Archives par étiquette : communication européenne

Communiquer sur l’Europe autrement : pour que les programmes culturels des présidences tournantes soient de véritables saisons culturelles

La plupart des présidences tournantes du Conseil de l’UE ont émargé – chacune dans leur style – la case « agenda culturel » en organisant, avec des succès divers, des activités culturelles sur l’identité et l’intégration européennes. Pourquoi ne pas mieux organiser ces programmes culturels afin d’en faire de véritables saisons culturelles semestrielles…

Les programmes culturels des dernières présidences tournantes : des initiatives parfois remarquées, souvent ignorées mais toujours claironnées

Présidence française de l’UE au 2nd semestre 2008 :

  • une volonté ambitieuse de faire connaître la culture française dans les autres pays européens et de faire prendre conscience aux Français de la richesse culturelle et patrimoniale des autres États membres au regard d’un budget réduit, malgré les nombreux partenariats publics-privés ;
  • les faits marquants : l’éclairage de la tour Eiffel aux couleurs de l’Europe, des cycles de 27 œuvres européennes : 27 livres ; 27 films ; 27 spectacles ; 27 concerts, 27 expositions et 27 leçons d’histoire, la clôture le 31 décembre avec une projection des arts numériques au Grand Palais : « Dans la nuit, des images » : danslanuitdesimages.net ;

Présidence tchèque de l’UE au 1er semestre 2009 :

  • une expression controversée d’un humour national ambiguë ;
  • les faits marquants : une campagne de publicité TV « Nous sucrerons l’Europe », expression a un double sens signifiant à la fois « adoucir », mais dans son usage le plus courant « écœurer », « donner du fil à retordre » et une exposition « Entropa » de l’artiste tchèque David Cerny, à Bruxelles, interprétation ironique des stéréotypes nationaux ;

Présidence suédoise de l’UE au 2e semestre 2009 :

  • une « intention de montrer une culture à la fois contemporaine, transfrontalière et ouverte » avec des manifestations « d’art, de musique pop, de films ou de cirque » selon le programme culturel ;

Présidence espagnole de l’UE au 1er semestre 2010 :

  • un agenda visant à « montrer la valeur et la pluralité de l’héritage culturel de l’Espagne sous l’angle de la modernité et de l’innovation » illustrée par une installation vidéo « Travesias » du plasticien espagnol Daniel Canogar dans l’atrium du bâtiment Justus Lipsius du Conseil de l’UE jugée « consensuelle » ;

Alors, quel bilan tiré de ces actions ?

Cahier des charges pour une véritable programmation culturelle autour d’une logique de « saison culturelle »

L’exercice de la présidence tournante de l’UE représente pour un Etat membre une excellente opportunité de rapprocher la présidence des citoyens au travers d’une « saison culturelle européenne » ayant pour vocation de valoriser par la culture l’intégration européenne et de mieux faire connaître la culture de cet Etat membre aux citoyens de l’ensemble de l’Union européenne.

La programmation de la « saison culturelle européenne » pourrait consister à :

  • systématiser l’installation d’œuvres d’art de l’Etat membre présidant l’UE dans l’atrium du bâtiment du Conseil, connu sous le nom de Justus Lipsius. Cette « manifestation de prestige » serait destinée aux milieux décisionnels européens ;
  • organiser une série de manifestations exceptionnelles paneuropéennes orientées vers le grand public pour révéler aux autres pays européens le dynamisme de la création de l’Etat membre dans toutes les disciplines : cinéma, photographie, théâtre, littérature, design, art contemporain et urbain, musiques actuelles…

Ainsi, les présidences tournantes de l’UE saisiraient par ces véritables saisons culturelles européennes une autre façon de communiquer sur l’Europe.

Pour la création d’un label « Grande Cause européenne », avec la lutte contre les violences faites aux femmes pour l’année 2010

Alors que l’Espagne prend pour les 6 prochains mois la présidence tournante du Conseil de l’UE se trouve au cœur de ses priorités – la relance de l’économie et la création d’emplois, la mise en œuvre du traité de Lisbonne et le renforcement du rôle international de l’UE – les droits des femmes.

Les droits des femmes, priorité de la communication de la présidence espagnole du Conseil de l’UE

Sous la Présidence espagnole du Conseil de l’UE « une campagne d’information sur la violence faite aux femmes sera lancée et un observatoire européen pour faciliter la lutte contre les violences faites aux femmes devra voir le jour. » De même, l’Espagne envisagerait d’adopter un numéro de téléphone européen unique pour dénoncer les violences sexistes.

