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Europe Talks : dialoguer pour lutter contre les idées reçues

Pour la première fois, la chaîne d’info France 24 rejoint le projet Europe Talks lancé par Die Zeit il y a 3 ans, regroupant désormais 18 rédactions européennes afin de lutter contre les idées reçues en mettant en relation des citoyens européens de tous les âges dans un espace de dialogue virtuel pour qu’ils confrontent leurs points de vue.

Crowd-discussing : un projet pour encourager le dialogue entre Européens

Principes de l’aventure européenne Europe Talks :

  • Un questionnaire autour de sept questions sur des thématiques d’actualité qui font débat en Europe ;
  • Un algorithme pour « matcher » votre interlocuteur, le but étant de dialoguer avec un ou une autre Européen/enne aux opinions très différentes des vôtres ;
  • Un événement virtuel par vidéo le 13 décembre, point d’orgue du projet, où des binômes de participants débattront de leur vision de l’Europe ;
  • Une occasion unique de débattre des grands enjeux de notre époque au-delà de nos frontières.

Europe_Talk

Pour la présidence semestrielle allemande du Conseil de l’UE, qui soutient le projet, l’objectif est « aussi simple qu’audacieux : permettre à des personnes aux points de vue politiques discordants et vivant dans des pays européens différents de dialoguer en tête-à-tête de manière virtuelle sur des thématiques d’actualité faisant l’objet d’âpres débats en Europe ».

Un succès allemand qui s’européanise avec plus de 16 000 inscrits en 2019

Depuis son lancement, plus de 60 000 personnes ont confronté leurs points de vue en Allemagne dans le cadre de ce projet. L’idée a été reprise par d’autres pays et s’est transformée en une plate-forme internationale, baptisée « My Country Talks » (Mon pays se parle). Celle-ci a déjà organisé, en collaboration avec des médias européens, des dialogues citoyens dans treize pays, ayant réuni plus de 150 000 personnes.

En mai 2019, plus de 16 000 Européennes et Européens originaires de 33 pays se sont inscrits pour participer à la première édition du projet « Europe Talks – l’Europe se parle ». Plus de 500 d’entre eux se sont rencontrés directement lors d’une manifestation d’ouverture à Bruxelles et parmi eux, un grand nombre de participants ont entrepris de longs voyages pour se voir en personne.

Joanna Popiołekune, employée de l’université de Gdansk en Pologne, a parcouru plus de 1 000 kilomètres pour rencontrer Christoph, un gestionnaire de comptes allemand. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés auparavant, ils ont pu échanger ensemble sur la politique migratoire et les relations de l’UE avec la Russie.

Le Britannique Tom Ross et l’Allemand Nils Nehring étaient aussi de parfaits étrangers l’un pour l’autre, avant de se rencontrer dans le cadre du projet Europe Talks. Tous les deux passionnés de foot, ils ont choisi comme lieu de rencontre le terrain historique de Cambridge, où les règles modernes du football ont été inventées. L’occasion d’échanger sur le Brexit et ses conséquences.

Ainsi, le projet Europe Talk réinvente la communication européenne citoyenne à l’heure du digital autour d’une forme ancestrale relookée qui redécouvre les vertus de la conversation.

Perspectives sur la démocratie participative de l’Union européenne

Le défi de longue date du déficit démocratique de l’UE peut-il être résolu par l’émergence d’un nouveau modèle de participation des citoyens européens et un ensemble d’innovations démocratiques émergeant ? Dans « The Case for Citizen Participation in the European Union: A Theoretical Perspective on EU Participatory Democracy », Alberto Alemanno et James Organ plaide que l’Union doit adopter de toute urgence une nouvelle approche systémique de réforme démocratique de l’UE, visant à donner aux citoyens les moyens de définir et de contrôler les agendas de manière permanente.

Les réalités de la participation citoyenne de l’UE

La participation des citoyens est un critère clé pour toute politique démocratique. Pourtant, l’UE est confrontée à des problèmes structurels lorsqu’il s’agit de concevoir et de mettre en œuvre la participation des citoyens :

  • Les connaissances politiques des citoyens de l’UE sont modestes, peu de citoyens de l’UE connaissent leurs droits dans l’UE. Leur utilisation reste limitée.
  • L’absence de sphère publique de l’UE condamne les citoyens de l’UE à être exposés exclusivement aux comptes rendus nationaux de l’UE inévitablement partiels et souvent mal informés.
  • Le récit dominant décrit la gouvernance de l’UE comme celle d’un processus opaque et technocratique animé par une communauté étroite d’organisations bruxelloises détachées.

