Vigie 2012 : le premier site de fact checking sur l’Europe pour la campagne présidentielle

Alors que la campagne présidentielle 2012 se prépare, un nouveau site de «fact checking » sur l’Europe Vigie2012 vient d’être lancé et envisage de « décrypter les déclarations des candidats à la lumière de la réalité européenne (…) pour apporter un éclairage européen objectif sur la campagne présidentielle de 2012 ».

Le fact checking est selon Alice Antheaume sur Work In Progress, « une technique journalistique anglo-saxonne qui permet de jauger la crédibilité de la parole politique (…) L’un des modèles du genre, c’est le site américain Politifact.com, qui a mis en place un outil appelé «truth-o-meter» (le véritomètre), et qui a été récompensé dès 2009 par le prix Pulitzer, le graal journalistique ».

Classements des candidats à l’élection présidentielle en fonction de leurs déclarations politiques sur l’Europe

Plusieurs classements sont prévus pour étudier 2 phénomènes :

  • d’une part, chaque semaine, le volume de prises de parole sur l’Europe des candidats à l’élection présidentielle : qui en parle le plus/le moins ? Cet outil – allant de 10 points pour un déplacement sur un thème européen à un petit point pour un passage sur l’Europe dans une interview – permet de mesurer la place donnée à l’Europe par chaque candidat dans la campagne ;
  • d’autre part, chaque jour, la véracité des déclarations politiques des candidats à l’élection présidentielle : rubrique « vrai/faux » avec les champions de la vérité (à partir de déclarations vérifiées) et les champions du pipeau (à partir de contre-vérités révélées).

Classements hebdomadaires des grands médias PQN et TV en fonction de leur traitement de l’Europe

D’autres classement concernent la couverture de l’Europe dans les grands médias :

  • classement hebdomadaire TV à partir minutage du traitement des questions européennes dans les JT de TF1, France 2, France 3 et Canal + : France 2 arrive en tête cette semaine avec un temps d’antenne consacré à l’Europe qui cumule à 14  minutes ;
  • classement hebdomadaire Presse quotidienne nationale à partir des articles consacrés à l’Europe (de la brève, à l’éditorial ou au dossier) : Les Échos arrivent en tête cette semaine avec 81.3% des articles sur l’Europe.

D’ici quelques semaines, les données recueillies devraient êtres particulièrement intéressantes, en particulier pour mesurer le taux effectif de couverture des affaires européennes dans ces deux grandes familles de médias d’information.

Annoncé lors de la conférence de presse de lancement, le projet repose sur « une équipe de bénévoles au fait des affaires européennes ».

Ainsi, avec Vigie 2012, un double travail de vérification de la parole politique sur l’Europe et de mesure du traitement de l’Europe dans les médias sera réalisé tout au long de la campagne des élections présidentielles.

Quelle est la visibilité dans le web du 2e discours sur l’État de l’Union de Barroso ?

Ce matin à 9 heures, le président de la Commission européenne a prononcé devant le Parlement européen son deuxième discours sur « l’État de l’Union ». Quelle en a été la visibilité dans le web ?

De fortes retombées dans la presse en ligne

Au vue des 15 700 résultats de recherche sur Google Actualités sur les 24 dernières heures, les retombées du discours sont particulièrement fortes dans la médias traditionnels en ligne :

Selon Stanley Pignal, le correspondant du Financial Times Bruxelles, le sujet aurait même fait pendant la journée la une de plusieurs grands médias tels que la BBC ou des journaux allemands :

Une faible couverture géographique sur Twitter

Certes, un pic de Tweets soit identifiable au moment où le discours a été prononcé :

Mais, l’origine géographique des Tweets – pour ce qui concerne le territoire de l’UE – est très concentrée dans quelques États-membres :


Un dispositif de communication inédit

Pour l’occasion, l’équipe de porte-parole de la Commission européenne a lancé un compte Twitter dédié @StateofUnion_EU qui comptabilise en fin de journée 746 Followers et 136 Tweets et qui remercie « pour les milliers de Tweets et mentions » :

Comment les étudiants en école de journalisme traitent-ils l’information européenne ?

Alors que l’information européenne est un défi pour les journalistes, notamment en raison des carences de leur formation initiale sur le sujet ou de l’absence supposée d’une demande de la part du public – au point que l’on s’interrogeait : « Le « journalisme européen » existe-t-il ? » – plusieurs écoles de journalisme demandent à leurs étudiants de réaliser un projet autour de l’information sur l’Europe…

« Les parlements nationaux dans la tourmente » : un webzine très institutionnel, une enquête plutôt analytique, des contenus un peu enrichis

C’est un site dédié aux rapports entre parlements nationaux et institutions européennes en temps de crise que les étudiants en deuxième année de Master « journalisme » du Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) de l’Université de Strasbourg ont réalisé sur eurocuej.com :

Un sujet très institutionnel : les rapports entre parlements en Europe sont appréhendés selon l’édito « En route pour l’imprévu » sous les prismes de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, de la crise de l’euro, des discussions budgétaires et du protocole… Par ailleurs, la barre de navigation : Eurocrise / Gouvernance économique / la Défense / Libertés publiques / Politique renforce la focale institutionnelle.