Formulons dans ce contexte favorable à une communication importante sur cet enjeu civique la proposition de créer un label « Grande Cause européenne » sur le modèle des « Grandes Causes nationales » en France et dont l’année 2010 aurait d’ailleurs pour thème celui déjà choisi en France, à savoir « la lutte contre les violences faites aux femmes ».

Le label « Grande Cause européenne », modalité d’une communication européenne sur les droits des femmes

Label attribué chaque année par le Premier ministre en France, « Grande Cause nationale » permet à des organismes à but non lucratif qui souhaitent organiser des campagnes faisant appel à la générosité publique d’obtenir des diffusions gratuites (jusqu’à 12 messages) dans les services publics de l’audiovisuel (France Télévisions, Radio France).

Reposant sur les mêmes modalités mais à l’échelle européenne, le label « Grande Cause européenne » pourrait ainsi être délivré par le Président de la Commission européenne et consisterait en une diffusion gracieuse dans les médias audiovisuels subventionnés par l’UE, à commencer par Euronews et le prochain réseau paneuropéen de chaines de TV d’une campagne portée par une association européenne préalablement sélectionnée après avoir répondu à un appel à candidatures lancé par la DG Communication.

Profitons en 2010 d’une conjonction particulièrement favorable entre la motivation de l’Espagne exerçant la présidence tournante et de l’expérience française sur le même thème cette année pour créer un label « Grande Cause européenne ».

Ce qu’il faut retenir de l’année 2009 en communication européenne

Voici une petite rétrospective – à partir des billets publiés en 2009 – de ce qui aura marqué la communication européenne pendant l’année écoulée…

Les tops

1. 2 prix en 2 ans pour la communication européenne anti-tabac :

  • Grand Prix Empreintes 2009 pour la campagne Helpers : une démarche prescriptrice de comportements par la connivence
  • Grand Prix Empreintes 2008 pour la campagne Nicomarket : une démarche prescriptrice de comportements par l’humour

2. « Europe XXL » à Lille où comment une communication sur l’Europe via la culture (organisation de manifestations festives et culturelles) permet d’agir sur les représentations que les Européens se font de la construction européenne

3. Communication politique lors des élections européennes : : le succès de la campagne des listes Europe-Ecologie en France a reposé à la fois sur une communication lisible et efficace et sur une instrumentalisation heureuse des circonstances.

4. Euronews, lauréate du Prix Européen de la Communication 2009, un contre-modèle d’info continue.

5. Création d’un prix de la capitale verte de l’Europe : sur le modèle de la compétition pour le titre de capitale européenne de la culture lancé par le Conseil européen en 1985, la Commission européenne crée – à partir de 2010 – un prix annuel de capitale verte de l’Europe.

Les flops

1. « Flopenhague » : préconisation pour une communication publique sur le climat en Europe

  • une communication grand public plus pédagogique portée par les acteurs publics/institutionnels s’appuyant sur les scientifiques et moins contrôlée par les lobbyistes/ONG ;
  • une communication diplomatique de l’UE plus incarnée, notamment par la future Commissaire au climat, Connie Hedegaard et moins contrôlée par les chefs d’Etat ou de gouvernement européens.

2. Diffusion de spots sur MTV : des campagnes de la Commission européenne relativement inefficaces :

3. Interrogations sur le plan média de la campagne gouvernementale française d’information et d’incitation au vote pour les élections européennes, confirmées par l’abstention record aux élections européennes.

Les propositions

1. Vers la création de cours d’éducation civique européenne dans toutes les écoles de l’UE :

2. Vers la création de « Maisons de l’Europe » dans toutes les capitales européennes : association regroupant les Bureaux d’information du Parlement européen et les Représentations de la Commission européenne

3. Vers la création d’une « marque UE » labellisant les actions de communication de la Commission européenne

4. Pour la création de « EU community managers » chargés de répondre aux demandes des internautes-citoyens

Les controverses

1. Communiquer l’Europe: Mission impossible ? : conférence organisée le 6 juillet à la Représentation de la Commission européenne en Belgique

2. Débat sur la stratégie de communication de l’UE : « propagande pour l’intégration communautaire ou service public d’information sur l’Europe ? » lancé par le think tank Timbro dans « The European Union’s Burden : Information dans communication to a reluctant people » qui dénonce une stratégie de communication de l’UE s’orientant vers la création d’une identité européenne au moyen d’un « vaste outil de communication qui se comporte d’une manière qui serait à peine acceptée de la communication publique nationale dans les États membres ».

