Archives de catégorie : Médias et Europe

Billets sur les enjeux d’information européenne

Quelles nouvelles formes d’engagement autour de l’Europe ?

Dans le cadre des consultations citoyennes européennes, plusieurs collectifs sur la citoyenneté et la démocratie participative débattent de l’Europe, des jeunes et de l’engagement…

Discussions

Comment construire un espace politique européen démocratique ?

Aujourd’hui, les enjeux démocratiques, tels que façonnés par les politiques, ne correspondent pas aux problèmes de la population. Les citoyens ont l’impression qu’ils ne peuvent pas peser sur les vrais leviers de pouvoir. C’est donc une réelle crise de la représentation politique.

Les citoyens n’arrivent pas à projeter un imaginaire sur l’Europe, ni à « érotiser » cet imaginaire européen. Elle est considérée comme un acquis et comme un sujet très ennuyeux. Or il existe des réflexes européens dans la jeunesse.

Comment réduire le désintérêt pour les questions européennes ?

Pourquoi, alors que les sujets européens impactent nos vies quotidiennes, on ne réussit pas à partager cela ? La communication est-elle trop institutionnelle ? Le sentiment d’impuissance est-il trop fort ? Les sujets sont-ils trop complexes ?

Le désintérêt peut s’expliquer par la méconnaissance du public, un manque d’information et le déficit du pouvoir d’agir citoyen au niveau des institutions. Il existe un véritable sentiment de “moins c’est près de nous, moins ça nous impacte”. Ainsi, les personnes concernées par les subventions de l’UE ne le savent généralement pas. Et les initiatives locales atteignent toujours un problème du changement d’échelle.

Ce qui bloque les gens, c’est aussi l’indécision et l’incertitude face à ce qu’est l’Europe. La fin de l’Europe n’est pas tranchée. Cette indécision empêche l’intérêt des gens.

Comment engager les jeunes avec l’Union européenne ?

Les jeunes ont une conception de l’Europe qui n’est pas celle de l’Europe institutionnalisée. Ils voient l’Europe à travers le partage de savoirs, des voyages, voire d’Erasmus qui est vraiment plébiscité. La question de l’Europe les intéresse mais il y a une distinction à faire entre l’Europe institutionnelle et l’Europe « concrète » qui a plus d’intérêt pour eux. En effet, il y a un décrochage réel par rapport aux institutions.

Les jeunes ressentent que leur vote ne va pas peser sur l’évolution des choses. Et ils éprouvent une véritable doute sur la fonctionnalité même du vote. Les formes d’engagement des jeunes sont surtout au niveau du local, mais toutefois ils recherchent réellement de faire le lien avec d’autres dynamiques similaires dans d’autres pays européens.

Concernant les projets de démocratie locaux des citoyens, elle sont perçus comme des initiatives qui n’ont pas un but institutionnel en Europe, mais plutôt une volonté de créer une dynamique de « réseau » de projets européens similaires. Ce sont plutôt des initiatives nationales qui essaient de trouver des alliés, plutôt que des projets réellement transnationaux.

Pistes de propositions

Repolitiser l’Europe

Pour changer cette perception d’Europe antidémocratique, il faut ralentir la communication “pro européenne” et remettre le débat politique au cœur de la stratégie. il ne faut pas multiplier la « propagande » aux faveurs de l’UE.

Nous devons arrêter de réduire le débat sur l’Europe à un “pour ou contre”. Cette vision manichéenne ne laisse pas de réelle place au débat d’idées. Et les partis politiques doivent relever cet enjeu à l’occasion des élections européennes en faisant des propositions clivantes et en montrant les différentes alternatives possibles au sein du projet européen.

Il faut repolitiser l’Europe pour re-créer de l’engagement et de l’engouement. Il faut retrouver une vraie démocratie de base et des outils de démocratie directe (à l’aide des civic techs par exemple) sur les thématiques européennes, avec des échanges entre les citoyens susceptibles.

Re-populariser l’Europe

Il est nécessaire d’aller dans la rue au contact des gens et de les forcer à en parler à travers une discussion apaisée. Il faut remettre l’Europe comme quelque chose d’actif dans la bouche des gens en sortant des sentiers battus, à travers l’utilisation de mots chocs, de gros mots. Il faut passer par ces artifices linguistiques pour instaurer le dialogue et partir de l’expérience que les gens ont de l’Europe et qui la vivent au quotidien. Rendre attirante l’Europe c’est aussi faire le pari de parler d’Europe là où on s’y attend le moins et sortir de sentiers battus. Le personnel politique doit adopter un style et langage plus proche des gens.

