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Fantasmes et réalités des médias sociaux pour communiquer sur l’Europe auprès des citoyens

Deux enquêtes Eurobaromètre publiée concomitamment apportent un éclairage complémentaire : loin des fantasmes sur la  soi-disant puissance des médias sociaux, la réalité de leur impact auprès des citoyens apparaît… Quelles sont les pratiques des citoyens européens sur les affaires de l’UE dans les médias sociaux ?

Les médias sociaux : une solution très partielle pour informer les citoyens français sur l’UE

Dans un focus français sur les résultats de l’Eurobaromètre Standard 78 / Automne 2012 faussement titré « L’accès à l’information sur les questions européennes : les réseaux sociaux, une solution ? », le détail se révèle beaucoup plus circonspect.

Parmi les sources d’information sur les affaires européennes, Internet est le dernier canal évoqué par les citoyens (10%), face à l’hégémonie traditionnelle de la télévision (54%) loin devant la radio et la presse.

« Si Internet s’avère donc être une source potentiellement utile d’information, les réseaux sociaux ne sont cités que par 8% des Français », selon le rapport. Et ce n’est pas tout, puisque les médias sociaux sont perçus « davantage comme un moyen d’expression que comme une source d’information à proprement parler ».

La conclusion du rapport – diamétralement opposée avec le titre de celui-ci – convient logiquement que « le problème de fiabilité et de confiance (majoritaire dans l’opinion et surtout chez les utilisateurs quotidiens d’Internet) dans l’information venant des réseaux sociaux souligne que ces outils, s’ils peuvent constituer un élément de la réponse à apporter au manque d’information ressenti par une grande majorité des citoyens, ne sauraient en aucun cas, à l’heure actuelle, constituer le seul média de référence pour les questions européennes ».

Les médias sociaux : une activité très limitée pour participer aux affaires européennes

Dans un Eurobaromètre consacré à « l’engagement des citoyens européens dans la démocratie participative », les résultats concernant les médias sociaux corroborent la conclusion timorée quant à leur potentiel auprès des citoyens.

Interrogés sur leur pratique en matière de démocratie participative, les citoyens européens indiquent que les pétitions (papier ou en ligne) sont la principale voie par laquelle ils cherchent à directement influencer le processus décisionnel politique. Et pourtant, seulement un tiers (34%) des citoyens européens disent qu’ils ont signé une pétition dans les deux dernières années. Toutefois, la proportion de personnes qui ont fait cela varie considérablement, passant de 53% au Royaume-Uni à 7% à Chypre.

Sinon, l’engagement des citoyens européens dans les médias sociaux se traduit par l’expression d’opinion en ligne pour 28% d’entre eux.

Certes, il ne faut pas en conclure que les médias sociaux sont inutiles et dérisoires pour communiquer sur l’Europe auprès des citoyens. Mais, il est clair qu’une juste place – à affiner en fonction des sociétés en Europe – doit leur être accordée pour sensibiliser le grand public aux affaires européennes.

Eurobaromètre : quelle est l’opinion et l’action des citoyens européens en matière d’engagement dans la démocratie participative ?

Au-delà de quelques enquêtes qualitatives de chercheurs, la démocratie participative en pratique dans l’UE demeure méconnue. Une enquête Eurobaromètre examine l’opinion des citoyens européens en matière de décisions politiques pouvant être influencées par leurs propres actions et par les organisations non gouvernementales (ONG)…

Perceptions des citoyens européens concernant les ONG : influence locale et nationale importante et moindre à l’échelle européenne

La première partie examine les points de vue des citoyens sur les ONG pour savoir si ces groupes ont le pouvoir d’influencer la prise de décision politique, s’ils partagent les intérêts et les valeurs des citoyens, et si les citoyens européens ont besoin de ces types d’organisations.

Pour une large majorité des Européens, les ONG peuvent influencer la décision politique à l’échelle locale (75%) et nationale (70%) et dans une moindre mesure à l’échelle de l’UE (53%). A l’échelle de l’UE, 41% des gens sont d’accord que les citoyens européens n’ont pas besoin de ces types d’organisations, et qu’ils ont d’autres moyens (non cités) d’influencer les décisions politiques.

S’agissant de la confiance des Européens dans les ONG, 59% partagent, au niveau de l’UE, les valeurs ou intérêts de certains de ces organismes, et qu’ils leur font confiance pour influencer de la bonne façon les décisions politiques européennes.

