Archives de catégorie : Opinion publique européenne

Billets sur l’opinion publique européenne

Elections européennes : quelles sont les tendances de l’opinion publique européenne ?

Grâce à la publication récente des premiers résultats de l’Eurobaromètre Standard 79, les principales évolutions de l’opinion publique européenne en matière de sentiment, d’image et de confiance à l’égard de l’Europe se précisent et dessinent les contours de la future campagne électorale ?

Vers une aggravation de l’abstention lors des élections européennes de 2014 ?

Plusieurs indicateurs confirment la tendance à la hausse vraisemblable de l’abstention électorale, même s’il est encore trop tôt pour porter un jugement définitif :

A la question de savoir si « ma voix compte dans l’UE », la réponse atteint un record négatif avec plus des deux tiers des Européens pensant que leur voix ne compte pas dans l’UE (67%). De surcroît, cette réponse connaît une hausse quasiment ininterrompue depuis le printemps 2009, date des dernières élections. Naturellement si l’on estime que sa voix ne compte pas, on est d’autant plus susceptible de s’abstenir.

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A la question « connaissez-vous vos droits de citoyen européen », c’est dorénavant une petite majorité d’Européens qui indique ne pas connaitre ses droits en tant que citoyen européen (53%) – un résultat où s’illustre funestement la France avec la plus faible connaissance de toute l’UE. Evidemment, si l’on ne connaît pas ses droits, et notamment le droit de vote, on est forcément plus enclin à s’abstenir.

Vers une sanction des partis politiques européens « responsables » ?

Une autre série d’indicateurs tend à montrer que les Européens sont particulièrement remontés contre les responsables aux manettes de la situation :

L’image de l’UE est particulièrement en berne, si l’on compare 2009 à 2013 : l’image positive a baissé de 18 points tandis que l’image négative progresse de 14 points, de sorte que « la proportion de personnes affirmant avoir une image positive de l’UE se maintient à un niveau tout juste supérieur à celle des répondants qui en ont une image négative ». En matière d’image, les soutiens à l’Europe s’effondrent tandis que les oppositions progressent, qu’en sera-t-il en matière de vote ?

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De même, en matière de confiance dans les institutions européennes, la baisse est également vertigineuse de 17 points entre 2009 et 2013 pour se situer à seulement 31%. Autrement dit, plus des deux tiers des Européens ne font pas confiance aux institutions européennes, une préfiguration des scores entre pro- et alter- ou anti-européens ?

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Vers une cristallisation de l’opinion publique européenne autour des enjeux économiques ?

Dernière indication à la lecture du dernier Eurobaromètre, les préoccupations actuelles de l’opinion publique européenne se concentrent sur les questions économiques (chômage et crise de l’euro), ce qui laisse imaginer ce qui devrait les intéresser pendant la campagne électorale.

D’une part, la situation économique reste, d’après les Européens, le problème le plus important auquel doit faire face l’UE (48%), suivi par le chômage, un sujet de préoccupation croissant (38%) – autant de sujets qui devraient être au cœur des thèmes de campagne.

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D’autre part, le soutien en faveur d’une union économique et monétaire européenne avec une seule monnaie, l’euro est régulièrement en baisse depuis 2009, perdant 10 points pour ne recueillir qu’une courte majorité – un potentiel basculement de majorité, ce qui sera l’enjeu de la campagne électorale aurait des conséquences très importantes après le vote.

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Au total, les évolutions de l’opinion publique européenne – mesurées par les Eurobaromètres – fournissent des indications sur les tendances observées lors des futures élections européennes.

Pourquoi la communication européenne tourne en rond ?

Toute la stratégie de communication de l’UE à destination des citoyens repose sur une volonté de dialoguer avec les citoyens. Encore faut-il que les citoyens le désirent ce dialogue. Bien au contraire, l’absence de réponse des citoyens ordinaires fait que la communication européenne tourne en rond…

La stratégie de dialogue de l’UE avec les citoyens : un appel du pied aux partisans de la construction européenne

Rapidement après les rejets populaires des référendums français et néerlandais de 2005 sur le traité pour une constitution européenne, Margot Wallström lance le « Plan D comme démocratie, dialogue et débat ». Sa démarche repose sur une volonté nouvelle de se rapprocher des citoyens et de leur donner les moyens de dialoguer avec l’UE.

Cette nouvelle volonté affichée d’établir un « dialogue renforcé » avec les citoyens conduit à redéfinir la notion de « public » qui prévaut au sein des milieux institutionnels de l’UE afin de sortir d’une conception unilatérale d’un public récepteur au profit d’un échange avec des citoyens actifs devenus partie prenante de la communication européenne.