Réhausser l’image de l’Europe et l’intérêt des citoyens

Il y a un manque d’intérêt pour l’Europe énorme et désolant de la part des médias. Ils parlent de façon ethnocentrique. L’européen est traité comme quelque chose d’exotique. Il faut donc plus de moyens financiers et de volonté politique pour développer des médias européens comme Euronews.

Les réseaux sociaux sont aussi là pour médiatiser l’Europe. Les médias traditionnels ne vont pas se mettre à médiatiser tout seul l’UE, ils vont suivre avant tout les débats de société : il faut créer du buzz. Il faut une approche bottom-up et mettre dans l’agenda les questions de citoyenneté. Il est important de parler de l’Europe à travers les droits de la citoyenneté européenne.

 

Le théâtre de l’Europe ou « quand l’Europe improvise », selon Luuk Van Middelaar

Après le Passage à l’Europe, Luuk Van Middelaar revient avec une nouvelle clé de lecture de l’actualité de la décennie européenne à partir de « la politique de l’événement », les décisions ne reposent plus toujours sur les traités et les règles mais sur des réponses communes aux besoins du moment qui engagent la responsabilité des chefs et captivent le public…

Mise en scène : lever de rideau sur la « nouvelle » Europe qui improvise

Le déroulé de l’histoire tient sommairement : l’Après-guerre impose la promesse de Communauté européenne avec ses tabous des intérêts, des différences et des frontières en une sorte d’« impuissance organisée » avec le marché commun pour les États grâce aux transferts de compétences et au consensus des règles ; tandis que l’Après-mur impose une nouvelle Union européenne avec ses devoirs de défendre les intérêts communs, de conjuguer les capacités d’action des membres et de définir sa place dans l’espace et le temps, bref, une sorte de « puissance en commun » où assumer des responsabilités politiques quand les règles n’ont pas le dernier mot.

Problème, « l’ancienne façon de penser empêche l’Europe de se penser soi-même », la chenille ne veut pas voir le papillon qui a pris son envol. « La croyance inflexible pour construire la « véritable » Europe contre les États-membres, plutôt qu’avec eux, nourrit précisément le scepticisme du public ».

Metteurs en scène de la « nouvelle » Europe : le Conseil européen

Pour Luuk Van Middelaar, la décennie de crises (euro, Ukraine, migrants et Brexit-Trump) tient lieu de lever de rideau sur la « nouvelle » Europe de la politique de l’événement qui improvise, grâce au Conseil européen, le cénacle des chefs d’État et de gouvernement dont il fut la plume du premier président Herman Van Rompuy.

A travers ses différentes figures de chef, le Conseil européen apparait :

  • Quand le danger menace, comme dompteur face à la tempête, notamment des marchés ;
  • Pour trancher, comme décideur, quoiqu’il ne soit pas forcément le plus compétent ;
  • Quand il faut une boussole, comme stratège pour impulser les grandes lignes ;
  • Pour changer les bases, comme concepteur, voire pouvoir constituant de l’UE ;
  • Quand l’Europe doit parler, comme porte-parole.

Au fils de ses figures de style, le Conseil européen concentre l’autorité qui vient du public grâce à la qualité dramatique sans équivalent du huis-clos, à l’importance des doorsteps, ces prises de parole qui démocratisent les enjeux, à la photo de famille, à la dramaturgie du sommet, aux conclusions politiquement contraignantes dont la volonté fait loi et enfin aux médias qui mettent la pression et incitent à plus d’unité et de détermination.

Entre scène et coulisses : la Commission européenne

Avec Luuk Van Middelaar, la Commission en prend pour son grade. Considérée comme un exécutif européen un peu trop galvaudé, la Commission est reconnue comme un procureur implacable du marché et une autorité politique fragile tant en raison de l’équilibrisme entre les nominations administratives des Commissaires dans les capitales et l’élection du président sur proposition du Conseil européen que de l’illusoire droit exclusif d’initiative puisque plus de 90% des propositions sont à la demande des autres – Parlement et Conseil.