Tandis qu’au moins deux tiers de la population dans tous les États membres estiment que les ONG peuvent influencer les décisions locales ou nationales, seulement un petite majorité (53%) estime que ces organisations peuvent influencer la prise de décision au niveau de l’UE :

  • les citoyens les plus confiants dans l’influence des ONG à l’échelle de l’UE : Roumanie (71%), Portugal (68%), Luxembourg et Danemark (66%) ;
  • les citoyens les moins confiants dans l’influence des ONG à l’échelle de l’UE : Grèce (49%), Allemagne (48%) et Pays-Bas (48%).

Efficacité de différentes manières d’influencer les décisions politiques : les votes locaux et nationaux influencent plus que le vote européen

Dans la deuxième partie, les questions portent sur l’efficacité perçue des divers moyens d’influencer les décisions politiques, notamment le vote aux élections locales, nationales et européennes et l’influence des ONG.

Alors que près de 70% des citoyens européens croient que le vote local / régional ou national est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques, près de 50% pensent que le vote aux élections européennes est efficace. Une majorité dans les 27 États membres pense que le vote aux élections locales est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques. Cette majorité est unanime dans tous les pays, à l’exception de la Slovénie s’agissant du vote à l’échelle nationale.

Concernant les élections européennes, dans 19 États membres une majorité (54%) pense que le vote est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques :

  • les citoyens les plus confiants dans l’efficacité du vote aux élections européennes : Roumanie (71%), Malte (69%) et Italie (65%) ;
  • les citoyens les moins confiants dans l’efficacité du vote aux élections européennes : Lettonie (32%), République tchèque (39%), Royaume-Uni (40%) et Slovénie (40%) ;
  • les citoyens sont également divisé aux Pays-Bas (49% chacun).

Engagements des citoyens pour influencer les décisions politiques : les pétitions et l’expression en ligne plus répandus que l’adhésion à une ONG ou la participation à des débats, à fortiori européens

La troisième et dernière partie porte sur l’engagement des citoyens dans la prise de décision politique. Les citoyens cherchent-ils à exprimer leurs points de vue en signant des pétitions ou en communiquant via les médias sociaux ? Quel est le niveau de participation dans les ONG et autres associations, comme les syndicats ?

Les pétitions sont la principale voie par laquelle les citoyens cherchent à directement influencer le processus décisionnel politique. Et pourtant, seulement un tiers (34%) des citoyens européens disent qu’ils ont signé une pétition (papier ou en ligne) dans les deux dernières années. Toutefois, la proportion de personnes qui ont fait cela varie considérablement, passant de 53% au Royaume-Uni à 7% à Chypre.

Les autres formes relativement populaires d’engagement sont l’expression d’opinion en ligne, notamment dans les médias sociaux (28%), l’expression de ses opinions auprès d’un élu local (24%), et la participation à un débat public au niveau local ou régional (18%).

Relativement peu de citoyens disent qu’ils ont exprimé leurs points de vue sur des questions publiques avec leur représentant élu au niveau de l’UE (4%) ou qu’ils ont pris part à un débat public au niveau de l’UE (1%).

Dans tous les États membres sauf deux (Lettonie et République tchèque), une majorité pense qu’être membre d’une ONG est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques. La plupart des Européens en général ne sont pas membres d’une ONG ou d’une association. Un cinquième des répondants (20%) sont membres d’une organisation ayant un intérêt spécifique (économique, social, environnemental, culturel ou sportif), tandis 16% sont membres des syndicats.

En conclusion, les citoyens de l’Union sont toujours moins optimiste lorsqu’il s’agit de leur capacité d’influence sur les décisions politiques par leur vote aux élections européennes ou via l’action des ONG à l’échelle de l’UE.

Année européenne des citoyens : comment communiquer sur la citoyenneté européenne ?

2013 est l’Année européenne des citoyens, une occasion pour les institutions européennes de faire la promotion des droits des citoyens ainsi que sur la participation des citoyens à la vie démocratique de l’Union. Comment communiquer concrètement auprès des Européens ?

