Archives de catégorie : Médias et Europe

Billets sur les enjeux d’information européenne

Élections européennes : quelle couverture médiatique ?

L’émission « du grain à moudre » du 1er mars sur France Culture pose une excellente question : « L’Europe sera-t-elle absente des élections européennes ? ». Tour de table pessimiste mais réaliste entre journalistes européens sur les enjeux des prochaines élections européennes…

Comment traiter l’Europe en campagne ?

Plusieurs angles sont possibles pour des journalistes désireux de proposer des papiers à leur rédaction autour des élections européennes :

La figure de style imposée conduit à se fixer sur le président de la République en France, auto-proclamé le chevalier blanc de l’Europe et scénariste en chef de la campagne avec un coup d’envoi officiel prévu via une tribune diffusée dans la presse de tous les États-membres, une sorte de « Sorbonne bis » pour donner les lignes de force et formuler des propositions concrètes.

Le service minimum pour les journalistes, c’est de couvrir les stratégies et les personnalités de la politique intérieure : s’attacher à la course de chevaux des têtes de liste à défaut de s’intéresser aux questions de fond au-delà toutefois de la question migratoire, le point d’orgue de la campagne.

L’exercice de curiosité consiste plutôt à écouter les voix des autres acteurs dans la société civile, en particulier les traces d’Europe que l’on peut retrouver notamment au travers du grand débat national afin de creuser des histoires plus intimes de parcours et de relations avec l’Europe.

La radicalité pousse à choisir de traiter tous les sujets de politique nationale sous l’angle européen, pour européaniser les esprits et comprendre que la crédibilité des exécutifs nationaux est en jeu dans de nombreux États-membres, à l’instar du test d’opinion que ces élections représentent en France pour Macron et ses oppositions.

Quels sont les enjeux des élections européennes pour l’Europe ?

S’attacher aux questions de fond, c’est s’affranchir de la caricature superficielle entre des « pro-européens » favorable à davantage d’intégration mais sans réelle capacité d’action sans disant en raison de tensions interétatiques pourtant médiatiquement construites et des « anti-européens » désireux par principe de moins d’Europe sans vraiment préciser concrètement de quoi il s’agirait compte tenu de la complexité des liens interétatiques juridiquement accumulés.

S’intéresser à l’avenir du Parlement européen, c’est voir le paysage spectral des partis politiques européens entre l’effondrement des forces politiques traditionnelles (droite chrétienne et social-démocratie) qui ont fait la construction européenne et la poussée des forces populistes en ordre de bataille dispersé. Pour le Parlement européen, ces élections européennes représentent tout simplement la plus grande recomposition des groupes politiques depuis fort longtemps et donc des perspectives de coalitions de circonstances et de majorités à la carte dont on ne soupçonne pas encore les conséquences potentielles.

S’inquiéter du projet européen dans son ensemble, c’est comprendre que le marasme de l’Union européenne – rejetée par beaucoup pour des torts en partie infondés, mais aussi parce qu’elle pourrait répondre davantage et mieux aux attentes et aux besoins des Européens – n’est malheureusement pas prêt de se résorber, faute de bonne volonté, de souffle mais aussi de nouvelles lignes de fracture en raison d’intérêts et donc de priorités divergents.

Au final, si la campagne électorale dans les médias parvient à poser la question de la démocratisation de la prise de décision de l’Union européenne alors le désir et l’esprit européens pourront progresser.

Vers une campagne électorale européenne sous le signe des paradoxes ?

Alors que le scrutin est encore lointain pour les citoyens qui seront appelés aux urnes en mai prochain, l’atmosphère en matière européenne est pour le moins paradoxale. Revue des principaux paradoxes du moment…

Le paradoxe classique d’un scrutin européen mangé par les enjeux de politique intérieure

Comme souvent, selon Jean-Louis Bourlanges dans l’émission Le Nouvel Esprit Public, le 3 février, le débat européen en France est mangé par des enjeux de politique intérieure. Non seulement, la campagne va se dérouler entrecoupée des longs week-ends du mois de mai, mais surtout les conséquences du grand débat national et l’éventuel référendum vont venir escamoter le débat européen.

Plutôt que de s’intéresser aux éventuels programmes et propositions pour le futur de l’UE, la scène médiatique est davantage préoccupée par l’écume liée au choix des têtes de liste ; ce qui générera le ressentiment des électeurs qui n’auront pas eu le sentiment que les vrais sujets auront été abordés et tranchés par les résultats électoraux.

Le paradoxe contemporain d’un projet européen dorénavant à sauvegarder

Hérité des années 1950 et des Trente Glorieuses, le projet de construction européenne, reposant sur la démocratie représentative, le multilatéralisme en politique étrangère, l’économie sociale de marché régulée et redistributive est dans le climat actuel tombé du côté des « avantages acquis » à sauvegarder face à la poussée populiste.

