Archives de catégorie : Communication de l’UE

Billets sur la communication des institutions européennes

Quels défis pour comprendre les enjeux de la sphère publique européenne ?

Quels sont les principaux problèmes non résolus autour de l’émergence d’une sphère publique européenne, selon Rubén Rivas-de-Roca et Mar García-Gordillo : la communication politique de l’UE, le rôle des plateformes numériques et la politisation progressive de l’UE ?

La communication politique de l’UE : entre déficit de communication et cultural studies

L’une des premières préoccupations de l’intégration européenne est de combler le déficit démocratique des institutions européennes, la construction d’un espace public commun pouvant réduire un « fossé de communication ». En réponse, la communication des décisions et des activités de l’UE relève de la responsabilité de toutes les institutions européennes.

Bien que l’UE se soit montrée très préoccupée par sa communication publique, il existe un consensus académique selon lequel l’UE semble distante vis-à-vis du public, les pays comptent toujours pour comprendre les événements transnationaux à travers l’Europe, car les médias sont toujours liés aux systèmes politiques nationaux.

Face au nouveau défi d’un biais antipopulaire contre l’intégration européenne, renforcé par la percée des mouvements eurosceptiques à travers le continent et au cours de la dernière décennie, les partis politiques sont passés d’un « consensus permissif » à un « désaccord contraignant » envers le processus européen.

Le désengagement du public vis-à-vis de l’UE va au-delà de la communication, en raison de la « domestication », c’est-à-dire du manque d’identité entre les citoyens et la politique européenne, considérée comme une question lointaine, qui empêche une compréhension commune de la politique de l’UE.

Le déficit de la communication politique européenne est dû à la manière dont l’UE a été construite et gouvernée et aussi au type de communauté qu’elle a généré, ce qui est une explication culturelle, une voie nouvelle de recherche assez prometteuse.

Vers une sphère publique européenne : le rôle des médias sociaux

Une consolidation progressive d’une société civile internationale mobilisée sur plusieurs questions, comme les conflits internationaux ou les événements transnationaux (pensez par exemple à l’Eurovision de la chanson ou aux championnats du monde de sport) voit le jour, agissant sur certains sujets concernant l’UE en tant que nouveau public européen.

L’un des problèmes pour une conversation paneuropéenne réside dans le manque d’intérêt pour les affaires européennes, le débat des questions européennes sur les réseaux sociaux se fait en termes nationaux. De même, connaître l’UE ne signifie pas nécessairement développer des attitudes favorables à l’intégration européenne. Actuellement, les médias sociaux sont le lieu où les partis politiques présentent leurs propositions et leurs candidats. Les élections au Parlement européen n’ont pas échappé à ce processus, ce qui signifie une sorte de campagne numérique pour l’Europe.

Dès le premier instant, Internet a généré un optimisme académique quant à la possibilité de construire une sphère publique numérique européenne qui contrebalancerait l’absence d’un système médiatique ad hoc. Pourtant, des études empiriques récentes sur les plateformes numériques et l’UE révèlent la continuité des approches nationales dans le débat public européen. L’utilisation des médias sociaux dans le cadre de l’UE a beaucoup attiré l’attention des universitaires au cours de la dernière décennie.

Un constat récent : la pertinence et la politisation croissantes de l’UE

Le système des Spitzenkandidaten introduit pour la première fois aux élections du Parlement européen de 2014, signifiant une plus grande politisation, a été remis en cause lors du dernier scrutin européen en 2019, même si les universitaires recommandent d’utiliser ce type de candidat pour favoriser le sentiment d’être représenté au niveau de l’UE.

Les thèmes de l’immigration, de l’intégration et du commerce fonctionnent comme des clivages d’une sphère européenne politisée. Ces enjeux ont dépassé les États nationaux, déclenchant des débats sur une nouvelle souveraineté transnationale. La montée de la politisation de l’UE est importante pour certaines politiques clés pour l’avenir de l’Union européenne correspondant aux pouvoirs croissants des institutions de l’UE.

La politisation croissante est encore faible, limitant le succès possible des techniques de relations publiques appliquées par les institutions de l’UE. En outre, apprendre et connaître l’Union européenne peut conduire les citoyens à faire des évaluations négatives des performances de l’UE.

