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Voyage au cœur de la fabrique de l’info européenne : le métier de journaliste européen à l’heure du web social

Buzz, rumeur,  intox… pour informer sur l’Europe, les journalistes professionnels sont de plus en plus en concurrence avec une multitude d’auteurs-contributeurs-commentateurs dans le web social.

La conférence « Tous journalistes ? L’information européenne et le journalisme à l’heure du web 2.0 » organisée jeudi 26 mai dernier par Touteleurope avec l’Institut Goethe à Paris est l’occasion de plonger au cœur de la fabrique de l’info européenne :

  • Quelles sont les conséquences du web social sur la production de l’information européenne et la place de l’UE dans les médias ?
  • Quels sont les impacts du web social sur le travail des journalistes et auprès des citoyens européens ?

Constat n°1 : influence grandissante du citoyen « lecteur-auditeur-téléspectateur-internaute » sur les journalistes dans la production et la diffusion de l’information européenne

Lors d’un colloque organisé à l’Institut français de Budapest les 3 & 4 mai dernier sur « journalismes et citoyenneté en Europe », l’évolution du rapport entre journalistes et Citoyens – des médias traditionnels à Internet – ne souffre d’aucune ambiguïté : avec le web social, les citoyens exercent une influence sur leurs pairs et sur les journalistes de plus en plus importante pour produire et diffuser de l’information européenne.

Un constat partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… », quelque soit leurs médias de travail (TV, radio, agence de presse et web).

Constat n°2 : le web social, une nouvelle source d’info pour les journalistes, dont la fiabilité  est à géométrie variable

Le web social, comme « nouvelle source commence à s’installer dans les usages », selon une étude réalisée par le cabinet d’études Cision et la George Washington University auprès de journalistes de la presse écrite et web et citée sur le blog « Étreintes digitales » du Figaro.

 

 

  • Aux États-Unis, plus de la moitié des journalistes sondés (56%) estime que les médias sociaux ont eu une certaine importance dans l’enquête et la production de certains articles.
  • Les sources sociales sont principalement les blogs (89%) tandis que le micro-blogging perce de plus en plus auprès des journalistes de la presse écrite quotidienne (49%) et magazine (45%).

La fiabilité et notamment le manque de vérification constitue le principal frein. Plus un journaliste est expérimenté, plus il semble se méfier des sources sociales par rapport aux contenus produits par les médias traditionnels.

Un constat de nouveau partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… », qui tout en saluant l’intérêt des médias sociaux comme veille et alerte reconnait également les risques d’approximation et/ou de manipulation.

Constat n°3 : le web social, un nouveau lieu pour publier et diffuser l’information des médias traditionnels, produite par les journalistes

Tout comme les citoyens s’expriment en ligne et dialoguent avec les membres de leurs communautés, les « journalistes embrassent aussi les médias sociaux pour publier, partager et promouvoir leurs papiers : 64% utilisent le blog, 60% les réseaux sociaux et 57% des sites comme Twitter », toujours selon l’enquête réalisée auprès des journalistes nord-américains citée sur le blog « Étreintes digitales » du Figaro.

Une course à l’audience et au clic qui ne fait que renouveler et amplifier la compétition existant entre les titres de la presse papier, les stations de radio ou les chaînes de TV. Là encore, le constat est partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… ».

Ainsi, pour reprendre l’enquête « Le métier de journaliste change ? »publiée en avril 2010 par l’agence Burson-Marsteller et réalisée auprès d’un panel de 115 journalistes interrogés, les médias sociaux sont à la fois les rivaux des médias « traditionnels » et une véritable opportunité pour le métier de journaliste, à condition de partager le manifeste d’Eric Scherer pour « un journalisme augmenté ».

Intervenants de la conférence « Tous journalistes ? L’information européenne et le journalisme à l’heure du web 2.0 » :

  • Véronique Auger, rédactrice en chef de l’émission « Avenue de l’Europe » sur France 3 et présidente du jury du prix Louise Weiss 2011 ;
  • François Bougon, responsable des réseaux sociaux à l’AFP ;
  • Géraldine Delacroix, journaliste à Mediapart, éditrice du Club ;
  • Bertrand Gallicher, journaliste à France Inter, service Etranger ;
  • Michaël Malherbe, consultant en communication, enseignant et bloggeur.

