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Décryptage des communiqués de presse de la Commission européenne

La Commission européenne n’a cessé de se féliciter d’une « meilleure communication avec les citoyens européens », investissant dans des ressources, des stratégies et du personnel professionnel. Pourtant et toujours, l’image d’une technocratie détachée semble imprimer. Pourquoi ?

C’est la question que se pose le chercheur Christian Rauh qui s’est plongé dans l’analyse des 44 978 communiqués de presse que la Commission européenne a publié entre 1985 et 2020 : « From the Berlaymont to the citizen? The language of European Commission press releases 1985-2020 ».

La communication de la Commission européenne fait partie du problème

Face à la demande croissante de communication de la Commission vers le citoyen européen, l’offre abondante de communication de la Commission n’y répond guère. La communication de la Commission européenne semble fortement liée à son identité institutionnelle ambiguë. Ayant commencé comme une technocratie plutôt détachée au service des gouvernements nationaux, le dorénavant « exécutif » supranational relativement puissant, visible dans la sphère publique n’a pas suffisamment fait évoluer ses pratiques.

Non seulement, les tâches de communication sont de plus en plus institutionnalisées à cause de la politisation générant des incitations stratégiques à communiquer de manière plus proactive avec le citoyen européen, mais surtout, un état d’esprit technocratique omniprésent, des responsabilités peu claires et multiples, et la prudence stratégique qui en résulte réduisent les capacités de parler plus efficacement aux citoyens européens au cours des dernières décennies.

C’est à dessein que le service des porte-parole du président Juncker a réduit le nombre de communiqués de presse afin d’aider les journalistes qui couvrent l’UE à identifier ce qui est pertinent parmi les centaines d’infos qui sortent quotidiennement et aussi afin de mieux cibler les journalistes autour de sujets susceptibles d’attirer leur attention.

Le volume injustifié des communiqués de presse de la Commission européenne

European_Commission_press_releases_over_timeLa quantité d’informations publiques observée ici n’est pas proportionnelle à la croissance des compétences politiques ni corrélée à la production législative de la Commission européenne.

Il est frappant de voir que les baisses majeures de la production de communiqués de presse se sont produites dans des périodes de forte politisation de l’UE, par exemple à la suite de l’eurocrise, de la crise de Schengen ou du débat sur le Brexit.

Une communication plus proactive ne reflète donc pas nécessairement plus ou une meilleure information pour l’ensemble des citoyens. Au contraire, davantage de communication pourrait également créer une confusion politique ou brouiller, désamorcer ou même obscurcir les responsabilités politiques.

La langue technocratique des communiqués de presse de la Commission européenne

Les communiqués de presse sont très pertinents à analyser :

  1. Des efforts de communication conscients uniquement produits pour transmettre un message au grand public ;
  2. Une sélection des messages préférés de la Commission avant la sélection ou l’encadrement journalistique et par d’autres acteurs politiques ;
  3. La forme la plus classique de communication avec une vaste expérience sur une longue période.

Le langage extrêmement technique, beaucoup plus proche du discours scientifique que du langage des cadres nationaux ou des médias publics, n’est pas motivé par les sujets politiques sur lesquels la Commission communique et, de manière frappante, sans guère changé au cours des près de 35 ans d’intégration européenne observés ici – notamment une période au cours de laquelle les compétences politiques de la Commission et la politisation publique de l’UE se sont nettement accrues. Par conséquent, le jugement du chercheur est sans appel, la Commission souffre d’un remarquable « déficit de communication » comportemental.

Le langage que la Commission européenne alimente dans le débat public est significativement moins accessible que le langage que les citoyens éprouvent habituellement lorsqu’ils consomment des informations politiques. En fait, la manière dont la Commission communique avec le public est plus proche de la manière dont les politologues communiquent entre eux.

Ce que la Commission nourrit dans le débat public est très différent du langage politique que les citoyens européens rencontrent habituellement. En fait, cela ressemble plutôt à une prose académique spécialisée.

Même lorsque la Commission européenne couvre des sujets similaires à ceux des exécutifs nationaux, la communication est presque toujours moins accessible : complexité du langage, familiarité du vocabulaire ou expression de l’action.

Au final, la communication de la Commission européenne doit être qualifiée d’extrêmement technocratique. Le style de communication se caractérise par un langage grammaticalement complexe, par un jargon très spécialisé et par un style inhabituellement nominal qui brouille les actions et les choix de la prise de décision supranationale. En plus de 35 ans d’intégration européenne, cela ne s’est guère amélioré.