Dans tous les cas, l’euroscepticisme et la polarisation pourraient devenir de nouvelles caractéristiques clés de l’opinion publique à travers le continent. En Europe, dans la plupart des pays, la polarisation de l’audience de l’information en ligne est plus élevée que hors ligne, ce qui constitue un défi pour les institutions européennes car nombre de leurs actions sont partagées sur les réseaux sociaux.

De plus, d’autres facteurs influencent la politisation de l’UE. L’attention des médias sur les questions européennes est biaisée en raison des intérêts particuliers définis par les lobbies législatifs. De plus, les citoyens développent une exposition sélective aux médias, ce qui renforce leur point de vue sur le projet européen. Cela signifie qu’il y a un défi à relever afin d’accroître l’intérêt pour les questions européennes par le biais de la communication publique.

Cependant, des études récentes basées sur des sondages semblent mettre en évidence le regain de foi dans le projet européen, qui se superpose à la politisation sur plusieurs questions. Les préférences sur l’UE concernent à la fois les élections nationales et européennes, ce qui montre la pertinence croissante des affaires transnationales dans la définition du comportement des électeurs.

Enjeux des interdépendances et des singularités de la sphère publique européenne

Une forte association est observée entre « l’Europe » en tant que concept et les institutions de l’UE en tant que système politique. Cependant, certains phénomènes en dehors de l’UE sont capables de déclencher des actions politiques à travers le continent. Ainsi, il est nécessaire de promouvoir des approches sur l’Europe en tant qu’objet d’étude, non seulement liées à l’UE.

La priorité aux élections du Parlement européen en tant que moment clé de la communication politique de l’UE est basée sur le fait que, à quelques exceptions près, les activités quotidiennes de l’Union européenne sont largement ignorées. Pourtant, il est vraisemblablement impossible d’évaluer la sphère publique européenne uniquement avec des données obtenues tous les cinq ans.

Se concentrer sur un seul réseau social Twitter passe à côté d’approches comparatives. L’opinion publique ne peut pas être déduite de ce genre d’études, encore plus sur le continent européen en raison des différentes utilisations des réseaux sociaux entre les pays.

Les réseaux sociaux traditionnels attirent le plus l’attention des universitaires, mais l’euroscepticisme est une caractéristique clé de la politique européenne actuelle, ses récits sur les nouveaux réseaux sociaux doivent être pris en compte.

Le manque d’études comparatives sur le sentiment pro-européen par pays est un problème, la prise en compte des études internationales, des cultures journalistiques ou des systèmes médiatiques est utile pour mieux comprendre la couverture médiatique et la source d’information pertinente sur l’UE.

L’analyse de l’impact de problèmes paneuropéens, abordant des sujets d’intérêt commun pour les citoyens européens, aurait une grande valeur de mise en perspective et comparative.

En conclusion, le modèle récent de politisation en Europe doit être confirmé dans les années à venir, en tant que moteur d’un espace public commun en Europe.

Comment enseigner l’Europe à l’école ?

Selon Alain Lamassoure de la Fondation Robert Schuman, la réconciliation des peuples voisins, ce qu’il appelle la « paix des cœurs » – puisque « nos pères se haïssaient à mort, nos enfants convolent en justes noces » – exige d’en transmettre le récit par l’enseignement de l’histoire de l’Europe. Quels en sont les défis sachant qu’il s’agit d’une compétence exclusivement nationale et qu’elle risque de le rester encore longtemps ?

Les dilemmes d’un récit du passé à l’âge de la paix et de la mondialisation

Pour enseigner le passé, chaque État-membre de l’UE « se heurte désormais à un dilemme originel » :

  • D’une part, la consolidation de l’acquis de la réconciliation risque d’effacer certains épisodes ou personnages liés à la phase sombre du récit national ou européen. Cette réécriture de l’histoire pour la bonne cause dans le sens inverse de la glorification antérieure n’en demeure pas moins problématique.
  • D’autre part, « avec la mondialisation, le besoin d’appartenance à un groupe familier, d’affirmation d’une identité collective, de recherche de ses racines, de reconnaissance des « siens », n’a jamais été aussi fort » au risque d’un récit chauvin voire narcissique. Ces récits nationaux rédigés au siècle des nationalités ont beaucoup coûté à la fraternité européenne.