3. L’UE et le Web 2.0 : quelles stratégies pour l’UE dans le web social ?

  • une stratégie de présence en ligne : le cas de la campagne pour les élections européennes du PE
  • une stratégie de partenariat(s) : le cas de la chaîne EU-Tube de la Commission
  • une stratégie d’intégration : le cas des plateformes « Les Euronautes » et « Placedeurope » en France
  • une stratégie « fédérative et servicielle »

4. Dossier spécial dans Stratégies n°1546 du 21 mai 2009 : « L’Europe, une image de marque à revitaliser ? »

5. Lors de la campagne des élections européennes en France : la diffusion du documentaire « Home » sur France 2 a-t-elle influencée le vote ?

6. Lors du renouvellement de la Commission européenne, aucun candidat ne s’est déclaré pour le poste de Commissaire à la communication ; la composition de la nouvelle Commission européenne a révélé une position en demi-teinte pour la communication.

7. Quel bilan pour Margot Wallström, la Commissaire européenne chargée de la stratégie de communication ? : la communication de la Commission européenne semble avoir relativement réussi avec Margot Wallström à placer les citoyens au cœur des politiques européennes. Mais, en revanche, elle ne semble pas avoir réussi à placer l’Europe au cœur de la vie quotidienne des citoyens.

Souhaitons que l’année qui commence – Année européenne 2010 de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale – soit aussi riche en projets et campagnes et encore meilleure en propositions et innovations. Bonne année 2010 à tous!

Quelles leçons pour la communication européenne à l’heure du bilan de la présidence suédoise ?

Du 1er juillet au 31 décembre 2009, la Suède a assuré la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Dans un « contexte particulièrement trouble, lié à la double crise économique et institutionnelle » : le Parlement européen venait d’être élu, le Président de la Commission européenne n’avait pas été renouvelé et un référendum sur le Traité de Lisbonne était prévu en Irlande ; la Suède qui avait pour slogan, « Assumer les défis », affichait « des ambitions à la hauteur des espoirs suscités », selon le bilan d’Euractiv.fr : « Des réussites et quelques frustrations »

Un bilan médiatique en demi-teinte entre avancées institutionnelles et échec du sommet de Copenhague

Certes, la présidence suédoise a permis de régler l’évolution institutionnelle de l’Union avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er décembre 2009 et les nominations des deux nouveaux responsables européens, Herman Van Rompuy et Catherine Ashton.

Mais, cette résolution des problèmes de l’UE, véritable soulagement pour les États membres et les institutions communautaires s’est révélée une altération temporairement positive du jugement médiatique de la présidence suédoise.

En revanche, l’échec du Sommet de Copenhague (voir notre billet sur le « Flopenhague ») – quoique la responsabilité en soit mondialement collective – d’un impact médiatique considérable à constituer une profonde frustration des citoyens européens entraînant une coloration définitivement négative du jugement médiatique de la présidence suédoise.

Pour Elvire Fabry, auteure de l’article « La présidence suédoise vue de Paris » dans « The Swedish Presidency: European Perspectives », « il faut se rappeler du cas français. Sans l’adoption du paquet Énergie-Climat (lors du dernier Conseil européen de la présidence française de l’UE), l’appréciation de la présidence aurait été très différente ».

Une communication défaillante avec presque aucune campagne autour de la présidence

La présidence suédoise a déployé des efforts importants pour fournir un bon niveau d’information sur ses réalisations avec notamment une bonne communication sur le web :

  • un site officiel www.se2009.eu, notamment dans la mise à disposition des agendas et des documents en ligne ;
  • un blog événementiel personnel pour la ministre des affaires européennes Cecilia Malmström ;
  • une équipe chargée de Twitter  » les temps forts de la présidence suédoise.

Néanmoins, pour reprendre les propos Elvire Fabry, auteure de l’article « La présidence suédoise vue de Paris » dans « The Swedish Presidency: European Perspectives » : « la Suède pourrait avoir sous-estimé la nécessité d’une communication proactive. Sur l’échelle d’une population de 500 millions d’euros, la transparence ne permet pas de compenser un manque de marketing politique ».