Pourquoi le style de communication technocratique de la Commission européenne perdure

Dans le contexte actuel où les compétences politiques de la Commission européenne affectent les citoyens européens dans une intégration européenne de plus en plus politisée et contestée dans les débats publics, ce style de communication est au mieux risqué ; au pire, dangereux. Le discours technocratique que cultive la Commission fait trop facilement le jeu de ceux qui veulent construire l’image d’une élite bruxelloise largement détachée du citoyen européen.

Les raisons invoquées sont certainement correctes quoique décevantes. Certaines preuves anecdotiques suggèrent que les querelles bureaucratiques peuvent expliquer l’inefficacité. Une communication hésitante peut indiquer une prudence stratégique et une gestion des risques institutionnels. L’enracinement dans un langage technocratique peut refléter une stratégie de gestion de la politisation qui vise à désamorcer les débats publics critiques en cachant délibérément les décisions prises à Bruxelles.

Au total, les messages hautement technocratiques du Berlaymont aux citoyens européens qui ne sont pas synchronisés avec les débats publics politisés dans l’Union européenne révèle que l’institution n’est pas encore parvenue à intégrer la mission de communiquer au cœur de son action dès l’élaboration des politiques.

Alerte sur l’actu européenne, parent pauvre de l’info, mendiant dans les journaux télévisés

La place accordée à l’Union européenne dans les journaux télévisés des principales chaînes traditionnelles, alors que la télévision est toujours le premier média des Français, déjà très faible, est en recul, en 2019 (année des élections européennes) et 2020 (gestion européenne de la pandémie Covid et des vaccins), selon une étude publiée par la Fondation Jean Jaurès par Théo Verdier et Fanny Hervo

Des résultats dramatiques sur la visibilité de l’Union européenne dans les journaux télévisés français

Seuls 3,6% des sujets de journaux télévisés consacrés à l’Union européenne entre 2015 et 2020, dans le contexte d’une médiatisation accrue des élections européennes : dans ce désert médiatique – ce résultat, déjà très problématique, chute d’ailleurs à 2,5 % si on retire Arte du panel – les élections européennes exercent un léger effet amplificateur sur le traitement de l’actualité de l’Union européenne.

La stratégie vaccinale européenne absente de la couverture médiatique de l’Union européenne en 2020 : au premier semestre 2020, 60 % de l’offre d’information globale traite du coronavirus– 80 % des sujets diffusés lors du premier confinement y font référence – au détriment de la couverture des affaires européennes, drastiquement réduite en 2020.

2,3 % des sujets diffusés en 2020 ont été consacrés aux enjeux européens, toutes chaînes confondues : l’offre d’information sur l’Union européenne est drastiquement restreinte au sein des JT généralistes, le 20H de TF1 mentionne l’actualité communautaire dans 1,1 % de ses sujets, ce ratio est de 1 % pour le 19:45 de M6. Le service public fait tout juste un peu mieux avec 1,4 % des sujets sur France 3 et 1,7 % sur France 2.

etude_sujets_mention_actu_UE_JTL’information télévisée relative à l’Union européenne se concentre principalement sur trois des dimensions européennes de la crise : l’impact économique de l’épidémie et la réponse budgétaire européenne (22 % de l’offre d’information sur l’Union européenne), puis la mobilité et les enjeux frontaliers (27 % des sujets UE) et la coordination de la réponse sanitaire (21 %). Le suivi européen de la pandémie est très limité et la stratégie vaccinale européenne est totalement absente.

Une conclusion très problématique : les Français ont été très peu informés de l’avancée de la stratégie vaccinale européenne par les journaux télévisés, premiers médias auxquels ils ont recours pour l’information sur l’actualité nationale et internationale.

Vers une médiatisation croissante des élections européennes dans les journaux télévisés

La part des sujets consacrés à l’actualité européenne au sein des journaux télévisés en périodes électorales s’améliorent pendant les années d’élections européennes 2014 et 2019 où le ratio de sujets sur les enjeux européens dépasse le seuil des 4 %.

etude_sujets_mention_actu_UE_elections_europeennes_JTL’étude comparative des années d’élections européennes depuis 2009 témoigne de l’intérêt grandissant des rédactions pour l’Union européenne en périodes électorales. Entre 2009 et 2014, la part des sujets consacrés à l’Union européenne a ainsi augmenté d’un tiers, passant de 769 à 1 191 sujets pour l’année 2014. Une croissance qui se confirme pour l’année 2019 avec un total de 1 201 sujets, soit une très légère augmentation. La part d’information portant uniquement sur les élections européennes a doublé entre 2014 et 2019.