De nouveaux dilemmes contemporains : la pénurie du temps disponible dans les horaires d’enseignement ; le tsunami des sources d’information liées à la révolution internet ; le hiatus entre le contenu enseigné à l’école et « l’école de la vie » (souvenirs familiaux, discours politiques et médiatiques, commémorations) ; l’embarras sur la part d’oubli nécessaire à l’apaisement.

Plutôt que de chercher le fil d’un récit commun, mieux vaut s’assurer que chacun peut écouter celui de l’autre. Pour Alain Lamassoure, « le « narratif commun », en quoi Paul Ricoeur voyait l’identité européenne, n’est pas un récit unique, mais une symphonie de récits, qu’il nous appartient d’accorder ».

Les premiers pas de l’Observatoire européen de l’enseignement de l’histoire

Comment nos sociétés peuvent-elles se réconcilier avec elles-mêmes, comme entre elles, en se réconciliant avec leur passé sachant que l’éducation est fondamentalement une compétence nationale ?

Grâce à un état des lieux de l’enseignement de l’histoire dans les pays européens, une photographie complète, exacte, certifiée, mais dépourvue du moindre commentaire critique, depuis la conception des programmes jusqu’à la nature des examens, en passant par la formation des enseignants ou le statut des manuels.

La première publication du tableau complet aura lieu en 2023, pour Alain Lamassoure, « l’effet de choc sera garanti devant la découverte des différences énormes entre les systèmes nationaux : dans la moitié des États membres de l’Union, y compris parmi certains pays fondateurs, la construction européenne, ses traités de base, ne figurent même pas au programme d’histoire contemporaine »…

Le but final n’est pas de parvenir à un « roman européen » uniformisé, aseptisé, présentant une version commune « politiquement correcte » de notre passé commun. De la réconciliation entre nos peuples via des dizaines de récits nationaux différents doit émerger la conscience de l’appartenance à une destinée européenne commune.

Enjeux, ruptures et continuités de la présidence française de l’UE

Alors que la présidence française de l’UE (PFUE) approche à grand pas, qu’est-ce que l’on peut raisonnablement en attendre, selon Alberto Alemanno, professeur de droit et entrepreneur civique interrogé lors du séminaire inaugurale des centres de recherche de Sciences-Po ?

Des inédits en série pour un « trimestre » européen

La préparation en grande fanfare depuis plus d’un an dans la presse est assez inédite et montre que la PFUE peut faire l’objet d’un intérêt à la fois national et européen. La démonstration qu’une présidence peut être destinée à européaniser le débat public national ?

Les attentes sont également inédites tant aux niveaux national qu’européen, alors que la durée sera principalement réduite aux trois premiers mois avant les élections européennes. C’est annoncé que ce ne sera pas une présidence ordinaire. La démonstration qu’une présidence peut faire la différence et accélérer les affaires courantes ?

Des spécificités institutionnelles : influence politique et réalités institutionnelles

Alors que la France a déjà exercé 13 présidences, cette PFUE sera la première depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, qui a institutionnalisé la présidence permanente du Conseil européen et les trios de présidences semestrielles du Conseil de l’UE.

L’influence politique de la présidence tournante est limitée par le cadre institutionnelle et la question se pose aujourd’hui de son rôle et de ses fonctions ?

D’abord, une capacité d’agenda-setting à mettre des sujets à l’agenda institutionnel ;

Ensuite, une autorité sur le choix des questions débattues, à quel moment et pour combien de temps de débat ;

Enfin, un potentiel pour définir l’agenda politique, quoique conditionné par la politique nationale, l’organisation, les ressources et le positionnement de l’État-membre dans l’UE et l’acception politique au sein du Conseil européen, dont le centre de gravité évolue du centre-droit au centre-gauche et aussi la perception des autres États-membres.

Des dimensions conjoncturelles : Next Generation et état de droit

Du côté des dossiers internes, on peut compter sur le rôle de la PFUE pour :

La mise en œuvre du plan de sauvetage Next Generation : quels types de contrôle des dépenses ? quelle implication de la société civile (budgets participatifs) ?

La consultation de la réforme du pacte de croissance et de stabilité : quelles règles budgétaires et financières ?