De la distinction entre information européenne et communication européenne

Tandis que la distinction structurante entre « information de presse » sur l’UE et « communication des institutions européennes » semblait solidement établie – la structure qui réalise et diffuse le contenu étant le moyen de faire la part des choses – plusieurs exemples récents justifient de réaffirmer l’importance de la distinction entre ces deux notions…

Actualités d’une confusion entre information européenne et communication européenne

Premier exemple, avec Le Taurillon qui publie « L’Europe en gros plan », une enquête en deux volets l’un sur la place de l’Europe dans les médias français et l’autre sur la liberté des médias en Albanie. Alors que l’ensemble de l’article porte sur des enjeux liés à l’information européenne, avec des verbatims de Marie-Christine Vallet, journaliste et directrice déléguée à Radio France pour la section Europe , le châpo ainsi que le Tweet publié mettent l’accent sur la communication : « Comment l’Europe des 27 peut-elle harmoniser sa communication ? ». Autrement dit, rien à voir.

Autre exemple, avec le « Prix du Parlement européen pour le journalisme » – une récompense qui n’est pas sans soulevée un certain malaise. En effet, le communiqué sur le projet luxembourgeois, publié sur le site du Parlement européen, stipule que « l’article contribue à améliorer la communication entre les institutions de l’Union européenne et les citoyens européens ». De nouveau, confusion.

Pourquoi il est important de distinguer entre information européenne et communication européenne ?

Aucune différence dans les contenus ne semble vraiment irréductible entre information et communication :

  • finalité : les deux visent à la fois connaissance et influence ;
  • objectivité/véracité : les deux tendent vers un même équilibre entre faits et opinions ;
  • qualité/crédibilité : les deux se réclament d’une hiérarchisation des actualités.

Pourtant, la distinction fondamentale entre information et communication demeure au moins pour quelques raisons :

  • la structure qui réalise et diffuse les contenus entre d’une part les médias et d’autre part les institutions européennes ;
  • le statut de l’auteur avec un devoir d’informer pour des journalistes s’adressant potentiellement à tous les publics et un devoir de réserve pour des communicants publics visant prioritairement des cibles ;
  • la relation aux sources entre le réflexe professionnel de recouper et de vérifier les infos pour les journalistes et l’obéissance légitime à l’employeur chez les communicants.

Au total, la distinction entre information européenne et communication européenne porterait sur :

  • des enjeux d’image : cohérence, consistance et continuité principalement pour la communication européenne,
  • des enjeux de réalité : complexité, contradiction et critique essentiellement pour l’information européenne.

« Rapporteur de crise » : comment informer sur l’activité de l’UE de manière didactique et interactive avec un web-documentaire ?

Coproduit par France Télévisions et diffusé sur Curiosphère.tv, « Rapporteur de crise » est l’un des tous premiers web-documentaires consacrés à l’UE.

Selon le synopsis, il s’agit d’un « huis clos au cœur du Parlement européen » auprès de la députée européenne Pervenche Berès, rapporteur de la commission spéciale sur la crise financière, économique et sociale entre ses négociations avec les groupes politiques et les séances de vote en commission puis en plénière.

Comment cette nouvelle forme d’écriture journalistique parvient-elle à informer de manière plutôt didactique et interactive sur l’activité technique de l’eurodéputée ?

Une forme ludique au service d’un contenu éducatif : les recettes du web-documentaire pour informer, notamment un public jeune

Afin de s’adresser efficacement à un public « lecteur / acteur / spectateur / internaute », les auteurs d’un web-documentaire doivent faire évoluer leurs pratiques et créer de nouvelles relations avec leur audience :

Plaire : Une attention portée à la navigation de l’utilisateur à la manière des jeux vidéo, à l’interactivité et à l’esthétisme pour établir la connivence.