L’UE a inscrit la démocratie participative dans les traités et certaines mesures ont été prises pour remédier au déficit allégué de légitimité de l’UE :

  • la Commission européenne soumet toutes ses initiatives à des consultations publiques,
  • les citoyens peuvent proposer des actes juridiques par le biais de l’initiative citoyenne européenne,
  • le Parlement européen propose un processus de pétition,
  • la Commission a lancé des formes délibératives d’engagement public,
  • l’administration publique de l’UE est soumise à la surveillance du Médiateur de l’UE
  • le fonctionnement quotidien du mécanisme institutionnel de l’UE est – en moyenne – plus ouvert et responsable que celui de la plupart des États membres de l’UE.

Cependant, ces évolutions sont au mieux partielles, car les obligations de transparence ne se traduisent que rarement par une divulgation proactive et les canaux participatifs restent fortement médiés par les institutions de l’UE et sous-utilisés par la grande majorité des citoyens, qui restent détachés de l’UE.

En outre, les principaux bénéficiaires de l’ouverture progressive des politiques de l’UE et de la multiplication des possibilités de participation ne sont, paradoxalement, pas des citoyens de l’UE, mais des représentants des intérêts des entreprises et de la société civile.

Les arguments en faveur de la participation des citoyens à l’UE

L’UE peut et doit développer et institutionnaliser des canaux démocratiques supranationaux, participatifs et délibératifs afin d’améliorer l’efficacité de la participation des citoyens de l’UE et, en fin de compte, de compléter la démocratie représentative, en ajoutant une valeur significative (qualité, résilience et légitimité) au système démocratique de l’UE.

Les possibilités de participation des citoyens ne doivent pas être développées indépendamment du reste du système démocratique de l’UE. Les liens avec d’autres moyens de participation et les liens qu’ils créent entre les institutions sont fondamentaux pour leur valeur démocratique, qu’il s’agisse d’accroître l’influence des citoyens sur l’agenda politique ou de renforcer la délibération.

Chaque instrument a ses forces et ses faiblesses. Ainsi, ce n’est qu’en combinant des instruments tels que les référendums, les initiatives citoyennes et les assemblées de citoyens et un engagement plus fort avec les mouvements sociaux pour permettre aux citoyens de légitimer les politiques et les législations de l’UE dans un cadre politique transnational.

En plus d’influencer plus fortement les politiques et la prise de décision de l’UE, les citoyens devraient être en mesure d’influencer les traités de l’UE en utilisant la participation citoyenne supranationale, en introduisant des référendums comme un veto supranational sur la modification des traités et en réduisant la domination du processus de ratification intergouvernemental actuel ou par le biais d’une Assemblée des citoyens européens.

En plus d’exiger une influence des citoyens sur ce qui est discuté dans l’agenda politique et les résultats des politiques et des lois, une participation efficace repose sur la transparence et inclut la capacité pour tous les citoyens de contester les préférences politiques existantes.

La démocratie européenne devrait développer un système de participation citoyenne efficace qui complète les opportunités démocratiques existantes et permette un environnement plus solide dans lequel gérer les conflits politiques et les luttes pour le pouvoir.

Afin d’échapper au malaise démocratique, réduire la distance et l’insatisfaction de ses citoyens, toute tentative de mobiliser la participation devrait aider à résoudre la crise actuelle de l’UE, en donnant aux citoyens de l’UE une voix efficace et effective dans la prise de décision.

Stratégie de communication européenne : vers un tournant délibératif ?

Après le « tournant participatif » sous l’ère Wallström, le think tank interne au Parlement européen publie parmi son « Global Trendometer 2019 » autour de tendances globales, dont « European democracy 4.0: Towards a deliberative anticipatory democracy? ». Sommes-nous au seuil d’un nouveau tournant, dorénavant délibératif dans la stratégie de communication de communication de l’Union européenne ?

Une aspiration croissante à revitaliser la démocratie représentative et à rajeunir la démocratie avec une participation au niveau européen

L’optimisme initial de la « démocratie numérique » s’est estompé avec la polarisation extrême, la désinformation et la manipulation. Les citoyens semblent déçus des formes de participation actuelles, principalement en ligne et frustrés par le manque de moyens de le faire.