La crise de l’état de droit : quels mécanismes de conditionnalité et de recours en manquement ? L’ambivalence de fond de la France semble justifiée par la volonté de protéger le « bébé » du plan de relance produit de l’amitié franco-allemande.

Sur tous les dossiers internes, l’absence de débats sur l’Europe lors de la campagne électorale en septembre dernier en Allemagne ne rend pas facile d’aligner les positions franco-allemandes.

Du côté des dossiers externes, les débats seront également animés tant sur l’OTAN compte-tenu des positions françaises pour des réformes que du fameux concept français d’autonomie stratégique. La méthode utilisée pour l’achat conjoint de vaccins fait l’objet de pression politique pour l’achat conjoint d’énergies, compte-tenu de la hausse des prix ou plus largement d’organiser des marchés publics paneuropéens, ce que permettrait de traduire un concept sous développé en un vrai outil de mutualisation renforcée pour résoudre les problèmes.

Des enjeux démocratiques : la conférence sur l’avenir de l’Europe

La crise sanitaire du covid a débouché sur un moment hamiltonien pour résoudre la pression financière et sur une crise démocratique latente que la conférence sur l’avenir de l’Europe (COFEU) doit adresser, sans savoir s’il s’agit d’une approche cosmétique ou substantielle pour réformer l’Union sur la base d’une manière inédite de convention citoyenne expérimentée en France.

Avec la conférence sur l’avenir de l’Europe, on change de logique puisque l’on demande aux citoyens leurs priorités et besoins nouveaux pour envisager la révision des traités comme conséquence. Ce dispositif définit un nouveau modèle pour réviser les traités.

Avec la conférence sur l’avenir de l’Europe, on intègre les propositions citoyennes au processus démocratique représentatif, via l’approbation du comité exécutif qui représente les institutions européennes et via la transparence à la fin du processus sur les positions des citoyens et les réponses des différentes institutions.

Avec la conférence sur l’avenir de l’Europe, on parviendra peut-être à modifier l’agenda politique et les projets programmatiques de la Commission von der Leyen mais on pourrait aussi institutionnaliser la réformes des traités en introduisant dans l’architecture institutionnelle une convention citoyenne européenne, sur le modèle du conseil en Belgique avec des assemblées citoyennes ad hoc ou de la conférence de la région de Bruxelles qui réunis des parlementaires et des citoyens pour émettre des avis non contraignants.

Avec la conférence sur l’avenir de l’Europe, on connaît davantage les ingrédients du succès des mécanismes délibératifs : le choix de ne pas restreindre les sujets discutés est une faiblesse méthodologique dès le départ et la présence des représentants du comité exécutif lors des réunions des citoyens est néfaste ; même si la conférence plénière réunira pour la première fois dans le monde à la fois des élus et des citoyens qui auront le même statut.

Des considérations politiques

La publication des propositions citoyennes au cœur de la campagne électorales des élections présidentielles en France pourrait conduire à un alignement du programme électoral de Macron afin de répondre aux besoins des citoyens européens.

La proximité politique entre Macron et Charles Michel, le président du Conseil européen pourrait conduire à un alignement des présidences semestrielle et permanent, mais aussi à la suspicion de certains États-membres.

Le retour de l’Europe dans le débat électoral sera un élément de polarisation dès le premier tour pour capitaliser l’électorat pro-européen et jouer à fond le rejet pour les oppositions.

La vision originaire de Macron était de casser le système des partis politiques européens, mais n’ayant pas fait ses devoirs avec des alliances dans tous les États-membres, la création d’une nouvelle force politique s’est principalement appuyé sur des acteurs existants n’ayant pas un agenda aligné et réduisant d’autant l’impact modeste de Macron sur les affaires européennes d’autant que le groupe parlementaire est moins investi que les principaux.

Au total, la PFUE va-t-elle définir un nouveau modèle d’une présidence-chairman jouant les intermédiaires entre pairs à une présidence-executive militante qui impulse au risque de multiplier les obstacles ?

