De la communication à l’activation : comment bâtir l’Europe de la preuve, un projet citoyen à la fois ?

Après des décennies de communication descendante, visant à informer, expliquer et justifier, ce modèle a atteint ses limites structurelles. Dans un monde où la défiance est la norme et où les citoyens exigent non plus des slogans mais des outils, l’enjeu est de démontrer sa capacité à transformer concrètement le quotidien.

C’est dans ce contexte que l’initiative Citizen Energy Advisory Hub de la DG Énergie, loin d’être une campagne pub de plus, doit être analysée comme le prototype d’une nouvelle doctrine : le passage d’une communication de diffusion à une communication d’infrastructure. Une communication qui ne dit pas « voilà ce que l’Europe fait pour vous », mais « voilà ce que vous pouvez faire, avec le soutien de l’Europe »…

Le Citizen Energy Advisory Hub en action : une infrastructure d’activation concrète

Le Citizen Energy Advisory Hubse présente comme un programme d’assistance technique visant à équiper des initiatives citoyennes à travers l’UE d’un soutien sur-mesure, reconnaissant qu’il n’y a pas de solution unique.

L’innovation majeure réside dans son approche modulaire et progressive, qui accompagne les projets à chaque étape de leur maturité :

  • Projets pilotes (avancés) : un soutien intensif pour lancer et mettre en œuvre des projets à haut potentiel.
  • Projets apprenants (intermédiaires) : un appui modéré pour affiner les idées et évaluer la faisabilité.
  • Projets suiveurs (naissants) : un accompagnement léger pour la conceptualisation et le design initial.

Ce soutien à 360°, délivré par des experts dédiés et incluant des visites sur le terrain pour bâtir la confiance, couvre quatre piliers essentiels : le renforcement des capacités, le conseil en investissement, l’appui réglementaire et technique, et l’engagement des parties prenantes. Un programme de jumelage vient compléter le dispositif, créant un réseau européen d’apprentissage entre pairs.

Pour garantir que personne ne soit laissé de côté, une campagne d’information proactive est menée, suivie de webinaires nationaux dans les langues locales. C’est la preuve d’une Europe qui va vers ses citoyens.

La preuve par le terrain, des modèles et une philosophie partagés

Cette philosophie d’activation est déjà à l’œuvre sur le terrain, préfigurant le succès des futures initiatives soutenues par le Citizen Energy Advisory Hub :

  1. Le modèle coopératif – ENERGENT (Gand, Belgique) : Avec ses 2 500 citoyens-membres, cette coopérative a transformé la rénovation énergétique en un projet communautaire, obtenant des résultats mesurables (5 650 tonnes de CO2 économisées) grâce à une communication ultra-personnalisée.
  2. Le modèle grassroots – Triple SEC (Dublin, Irlande) : Née de l’initiative de volontaires, cette alliance citoyenne prouve que l’action peut précéder la structure. En organisant des « visites guidées de rénovations » entre voisins, ils ont transformé un processus intimidant en un parcours communautaire.
  3. Le modèle municipal – l’Office de l’Énergie (Valence, Espagne) : En tant que service public gratuit, l’Office a institutionnalisé la confiance. Sa campagne la plus efficace ? Le visage d’un habitant, Rafa, expliquant comment il a économisé 400 € sur sa facture. La vraie preuve incarnée est la communication la plus puissante.

Analyse et recommandations pour passer à l’échelle

Le succès de ces pilotes révèle les conditions de leur généralisation : dépasser l’entre-soi des convaincus, former le capital humain nécessaire, et anticiper le financement pour absorber le succès.

Pour que cette initiative devienne la norme, l’UE doit adopter une posture de stratège-investisseur :

  • Systématiser la communication par la preuve : l’UE doit conditionner ses financements à la production de témoignages locaux, incarnés et chiffrés, et les amplifier à l’échelle européenne.
  • Franchiser le soutien aux modèles qui fonctionnent : il faut allouer des financements aux collectifs qui s’engagent à démultiplier leur impact.
  • Investir dans le capital humain et bâtir un écosystème : financer des programmes de formation certifiants pour ces nouveaux « facilitateurs de la transition ».