Pour Samuel Bollendorff, l’un des auteurs de « Rapporteur de crise » : « Le Web […] permet d’intéresser les jeunes générations qui lisent peu, qui considèrent que la télé n’est pas crédible et qui vont directement chercher sur Internet » . D’ailleurs, une enquête menée en 2007 par L’EIAA (European Interactive Advertising Association) confirme que les Européens de 16 à 24 ans sont 82% à consulter Internet contre 77% la télévision. « C’est auprès d’eux qu’il faut pousser de l’information de qualité », estime Samuel Bollendorff.

Instruire : La forme doit être au service du contenu de qualité en vue de délivrer une information de qualité, fouillée, documentée, propre à l’enquête journalistique voire de susciter et de nourrir la réflexion de l’internaute.

Ainsi, plaire et instruire seraient les recettes du web-documentaire pour informer de manière ludique et interactive.

« Parlement en action » : comment informer les Européens sur les activités du Parlement européen ?

Touteleurope, le portail français d’information sur l’Europe, lance aujourd’hui « Parlement en action » : europarliament.touteleurope.eu (aujourd’hui archivé) – un « nouvel espace entièrement dédié à l’activité du Parlement européen » en réponse à un appel d’offre de l’institution européenne correspondant à un budget total de 180 000 euros.

Une connaissance toujours limitée des activités du Parlement européen chez les Européens, notamment les jeunes

Selon l’enquête « Parlemètre » sur le Parlement européen réalisée pendant l’hiver 2010, le niveau d’information déclaré par les Européens est très défavorables : 28% des répondants seulement considèrent être bien informés sur les activités du Parlement européen :

  • les hommes se déclarent plus au courant que les femmes des sujets relatifs au Parlement européen ;
  • les milieux les plus aisés sont ceux qui ont une meilleure connaissance du Parlement européen et de ses activités ;
  • les plus jeunes restent la catégorie d’âge qui se déclare les moins informés, alors que les 40-54 ans l’est le plus.

Par ailleurs, le Parlement européen est jugé « à l’écoute des citoyens européens » par seulement 35% des répondants alors que 50% ne partagent pas cette opinion.

Ainsi, un effort pour mieux informer les Européens et plus particulièrement les jeunes tout en renforçant le sentiment que le Parlement européen est à l’écoute des citoyens apparaît comme particulièrement urgent.

« Parlement en action » : un portail d’information à la fois pédagogique, participatif et d’actualités sur les activités du Parlement européen

Disponible en 3 langues (anglais, français et allemand), le portail est organisé autour de 4 principales rubriques s’adressant directement à l’internaute :

  • Comprenez : dimension pédagogique pour « donner les clés » sur le fonctionnement du Parlement européen, les grands dossiers et le vocabulaire européen ;
  • Suivez : dimension documentaire pour « analyser les enjeux » liés au travail des parlementaires en commissions et un focus mensuel et un chat avec un eurodéputé en lien avec un rapport important ;
  • Vivez : dimension actualité pour « partager les moments forts de la vie parlementaire, notamment la retransmission en direct des débats et votes au sein de l’hémicycle ;
  • Exprimez : dimension participative pour « échanger et partager avec la communauté » avec « le mur des internautes ».

europarliament_touteleurope

Ainsi, fort d’une animation éditoriale particulièrement riche mixant des contenus de stocks à teneur pédagogique ou d’analyse et des contenus de flux via les directs, les chats et les contributions des internautes, « Parlement en action » propose un complément d’information par rapport au site officiel du Parlement européen.

Le « journalisme européen » existe-t-il ?

Question étrange même pour son auteur, Eddy Fougier dans « L’Europe en formation nº 357 automne 2010 » puisqu’il existe

  • un Centre du journalisme européen,
  • des associations regroupant des journalistes européens, comme l’Association des journalistes européens (AJE),
  • des formations au journalisme européen,
  • et même qu’un prix du journalisme européen, le prix Louise Weiss, remis chaque année depuis 2005 par la section française de l’AJE.

Et pourtant…

Le journalisme européen existe !
La preuve : il existe des journalistes qui, de près ou de loin, suivent et traitent l’actualité européenne

Les premiers et les plus connus, sont les correspondants de médias dits de « qualité » à Bruxelles. Pour la France, on peut citer Jean Quatremer, de Libération.