« Après l’énorme couverture médiatique de la présidence française, on s’attendait à autre chose et il y a eu un effet de dépression de communication », selon Elvire Fabry. Quoique les experts estiment que le pragmatisme et la sobriété suédois ont permis d’obtenir des résultats, le manque de communication auprès des citoyens donne « l’impression qu’une présidence suédoise très discrète pourrait être assimilée à tort à un leadership faible ».

Ainsi, les leçons de communication :

  • le jugement médiatique sur la présidence tend à se former en fonction du dossier le plus médiatique qu’elle ait à traiter : cette règle vérifiée avec l’adoption du paquet climat-énergie pour la présidence française semble confirmée avec l’échec du Sommet de Copenhague pour la présidence suédoise ;
  • l’opinion publique sur la présidence tend à confondre intensité de la communication et capacité de leadership : cette règle éprouvée à l’issue de la PFUE comme le confirmaient les sondages ici et semble vérifiée pour cette présidence d’un pays à la culture politique si différente.

Flopenhague : leçons et préconisations pour une communication publique sur le climat en Europe

Ainsi, la conférence des Nations Unies sur le changement climatique du 7 au 18 décembre 2009 s’est soldée par une simple déclaration politique non contraignante sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cet échec, notamment pour l’UE, du sommet de Copenhague invite à en tirer des leçons et formuler des préconisations pour une communication publique sur le climat en Europe.

1e leçon : le lobbying climatique de la société civile peine à mobiliser les citoyens

Comme le signale le blog Sciences de Libération dans « Trois leçons rapides de «Flopenhague» » : « le Flop de Copenhague montre en creux les limites des actions de plaidoyer et de lobbying (…) l’interpellation des opinions publiques par des opérations de communication ou mass médias ne suffisent pas ».

1e préconisation : une communication publique grand public pédagogique en Europe sur le climat pour changer les mentalités et les comportements des Européens

Au-delà de la proposition du journaliste de Libération de réaliser des « mobilisations citoyennes et sociales sans précédent » pour créer un rapport de force social, il conviendrait également de légitimer la communication sur le climat par des campagnes publiques visant à éclairer sur les enjeux pour changer par les actes.

Autrement dit, « il serait bon que l’opinion publique soit éclairée plus scientifiquement et pas seulement sous la pression de lobbyistes activistes » – ce que permet une communication publique pédagogique – pour reprendre l’éditorial de Jean-Dominique Giuliani « Leçons de Copenhague ».

2e leçon : la négociation multilatérale des États-membres de l’UE peine à positionner l’UE comme un acteur international puissant

Alors que les Vingt-Sept souhaitaient lors de l’adoption du paquet « climat-énergie » en décembre 2008 que l’UE joue un rôle leader de chef de file dans ces négociations, il n’en a rien été face à l’attitude inflexible de la Chine et des Etats-Unis, au point que Jean Quatremer s’interroge faussement « Copenhague, un échec européen ? ».

2e préconisation : une communication diplomatique transparente de l’UE sur le climat pour assumer le leadership

Au-delà des actions des chefs d’Etat et de gouvernement européens pour créer un rapport de force diplomatique, il conviendrait que l’UE soit représentée par une seule délégation plutôt que vingt-sept délégations nationales, risquant de brouiller le message européen.

Comme le propose E-toile : « à l’avenir, il serait donc pertinent de confier à un commissaire européen le soin de négocier les accords climatiques sur le modèle de ce qui se fait déjà à l’OMC lors des « rounds » : un mandat établi par le Conseil et le Parlement en amont, puis une seule et unique délégation portant un message clair lors des sommets ».

Au final, « Flopenhague » permet de décrypter la « géopolitique de la lutte contre le réchauffement climatique » : il ne s’agit pas d’un affrontement entre gentils ONG / scientifiques et méchants gouvernements mais d’un rapport de force « entre les volontés consommatrices des populations représentées par leurs gouvernements ».

Après Copenhague, une communication publique sur le climat en Europe semble nécessaire :

  • une communication grand public plus pédagogique portée par les acteurs publics/institutionnels s’appuyant sur les scientifiques et moins contrôlée par les lobbyistes/ONG ;
  • une communication diplomatique de l’UE plus incarnée, notamment par la future Commissaire au climat, Connie Hedegaard et moins contrôlée par les chefs d’Etat ou de gouvernement européens.