Le format hors-carde du Citizen Energy Advisory Hub est la traduction d’une nouvelle philosophie d’action publique. En passant de la posture à la preuve, de l’injonction à l’investisseur-stratège, l’Union européenne peut enfin résoudre ses dilemmes de légitimité et d’impact local.

Le futur de l’adhésion au projet européen se jouera dans le succès de ces projets concrets que nous aurons su bâtir pour réussir.

Européanisation des universités : pourquoi et comment intégrer l’Europe dans les stratégies de communication ?

Au cœur des enjeux de l’enseignement supérieur et de la recherche aujourd’hui, se trouve une injonction nouvelle et forte à la coopération européenne et à l’internationalisation des universités, en termes de mobilité, de recherche et d’innovation. Cette dynamique d’européanisation sans précédent, qui s’accélère, place ces institutions académiques face à de nouvelles problématiques, notamment en termes de communication.

Les Rencontres de l’association des responsables de communication des universités COMOSUP qui se sont déroulées à l’Université de Strasbourg, dans les locaux du collège doctoral européen ont été dédiées à l’exploration de ces problématiques sous l’angle de l’activité qui fédère ses membres : « Pourquoi et comment intégrer l’Europe dans nos stratégies de communication ? ».

L’Europe, l’horizon commun aux universités : quand la stratégie s’oriente vers l’Europe, gouvernance et communication s’alignent

Afin de poser d’emblée les principales problématiques, Jean-Marc Planeix, vice-président des partenariats internationaux à l’Université de Strasbourg présente un panorama des enjeux et contextualise les modifications significatives dans l’enseignement supérieur en termes de nouveautés et de leur accélération. Les politiques de l’UE structurent toujours davantage les universités autour d’orientations stratégiques qui évoluent vers la compétitivité avec la publication des rapports Draghi et Letta mais aussi d’une mission redéfinie des universités vers une ambition qui pousse vers la recherche et l’innovation, dans le cadre de l’initiative Union of Skills de la Commission européenne au service du développement des compétences tout au long de la vie.

Suggérées dans le discours de la Sorbonne du président Macron et portées rapidement par la Commission européenne, les « alliances européennes d’universités » sont une véritable levier pour transformer les universités européennes, autour de plusieurs modèles : un modèle intégratif qui associe les structures autour d’une nouvelle marque européenne ; un niveau intermédiaire d’intégration progressive autour de la construction de thématiques communes et un modèle fédératif qui rassemble les entités sans perdre les identités propres à chaque université. Autre nouveauté, le diplôme européen, présenté comme une priorité par la Commission von der Leyen II, se développe en commençant par l’étape d’un label européen.

Ces dynamiques de coopération européenne posent de multiples défis : des enjeux sensibles en lien avec le Ministère des Affaires étrangères pour l’accueil de réfugiés enseignants ou étudiants liés à des crises internationales en Ukraine, à Gaz et aux Etats-Unis ; des enjeux de pouvoir dans la gouvernance et la communication des alliances européennes d’universités ; des mutations qui se multiplient et s’accélèrent impactant à court terme l’action européenne des universités et à long terme la relation au savoir et à la science.

Quels impacts sur le développement de stratégies de communication qui reflètent et promeuvent les engagements européens des universités françaises ?

  1. Anticiper les risques d’une communication trop précoce ou trop tardive, d’un choc culturel dans la mise en œuvre, nécessitant une traduction systématique des messages pour lever les incompréhensions.
  2. Appréhender les différences dans la relation aux institutions, différentes selon les structures fédérale ou centralisée des États-membres, soulignant le besoin de principes et de modalités partagées dans la gouvernance et la communication.
  3. Expliciter ce que l’Europe apporte, sa place spécifique dans l’internationalisation des universités.
  4. Se positionner vis-à-vis des classements internationaux, dont les critères n’évoluent pas toujours de manière cohérente, notamment dans la pondération de la place de prix Nobel dans les effectifs.
  5. Développer une forme de « diplomatie scientifique », selon Jean-François Mauduit qui aborde le mode de gouvernance entre autonomie revendiquée, contraintes impératives et impact sur la recherche et l’innovation.
  6. Incarner les valeurs européennes, sans exclure les non-Européens, en mettant en avant les valeurs démocratiques et les valeurs universelles à la science qui peuvent être largement revendiquées autour de la rationalité de la démarche théorique et la connaissance ouverte et en évolution.
  7. Faire entendre la voix française dans le réseau des alliances européennes d’université, qui est reconnu comme un interlocuteur légitime de la Commission européenne.
  8. Intégrer toutes les cibles stratégiques entre les décideurs locaux, nationaux et européens.
  9. Communiquer, en s’appuyant sur les stratégies des établissements, mettre en avant et rendre visible les activités et les avantages de s’impliquer à l’échelle européenne, sans oublier la communication interne pour mobiliser les effectifs.
  10. Montrer, au bon moment, en quoi la participation à des appels à projet européens sont au service de l’université et valoriser le gain puis les résultats.