1er axe : centrer les prises de parole sur des sujets concrets et utiles aux citoyens européens

Plutôt que de communiquer in abstracto sur les droits des citoyens européens, l’Année européenne doit viser à rendre concrets et utiles les principaux droits :

droit de se déplacer et de séjourner librement dans l’UE : alors que la crise économique frappe inégalement les États-membres de l’UE, mieux informé les citoyens européens de ce droit devrait leur permettre d’en faire un meilleur usage, ce qui devrait être profitable pour eux-mêmes en tant qu’acteurs économiques (étudiants, travailleurs) et pour la société dans son ensemble pour limiter le chômage de masse, notamment des jeunes ;

droit de vote et de se présenter comme candidat aux élections municipales et européennes : alors que l’abstention ne cesse de progresser à chaque élection européenne et malgré les poussées de populisme lors de chaque scrutin en Europe, ce droit doit être plus largement connu par tous les Européens et leur rappeler doit leur permettre de se réinscrire dès cette année sur les listes électorales pour pouvoir participer aux élections européennes de 2O14 ;

droit d’initiative pour demander à la Commission de proposer une nouvelle législation : ce nouveau droit apparu avec le traité de Lisbonne doit être largement médiatiser auprès des Européens qui peuvent ainsi signer des initiatives susceptibles de faire évoluer le cours de la législation européenne.

A défaut de se concentrer sur quelques enjeux qui peuvent entrer en résonance avec les préoccupations des Européens actuellement, l’Année européenne se limitera à une opération institutionnelle in-susceptible de toucher un large public.

2e axe : valoriser les bonnes pratiques des sociétés civiles en matière de citoyenneté européenne

Plutôt que de tenter de faire le grand pont entre l’UE et les citoyens, que ne parviennent pas à faire aisément les institutions européennes, il faut s’appuyer sur les acteurs locaux qui agissent sur les questions de citoyenneté.

Le choix de faire d’une alliance des organisations de la société civile à l’échelle de l’UE un partenaire stratégique de l’Année européenne s’inscrit dans cette volonté de démultiplier les opportunités d’entrer en contact direct avec les citoyens à l’échelle locale.

A défaut de rassembler très largement les acteurs déjà engagés sans pour autant tomber dans l’autosatisfaction circulaire, l’Année européenne ne parviendra pas à atteindre la masse critique suffisante, notamment pour capter l’attention des médias.

3e axe : faciliter l’action des acteurs de terrain, à travers un espace dédié, et donner du sens à la notion de « réseau social » du web 2.0

Plutôt que d’organiser à grands frais une « tournée » européenne en organisant dans chaque État-membre « des forums civiques sur les politiques et les enjeux de l’Union » – un tel dialogue civique ne peut reposer sur les seules institutions européennes insuffisamment légitimes et sera bien davantage le temps du débat démocratique lors de la campagne électorale des élections européennes – il faut renforcer les acteurs associatifs ou publics de terrain.

Au lieu de mener un plan de communication autour d’un débat (prématuré avant les élections européennes) et d’événements locaux (forcément limité à un public restreint et déjà sensibilisé aux questions européennes) qui semble davantage faire la promotion des institutions européennes que celle de la citoyenneté, il serait plus judicieux de réfléchir à la fois pour faciliter l’action des acteurs de terrain et pour consacrer les faibles moyens de l’Année européenne à pérenniser les objectifs de l’Année européenne.

Sur le modèle de l’ambition numérique des campagnes d’Obama aux États-Unis (cf. « Campagne numérique : les leçons d’Obama pour les élections européennes »), l’Année européenne pourrait donner du sens à la notion de « réseau social » 2.0 en développant une plateforme qui facilite le travail des acteurs de terrain tout en professionnalisant/optimisant l’activité associative/militante et en renouvelant l’intelligence collective. Une plateforme qui pourrait être conserver pendant l’année 2014 marquée par les élections européennes.

Au travers de 3 propositions : centrer sur des sujets concrets et utiles, valoriser les acteurs de terrain et faciliter leur démarche avec un outil en ligne adapté, l’Année européenne des citoyens peut parvenir à communiquer sur la citoyenneté européenne auprès d’un large public.

Initiative citoyenne européenne : comment renforcer le pouvoir des citoyens ?

Pendant le mandat de Margot Wallström, l’UE s’est lancée dans de nombreuses innovations démocratiques avec des expérimentations délibératives transnationales. A défaut d’en tirer des leçons pour les inclure dans le système politique européen, l’initiative citoyenne européenne d’inspiration plébiscitaire a été institutionnalisée. Comment compléter la mécanique pétitionnaire/plébiscitaire avec de la démocratie délibérative/participative ?