Les seconds sont ceux chargés de suivre l’actualité européenne au sein des rédactions nationales et/ou qui ont des émissions ou des chroniques consacrées à l’Europe dans des médias. En France, on peut citer :

  • Marie-Christine Vallet, directrice déléguée à Radio France pour l’Europe, responsable de chroniques sur l’Europe sur France info ;
  • Véronique Auger, rédactrice en chef de l’émission Avenue de l’Europe sur France 3 ;
  • José Manuel Lamarque, producteur de l’émission Transeuropéenne sur France Inter.

Les troisièmes sont les journalistes des organes de la presse spécialisée sur l’actualité européenne.

Le journalisme européen n’existe pas !
La preuve : il n’existe ni média paneuropéen de masse, ni européanisation des pratiques journalistiques

Certes, il existe quelques médias transeuropéens, mais qui ne sont pas grand public :

  • des médias à vocation européenne, dont le cœur de métier n’est pas nécessairement de couvrir l’actualité européenne existent comme les chaînes de télévision Euronews, Arte ou Eurosport.
  • des médias européens officiels, comme, le service d’informations télévisées de l’UE, Europa by Satellite (EbS), ou la chaîne de télévision du Parlement européen, Europarl TV.
  • des médias qui ont pour particularité de traiter principalement de l’actualité européenne, comme des agences de presse spécialisée.

Mais, en dépit de plusieurs tentatives, il n’existe pas à ce jour de média paneuropéen grand public. Pourquoi ?

  • difficultés du côté de la demande (l’hypothétique « public européen » et « point de vue européen ») : absence de langue et de références culturelles communes au sein de l’UE alors que le traitement de l’information se réalise en fonction des préoccupations et des sujets d’intérêt du public.
  • conséquences du côté de la demande : financement exsangue notamment via des ressources publicitaires, parce qu’il n’existe pas véritablement de marché publicitaire paneuropéen et parce qu’il est très difficile de mesurer les audiences européennes.
  • difficultés du côté de l’offre médiatique (l’hypothétique « culture journalistique européenne ») : faible européanisation des pratiques journalistiques, en raison de la pression du système journalistique national, y compris chez les correspondants de presse à Bruxelles.
  • conséquence du côté de l’offre : complexité de faire travailler au sein d’une même rédaction des journalistes en provenance de différents pays européens pour des raisons interculturelles, mais aussi tout simplement compte tenu de l’absence d’un statut de journaliste européen.

Le journalisme européen existe (en partie) !
La preuve avec les titres de presse européens spécialisés

La presse écrite spécialisée sur les questions européennes est loin d’être connue du grand public.

Panorama des agences de presse européennes et de la presse écrite européenne spécialisée :

Panorama des sites internet d’informations spécialisées sur l’UE :

Panorama des sites d’information sur l’Europe « participatifs » : Café Babel, Euros du village ou Le Taurillon.

Le journalisme européen n’existe pas vraiment !
La preuve avec la presse anglo-américaine ayant une influence sur les « décideurs européens »

Fondamentalement, la presse ayant une influence sur les « leaders européens » correspond à la presse internationale et économique anglo-américaine avec l’International Herald Tribune, The Economist, The Financial Times Europe et The Wall Street Journal Europe.

Caractéristiques de cette presse élitiste dominée par la presse anglophone :

  • priorité à la couverture de l’actualité institutionnelle de l’Union européenne (UE) ;
  • basée à Bruxelles et concentre son attention sur le quartier européen de Bruxelles ;
  • publiée avant tout en langue anglaise ;
  • cible en priorité les « décideurs européens ».

Au bout du compte, on aboutit ainsi à une dichotomie de plus en plus flagrante entre :

  • d’un côté, une presse ultra-spécialisée sur l’Europe, très difficile d’accès, au sens strict, par son coût et la difficulté que représente sa lecture pour le non-spécialiste, donc lue principalement par des « eurocrates »,
  • de l’autre, une presse populaire nationalo-centrée, qui se désintéresse de plus en plus de ces questions et laisse le grand public largement dans l’« ignorance » de la chose européenne.

Ainsi, selon Olivier Baisnée « l’UE a un public et même une “opinion publique” (…) caractéristique du XVIIIe siècle, celle d’un cercle d’auteurs “éclairés” ».