Les programmes européens Erasmus+ et Horizon Europe : quand les ambitions de mobilité, de recherche et d’innovation font face aux problématiques budgétaires

D’ores et déjà, les prochaines négociations budgétaires pour le budget de l’UE pour les principaux programmes européens, tels qu’Erasmus+ et Horizon Europe sont au cœur des réflexions.

Du côté de la Commission européenne, leurs initiatives visent à développer un statut juridique pour les 65 alliances européennes d’universités, qui rassemble 10% des établissements chartés Erasmus, soient 500 entités parmi les plus importantes en termes d’effectifs universitaires ; développer des programmes conjoints, reconnu via un label européen et un diplôme européen à terme et à déployer une carte européenne étudiante, interconnectant les données et services. Fanny Lacroix-Desmazes, policy officer à la Direction générale de l’éducation, de la jeunesse, du sport et de la culture (DG EAC) de la Commission européenne précise que la « Stratégie européenne pour les Universités » publiée en 2022 est la première Communication qui s’adresse directement aux universités. L’Union des compétences annoncée plus récemment vise à renforcer la compétitivité et à élargir le vivier des compétences européennes, particulièrement auprès des femmes.

Du côté du gouvernement français, 2025 est une année de transition vers le cycle de négociation des futures bases légales des programmes européens. David Itier, chef du département Stratégie de l’espace européen de la recherche et de l’enseignement supérieur au sein de la Délégation aux affaires européennes et internationales du Ministère de lʼEnseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation annonce que les politiques publiques visent à juguler le déclin de la compétitivité européenne, avec une recherche qui peut apporter des réponses aux transitions démographique, climatique et numérique. Les positions françaises seront le reflet des acteurs de terrain consultés (organismes de recherche et syndicats d’étudiants).

Pour le programme Horizon Europe, la France vise à placer l’excellence scientifique, évaluer par les pairs comme critère principal d’attribution des projets ; de rationaliser les financements à quelques thématiques et technologies comme l’IA, les énergies renouvelables, l’espace ou le quantique… et de favoriser les innovations de rupture et la création de startups, à l’interface des labos privés et de la recherche publique.

Pour le programme Erasmus, la France tient à cet instrument, bien connu et qui fonctionne, et soutient une trajectoire budgétaire plus ambitieuse. Les alliances européennes d’universités, qui ont le potentiel de transformer le paysage de l’enseignement supérieur sont soutenues au profit d’un modèle de type Airbus visant à fusionner des entités pour renforcer l’attractivité internationale. Le diplôme européen d’ingénieur est le diplôme européen prioritaire à créer. Les équipes qui font de la recherche doivent aussi faire de la mobilité pour approfondir et pérenniser les gains.

Dans un contexte de dégradation des finances publiques françaises, qui ne sera pas sans impact sur le prochain budget européen, la pression pour capter les budgets européens fléchés pour la France est un challenge quotidien. La France est globalement au rendez-vous pour Erasmus, avec 400.000 bourses annuelles, elle reste le premier pays de départ dans l’Union, à des fins d’études ou de stages (33%) ; même si dans le budget 2024 les séjours ont été réduits à 6 mois, compte-tenu que seulement 63% des demandes ont pu être satisfaites ; l’objectif de 23% de bénéficiaires n’est pas encore atteint. Les dispositifs à mieux faire connaitre sont d’une part, les bourses « inclusion » et d’autre part, les programmes intensifs hybrides de préparation intensive avant le départ. Pour les financements du programme Horizon Europe, la France n’a pas comblé son déficit de soumission de projets pour le financement de la recherche. Enfin, pour les universités, plusieurs sources de financement sont accessibles : les partenariats de coopération, les projets plus complexes avec des entreprises et les alliances européennes.