Il est tiré argument, non sans conviction, du duo de l’exécutif en France entre le président de la République et le Premier ministre pour comprendre la répartition entre le Conseil européen pour agir et la Commission européenne pour règlementer. Les illusions de la troïka ou des quotas de migrants illustrent l’hubris et la suffisance bureaucratique de la machine administrative.

Pour Luuk Van Middelaar, point de doute, « lorsque la raison des intérêts, la conscience d’une souveraineté européenne adviendront, alors le moment machiavelien que l’UE traverse depuis une décennie sera terminé ».

Entrée en scène de l’opposition : la découverte de l’Europe par les publics

« Tant qu’il ne sera pas possible d’organiser une opposition au sein de l’UE, celle-là se mobilisera contre celle-ci », selon Luuk Van Middelaar qui distingue entre opposition classique aux policies et opposition de principe au polity, à la chose politique européenne en tant que telle. Autrement dit, « trouver une place à l’opposition classique est une question existentielle pour l’UE ».

Du coup, les publics doivent être capable de lire le jeu politique européen, de connaître les responsabilités des acteurs… alors que l’un des éléments de réussite repose sur une fabrique à l’écart de l’attention, avec une dépolitisation technique, constitutionnelle et procédurale de l’UE.

Pour Luuk Van Middelaar, « si l’UE veut gagner et conserver le soutien du public, il faut se libérer des dogmes » et trouver des « dissensus qui unissent », comme par exemple quelques idées très iconoclastes contre les zélateurs ou les hérétiques du dogme Europe :

  • La remise en question de l’intérieur contre l’interprétation souveraine de leur mandat aux institutions indépendantes : Commission, Banque centrale et Cour de justice…
  • La remise en cause des règles non constitutionnelles inscrites dans le traité de l’UE afin de créer un espace pour une contradiction légitime ;
  • Le passage de la gouvernance (des procédures et des règles) au gouvernement (le principe de responsabilité).

Plusieurs formes d’opposition se dessinent sous la plume de Luuk Van Middelaar :

  • L’opposition sénatoriale où une minorité des États-membres se coalisent au Conseil de l’UE ;
  • L’opposition strasbourgeoise où le Parlement européens se drapent dans une opposition fédérale ou civique contre les gouvernements nationaux réunis
  • L’opposition nationale classique contre un gouvernement national
  • L’opposition unie où plusieurs oppositions nationales s’unissent, comme fut la pâle vague rose à l’orée des années 2000 ;
  • L’opposition polémique où des dirigeants importent le combat à Bruxelles, comme Tsipras avec la crise de l’euro ou Orban et la crise des migrants.

Quelques obstacles demeurent à contourner :

  • Le Parlement européen ne contrôle qu’une partie de l’exécutif européen… en dehors des grands sujets comme les frontières ou la monnaie ;
  • Le Conseil européen prend les grandes décisions communes… mais les chefs en rendent compte individuellement ;
  • Les médias européens peinent à rendre lisibles les enjeux de la sphère politique européenne.

Avec talent, Luuk Van Middelaar illustre qu’une communauté politique est une communauté de récits, qui donne toute sa place à tous les acteurs sur scène, dans les tribunes et les coulisses.

Les médias d’information sont-ils des facilitateurs ou des obstacles dans la « spirale de l’euroscepticisme » ?

Comprendre comment les connaissances et les attitudes liés à l’euroscepticisme sont façonnées par les médias et, en retour, les opinions des citoyens sont conditionnées à l’ère des médias sociaux, c’est le défi de Charlotte Galpin et Hans-Joerg Trenz de l’Université de Copenhague dans « The Spiral of Euroscepticism: Media Negativity, Framing and Opposition to the EU ».

La négativité traditionnelle des médias sur l’UE décuplée par les forces eurosceptiques

L’euroscepticisme s’explique au moins en partie par le biais de négativité de l’actualité politique et non pas simplement par les campagnes des partis politiques eurosceptiques. Une perspective médiatique sur l’euroscepticisme aide à comprendre le rôle crucial joué par les journalistes pour amplifier et cadrer les informations négatives sur l’UE dans les médias traditionnels, ainsi que l’impact important des médias sociaux sur les attitudes eurosceptiques.