Un traitement différencié mais pas brillant de l’actualité européenne selon les chaînes

Le traitement de l’information européenne apparaît varier fortement selon les chaînes. Le journal télévisé le plus regardé des Français (le 20H de TF1) compte parmi les derniers JT des chaînes généralistes avec seulement 2,2 % de ses sujets faisant mention des enjeux communautaires sur la période 2015-2020. C’est également le seul des JT étudiés à ne pas amplifié son traitement de l’actualité européenne en périodes électorales.

Les chaînes du service public traitent quant à elles davantage de l’actualité de l’Union européenne, tout en divergeant fortement sur l’importance qu’elle occupe à l’antenne. Arte dépasse de loin ses concurrents en la matière avec 11,6 % de son journal traitant de l’information européenne, suivie par le JT de France 2 qui consacre 3,7 % de son journal à l’actualité communautaire sur la période 2015-2020.

L’incarnation de l’Union européenne à l’écran

La visibilité dans les JT du personnel politique européen est très restreinte, présents dans 9,6 % des sujets traitant de l’actualité de l’Union européenne pour les années 2019 et 2020 ; sans Arte, le nombre de prises de parole chute de moitié, et le nombre de sujets d’un tiers.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est la plus visible des dirigeants de l’Union européenne en 2019 et 2020, trois fois devant Charles Michel, puis Christine Lagarde, Michel Barnier et Thierry Breton. En 2020, la cheffe de l’exécutif européen arrive à la 22e place du top des personnalités les plus citées des journaux télévisés. Mais, Donald Trump est 4,5 fois plus cité qu’Ursula von der Leyen.

Au total, la prise de conscience de la place de l’Union européenne dans les journaux d’information à la télévision ne progresse pas suffisamment pour entamer un changement d’état d’esprit sauf de la part de France Télévisions avec la mise en place d’un indicateur sur l’information européenne dans la part variable de rémunération des cadres dirigeants de l’information. Une meilleure visibilité de l’actualité de l’Union européenne dans les médias télévisés demande des changements structurels et pérennes telle que la mise en place d’indicateurs permettant une mesure des enjeux européens afin d’enclencher une progression structurelle durable.

Comment transformer les médias et l’audiovisuel de l’UE ?

Particulièrement touchés par la crise du coronavirus, les médias et l’audiovisuel de l’UE font l’objet d’un plan d’action pour soutenir leur relance en tant que pilier de la démocratie, de la diversité culturelle de l’Europe et de l’autonomie numérique…

Un plan de relance pour les médias et l’audiovisuel de l’UE

Pilier n°1 : se redresser avec un soutien financier pour assurer la transformation numérique des entreprises audiovisuelles et médiatiques

Principale annonce dans ce pilier, un budget de 400 millions d’€ avec l’initiative « MEDIA INVEST » pour stimuler les investissements dans l’industrie audiovisuelle  sur une période de 7 ans.

Une autre initiative « NEWS » pour regrouper les actions en faveur des médias d’information comprenant un projet pilote d’investissement avec des fondations et d’autres partenaires privés, un accès à des prêts devant être cautionnés par la garantie InvestEU, des subventions et un forum européen des médias d’information en particulier les médias locaux.

Pilier n°2 : se transformer en favorisant la compétitivité à long terme en même temps que la transition numérique

Les actions visent à encourager des espaces européens de partage des données et de l’innovation dans les médias, à promouvoir une coalition industrielle européenne de la réalité virtuelle et augmentée afin d’aider les médias de l’UE à tirer parti de ces technologies immersives et lancer un laboratoire des médias VR centré sur des projets de nouveaux modes de narration et d’interaction.

Pilier n°3 : donner les moyens d’agir avec plus d’innovation, des conditions de concurrence équitables et un accès plus facile à un contenu de qualité pour une prise de décision éclairée

Les citoyens et les entreprises sont au cœur des efforts pour donner les moyens d’agir, notamment en renforçant l’éducation aux médias et en soutenant la création d’une agrégation d’informations alternative indépendante ; en lançant un dialogue avec l’industrie audiovisuelle en vue d’améliorer l’accès aux contenus audiovisuels et leur disponibilité dans l’ensemble de l’UE.

Les talents européens dans le domaine des médias sont promus en encourageant la diversité devant et derrière la caméra et en mobilisant et en soutenant les jeunes pousses du secteur des médias.

La coopération entre les régulateurs sera renforcée au sein du groupe des régulateurs européens pour les services de médias audiovisuels afin de garantir le bon fonctionnement du marché des médias de l’UE.