L’identité européenne des universités, des défis et des opportunités de communication

Les sujets ne manquent pas :

  1. La marque : Les alliances européennes impliquent de nouveaux noms, de nouvelles plateformes de communication, il s’agit d’injonctions à communiquer sur des superstructures complexes qui posent des questions sur l’identité de l’université.
  2. Le portage : Les relations européennes (et internationales) ne sont pas toujours lisibles dans la communication interne et donc la communication intra-établissement.
  3. Le pilotage : Le partage des responsabilités dans les alliances, entre positions motrice ou attentiste, interroge dans la motivation, l’animation des réseaux de communicants et l’alignement des supports de communication.
  4. La promesse : Les alliances européennes d’universités portent des enjeux quasi géopolitiques tandis que la attentes portent sur les bénéfices concrets, à quoi ça sert, qu’est-ce que ça apporte pour l’étudiant.
  5. La langue : La traduction en anglais n’est pas suffisante.
  6. La communication : positionnement, différenciation et branding justifient de sortir du projet, pour faire le marketing du projet pour les étudiants en termes d’offres et aller dans l’émotionnel pour répondre au besoin de toucher et faire adhérer.

Les bonnes pratiques se développent, peu à peu :

  1. Parcours utilisateur : réfléchir aux points de contacts des étudiants avec l’alliance européenne.
  2. Partage d’expérience : favoriser les témoignages là où ils sont.
  3. Culture partagée de l’international : susciter une forme de reconnaissance des acteurs mobilisés autour des opportunités de budgets européens.
  4. Priorités : sensibiliser à la dimension européenne autour des grands sujets comme la vie démocratique, le développement durable, la numérisation et l’inclusion.
  5. Plan de communication : structurer, distribuer les rôles et organiser les actions qui donne du sens à l’internationalité et l’interculturalité en termes d’apprentissage de vie, aussi intégrer les étudiants dans les temps forts collectifs dans une logique de co-construction de moments de rencontre et de rapprochement.

Que retenir de tous ces enjeux ? La priorité, c’est d’ores et déjà la négociation sur le futur budget, le prochain « Multiannual Financial Framework » pour sécuriser les investissements européens dans la mobilité, la recherche et l’innovation. La dynamique d’européanisation des universités françaises se poursuit à plusieurs vitesses. La communication européenne des universités doit s’angler sur les bénéfices interculturels incarnés plutôt que les promesses axiologiques désincarnées. La nécessité de partager les bonnes pratiques au sein de la communauté des communicants est plus que jamais d’actualité.

Divergence atlantique entre politique astrologique de l’Amérique contre défi astronomique de l’Europe

Deux décennies après l’œuvre de Robert Kagan, « Of Paradise and Power : America and Europe in the New World Order », qui dépeignait les Européens comme des idéalistes habitant Vénus et les Américains comme des réalistes vivant sur Mars, la fracture transatlantique s’est transformée en une scission épistémologique encore plus fondamentale. Si la métaphore de Kagan capturait les dynamiques de pouvoir de l’après-Guerre froide, le schisme d’aujourd’hui va plus loin – jusqu’à la manière même dont chaque société traite et valide la vérité politique. Aujourd’hui, nous observons l’Amérique pratiquant une sorte de politique comme de l’astrologie – cherchant à deviner la vérité à partir de la résonance émotionnelle et des croyances personnelles – tandis que l’Europe maintient une approche astronomique, tentant de tracer un cours rationnel par l’observation objective des politiques publiques pour une bonne gouvernance.

Le nouveau zodiaque américain : quand la vérité émotionnelle éclipse la réalité politique

À la suite des récentes élections américaines, nous assistons à une transformation qui aurait été inimaginable. La politique américaine a évolué au-delà de la simple projection de la puissance pour embrasser ce que le politologue Francis Fukuyama appelle « l’individualisme expressif » – une politique de l’identité et du sentiment plutôt que du fait et de la raison.