Pourtant des innovations visant à accroître la participation des citoyens à la prise de décisions politiques prospèrent pour rendre la démocratie représentative plus transparente et plus réactive. Le point de vue émergent qu’une participation significative va de pair avec une délibération approfondie progresse.

Certes, la démocratie directe présente des vulnérabilités bien connues. La manipulation des référendums est une préoccupation, en particulier de la part d’acteurs étrangers ou d’intérêts particuliers. Les électeurs peuvent être mal informés. On s’inquiète également de la « tyrannie de la majorité » et des incitations insuffisantes au compromis ou à la coopération. En d’autres termes, la participation directe n’est pas une vertu en soi; elle a besoin de garanties et de cadres.

Mais, la démocratie participative met l’accent sur l’implication du citoyen dans la vie politique, conscients que la prise de décision ne se limite pas à l’agrégation des voix, mais au débat public et à l’argumentation raisonnée.

Des innovations de « démocratie délibérative » autour de la qualité de l’engagement

La délibération – où les décisions sont finalisées à l’issue d’un processus qui permet aux citoyens de discuter de leurs préoccupations politiques – se déroule dans des enceintes soigneusement planifiées, souvent désignées comme des « mini-publics « : « jurys de citoyens », « sondages délibératifs », « conférences de consensus »…

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Le modèle des assemblées de citoyens attire l’attention en raison de ses qualités délibératives : les participants aux mini-publics délibératifs sont choisis par tirage au sort. La sélection aléatoire vise à garantir une participation représentative par sexe, âge, origine géographique et situation économique. les citoyens étudient et délibèrent pendant plusieurs jours sur une question. Des modérateurs qualifiés facilitent leur travail, en collaboration avec des experts indépendants. En conclusion, le panel communique sa recommandation aux électeurs.

Le « tournant délibératif » est désormais une tendance et, parmi le public, le chemin le plus populaire vers le rajeunissement démocratique. Les évaluations des expériences menées jusqu’à présent sont nuancées. Ces formats consomment du temps et des ressources tant pour les citoyens que pour l’autorité organisatrice. Néanmoins, les citoyens ont la capacité d’engager des délibérations productives, en particulier lorsqu’ils sont facilités par le soutien d’experts. La délibération facilite les changements d’opinion des panélistes, les électeurs trouvent les recommandations utiles et les connaissances sur l’initiative donnée augmentent.

En revanche, indépendamment de leur échelle limitée et de leur pérennité dans le temps, les mini-publics présentent des faiblesses. Des problèmes de pouvoir et de domination surviennent également dans les arènes délibératives et il existe un risque d’instrumentalisation par des acteurs extérieurs. Ils peuvent également exiger des niveaux de participation populaire irréalistes.

De la participation des citoyens au niveau de l’Union européenne

La participation directe des citoyens au système politique européen prend différentes formes : pétition au Parlement européen, plaintes auprès du médiateur, consultations publiques, etc. Aujourd’hui, l’outil participatif phare est l’initiative citoyenne européenne récemment réformée, de même que les dialogues avec les citoyens organisés par la Commission européenne, les consultations des citoyens européens menées à travers l’Europe en 2018 se rapprochent le plus des idéaux délibératifs.

Malgré ces initiatives, le système politique européen continue d’être perçu comme éloigné des préoccupations des citoyens. Seules 4 propositions d’initiative citoyenne européenne n’ont abouti sur aucune nouvelle législation. Les pétitions sont largement inconnues des citoyens. Les dialogues avec les citoyens ne sont pas suffisamment interactifs et l’auto-sélection des participants conduit à une représentation biaisée des citoyens. De plus, la plupart des mécanismes participatifs de l’UE sont basés sur la participation en ligne, ce qui n’est pas propice à un véritable dialogue.

L’UE a tenté de renforcer la participation des citoyens à l’élaboration des politiques, mais la contribution des citoyens est limitée à la phase consultative, limitée aux questions relevant directement de la compétence de l’Union européenne, et il n’y a guère d’incitation à une participation proactive.

Délibérer sur l’avenir des citoyens européens

Les efforts de l’UE ne comportent pas l’élément délibératif qui constitue la principale tendance actuelle de l’innovation démocratique. Des propositions d’institutionnalisation des mini-publics délibératifs au niveau européen et dans toute l’Europe ont été lancées.

Une proposition consiste à créer une Assemblée populaire européenne, composée de citoyens choisis au hasard dans toute l’Union. Les institutions de l’UE seraient tenues d’examiner les recommandations de l’Assemblée. On pourrait même lui accorder un droit de veto.