Encore faut-il que cette stratégie de communication reposant sur une forme de « démocratie participative » trouve un quelconque écho auprès desdits citoyens. Désireuse de lancer un dialogue UE-citoyens, la Commission européenne se sera finalement retournée auprès des médiateurs pour ainsi dire « naturels » de la cause européenne, autrement appelé « les auto-entrepreneurs de la cause européenne ».

En résumé, et de manière tout à fait paradoxale (et inconsciente ?), le regain de considération récent de l’UE pour la parole, les opinions ou les initiatives des « euro-citoyens ordinaires » bénéficie d’abord aux promoteurs non institutionnels mais traditionnels de l’idée européenne.

Initiative citoyenne européenne, Année européenne du citoyen : des actions d’auto-persuasion pour l’UE

Le risque de « l’auto-persuasion » au sein d’une bulle de gens convaincus où se retrouve à la fois la Commission soucieuse de communiquer directement avec des citoyens et les auto-entrepreneurs de la cause européenne se confirme avec l’initiative citoyenne européenne et l’Année européenne des citoyens.

Prenons l’initiative citoyenne européenne. A l’issue de la 1e année de fonctionnement, la Commission européenne se félicite du « succès », alors que la réalité est largement plus nuancée avec seulement 14 initiatives en cours et une seule susceptible de rassembler les critères de recueil du million de signatures de citoyens. Les quelques auteurs des initiatives citoyens européennes sont dans leur très grande majorité des auto-entrepreneurs de la cause européenne qui malgré eux finissent par persuader la Commission européenne qu’elle poursuit la bonne stratégie.

D’ailleurs, les actions de la Commission consistent à « arrimer » les acteurs de la société civile à l’Europe pour en faire de nouveaux auto-entrepreneurs de la cause européenne ou dit autrement pour les inclure dans le système institutionnel élargi de l’UE. Ainsi par exemple, la maison européenne de la société civile s’inscrit dans cette volonté d’élargir les publics légitimes de l’UE en y incluant les ONG civiques. L’objectif de la démarche consiste à recruter de nouveaux partisans du système en place.

Avec l’Année européenne des citoyens, c’est la même logique qui est à l’œuvre. La Commission européenne tente de nouveau de faire le grand pont entre l’UE et les citoyens, en s’imaginant, comme toujours (enfin surtout depuis quelques années) pouvoir s’adresser directement à eux. La Commission européenne monte à grands frais une « tournée » européenne en organisant dans chaque État-membre « des forums civiques sur les politiques et les enjeux de l’Union ».

Un tel dialogue civique UE-citoyens ne peut fonctionner que s’il y a des citoyens à l’autre bout pour participer à ces événements. Or justement, dans un Eurobaromètre sur l’opinion et l’action des citoyens européens en matière d’engagement dans la démocratie participative, seuls 1% des Européens déclarent qu’ils ont pris part à un débat public au niveau de l’UE.

Au total, il ne suffit pas de décréter un dialogue UE-citoyens, comme le fait la Commission européenne, pour qu’il existe. La revendication d’un lien direct entre l’UE et les citoyens peut même à force laisser planer l’impression que l’UE s’auto-persuade de poursuivre un dialogue, pourtant de fait réduit aux seuls auto-entrepreneurs de la cause européenne.

Eurobaromètre : quelle est l’opinion et l’action des citoyens européens en matière d’engagement dans la démocratie participative ?

Au-delà de quelques enquêtes qualitatives de chercheurs, la démocratie participative en pratique dans l’UE demeure méconnue. Une enquête Eurobaromètre examine l’opinion des citoyens européens en matière de décisions politiques pouvant être influencées par leurs propres actions et par les organisations non gouvernementales (ONG)…

Perceptions des citoyens européens concernant les ONG : influence locale et nationale importante et moindre à l’échelle européenne

La première partie examine les points de vue des citoyens sur les ONG pour savoir si ces groupes ont le pouvoir d’influencer la prise de décision politique, s’ils partagent les intérêts et les valeurs des citoyens, et si les citoyens européens ont besoin de ces types d’organisations.

Pour une large majorité des Européens, les ONG peuvent influencer la décision politique à l’échelle locale (75%) et nationale (70%) et dans une moindre mesure à l’échelle de l’UE (53%). A l’échelle de l’UE, 41% des gens sont d’accord que les citoyens européens n’ont pas besoin de ces types d’organisations, et qu’ils ont d’autres moyens (non cités) d’influencer les décisions politiques.