Le rejet de l’expertise et des preuves empiriques au profit des « sentiments viscéraux » et des convictions personnelles marque un changement fondamental dans la conscience politique américaine. Comme le soutiennent Ivan Krastev et Stephen Holmes dans « The Light That Failed », cela représente non seulement un choix politique, mais un rejet total du consensus libéral de l’après-Guerre froide.

Le paysage électoral américain récent révèle cette tendance astrologique de manière frappante. La campagne de Trump, à l’instar d’un astrologue habile, a offert des récits confortables qui parlaient aux espoirs et aux craintes profondément personnels, même lorsqu’ils étaient déconnectés de la réalité vérifiable. Ses partisans, comme des lecteurs d’horoscopes avides, ont trouvé du sens et de la validation dans ces messages, indépendamment de leur mérite factuel. Ce phénomène transcende le discours politique traditionnel, créant un nouveau paradigme où la vérité émotionnelle, « weaponized » par le populisme, l’emporte sur la réalité objective.

Le moment copernicien de l’Europe : réconcilier la politique rationnelle avec la réalité émotionnelle

Pour l’Europe, cela représente à la fois un avertissement et une opportunité. Tout en maintenant son approche « astronomique » de l’élaboration des politiques – fondée sur les données, l’expertise et l’analyse rationnelle – l’Europe doit apprendre à mieux communiquer sa vision de manière à résonner émotionnellement avec ses citoyens. La récente caractérisation d’Emmanuel Macron de l’Europe comme « un herbivore dans un monde de carnivores » capture bien ce défi de combler l’écart entre la compétence technocratique et l’attrait populaire sans sacrifier la vérité pour le confort.

Au-delà de la division Mars-Vénus, l’Union européenne doit apprendre à tracer une nouvelle orbite européenne pour rester pertinente et renforcer sa position, l’Europe doit :

Développer des récits convaincants pour des politiques complexes : Au lieu de simplement présenter des arguments statistiques sur les besoins démographiques et les avantages économiques, encadrer l’immigration à travers des histoires de réussite d’intégration avec une campagne « European Success Stories » mettant en avant des entrepreneurs immigrants qui ont créé des emplois ou des médecins immigrants servant dans des communautés rurales.

Promouvoir une identité européenne partagée : Le programme « NextGenerationEU » pourrait être enrichi au-delà de la reprise financière pour devenir un repère culturel, mettant en avant des projets de jeunesse transfrontaliers, des initiatives de citoyenneté numérique et des actions climatiques partagées voire un « European Heritage Future Lab » connectant les valeurs culturelles avec des innovations tournées vers l’avenir.

Communication stratégique combinant faits et narration : Transformer le Pacte Vert de l’UE d’une politique technique en une narration inspirante combinant des données concrètes sur l’action climatique avec des histoires convaincantes de transformation locale, voire un « EU Impact Navigator » une plateforme interactive montrant les bénéfices en temps réel des politiques de l’UE au niveau local, rendant les politiques abstraites tangibles.

Renforcer la résilience institutionnelle avec la légitimité populaire : Poursuivre les dispositifs combinant démocratie délibérative traditionnelle avec participation citoyenne numérique et pourquoi pas lancer une plateforme numérique « MyEurope » pour centraliser les services pratiques européens comme la carte européenne d’assurance maladie et une sorte de portefeuille numérique de l’UE rassemblant les droits numériques.

Le chemin à suivre nécessite que l’Europe maintienne son engagement envers les politiques basées sur les preuves tout en apprenant de la maîtrise américaine de la narration et de l’engagement émotionnel. Cela ne signifie pas adopter la « politique astrologique », mais plutôt trouver des moyens de rendre la « réalité astronomique » aussi convaincante que le confort astrologique. Après le concept de soft power du politologue Joseph Nye, l’Europe doit développer ce que l’on pourrait appeler son « reality power 2.0 » – combinant la gouvernance à l’européenne avec la capacité narrative et l’intelligence émotionnelle.