La négativité des médias peut avoir des conséquences négatives sur la connaissance de l’UE et la sensibilisation à la politique européenne, ainsi que sur la manière dont le cadrage des informations peut entraver un engagement critique dans le processus politique de l’UE en renforçant le soutien aux partis eurosceptiques.

Cadrer des articles d’actualité en capitalisant sur les peur, les identités exclusives ou la politique politicienne bruxelloise peut susciter une opposition à l’UE et pousser également le soutien aux partis populistes.

Le potentiel des nouveaux médias amplifié par l’euroscepticisme en ligne

Avec les médias sociaux, la négativité vis-à-vis de l’UE n’est plus médiatisée, ni même atténuée par les journalistes, mais exprimée par la voix directe des internautes contre les élites et les représentants politiques.

Comprendre l’influence des nouveaux médias et des médias sociaux met en lumière le rôle actif joué par les médias d’information qui créent une demande pour des articles qui remettent en cause la légitimité de l’UE et contribuent à l’encadrement négatif de l’UE.

Les auditoires eurosceptiques se voient proposer un forum où ils peuvent réagir directement aux informations politiques européennes en commentant et en partageant. Les médias sociaux et les commentaires d’actualités amplifient donc le parti pris négatif des informations de l’UE auprès des citoyens exprimant principalement leur critique, leur mécontentement ou leur frustration envers l’UE.

Les conséquences de la « spirale de l’euroscepticisme » sur la communication européenne

Le parti pris négatif de la couverture des informations politiques a des répercussions importantes sur la conception d’un gouvernement démocratique et sur les manières régulières dont les représentants politiques recherchent la publicité et interagissent avec les journalistes.

Dans le cas de l’UE, la négativité des médias correspond à une double représentation erronée des politiques démocratiques. Non seulement, la légitimité de l’UE est limitée dans la mesure où les journalistes se concentrent principalement sur la sur-réglementation, l’échec et la crise mais en plus les journalistes appliquent une perspective essentiellement nationaliste sur la formation de la volonté démocratique, qui privilégie souvent la voix des eurosceptiques par rapport aux autres.

La négativité médiatique est donc un cadre interprétatif utile pour comprendre les contraintes systémiques sur la légitimité de l’UE, notamment en ce qui concerne les nombreuses tentatives des acteurs et institutions de l’UE de lancer une stratégie médiatique et de communication plus proactive pour « vendre » une image plus positive. Du point de vue de la négativité des médias, de tels efforts de communication produisent des effets opposés : plus la publicité est importante, moins la légitimité est grande.

Le retrait de la scène médiatique et le virage vers une gouvernance technocratique dépolitisée sont toutefois tout aussi risqués et pourraient créer des informations encore plus négatives à long terme. Les institutions de l’UE restent donc très vulnérables aux événements négatifs, en particulier dans les moments d’attention accrue du public lors des poly-crises actuelles.

Pris au piège de la « spirale de l’euroscepticisme », les acteurs et les institutions de l’UE doivent apprendre à rendre compte des impondérables de la communication médiatique et des préjugés du journalisme politique, pour lesquels les médias en ligne et sociaux ne fournissent pas de correctifs.

Impact des biais médiatiques sur les élections européennes 2019 : vers une campagne eurosceptique paneuropéenne ?

Dans « Rethinking First- and Second-Order Elections : Media Negativity and Polity Contestation during the 2014 European Parliament Elections in Germany and the UK », Charlotte Galpin et Hans-Jörg Trenz repensent les élections européennes, non plus à partir de la distinction traditionnelle entre élections de 1er ou de 2nd ordre mais en saisissant la dynamique des biais médiatiques tant le préjugé de négativité dans la sélection et le cadrage des informations européennes et que le parti pris privilégiant la contestation de la forme de l’UE (polity) sur les débats autour de ses politiques (policy). Quelles sont les conséquences de ces biais médiatiques sur les élections européennes ?

Quatre trajectoires de campagnes électorales européennes

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Jusqu’à présent, le cas le plus courant correspond aux « second-order politics campaigns » :

  • La contestation de l’UE est faible, fondée sur l’ancien consensus permissif, et les candidats se concentrent sur des questions nationales.
  • En conséquence, les acteurs sont principalement nationaux et l’importance des partis eurosceptiques n’est pas plus grande que leur part de voix.
  • Les sujets de l’UE, si couverts, sont essentiellement orientés de manière neutre.