Une autre suggestion concerne la création d’un organisme citoyen spécifique lié au Parlement européen. Une partie des sièges au Parlement serait réservée à des citoyens choisis au hasard, qui pourraient examiner la législation, engager des débats, présenter des propositions et interagir avec des membres du Parlement sur des questions à long terme. De telles suggestions ne sont pas entrées dans le détail.

La légitimité démocratique découle à la fois des processus et des résultats. Les efforts déployés jusqu’à présent se sont concentrés sur l’amélioration de la participation des citoyens aux processus institutionnels au niveau européen, plutôt que sur la connexion des préoccupations des citoyens aux défis politiques auxquels l’Union européenne est confrontée.

Puisque la plus grande force de la démocratie est son auto-correction et son questionnement sans fin, il ne devrait pas y avoir de meilleur endroit que les institutions démocratiques pour exploiter l’intelligence collective, donner une caisse de résonance aux voix dissidentes et aux nouvelles idées, et trouver des compromis durables – y compris entre les générations.

Au total, démentir le spectre du « déficit démocratique » de l’Union européenne passe par un tournant délibératif y compris aux pensées provocatrices afin de dessiner les contours d’une démocratie européenne d’anticipation.

EuropCom 2018 : la communication européenne citoyenne en débat

En amont des conclusions des consultations citoyennes européennes menées pendant toute l’année partout en Europe, la 9ème édition d’EuroPCom en novembre prochain discutera de la communication européenne destinée à dialoguer avec les citoyens européens…

Évaluer les consultations citoyennes : campagne d’image ou outil de démocratie efficace ?

Les consultations des citoyens semblent être la nouvelle tendance dans la communication européenne pour assurer une élaboration ascendante des politiques publiques. Avec leur format ouvert et la variété des questions possibles soulevées par le public, assurer la modération de ce type de débat est un enjeu crucial. Mais, surtout, donner un rôle réellement aux résultats de ces débats pour les traduire efficacement en politiques est la clé. S’agit-il d’un outil utile pour accroître la nature démocratique du système politique européen ou juste une tentative d’améliorer l’image des organisateurs ?

Rapprocher l’UE de ses citoyens avec les agences décentralisées de l’UE

Plus de 40 agences décentralisées de l’UE réparties dans les États membres travaillent sur des sujets importants pour l’Europe et le reste du monde. Leur expertise couvre de nombreux domaines de la vie, y compris sécurité, santé, éducation, environnement et innovation. Certaines agences de l’UE estiment qu’elles pourraient jouer un rôle plus important qu’elles ne le font actuellement pour promouvoir le projet européen dans son ensemble et rapprocher l’UE de ses citoyens en tirant parti de leurs réseaux locaux en tant que multiplicateurs. Comment explorer cette idée et construire des partenariats concrets et des projets conjoints ?

Célébrer le « local » dans les campagnes paneuropéennes

La proximité suscite de l’intérêt. Les publics sont traditionnellement plus intéressés par ce qui se passe près de chez eux que dans des endroits éloignés. Ils trouvent également des visages familiers plus crédibles que ceux qu’ils n’ont jamais rencontrés. Quels sont les défis de la célébration du “local” dans une campagne paneuropéenne ? Comment les histoires locales peuvent-elles résonner dans toute l’Europe ? Comment mener une campagne cohérente basée sur des histoires locales ?

Vendre des sujets « lourds » dans les médias d’affinité

L’Union européenne est souvent accusée d’être trop technique et trop éloignée des citoyens. Pourquoi est-ce si difficile d’aborder des sujets techniques, comme le budget européen, au niveau des citoyens ? Comment atteindre de nouveaux publics, avec des médias locaux qui rendent compte des sujets européens en s’appuyant sur les journalistes de télévision régionales et les parties prenantes engagées sur le terrain.

Utiliser des héros comme ambassadeurs de l’UE

S’appuyer sur des figures héroïques du quotidien, comme les pompiers et les secouristes, hautement respectés et dignes de confiance dans leurs communautés, pourraient améliorer l’image de l’UE en améliorant la visibilité du numéro d’urgence unique 112 qui sauve des vies. Comment leur réputation peut-elle être mise à profit pour améliorer la visibilité des projets européens qui fonctionnent et qui bénéficient au public dans leur vie quotidienne? Quels autres projets pourraient être utilisés pour démontrer la valeur ajoutée de l’UE pour les citoyens ? Comment ces héros locaux pourraient-ils être incités à devenir des ambassadeurs du projet européen ?