Dans ce moment critique, l’Europe doit tracer son propre cours créant un modèle d’engagement politique ancré dans la réalité qui sert à la fois la vérité et la nature humaine. Seulement alors pourra-t-elle efficacement contrer le chant des sirènes du populisme tout en construisant un avenir européen plus fort et plus uni. Le défi à venir n’est pas seulement politique mais existentiel afin de déterminer non seulement l’avenir de l’Europe, mais la nature même de la gouvernance démocratique au 21e siècle.

Comment porter et incarner la prise de parole de la marque Europe ?

A l’occasion de la conférence « Communication européenne, comment se faire entendre ? », hébergée par l’Académie des Controverses et de la Communication Sensible, Nicolas Baygert, chercheur, enseignant à Sciences Po Paris, aborde la question du « leadership européen et (de) son influence sur la “marque UE”»…

Une rivalité systémique et systématique entre les présidences

Depuis 5 ans, s’est glissée une relation dysfonctionnelle au cœur du projet européen, un leadership européen concurrentiel avec la relation entre Charles Michel, président du Conseil européen, l’institution réunissant les chefs d’État et de gouvernement qui prennent les orientations stratégiques pour l’UE et Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, qui est l’institution gardienne des traités, seule habilitée au pouvoir d’initiative à proposer de nouvelles législations.

Une certaine ambiguïté des rôles existe, une marge d’interprétation quant aux compétences respectives des présidents, qui s’est traduite par une rivalité pour la visibilité politique et médiatique avec des conflits à l’agenda et une affirmation du leadership politique européen faisant l’objet d’une rivalité personnelle et politique. LA question d’Henry Kissinger « qui dois-je appeler pour parler avec l’Europe ? » demeure encore d’actualité.

Une réinvention de la fonction à chaque nouvelle personnalité

Alors que pour la fonction présidentielle française, les candidats sont conduits à « rentrer dans les habits du président », à incarner l’autorité et la légitimé de la fonction à partir d’un idéal-type gaullien sous la Ve République, il n’en est rien au niveau européen. Chaque dirigeant européen doit réinventer la fonction à chaque prise de responsabilités – c’est autant une chance qu’une menace.

La présidente de la Commission européenne – Queen of Europe – s’est construit un personnage, à coup de centralisation des efforts de communication et de personnalisation à haute dose de la communication. Ainsi, alors qu’elle n’était pas une Spitzenkandidat, elle s’est offert une construction médiatique à travers une « illusion biographique » liant son parcours au Collège d’Europe, son multilinguisme, en somme, son européanité.

Cet investissement dans la communication n’est pas sans conséquence sur la marque UE. Outre l’impact sémiotique en termes de signes, plusieurs autres leviers comme la capacité à définir l’agenda, l’impulsion initiale de la « Commission géopolitique » ; mais aussi la gestion des crises (covid, Ukraine, climat…) et enfin la mise à l’agenda, le rôle d’agenda-setting leadership, de capacités à trouver des réponses institutionnelles pour rallier un consensus, trouver un agenda normatif, fournir une grille de lecture fondée sur des principes ou des justifications idéologiques. Cette conception personnelle au service d’un agenda politique se traduit aussi par une dimension axiologique, les valeurs de l’UE sont instrumentalisées à l’occasion des discours annuels sur l’état de l’Union sans compter que pour incarner l’agenda politique, Von der Leyen utilise sa personne comme une vitrine communicationnelle.

Faut-il tendre vers une seule présidence ?

Suggéré par Jean-Claude Juncker dans son dernier discours sur l’état de l’Union, la fusion des deux fonctions présidentielles permettrait d’accroitre l’efficacité. En termes de communication, il s’agirait d’un repère mental sur le marché hyperconcurrentiel du leadership européen, mais aussi une possibilité de mieux sélectionner des éléments dans le flux des signes au sein d’un espace plus géopolitique, pourquoi pas même un remède au déficit d’incarnation même si cela ne résorberait pas pour autant le déficit de légitimité et le manque de transparence dans la nomination des présidents.

Dans la bataille des égos, il faut réussir à inscrire un style, un personnage pouvant incarner la marque Europe.