Projets financés par l’UE pour soutenir la liberté et le pluralisme des médias dans l’UE

Afin de cartographier les violations de la liberté des médias, défendre les journalistes menacés et soutenir le journalisme collaboratif, la coopération et l’échange de bonnes pratiques, 16 projets sont en cours ou en préparation, représentant plus de 17 millions d’€ de financement de l’UE.

Projets en cours

  • Mécanisme de réponse à l’échelle européenne en cas de violation de la liberté de la presse et des médias : 1,4M€ géré par le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias.
  • Fonds de journalisme d’investigation transfrontalier :1,5M€ dirigé par l’Institut international de la presse, déjà plus d’un million d’euros à 49 projets journalistiques.
  • Soutien au journalisme d’investigation indépendant et collaboratif et à la liberté des médias dans l’UE avec 5 projets :
    • I) Media4Change – Future Investigative Story Lab, en Lituanie : 218 000 €
    • II) Initiative Journalism Trust avec Reporter sans frontières : conception, test et lancement d’un outil d’auto-évaluation pour les médias en ligne : 422 000 €
    • III) Le 4e pouvoir/puissance – protéger la démocratie par le journalisme d’investigation et les actions contre les fausses informations avec des ateliers et formations pour les jeunes journalistes : 60 000 €
    • IV) Sensibiliser le grand public de l’UE à l’importance de la liberté des médias et du journalisme éthique pour la démocratie, ainsi qu’à encourager le journalisme collaboratif indépendant : 279 000 €
    • V) Exposer l’invisible – renforcer les capacités des journalistes et autres acteurs des médias à mener des enquêtes en ligne et hors ligne intégrées transfrontalières et interdisciplinaires en toute sécurité : 294 000 €
  • Suivi du pluralisme des médias à l’ère numérique avec un Observatoire du pluralisme des médias dirigé par le Center for Media Pluralism and Media Freedom : 1 M €
  • Échange d’étoiles montantes des médias pour accélérer l’innovation et accroître la couverture transfrontière: 1,2 M €
  • Conseils des médias à l’ère numérique pour une transition des organismes d’autorégulation des médias vers le monde en ligne : 500 000 €

Nouveaux projets

  • Liberté des médias et journalisme d’investigation : 3 projets pilotes : 3,9 M €
  • Surveillance de la propriété des médias: 1 M €
  • Contenu d’actualité audiovisuelle utilisant des plateformes médiatiques dans plusieurs langues de l’UE pour la variété et la disponibilité des actualités audiovisuelles et des programmes audiovisuels informatifs : 1,7 M €
  • Conseils des médias à l’ère numérique : 350 000 €
  • Opportunités de stages pour les médias de langue minoritaire : 700 000 €
  • Production d’actualités basée sur les données : 2 M €
  • Éducation aux médias pour tous : 500 000 €

Autres initiatives de l’UE pour les médias

  • Création de hubs nationaux de l’Observatoire européen des médias numériques analysant les campagnes de désinformation et leur impact sur la société, promouvant l’éducation aux médias et surveillant les politiques des plateformes en ligne : 9 M €
  • Subventions de l’UE pour les médias en ligne à petite échelle : 2,2 M €
  • Soutien aux actions d’information relatives à la politique de cohésion de l’UE : 5 M €
  • Mécanisme de garantie sur la culture et les industries créatives

Au total, la résilience de l’industrie des médias et de l’audiovisuel de l’UE s’appuie sur les atouts de la diversité et des talents de l’Europe, en protégeant la liberté d’expression, tout en respectant l’indépendance et le pluralisme.

ENTR : lancement d’un nouveau média européen vidéo dédié aux jeunes

Événement suffisamment rare pour être signalé, un nouveau média européen va être lancé d’ici l’été pour faire réagir les jeunes à travers l’Europe, en cassant les barrières, et les faire interagir autour des grands sujets générationnels qu’ils ont en partage, dans toutes leurs différences, en contribuant à leur « conscience européenne »…

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Le projet franco-allemand, comme Arte

ENTR est un nouveau média entièrement en ligne et 100 % vidéo plurilingue sur YouTube, Twitter et Instagram en français, allemand, anglais, polonais, portugais et roumain ciblant les jeunes Européens de 18 à 34 ans porté par le groupe France Médias Monde (RFI, France 24 et la radio arabophone MCD) et son homologue allemand Deutsche Welle.