Les femmes peuvent-elle sauver l’Europe ?

Pour la 1e fois, la thématique sociétale d’actualité fait son entrée autour du pouvoir des femmes, un thème, selon le programme « qui s’est avéré être puissant pour susciter le débat et la conversation sur les médias sociaux à travers le monde » (…) qui poursuit ainsi « Étant donné que les femmes répondent généralement mieux aux campagnes positives, comment les stratégies de communication peuvent-elles être développées pour mieux atteindre et toucher ce public cible crucial ? ».

Au total, la communication européenne citoyenne sera au cœur des débats, et tant mieux, car la prochaine Commission aura fort à faire sur le sujet.

Quel constitutionnalisme européen ?

Alors que la poussée populiste exerce une pression sans précédent sur la construction européenne, au point de menacer sa légitimité constitutionnelle ; la réflexion de Max Web et ses discussions contemporaines autour des modèles de légitimation fournissent-elles des éléments de réponse ?

Un constitutionnalisme interculturel : la diversité des cultures constitutionnelles comme préalable au constitutionnalisme européen

Bruce Ackerman, professeur de droit et de science politique à l’Université de Yale aux Etats-Unis, dans « Trois voies vers le constitutionnalisme (et la crise de l’Union européenne) » expose les modèles de légitimation existant en Europe :

  • Le constitutionnalisme révolutionnaire, comme en France ou en Italie où un mouvement d’outsiders renverse le pouvoir pour instaurer une constitution dont la légitimité repose sur le sacrifice de soi, en tant que reconnaissance de l’action légitime ;
  • Le constitutionnalisme pragmatique, comme au Royaume-Uni, où des insiders utilisent la Constitution pour faire des concessions stratégiques qui interrompent la dynamique radicale, la tradition devenant la référence de l’action légitime ;
  • Le constitutionnalisme des élites, comme en Allemagne ou en Espagne, où des citoyens ordinaires sont passifs tandis que des élites chez les outsiders et les insiders élaborent une Constitution, les principes (cf. la Loi fondamentale) apparaissant comme la source authentique de la légitimité.

Du coup, les divergences entre les États-membres de l’UE sur la légitimation du projet européen et la difficulté à trouver une voie commune se comprennent : « Les Français et les Italiens sont ouverts aux appels transformateurs à un Peuple d’Europe ; les Britanniques préfèrent avancer à tâtons ; et les Allemands sont hautement perplexes à l’idée même que les élites politiques ou les mouvements populaires puissent légitimement rejeter des engagements constitutionnels fondateurs ».

Par voie de conséquence, avant tout mécano constitutionnel, et toute extrapolation autour des idéaux-types de légitimation, la priorité aujourd’hui est de créer les conditions d’un dialogue interculturel qui fasse de la diversité des cultures constitutionnelles l’espoir, voire la force dont le continent à besoin pour renforcer la légitimité d’une Union en danger.

Un constitutionnalisme démocratique : la souveraineté paradoxale comme résultante au constitutionnalisme européen

Selon Etienne Balibar, professeur de philosophe à l’Université de Paris-Ouest, interrogé au Collège de France par Pierre Rosanvallon sur « la crise du fédéralisme européenne », « l’Europe est passée d’un quasi-fédéralisme à un pseudo-fédéralisme », en particulier en raison de l’ingouvernabilité croissante des systèmes européens de démocratie représentative et de l’aggravation de l’écart entre les procédures de prise de décision et les procédures de délibération et de contrôle.

Entre les idéaux-types de légitimité selon Max Weber, la seule solution pour que la construction européenne puisse faire face soit qu’elle offre aux citoyens un véritable progrès démocratique, paradoxal au sens d’impossible dans les principes mais présent dans les faits – qui ne soit pas un simple jeu à somme nulle de transfert de souverainetés entre États et UE totalement délétère dans la vision technocratique actuelle – avec en même temps plus de pouvoirs et plus de contre-pouvoirs, par rapport à une démocratie « inachevée » dans un cadre national.

En conclusion, le constitutionnalisme européen sera un succès s’il parvient à faire de l’Europe un espace d’expérimentation d’un certain universalisme tant dans la délibération interculturelle pour une légitimité procédurale d’autorisation que dans la décision démocratique pour une légitimité substantielle d’exercice conduisant vers une européanisation des solidarités.