S’agissant de la confiance des Européens dans les ONG, 59% partagent, au niveau de l’UE, les valeurs ou intérêts de certains de ces organismes, et qu’ils leur font confiance pour influencer de la bonne façon les décisions politiques européennes.

Tandis qu’au moins deux tiers de la population dans tous les États membres estiment que les ONG peuvent influencer les décisions locales ou nationales, seulement un petite majorité (53%) estime que ces organisations peuvent influencer la prise de décision au niveau de l’UE :

  • les citoyens les plus confiants dans l’influence des ONG à l’échelle de l’UE : Roumanie (71%), Portugal (68%), Luxembourg et Danemark (66%) ;
  • les citoyens les moins confiants dans l’influence des ONG à l’échelle de l’UE : Grèce (49%), Allemagne (48%) et Pays-Bas (48%).

Efficacité de différentes manières d’influencer les décisions politiques : les votes locaux et nationaux influencent plus que le vote européen

Dans la deuxième partie, les questions portent sur l’efficacité perçue des divers moyens d’influencer les décisions politiques, notamment le vote aux élections locales, nationales et européennes et l’influence des ONG.

Alors que près de 70% des citoyens européens croient que le vote local / régional ou national est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques, près de 50% pensent que le vote aux élections européennes est efficace. Une majorité dans les 27 États membres pense que le vote aux élections locales est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques. Cette majorité est unanime dans tous les pays, à l’exception de la Slovénie s’agissant du vote à l’échelle nationale.

Concernant les élections européennes, dans 19 États membres une majorité (54%) pense que le vote est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques :

  • les citoyens les plus confiants dans l’efficacité du vote aux élections européennes : Roumanie (71%), Malte (69%) et Italie (65%) ;
  • les citoyens les moins confiants dans l’efficacité du vote aux élections européennes : Lettonie (32%), République tchèque (39%), Royaume-Uni (40%) et Slovénie (40%) ;
  • les citoyens sont également divisé aux Pays-Bas (49% chacun).

Engagements des citoyens pour influencer les décisions politiques : les pétitions et l’expression en ligne plus répandus que l’adhésion à une ONG ou la participation à des débats, à fortiori européens

La troisième et dernière partie porte sur l’engagement des citoyens dans la prise de décision politique. Les citoyens cherchent-ils à exprimer leurs points de vue en signant des pétitions ou en communiquant via les médias sociaux ? Quel est le niveau de participation dans les ONG et autres associations, comme les syndicats ?

Les pétitions sont la principale voie par laquelle les citoyens cherchent à directement influencer le processus décisionnel politique. Et pourtant, seulement un tiers (34%) des citoyens européens disent qu’ils ont signé une pétition (papier ou en ligne) dans les deux dernières années. Toutefois, la proportion de personnes qui ont fait cela varie considérablement, passant de 53% au Royaume-Uni à 7% à Chypre.

Les autres formes relativement populaires d’engagement sont l’expression d’opinion en ligne, notamment dans les médias sociaux (28%), l’expression de ses opinions auprès d’un élu local (24%), et la participation à un débat public au niveau local ou régional (18%).

Relativement peu de citoyens disent qu’ils ont exprimé leurs points de vue sur des questions publiques avec leur représentant élu au niveau de l’UE (4%) ou qu’ils ont pris part à un débat public au niveau de l’UE (1%).

Dans tous les États membres sauf deux (Lettonie et République tchèque), une majorité pense qu’être membre d’une ONG est un moyen efficace d’influencer les décisions politiques. La plupart des Européens en général ne sont pas membres d’une ONG ou d’une association. Un cinquième des répondants (20%) sont membres d’une organisation ayant un intérêt spécifique (économique, social, environnemental, culturel ou sportif), tandis 16% sont membres des syndicats.

En conclusion, les citoyens de l’Union sont toujours moins optimiste lorsqu’il s’agit de leur capacité d’influence sur les décisions politiques par leur vote aux élections européennes ou via l’action des ONG à l’échelle de l’UE.

Totem et tabou de la communication européenne

Depuis longtemps, nous n’avions pas vécu, notamment dans les médias, une semaine aussi « européenne » entre les 50 ans du traité de l’Elysée sur l’amitié franco-allemande et le discours sur l’Europe du Premier ministre britannique. Pourtant les interdits et les non dits plonge la communication sur l’Europe dans un abîme freudien…

L’amitié du couple franco-allemande : le totem de la communication européenne

Les études plaident pour une relative indifférence des peuples allemand et français – que l’on songe au fait que moins de 5% parlent la langue de l’autre pays ou au « caractère « dépassionné » de la relation franco-allemande » vu comme l’un des résultats essentiels d’un sondage IFOP sur l’image de l’Allemagne en France.