Quelle légitimité démocratique pour les initiatives citoyennes européennes ?

Il est à craindre – compte tenu des contraintes liées à la collecte d’un million de signatures dans un minimum de 7 États-membres en un an – que les initiatives citoyennes européennes qui réussissent tendent à représenter les intérêts d’organisations déjà existantes.

La pratique des initiatives citoyennes européennes risque de réaliser une forme faible de participation citoyenne :

Quoique l’impact sur l’agenda institutionnel de l’UE soit limité puisque la Commission conserve la faculté de négliger une initiative, les organisations représentant des intérêts seront toujours plus mobilisées que les citoyens de base.

L’expérience des pétitions en Californie où le seuil du million de signatures est exigé prouve la dérive au profit d’organisations capable de dépenser le million de dollars nécessaire au succès.

Il n’y a pas de « citoyen mythique » qui pétitionnerait et s’auto-organiserait. La participation des citoyens sera donc canalisée par des organisations disposant de moyens puissants.

De plus, le terme même d’initiative est trompeur. Quoique confondu avec les référendums, les initiatives dans le langage courant signifient que les citoyens peuvent soumettre à un vote une mesure législative ou un amendement constitutionnel dans une forme de démocratie directe.

Avec l’initiative citoyenne européenne, seule la dimension « pétitionnaire » est conservée. La capacité de peser sur les formes traditionnelles de prises de décision n’existe pas, puisqu’il n’y a pas d’effet disciplinaire/obligatoire/contraignant sur les acteurs publics européens.

Enfin, sous l’angle du débat public que peuvent générer les initiatives citoyennes européennes, là encore il ne s’agit pas d’un débat contradictoire argumenté entre plusieurs solutions comme lors d’un vote mais plutôt d’une campagne unidirectionnelle en faveur d’une préconisation, ce qui en limite grandement la dimension civique/éducative auprès du grand public et ne permet de connaître la mobilisation contraire que pourrait soulever l’initiative.

Au total, la légitimité démocratique des initiatives citoyennes européennes peut être mise en doute.

Quel complément délibératif pour accroitre la légitimité démocratique des initiatives citoyennes européennes ?

Graham Smith dans “Trans-national democratic innovation in the European Union: Flirting with deliberative and plebiscitary design” formule une proposition séduisante, tirant les leçons des expérimentations menées sous le mandat de Margot Wallström.

Toute proposition d’initiative citoyenne européenne qui aurait atteint les prérequis se verrait soumise à un forum délibératif européen constitué par un échantillon représentatif de citoyens européens qui devraient considérer le sujet en question.

Cela pourrait prendre la forme d’un sondage délibératif transnational qui permettrait de dégager des préférences claires ou alors une assemblée de citoyens plus institutionnalisée qui se réunirait pour mener un « mini débat public ».

La Commission européenne – ainsi que le grand public européen – disposerait ainsi d’un jugement représentatif de la diversité des perspectives et des solutions. L’initiative citoyenne européenne aurait alors une force normative plus significative et plus légitime.

Au total, les initiatives citoyennes européens actuelles proposent une manière de réaliser la citoyenneté transnationale, qui faute de légitimité ne peut parvenir à répondre au déficit démocratique de l’UE.

Bien que les initiatives citoyennes européennes sont susceptibles d’avoir un impact sur le processus de prise de décision de l’UE, leur absence de légitimité faut d’une véritable délibération des citoyens indique que les élites politiques européennes semblent craindre de confier un engagement complet des citoyens à l’échelle européenne.

Il n’est pas clair que les initiatives citoyennes européennes dans leur forme actuelle représentent un boulevard participatif pour les citoyens de base mais plutôt un chemin de traverse pour les organisations disposant déjà de relais d’influence auprès de l’UE.

Ainsi, contrairement à la rhétorique induite par le terme « initiative » et faute d’un complément délibératif, les citoyens européens sont encore à bonne distance de disposer du pouvoir dans l’UE.

Initiative citoyenne européenne : premier bilan et améliorations pour un instrument de démocratie participative

Les citoyens du monde entier attendent de plus en plus que la démocratie soit transparente et demandent une voix et une implication directe dans les affaires qui les concernent. L’initiative citoyenne européenne a été conçue pour « faire le pont entre l’UE et les citoyens » selon Marcel Sangsari, qui en propose une « évaluation précoce ». Les initiatives citoyennes européennes vont-elles rendre plus participatives les affaires européennes ou ne servir qu’à augmenter la méfiance des citoyens européens ?