Le Royaume-Uni, l’idéal-type d’une « second-order polity campaign » :

  • La mobilisation des opposants et des partisans de l’UE se passe au niveau national.
  • Les débats sur l’UE se déroulent sous la forme d’une contestation identitaire autour d’un clivage anti-européen plutôt que gauche-droite.
  • Les moteurs de la contestation politique sont principalement les acteurs eurosceptiques nationaux.
  • La campagne reste de «second ordre» car les acteurs européens sont marginaux et les politiques de l’UE ne sont pas en jeu. Mais l’ancien « consensus permissif » laisse place à une UE plus saillante et une tonalité essentiellement négative.
  • La campagne glisse d’un débat sur les choix de politiques publiques vers un nouveau consensus eurosceptique des partis traditionnels, sauf les démocrates libéraux et des médias, surtout tabloïd.
  • Non seulement, les médias ne couvrent pas les différentes facettes de la campagne électorale au niveau européen, mais amplifient et soutiennent ouvertement les positions eurosceptiques.

L’Allemagne, l’idéal-type d’une « first-order polity campaign » :

  • Les candidats s’engagent dans une contestation politique européenne (campagne politique de premier ordre) remettant en question la légitimité de l’UE.
  • Les acteurs nationaux sont en mesure de répondre aux campagnes eurosceptiques, en évaluant globalement l’intégration européenne.
  • Les schémas de contestation partisane de second ordre continuent de prévaloir, mais le débat est ouvert aux campagnes partisanes des Spitzenkandidaten et aux débats dans d’autres États membres.
  • Les journalistes allemands accordent une attention relativement faible aux acteurs eurosceptiques nationaux (l’AfD) et ont plutôt fait ressortir les eurosceptiques étrangers comme Nigel Farage et Marine Le Pen. La réponse à la prépondérance de l’euroscepticisme est un parti pris politique des médias allemands en matière de positivité des élites.

La campagne idéale « first-order politics campaign » autour des Spitzenkandidaten :

  • Les journaux écriraient abondamment sur les politiques de l’UE. Les acteurs européens et nationaux s’engageraient dans une contestation partisane et discuteraient des choix politiques d’un point de vue européen.
  • La visibilité des acteurs eurosceptiques correspondrait à leur part réelle de vote lors des élections. La contestation politique de l’UE serait une contestation faible mais partisane dans l’ensemble du spectre.
  • Si un préjugé de négativité se manifeste, il serait plutôt spécifique dans le contexte des débats politiques ou de la politique et ne diffuserait pas contre le système politique en tant que tel.
  • Ce serait le type de campagne envisagé par la stratégie Spitzenkandidaten et ses moteurs seraient principalement des partis grand public pro-européens.

Au total, l’attention accrue accordée par les médias aux débats politiques européens transforme les schémas traditionnels de campagne de second ordre, caractérisés par des niveaux de conflit généralement faibles au sujet des choix politiques de l’UE.

Vers une spirale de l’euroscepticisme orchestrée par les médias ?

Plus l’UE est mise en évidence et ciblée en tant qu’objet de débats politiques spécifiques (c’est-à-dire dans l’évaluation des politiques, d’acteurs et d’institutions particuliers), plus les journalistes évaluent négativement. Les médias d’information traduisent donc systématiquement les campagnes de légitimation de l’UE en opinions eurosceptiques. En d’autres termes, une « spirale de l’euroscepticisme » des médias amplifie la négativité de l’UE, attirant efficacement les discours et les acteurs eurosceptiques. Les médias facilitent la diffusion transnationale de l’euroscepticisme et établissent un agenda d’un nouveau type de contestation politique qui remet fondamentalement en cause le caractère de la campagne électorale européenne.

À la lumière des paysages médiatiques fragmentés en Europe, les contextes de réception diffèrent largement. Pour des raisons évidentes, cela représente un défi pour les Spitzenkandiaten. Si différentes « Europes » sont demandées, les Spitzenkandidaten auront du mal à répondre aux demandes exprimées dans des arènes nationales de contestation fragmentées.

Ainsi, filtrées par les médias d’information, les campagnes européennes donnent aux acteurs un pouvoir inégal : les acteurs qui encadrent l’UE de manière négative sont récompensés par l’attention des médias. Cela ne signifie pas que les positions de ces candidats sont également légitimées par les médias. Cependant, les eurosceptiques sont les organisateurs les plus talentueux de l’agenda médiatique et peuvent donc influer sur le cours du débat de manière importante en discutant des limites du transfert de souveraineté et des questions d’adhésion plutôt que des politiques de l’UE.