Il en est de même pour les responsables politiques à en juger par le Wunderbarometer, une étude qui indique, selon son concepteur Matthieu Lerondeau qu’« il n’existe pas de sphère politique franco-allemande sur Twitter. Pas entre les ministres et les ministères […] aucun ne se suivent de part et d’autre du Rhin ».

Il ne faut pas en conclure que l’Allemagne et la France ne partagent pas une profonde unité. Mais plutôt, que nous vivons avec « l’esprit perdu du traité de l’Elysée ». Les discours officiels cultivent une « amitié » à distance de la réalité. Autrement dit, un interdit surplombe les prises de parole et cet interdit, c’est le « totem » de l’amitié franco-allemande. Un « mythe », selon Vincent Giret de Libération visant à « passer de la haine héréditaire à l’amitié héréditaire ».

Le référendum sur l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE : le tabou de la communication européenne

Autre événement dans l’actualité européenne, le discours du Premier ministre britannique sur l’Europe pose là-encore un surplomb freudien. Il ne s’agit plus ici d’un nouvel interdit – bien au contraire puisque l’hypothèse d’un référendum sur l’adhésion est levée, quoique que l’organisation en soit repoussée aux calendes grecques.

Ce sont plus les nombreux non-dits du discours qui font que ce qui devait être un discours-clé laisse de nombreuses questions sans réponse, notamment sur ce que David Cameron souhaiterait renégocier avec ses partenaires européens.

Au total, le sujet dans les discours officiels de l’UE – avec tous ces non-dits chez le responsable britannique et toutes les arrières pensées de la classe politique au Royaume-Uni et chez les autres États-membres – devient en somme un véritable « tabou », puisque l’aborder, c’est se dévoiler.

Alors que l’écume médiatique laisse à penser que le sujet « Europe » progresse puisque l’amitié franco-allemande est célébrée et le peuple britannique consulté, de nouveaux totem et tabou assaillent la communication des institutions sur l’Europe.

La communication européenne en 2012 : bilan sur l’opinion publique européenne

Dans le cadre d’une série rétrospective sur la communication européenne en 2012, Lacomeuropéenne synthétise les informations publiées tout au long de l’année. Quel bilan tiré des Eurobaromètres sur l’opinion publique européenne ?

Eurobaromètres : quel est l’état de l’opinion publique européenne ?

Au travers de plusieurs enquêtes Eurobaromètres publiées en 2012, l’opinion des Européens sur l’UE se révèle inquiétante :

  • l’image de l’UE auprès des Européens dessine une UE perçue comme humaniste, structurée autour de ses grands projets historiques mais les capacités de projection tant au sens de prospective dans des ambitions futures que d’incarnation dans des réalités concrètes font défauts ;
  • l’opinion des Français en matière d’information sur l’Europe montre un souhait incantatoire de davantage de la thématique européenne dans le discours des politiques et dans les médias et surtout un paradoxe sociologique du sentiment d’information perçu sur la vie politique de l’UE : les moins diplômés et les chômeurs s’estiment mieux informés que les plus diplômés et les cadres.

Eurobaromètres : quelle est la part d’ombre de la mesure de l’opinion publique européenne ?

La comparaison de 2 enquêtes Eurobaromètres posant à peu près au même moment les mêmes questions indique des sentiments contrastés de l’opinion publique européenne sur l’UE, à mettre en parallèle avec le fait que « la majorité des personnes interrogées pensent toujours que leur voix  « ne compte pas dans l’UE » ».

L’analyse des Eurobaromètres sur la durée montre à la fois une augmentation constante des Eurobaromètres Spéciaux, reflet d’une augmentation des compétences européennes et une utilisation des Eurobaromètres Spéciaux par les DG de la Commission inversement proportionnelle aux compétences de l’UE. Au total, la Commission européenne tend à faire une utilisation « politique » des Eurobaromètres Spéciaux afin de légitimer de nouvelles politiques publiques européennes.

Sinon, la Commission européenne semble instrumentaliser les Eurobaromètres tant en termes de « policy » comme instrument d’aide à la définition des politiques publiques européennes qu’en termes de « politics » avec des dissimulations de résultats menaçantes pour la rigueur scientifique.

Au total, la communication européenne en 2012 a progressé tant dans la connaissance de l’opinion publique européenne, que dans le décryptage de sa part d’ombre.