Bilan des 9 premiers mois : moins d’un million de signatures collectées… pour l’ensemble des 15 initiatives citoyennes européennes en cours

A ce jour, 23 initiatives citoyennes européennes ont été soumises. Seulement 15 sont ouvertes à la collecte des signatures, tandis que 7 ont été rejetées par la Commission européenne. Une dernière sur le bien-être des vaches laitières a été retirée par ses organisateurs.

Principales informations relatives aux initiatives citoyennes européennes en cours :

  • la plus avancée avec 776 980 signatures revendiquées porte sur l’eau et l’assainissement pour en faire un bien public ;
  • la plus dotée avec 150 000 €  de soutien vise à la résiliation du contrat de libre circulation des personnes avec la Suisse ;
  • la première « Fraternité 2020 – Mobilité. Progrès. Europe. » affiche 58 480 signatures et se voit traduite dans toutes les langues de l’UE ;
  • une seule ICE ne dispose pas de site Internet tandis que toutes (sauf 3) ont été déposées en anglais.

ICE_liste_janv2013Pour Marcel Sangsari, « il est trop tôt pour juger, mais il est clair que les organisateurs devraient chercher des conseils juridiques avant de proposer leur initiative citoyenne, la base juridique utilisée et la langue peut faire la différence ».

Un autre élément du bilan concerne l’expertise technique. L’un des problèmes majeurs concerne la difficulté de faire face à la mise en place d’un système de collecte en ligne. Le coût d’un serveur sécurisé « aux normes » est estimé de 20.000 à 30.000 €, un montant au-delà des moyens de la plupart des organisateurs. D’ailleurs, il y a même une initiative citoyenne européenne pour les rendre plus conviviales aux citoyens dans la collecte des signatures.

Comment faire des initiatives citoyennes européennes une vraie opportunité pour les citoyens et une réelle innovation de démocratie participative pour l’UE ?

Le seuil d’un million de signatures est une tâche complexe et difficile, qui consiste à collecter une moyenne de 2.740 signatures par jour !

Les organisateurs voient la nécessité pour la Commission de fournir une infrastructure de soutien et d’assistance. Par exemple, alors que la Commission fournit un point de contact pour obtenir des informations et de l’aide, et utilise ses 800 bureaux Europe Direct dans les États membres pour les demandes des citoyens de base, les ressources dédiées aux initiatives sont limitées.

Les outils nécessaires sont un centre d’aide (une hotline) à Bruxelles ainsi que d’une plateforme centralisée et permanente (un serveur) pour la collecte en ligne permettrait de faciliter la capacité des citoyens à faire usage de leur nouveau droit.

Les évolutions apportées au règlement des initiatives citoyennes européennes, dont la révision est prévue en 2015, devraient mettre l’accent sur les besoins des différents publics :

  • Besoin de soutien pour les organisateurs, y compris leur nécessité d’une collecte de fonds ;
  • Besoin d’une infrastructure plus proche et plus conviviale des citoyens au sein des autorités de l’UE ;
  • Besoin de relais dans les États membres, notamment dans la compréhension des procédures et la diffusion des ressources disponibles.

L’optimisme laisse voir que les citoyens peuvent désormais prendre le siège du conducteur pour, peut-être, surmonter la paralysie institutionnelle dans des domaines importants tels que l’aide au développement de l’UE, sa politique énergétique, ou pour faire pression sur l’UE sur un sujet comme la taxe sur les transactions financières, comme l’a récemment suggéré le président du Parlement européen, Martin Schulz.

Le réalisme oblige à considérer que le citoyen lambda de l’UE n’est pas encore au courant de l’existence ou du potentiel des initiatives citoyennes européennes. Les institutions de l’UE feraient bien de mettre en place une stratégie de communication et une campagne paneuropéenne pour informer les citoyens de l’Union : l’Année européenne des citoyens en 2013 et la course aux élections européennes en 2014 offrent d’excellentes possibilités.

Au total, les initiatives citoyennes européennes peuvent tout à la fois faire avancer l’UE ou l’affaiblir en ajoutant de la frustration. Le potentiel d’engagement des citoyens repose sur des évolutions qui feront des initiatives citoyennes européennes un catalyseur pour une plus grande participation démocratique participative.