Bilan de la campagne électorale en ligne pour les élections européennes de 2019

Que peut-on apprendre de l’Observatoire européen des élections, qui a collecté plus de 10 000 documents électoraux, en particulier les publications sur les réseaux sociaux et des annonces imprimées, produits par 418 partis politiques ou candidats et 193 de leurs comptes Facebook officiels, dans les 28 États-membres appelés à voter…

Principales tendances : une campagne globalement pro-Europe

28 campagnes électorales différentes : La campagne électorale pour les élections européennes ne s’est pas déroulée de manière uniforme, il existe plusieurs différences entre les 28 nations européennes, chacune d’entre elles marquée par des spécificités et particularités.

Pas de campagne supranationale : Les différentes campagnes électorales nationales ont présenté un faible degré d’internationalisation. La présence des campagnes de l’UE n’était pas détectable. Un aspect qui, au moins pour la communication électorale, confirme que les identités nationales priment de loin sur les affiliations politiques européennes.

L’impact des réseaux sociaux : Un changement dans les instruments de la campagne apparaît évident, les réseaux sociaux, dont l’utilisation représente la plus grande nouveauté de cette campagne électorale, ont surclassé les médias traditionnels. Pourtant, des différences notables apparaissent dans la production et l’utilisation des réseaux sociaux entre les quatre zones géographiques et familles politiques.

Une campagne électorale de faible intensité : A deux semaines du scrutin, la campagne électorale avait encore du mal à décoller. Seuls dans quelques pays, on peut parler d’une campagne électorale intense, alors que dans la plupart des autres, la campagne européenne était à peine perceptible.

Des thèmes plus nationaux qu’européens : La prédominance des thèmes domestiques par rapport aux thèmes européens était une tendance commune dans presque tous les pays. Les sujets abordés par les partis politiques et leurs candidats étaient principalement nationaux, par exemple, l’immigration, bien que potentiellement supranationale, était fréquemment présentée et discutée dans la limite de ses conséquences nationale. En revanche, les sujets environnementaux étaient généralement traités dans une dimension supranationale.

Des enjeux géographiés : Parmi les macro-thèmes les plus discutés pendant la campagne électorale, outre l’Europe, on retrouve les valeurs, puis l’économie. Les macro-thèmes de l’environnement et de l’immigration présentent une caractérisation géographique marquée, alors que les questions liées à l’immigration sont plus présentes dans la campagne électorale en Europe de l’Est, l’environnement est strictement lié à l’Europe du Nord et de l’Ouest.

Une campagne pro-Europe : Malgré l’opinion générale d’une campagne électorale caractérisée par l’activisme significatif des sentiments eurosceptiques et des partis eurocritiques, les forces les plus actives dans la campagne électorale et celles qui ont le plus communiqué ont été celles fortement ou en tout cas assez favorable à l’Europe. La campagne électorale européenne de 2019 n’a pas été dominée par la propagande des forces eurocritiques ou eurosceptiques, ni par le front généralement défini des forces souveraines. Un fait qui pourrait être lié au changement des thèmes de la campagne électorale de certains partis politiques qui par le passé avaient soutenu des positions d’opposition radicale envers l’Europe jusqu’à la sortie de l’euro, et qui cette année ont plutôt limité leurs critiques sur aspects spécifiques de l’UE et de ses politiques.

Meilleurs partis politiques sur les réseaux sociaux : l’engagement des populistes

Les partis des pays les plus actifs sur Facebook concernent l’Italie, entre la Lega, près de quatre fois le deuxième parti du classement, également italien, le Movimento 5 Stelle tandis que le Britannique Ukip n’était pas loin derrière.

Au sein des groupes politiques au Parlement européen, cinq des sept premiers partis, dont les deux premiers, sont membres d’Identité et démocratie (ID) et d’Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD). Le premier rassemble certains des principaux partis d’extrême droite, le second quelques partis eurosceptiques dont le Brexit Party. Les deux formations partagent une vision fortement critique et sceptique de l’Europe.

Les partis des familles politiques les plus nombreuses et les plus pro-européennes, tels que le Parti populaire européen (PPE), l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) et Renew Europe se trouvent en bas de la liste.

L’engagement n’est pas automatiquement lié à la production. L’Italie détient la suprématie absolue dans ce domaine. Les positions suivantes révèlent plusieurs changements par rapport au classement de la production. En deuxième position se trouve la Grande-Bretagne, en troisième position la Hongrie et en quatrième position l’Espagne, avec un ratio particulièrement élevé entre posts et engagement.