En fin de compte, les biais médiatiques dans la couverture des campagnes électorales européennes font que les électeurs qui reçoivent des informations sur l’UE principalement par le biais des médias déterminent de manière décisive si les conflits médiatisés restent dans la contestation électorale des candidats et les choix de politiques publiques ou s’ils contestent ou sapent la légitimité de l’UE en tant que telle. 

Au total, il est à craindre que les partis pris médiatiques qui prévalent lors des campagnes électorales européennes renforce le succès relatif des partis eurosceptiques.

Élections européennes et médias : comment les journalistes parlent d’Europe ?

Alors que la prochaine campagne électorale est dans toutes les têtes, notamment dans les rédactions, le défi de parler d’Europe dans ses 3 dimensions – le passé : l’héritage historique, l’espace géographique et la réalité culturelle ; le présent : la machinerie bruxelloise des institutions et des normes et le futur : projet politique voir de civilisation – n’est pas encore sur toutes les lèvres… Alors, à quoi faut-il s’attendre, selon quelques journalistes ?

Consensus intellectuel pour poser l’enjeu des élections européennes

A l’écoute de la Fabrique médiatique sur France Culture consacrée à notre sujet : « Les médias face aux élections européennes », l’un des défis majeurs plutôt consensuel, selon les journalistes, est de parvenir à faire en sorte de poser l’enjeu du scrutin autour de la mise en danger, de l’arrêt ou de la continuité du projet de l’Union européenne… « To be or not to be » pour reprendre les propos récents du Premier ministre. Sur ce point, le consensus semble important – quelques soient les arrière-pensées – pour dramatiser les élections européennes.

Accord déontologique pour discuter de fond, projets contre projets

A rebours d’un journalisme politique se contentant de faire la narration d’une course de chevaux entre les candidats : un récit de personnalités, de caractères, d’alliance ou de trahison, un accord se dessine pour placer le débat à hauteur de l’enjeu : projets contre projets : qu’il s’agisse de revenir à l’UE et ses politiques sans cacher les erreurs et les échecs ; des projets d’une Europe qui protège davantage, ce que veulent largement les peuples ou des valeurs communes qui dessinent des projets européens.

Difficultés professionnelles pour se positionner face à l’Europe

Comment échapper aux « routines » ?

Se contenter d’une mission d’information (raconter de manière objective les faits et distribuer équitablement la parole) ne permet pas d’éclairer pleinement les citoyens. En revanche, déconstruire les discours politiques de manière factuelle sans sombrer dans le jargon techno de l’UE peut redonner la liberté de choix et d’un vote éclairé aux électeurs.

Comment échapper aux « pièges » ?

Assumer son rôle d’éditorialiste selon Brice Couturier, doit viser à donner les clés de compréhension et d’action aux électeurs d’un système politique européen complexe sans sombrer dans le « parti des médias » dénoncés aux yeux d’électeurs qui finissent par voter contre les journalistes.

Conseils pratiques pour parler d’Europe

Éviter toute une série de chausse-trappes pour véritablement éclairer les citoyens, selon Sébastien Maillard, le directeur de l’Institut Jacques-Delors et ancien correspondant de La Croix à Bruxelles, interrogé dans l’émission Matière à penser consacrée à « Comment parler d’Europe en France ? »  :

Articuler la critique aux projets et les débats autour des institutions : la couverture médiatique de la campagne électorale doit permettre de distinguer entre les discussions autour du contrat de mariage (les traités) qui ne sont pas l’objet du scrutin et les options politiques pour des projets qui permettent aux citoyens de se réapproprier la construction européenne ;

Redécouvrir une vision collective de l’Europe au-delà des discours individuels et catégoriels permettant à la fois de discuter de la pertinence de l’échelle européenne selon les politiques publiques, de la force de normes communes sous la vigilance face aux transgressions liées aux valeurs et de répondre aux interrogations relatives à l’identité européenne.

Au total, pour les journalistes, la prochaine campagne électorale européenne doit permettre de mettre les cartes sur la table. Une seule question en définitive : les élections européennes de 2019 seront-elles les premières élections vraiment européennes ?