Une approche éditoriale plutôt analytique : les articles – pour la plupart no ouverts aux commentaires – sont composés de papiers d’angle sur des sujets très précis et d’interviews d’experts tel que Richard Corbett, chargé des relations avec les parlements (nationaux et européen) dans le cabinet du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.

Un traitement enrichi par des cartographies et des infographies interactives :
Les cartographies sont très réussies :

  • « L’Europe, une mosaïque de systèmes politiques » : présentation des pays selon : régimes parlementaires/monarchiques ; Constitutions fédérale/unitaire ; Parlements monocaméral/bicaméral ;
  • « 27 Parlements, 40 chambres, la droite domine l’Europe » : présentation des pays selon majorités politiques droite/centre/gauche.

Les infographies quoique très informatives sont peu lisibles :

  • les nouveaux droits des parlements nationaux : information, participation, objection, véto et sortie ;
  • les formules de coopération parlements nationaux/Parlement européen.

Par ailleurs, une timeline « Le rôle des parlements nationaux dans l’Union européenne » complète le dispositif en matière de contenus enrichis :

« Trans-Europe-Extrêmes » : un sujet et une ligne éditoriale très politique, une enquête plutôt de terrain, des contenus un peu sociaux

C’est un site dédié à des « reportages et décryptages des extrêmes sous toutes leurs formes en Europe » que les étudiants de la 86ème promotion de l’École Supérieure de Journalisme de Lille ont réalisé sur transeuropeextremes.com.

Un sujet et une ligne éditoriale très politique : la ligne éditoriale est clairement précisée : « En ligne de mire : les extrêmes sous toutes leurs formes, qu’ils soient politiques, religieux ou culturels (…) L’objectif : trouver, montrer, décrypter les nouvelles formes prises par l’extrémisme sur le Vieux continent ».

Une approche éditoriale autour de reportages-terrain : grâce à une Google Map, l’ensemble des articles sont autant de voyages immersifs au cœur de l’extrémisme partout en Europe. D’ailleurs, certaines rubriques illustrent cette volonté d’une « pensée à l’épreuve du terrain » : Sur le terrain / Vide-poche / Photomaton.

Des contenus un peu ouverts aux médias sociaux : Non seulement les articles ouverts aux commentaires peuvent être partagés sur Twitter et likés sur Facebook, mais surtout un compte Twitter, une page Facebook et une chaîne vidéo sur Dailymotion complètent la présence en ligne.

Ainsi, entre le projet « Les parlements nationaux dans la tourmente » plutôt d’inspiration magazine des étudiants du CUEJ (de l’info analytique relativement froide) et le projet « Trans-Europe-Extrêmes » des étudiants de l’ESJ de Lille plus Fanzine dans l’âme (de l’info libre relativement passionnée), le traitement de l’information européenne se renouvelle.

Voyage au cœur de la fabrique de l’info européenne : le métier de journaliste européen à l’heure du web social

Buzz, rumeur,  intox… pour informer sur l’Europe, les journalistes professionnels sont de plus en plus en concurrence avec une multitude d’auteurs-contributeurs-commentateurs dans le web social.

La conférence « Tous journalistes ? L’information européenne et le journalisme à l’heure du web 2.0 » organisée jeudi 26 mai dernier par Touteleurope avec l’Institut Goethe à Paris est l’occasion de plonger au cœur de la fabrique de l’info européenne :

  • Quelles sont les conséquences du web social sur la production de l’information européenne et la place de l’UE dans les médias ?
  • Quels sont les impacts du web social sur le travail des journalistes et auprès des citoyens européens ?

Constat n°1 : influence grandissante du citoyen « lecteur-auditeur-téléspectateur-internaute » sur les journalistes dans la production et la diffusion de l’information européenne

Lors d’un colloque organisé à l’Institut français de Budapest les 3 & 4 mai dernier sur « journalismes et citoyenneté en Europe », l’évolution du rapport entre journalistes et Citoyens – des médias traditionnels à Internet – ne souffre d’aucune ambiguïté : avec le web social, les citoyens exercent une influence sur leurs pairs et sur les journalistes de plus en plus importante pour produire et diffuser de l’information européenne.

Un constat partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… », quelque soit leurs médias de travail (TV, radio, agence de presse et web).

Constat n°2 : le web social, une nouvelle source d’info pour les journalistes, dont la fiabilité  est à géométrie variable

Le web social, comme « nouvelle source commence à s’installer dans les usages », selon une étude réalisée par le cabinet d’études Cision et la George Washington University auprès de journalistes de la presse écrite et web et citée sur le blog « Étreintes digitales » du Figaro.