La hiérarchisation des interactions par parti et leur affiliation politique au sein du Parlement européen confirme le plus grand activisme des partis qui soutiennent des positions critiques et eurosceptiques, caractérisées par un leadership dit populiste.

La présence de deux partis appartenant au PPE aux premières places est atténuée par la particularité du parti hongrois Fidez, au point qu’il a été suspendu par le PPE. Les trois partis S&D sont en bas du tableau. Le seul membre du groupe GUE/NGL est le parti espagnol Podemos, qui se classe dixième.

Globalement, les réseaux sociaux ont impacté la campagne électorale européenne 2019, s’avérant être un outil plus largement utilisé et encore plus utile pour certains segments politiques, des partis non traditionnels et des partisans de positions plus critiques et vision sceptique de l’Europe ; quoique la tonalité pro-Europe ait été plus largement présente.

Prospective stratégique : capacité et liberté d’action de l’Union européenne

Perspective prospective et multidisciplinaire sur la capacité et la liberté d’action de l’UE au cours des prochaines décennies, compte tenu des principales tendances mondiales, des incertitudes et des choix qui façonneront l’avenir de l’Europe.

Principaux mega-tendances mondiales

1. CHANGEMENT CLIMATIQUE ET AUTRES DÉFIS ENVIRONNEMENTAUX

Avec un impact sans précédent et irréversible, les conséquences du changement climatique sont multiples : pression sur l’eau et la sécurité alimentaire, perte de biodiversité et évolution du cycle de l’azote, dégradation de l’environnement et de la santé publique.

2. HYPERCONNECTIVITÉ NUMÉRIQUE ET TRANSFORMATIONS TECHNOLOGIQUES

Pour être souveraine sur le plan technologique et numérique, l’UE devra soutenir le développement et l’adoption de connaissances et de technologies centrées sur l’humain. Malgré l’incertitude, des innovations de rupture peuvent être la clé de la double transition et de la compétitivité. L’hyperconnectivité est le moteur de la transformation. Cependant, les nouvelles technologies et l’hyperconnectivité ne vont pas sans défis propres.

3. PRESSION SUR LES MODÈLES DÉMOCRATIQUES DE GOUVERNANCE ET DE VALEURS

L’UE est le plus grand groupe de démocraties au monde, mais la gouvernance démocratique est en déclin à l’échelle mondiale. Les zones d’instabilité et de conflit proches de l’UE et au-delà sont susceptibles de persister et même de s’étendre. La désinformation à grande échelle, alimentée par de nouveaux outils et plateformes en ligne, posera des défis croissants aux systèmes démocratiques et entraînera un nouveau type de guerre de l’information.

4. ÉVOLUTION D’UN ORDRE MONDIAL MULTIPOLAIRE ET DE LA DÉMOGRAPHIE

La population mondiale atteindra 8,5 milliards en 2030 et 9,7 en 2050. Les prochaines décennies seront marquées par une redistribution croissante de la puissance mondiale, avec un centre de gravité géo-économique se déplaçant vers l’Est. La rivalité mondiale et la fragilité sont susceptibles d’augmenter. La concurrence multidimensionnelle et les interdépendances profondes sont susceptibles de définir les caractéristiques d’un ordre mondial de plus en plus multipolaire.

Défis à relever et opportunité à saisir pour le leadership de l’UE dans le monde

1. GARANTIR DES SYSTÈMES DE SANTÉ ET D’ALIMENTATION DURABLES ET RÉSILIENTS

Les systèmes de santé de l’UE sont parmi les plus avancés au monde, mais leur durabilité et leur résilience doivent augmenter. Au début de la pandémie, les dépendances stratégiques de l’UE vis-à-vis des pays tiers pour les biens essentiels, comme les produits pharmaceutiques, sont devenues évidentes. Une UE de la santé renforcerait notre capacité à faire face aux nouvelles crises sanitaires. Alors que les systèmes alimentaires de l’UE sont de plus en plus remis en cause, les nouvelles technologies pourraient renforcer leur durabilité et leur résilience.

