Président du Parlement européen s’est trouvé dans une communication ambiguë entre ses propres propos tenus en public et ses écrits en ligne en réponse à des questions – qui n’avaient pas toujours un lien évident avec les sujets de son intervention. Ses réponses en ligne ont été données sans que les questions aient été portées à sa connaissance, quoiqu’il semble s’être aperçu de l’étrange situation :

Il ne s’agit pas ici de nier que le compte Twitter d’un responsable politique puisse être maîtrisé par ses communicants, au même titre que les autres canaux de communication ; quoique ce type de communication privilégie plutôt la spontanéité et le contact direct. En revanche, la simultanéité d’une prise de parole différente entre la personne et en ligne à l’occasion d’un même événement peut soulever des ambiguïtés risquées.

Ainsi, l’intérêt d’une conférence participative – qui repose sur l’opportunité donnée à des personnes non présentes sur place de transmettre leurs questions à l’intervenant – ne doit pas être fourvoyé par la possibilité de répondre en ligne indépendamment de l’intervention.

Election présidentielle et Europe : l’information des médias et la communication des candidats au crible du factcheking européen

Vigie 2012 est un site de factcheking sur l’Europe lancé en octobre 2011 qui mène « un double travail de vérification de la parole politique sur l’Europe et de mesure du traitement de l’Europe dans les médias ». Quelles sont les faits saillants de la campagne présidentielle en France en matière d’Europe ?

Europe et culture politique française : fracture et paradoxe

Selon Thierry Chopin, auteur du « Bal des hypocrites », dès qu’il s’agit d’Europe en France, tout remonte au « non » français du 29 mai 2005 qui a révélé « « une fracture politique entre France et Union européenne » et mis en lumière « la relation paradoxale qu’entretient la France à l’Europe », fracture et paradoxe dont la clef réside avant tout dans la culture politique française » structurée selon :

  • une culture institutionnelle jacobine stato-centrée en déphasage avec l’univers bruxellois ;
  • une vision économique « antilibérale » et donc difficilement compatible avec le marché européen ;
  • une identité internationale gallicane mal à l’aise dans l’Union à 27.

Par ailleurs, Thierry Chopin plaide, dans son ouvrage datant de 2008, pour une nouvelle pratique politique – que la campagne présidentielle de 2012 n’a pas vraiment illustrée puisqu’il s’agissait d’un passage d’une « rhétorique de puissance à une politique d’influence » – qui s’appuierait notamment sur… un plus grand respect par la France de ses engagements communautaires.

L’information européenne dans les grands médias s’éloigne à mesure que la campagne s’intensifie

Qu’il s’agisse de la presse quotidienne nationale (Les Echos, Le Monde, le Figaro, Libération) ou des journaux télévisés (TF1, France 2 et France 3) « les grands médias d’information accordent de moins en moins d’espace à l’actualité européenne » à mesure que la campagne électorale avance.

Selon Vigie 2012, « cela s’explique probablement par la moindre présence de la crise de la zone euro dans l’actualité ». Sans doute, mais c’est également le fruit d’une campagne présidentielle, dont les centres d’intérêt n’ont pas sensiblement porté sur les enjeux européens.

La communication européenne des candidats : c’est ceux qui en veulent le moins qui en parlent le plus

La fracture entre politique française et Europe – rappelons le rapport Herbillon sur le sujet en 2005 – se poursuit lors de l’élection présidentielle de 2012.

Les familles politiques parlent d’autant plus d’Europe que leurs électeurs ont voté « non » au traité constitutionnel européen en 2005. Par ailleurs, toutes les familles politiques françaises parlent aussi mal d’Europe, puisque 50% des déclarations vérifiées des candidats sont vraies.

Ainsi, le travail de factcheking européen réalisé par Vigie 2012 lors de la campagne présidentielle confirme fracture et paradoxe d’une relation entre Europe et politique française pour le moins agitée.