 

 

  • Aux États-Unis, plus de la moitié des journalistes sondés (56%) estime que les médias sociaux ont eu une certaine importance dans l’enquête et la production de certains articles.
  • Les sources sociales sont principalement les blogs (89%) tandis que le micro-blogging perce de plus en plus auprès des journalistes de la presse écrite quotidienne (49%) et magazine (45%).

La fiabilité et notamment le manque de vérification constitue le principal frein. Plus un journaliste est expérimenté, plus il semble se méfier des sources sociales par rapport aux contenus produits par les médias traditionnels.

Un constat de nouveau partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… », qui tout en saluant l’intérêt des médias sociaux comme veille et alerte reconnait également les risques d’approximation et/ou de manipulation.

Constat n°3 : le web social, un nouveau lieu pour publier et diffuser l’information des médias traditionnels, produite par les journalistes

Tout comme les citoyens s’expriment en ligne et dialoguent avec les membres de leurs communautés, les « journalistes embrassent aussi les médias sociaux pour publier, partager et promouvoir leurs papiers : 64% utilisent le blog, 60% les réseaux sociaux et 57% des sites comme Twitter », toujours selon l’enquête réalisée auprès des journalistes nord-américains citée sur le blog « Étreintes digitales » du Figaro.

Une course à l’audience et au clic qui ne fait que renouveler et amplifier la compétition existant entre les titres de la presse papier, les stations de radio ou les chaînes de TV. Là encore, le constat est partagé par l’ensemble des intervenants de la conférence « Tous journalistes ?… ».

Ainsi, pour reprendre l’enquête « Le métier de journaliste change ? »publiée en avril 2010 par l’agence Burson-Marsteller et réalisée auprès d’un panel de 115 journalistes interrogés, les médias sociaux sont à la fois les rivaux des médias « traditionnels » et une véritable opportunité pour le métier de journaliste, à condition de partager le manifeste d’Eric Scherer pour « un journalisme augmenté ».

Intervenants de la conférence « Tous journalistes ? L’information européenne et le journalisme à l’heure du web 2.0 » :

  • Véronique Auger, rédactrice en chef de l’émission « Avenue de l’Europe » sur France 3 et présidente du jury du prix Louise Weiss 2011 ;
  • François Bougon, responsable des réseaux sociaux à l’AFP ;
  • Géraldine Delacroix, journaliste à Mediapart, éditrice du Club ;
  • Bertrand Gallicher, journaliste à France Inter, service Etranger ;
  • Michaël Malherbe, consultant en communication, enseignant et bloggeur.

De la distinction entre information européenne et communication européenne

Tandis que la distinction structurante entre « information de presse » sur l’UE et « communication des institutions européennes » semblait solidement établie – la structure qui réalise et diffuse le contenu étant le moyen de faire la part des choses – plusieurs exemples récents justifient de réaffirmer l’importance de la distinction entre ces deux notions…

Actualités d’une confusion entre information européenne et communication européenne

Premier exemple, avec Le Taurillon qui publie « L’Europe en gros plan », une enquête en deux volets l’un sur la place de l’Europe dans les médias français et l’autre sur la liberté des médias en Albanie. Alors que l’ensemble de l’article porte sur des enjeux liés à l’information européenne, avec des verbatims de Marie-Christine Vallet, journaliste et directrice déléguée à Radio France pour la section Europe , le châpo ainsi que le Tweet publié mettent l’accent sur la communication : « Comment l’Europe des 27 peut-elle harmoniser sa communication ? ». Autrement dit, rien à voir.

Autre exemple, avec le « Prix du Parlement européen pour le journalisme » – une récompense qui n’est pas sans soulevée un certain malaise. En effet, le communiqué sur le projet luxembourgeois, publié sur le site du Parlement européen, stipule que « l’article contribue à améliorer la communication entre les institutions de l’Union européenne et les citoyens européens ». De nouveau, confusion.

Pourquoi il est important de distinguer entre information européenne et communication européenne ?

Aucune différence dans les contenus ne semble vraiment irréductible entre information et communication :

  • finalité : les deux visent à la fois connaissance et influence ;
  • objectivité/véracité : les deux tendent vers un même équilibre entre faits et opinions ;
  • qualité/crédibilité : les deux se réclament d’une hiérarchisation des actualités.

Pourtant, la distinction fondamentale entre information et communication demeure au moins pour quelques raisons :

  • la structure qui réalise et diffuse les contenus entre d’une part les médias et d’autre part les institutions européennes ;
  • le statut de l’auteur avec un devoir d’informer pour des journalistes s’adressant potentiellement à tous les publics et un devoir de réserve pour des communicants publics visant prioritairement des cibles ;
  • la relation aux sources entre le réflexe professionnel de recouper et de vérifier les infos pour les journalistes et l’obéissance légitime à l’employeur chez les communicants.

Au total, la distinction entre information européenne et communication européenne porterait sur :

  • des enjeux d’image : cohérence, consistance et continuité principalement pour la communication européenne,
  • des enjeux de réalité : complexité, contradiction et critique essentiellement pour l’information européenne.