2. SÉCURISER UNE ÉNERGIE DÉCARBONÉE ET ABORDABLE

Assurer un approvisionnement suffisant en énergie décarbonée et abordable est essentiel sur la voie d’une Europe plus verte et plus numérique. Atteindre l’objectif de neutralité climatique d’ici 2050 pourrait aider l’UE à réduire sa dépendance énergétique d’environ 60 % aujourd’hui à 15 %. La décarbonation de l’énergie aura des effets à long terme sur les dynamiques géopolitiques, avec l’émergence de nouvelles dépendances stratégiques.

3. RENFORCEMENT DES CAPACITÉS EN GESTION DES DONNÉES, INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET TECHNOLOGIES DE POINTE

La souveraineté numérique de l’UE dépendra de sa capacité à stocker, extraire et traiter les données, tout en satisfaisant aux exigences de confiance, de sécurité et de droits fondamentaux. Les mégadonnées et les analyses avancées évoluent rapidement. Face à l’augmentation exponentielle de la demande de semi-conducteurs, l’UE doit se positionner plus fermement dans le développement et la production de technologies de nouvelle génération.

4. SÉCURISER ET DIVERSIFIER L’APPROVISIONNEMENT EN MATIÈRES PREMIÈRES CRITIQUES

Les matières premières critiques sont essentielles pour la double transition de l’UE. Une combinaison intelligente de politiques industrielles, de recherche et commerciales avec des partenariats internationaux pourrait garantir un approvisionnement durable et diversifié.

5. ASSURER UNE POSITION GLOBALE DE PREMIER MOUVEMENT EN NORME

L’UE est en concurrence pour l’avantage du « premier entrant » dans l’élaboration des normes. Les antécédents de l’UE dans l’établissement de règles internes et de normes internationales de facto fournissent une base solide pour relever ce défi.

6. BÂTIR DES SYSTÈMES ÉCONOMIQUES ET FINANCIERS RÉSILIENTS ET ÉPROUVÉS POUR L’AVENIR

Une économie résiliente et stable telle que l’économie sociale de marché de l’Europe est essentielle pour relever les défis à long terme. Le système financier a un rôle clé à jouer dans le financement de la transition. Une utilisation plus large de l’euro dans le commerce international et les services, y compris sur les marchés de l’énergie, et des solutions à l’échelle de l’UE pour les paiements instantanés renforceraient le poids stratégique de l’UE.

7. DÉVELOPPER ET CONSERVER LES COMPÉTENCES ET LES TALENTS CORRESPONDANT AUX AMBITIONS DE L’UE

Face aux tendances démographiques, les jeunes méritent un meilleur accès à des emplois de qualité. Exploiter les opportunités d’emploi des deux transformations nécessitera une action politique soutenant la transition vers de nouveaux types d’emplois.

8. RENFORCEMENT DES CAPACITES DE SECURITE ET DE DEFENSE ET D’ACCES A L’ESPACE

Afin de renforcer ses capacités et ses opérations de défense, l’UE devrait s’engager à unir ses forces et à renforcer la cohérence des instruments et initiatives de coopération récemment mis en place. Il est essentiel que l’UE soutienne un accès autonome, fiable et rentable à l’espace. L’UE devrait reconnaître l’infrastructure spatiale de l’UE comme stratégique.

9. TRAVAILLER AVEC DES PARTENAIRES MONDIAUX POUR PROMOUVOIR LA PAIX, LA SÉCURITÉ ET LA PROSPÉRITÉ POUR TOUS

Le multilatéralisme doit s’adapter pour rester adapté à ses objectifs pour contrer les actions coercitives ou les sanctions extraterritoriales imposées par les pays tiers. L’UE devra renforcer et développer des coalitions et des partenariats stratégiques et thématiques avec des pays et des régions spécifiques en vie de la stabilité européenne et mondiale.

10. RENFORCER LA RÉSILIENCE DES INSTITUTIONS

Les institutions et administrations doivent être sensibles aux préoccupations sociétales et efficaces dans la mise en œuvre des politiques. Les implications des tendances actuelles et futures nécessiteront des réponses politiques agiles. Une meilleure préparation signifie également un meilleur suivi de la résilience pour faire face aux défis et subir des transitions de manière durable, juste et démocratique.

EU_forsight_reportPréparer le terrain des politiques de demain consiste à travailler au scénario le plus favorable pour développer le leadership mondial de l’UE vers 2050, en restant ferme sur ses principes et ses valeurs et agile dans sa conduite.