Communiquer l’Europe inclusive : solidarités, éducation, et égalité pour tous

L’Union européenne s’engage à renforcer les solidarités, le pilier social et les droits sociaux, ainsi que l’égalité hommes-femmes et les droits des minorités. Quelles actions de communication nécessaires pour promouvoir ces piliers essentiels, impliquant Bruxelles, les États membres, leaders d’opinion, journalistes, et le grand public ?

Solidarités, pilier social et droits sociaux

Campagnes de communication sur le pilier social : Des campagnes médiatiques présentant le pilier social de l’UE, mettant en lumière des aspects tels que le salaire minimum équitable, le dialogue social, les meilleures conditions de travail, et le mécanisme de réassurance chômage. Des témoignages et des études de cas pourraient illustrer les avantages concrets pour les travailleurs et les entreprises.

Promotion du socle européen des droits sociaux : Des communications sur les droits sociaux offerts par le socle européen, avec un accent particulier sur des initiatives telles que l’apprentissage de nouvelles compétences, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et l’égalité des chances au travail. La campagne « Let’s make it work » peut être revitalisée pour susciter l’engagement du public.

Éducation, culture, et jeunesse

Communication sur l’espace européen de l’éducation : Des campagnes pour faire de l’espace européen de l’éducation une réalité d’ici 2025, mettant en avant les avantages d’une éducation accessible et de qualité pour tous. Des forums en ligne pourraient discuter des progrès réalisés et des étapes à venir, en particulier auprès des lycéens à la recherche de leur avenir professionnel.

Campagne sur les compétences, l’intégration et l’inclusion : Des communications détaillant la nouvelle stratégie en matière de compétences et le plan d’action pour l’intégration et l’inclusion, avec un focus sur la protection des plus vulnérables. Des partenariats avec des organisations éducatives pourraient renforcer la portée de ces initiatives.

Innovation et recherche : Horizon Europe et espace européen de la recherche : Des communications sur l’avenir de l’espace européen de la recherche et les missions d’Horizon Europe, soulignant l’importance de l’innovation et de la recherche pour le développement durable de l’UE. Des conférences en ligne et des podcasts pourraient explorer les opportunités offertes par ces programmes.

Égalité hommes – femmes et droits des minorités

Législation anti-discrimination : Des campagnes pour informer sur la nouvelle législation anti-discrimination, garantissant l’égalité des chances pour tous. Des interviews avec des experts juridiques pourraient expliquer les implications pratiques de ces nouvelles lois.

Sensibilisation aux droits : Des campagnes de sensibilisation aux droits, mettant en avant l’égalité des genres, ainsi que les droits des victimes. Des ateliers interactifs dans les États membres pourraient encourager la compréhension et le respect de ces droits fondamentaux.

Santé des citoyens

Lutte contre le cancer : Des campagnes de sensibilisation sur le plan européen de lutte contre le cancer détaillant les initiatives clés, mettant en avant les efforts pour améliorer la prévention et les soins contre le cancer. Des témoignages de patients et des informations sur les nouvelles approches de traitement pourraient inspirer et informer le public.

Prévention et soins : Des événements en ligne avec des experts médicaux et scientifiques, permettant aux citoyens de poser des questions et de participer à des discussions sur la manière dont le plan affecte concrètement la vie des patients et des familles.

Garantie de la qualité et la sécurité des médicaments : Des infographies expliquant les tenants et aboutissants de la stratégie, mettant en avant les mesures visant à garantir la qualité et la sécurité des médicaments. Des séminaires en ligne pour les professionnels de la santé pourraient approfondir les détails techniques. Des brochures distribuées dans les pharmacies et les centres de santé pour informer directement les patients.

Santé mentale : Des campagnes multimédias pour sensibiliser le public sur les problématiques de santé mentale, briser les stigmates associés et promouvoir la compréhension. Des vidéos de témoignages et un forum interactif avec des professionnels de la santé mentale, offrant une plateforme pour discuter ouvertement des enjeux et des solutions.

Au total, l’Union européenne intervient dans de nouveaux secteurs, autour de nouvelles problématiques très sociétales, qui intéressent très largement les citoyens, qui constituent autant d’opportunités de présenter l’Europe différemment et de retisser un lien personnel pour chacun.