La ligne éditoriale, comme Brut

ENTR veut proposer des vidéos « sur toutes les thématiques qui suscitent l’intérêt et font le plus réagir les jeunes sur Internet et les réseaux sociaux, en s’adressant à eux dans leur langue maternelle et à travers les nouveaux formats numériques et modes narratifs de l’information », c’est-à-dire un modèle proche de Brut, Monkey ou Slash de France Télévisions.

Les moyens, co-financés par l’UE comme Euronews

Cofinancé par l’Union européenne, est qu’il vise à encourager l’engagement et le dialogue des jeunes en Europe et doté d’un budget de 3,2 millions d’euros pour 2020, et coordonnée par une équipe franco-allemande de 12 journalistes, elle s’appuiera sur une dizaine de médias partenaires implantés dans six pays.

Faire vivre l’esprit d’ouverture, de partage et de communauté de destins auprès des jeunes Européens, tel est l’ambition de ce nouveau média vidéo baptisé ENTR qui vient positionner une offre numérique plurilingue et paneuropéenne à mi-chemin entre Arte, Brut et Euronews.

Comment l’UE tente de lutter contre la désinformation ?

Face à la « mésinformation » des contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables, une communication proactive, la fourniture d’informations fiables et la sensibilisation à la nécessité d’évaluer de manière critique les contenus et les sources peuvent suffire.

En revanche, les réponses aux phénomènes suivants sont plus complexes :

  • La « désinformation » des contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public ;
  • Des « opérations d’influence » coordonnées et déployées par des acteurs nationaux ou étrangers pour influencer un public cible au moyen d’une série de moyens fallacieux, notamment la suppression de sources d’information indépendantes combinée à de la désinformation ;
  • Des « ingérences étrangères dans l’espace de l’information » coercitives et trompeuses déployées par un acteur d’un État étranger ou des agents dans le but d’entraver la formation et l’expression libres de la volonté politique des individus.

Le « Plan d’action pour la démocratie européenne » vise à renforcer la transparence, lutter contre les techniques de manipulation, réduire les incitations économiques à la propagation de la désinformation, et introduire des effets dissuasifs.

Renforcer la capacité de l’UE et de ses États membres à lutter contre la désinformation

D’abord, pour détecter la désinformation et les opérations d’ingérence étrangère, l’UE prévoit un cadre et une méthodologie communs pour recueillir systématiquement des éléments de preuve, en renforçant les capacités des autorités nationales, des médias indépendants et de la société civile.

Ensuite, pour réagir, et rapidement, l’UE envisage une boîte à outils cyber-diplomatique pour faire face aux actes de cyber-malveillance, ce qui là encore interroge sur les aspects conceptuels et juridiques pour une réponse diplomatique numérique conjointe de l’UE.

Enfin, pour contrer les ingérences étrangères et les opérations d’influence, l’UE envisage dorénavant d’infliger des sanctions financières à leurs auteurs, ce qui pose de nombreuses questions quant à la capacité de l’UE à viser ces hackers.

Renforcer les obligations et la responsabilisation des plateformes en ligne

L’arme fatale pour l’UE repose sur un code de bonnes pratiques à consolider afin de :

  • surveiller les effets de la désinformation et l’efficacité des politiques des plateformes – c’est le strict minimum ;
  • soutenir la bonne visibilité des informations fiables d’intérêt public et maintenir une pluralité de points de vue – c’est même dans l’intérêt des plateformes…
  • réduire la monétisation de la désinformation liée à des contenus sponsorisés – c’est la fin annoncée des campagnes politiques sponsorisées ;
  • limiter l’amplification artificielle des campagnes de désinformation – c’est une pierre dans le jardin des algorithmes au cœur de toutes les critiques…

Donner aux citoyens les moyens de prendre des décisions en connaissance de cause

D’une part, une démarche de soutien à de nouveaux projets innovants en matière de lutte contre la désinformation dans le cadre de divers programmes de l’UE, notamment mis en place par des organisations de la société civile et des établissements d’enseignement supérieur, avec la participation de journalistes.

On peut citer par exemple le «EUvsDisinfo hackathon», la participation des journalistes à des activités d’éducation aux médias, en particulier sous la forme d’initiatives « Back to School » ou le jumelage électronique d’écoles.

D’autre part, un soutien accru, y compris financier, à toutes sortes d’initiatives, y compris des organisations de la société civile, visant à promouvoir l’éducation aux médias et à aider les citoyens à identifier les cas de désinformation, au sein de l’UE et au-delà.

Quoique la prise de conscience qui a bien progressée semble davantage au rendez-vous, les actions envisagées apparaissent timorées et trop faire confiance à la bonne volonté des parties prenantes et surtout des big tech.