La mobilisation des extrêmes autour d’une dynamique paneuropéenne et de leur éventuel coalition – quoiqu’illusoire en majeur partie – tire le jeu politique non plus vers le sinistrisme qui poussait les forces politiques vers une montée irrésistible des forces « progressistes » mais bien davantage vers un affrontement entre la sauvegarde de la construction européenne co-construite par la social-démocratie et la démocratie chrétienne et la destruction sous la pression des forces populistes et néo-conservatrices.

Le paradoxe médiatique européen de débats éloignés des attentes

Dans les médias, le débat autour de l’Europe se traite davantage sous l’angle doctrinal, idéologique ou théorique sur la forme de la construction européenne, sur des décisions arbitrales pour ou contre telle ou telle action (l’euro, Schenghen…) ou des sujets forcément polémiques, comme l’immigration.

Dans les sondages, ou lors des consultations citoyennes européennes, les attentes du public sont, en revanche, beaucoup plus prosaïques, concrètes pour faire avancer l’Europe de l’apprentissage et de la formation tout au long de la vie pour faire face aux changements, de la progression des protections, notamment sociale ou encore de la lutte contre les changements climatiques, sans compter tous les enjeux régaliens de l’Europe : défense, justice et droits fondamentaux.

Le paradoxe européen d’une élection à finalité incertaine

La finalité des élections européennes n’est pas – plus – consensuelle :

  • S’agit-il d’« élire » le futur président de la Commission européenne via le système des Spitzenkandidaten qui consiste à imposer aux chefs d’État et de gouvernement la tête de liste du parti européen arrivé en tête le soir du scrutin, sachant que ce système n’est plus défendu par tous les membres du Conseil européen ?
  • S’agit-il de choisir les représentants qui défendront les orientations politiques soutenues par les citoyens, la première consistant à approuver ou désapprouver le président de la Commission européenne nommé par le Conseil européen, puis chaque Commissaire et chaque projet de texte sur la base de coalition ad hoc ?

Le lendemain du scrutin européen n’a jamais été aussi indéterminé, non seulement en raison de la fébrilité face à la vague annoncée de populisme mais surtout à cause de l’inconnu du Conseil européen, qui pencherait vers une nomination de circonstance « en fonction des résultats », selon les termes du traité de Lisbonne, mais donc indépendamment du système des Sptizenkandidaten.

Le paradoxe europhobe d’une détestation de l’UE qui fait la démonstration de sa raison d’être

Dernier paradoxe soulevé par le correspondant des Echos à Bruxelles Gabriel Grésillon dans « la très paradoxale percée des europhobes ». Selon lui, « à mesure que les partis populistes s’imposent dans le paysage européen, leur discours ouvertement hostile à l’Union donne à cette dernière une reconnaissance politique inégalée ».

Ce paradoxe des partis eurosceptiques radicaux – dit europhobes – est également pointé par France Culture qui constate que « la posture anti-européenne des eurosceptiques radicaux rejoint un positionnement anti-système, anti-élite, censé avoir des retombées électorales. Une façon donc de s’ancrer un peu plus dans le système politique qui est en théorie rejeté. »

Au total, les balbutiements de la campagne électorale 2019 sont à plus d’un titre paradoxaux : les opposants les plus farouches légitiment en dépit l’Europe tandis que les acteurs censés les plus européens délégitiment en partie le scrutin européen.

Lancement du Mook « Européens » pour raconter l’Europe par les Européens

Dans la grisaille du ciel européen, obscurci par la tectonique des forces politiques populistes et la crainte du big bang europhobe lors des élections européennes, le lancement de la Revue l’Européen est une bouffée d’optimisme. Un premier numéro imprimé à 25 000 exemplaires à découvrir sans plus attendre « dans toutes les bonnes librairies »…

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Un manifeste : « Européens, osez lire que vous l’êtes »

« Européens » fait le pari de l’Europe. Selon son éditrice Vera Marchand, « à un moment très particulier pour l’Union européenne, Européens est une façon de communiquer l’Europe avec l’enthousiasme et l’inventivité que son idée mérite ».

Un parti pris très fort : l’Europe non pas en tant qu’objet mais comme cadre, « terrain de jeu quotidien », comme « horizon collectif ». Pour le directeur de publication Olivier Breton, sa conviction est de faire de « l’Europe comme sujet, sans naïveté ni angélisme ».

Une ligne éditoriale : raconter l’Europe par les Européens

« Européens » vise à raconter l’Europe des innovateurs, des entrepreneurs, des créateurs. Une Europe concrète et optimiste. Une Europe qui bouge et invente. Pour Pascal Berria, rédacteur en chef, « une Europe comme lieu de création, d’innovation, d’échanges, de dialogue et de liberté ».

En bref, montrer l’Europe telle qu’elle est rarement vue : à hauteur d’humanité autour d’un pari narratif : raconter des « Europes », à partir d’histoires de personnes. Plutôt un journalisme de solutions, mais autour d’une Europe réaliste, d’un relais d’une Europe multiple, où la richesse est le fruit de nos singularités.

Un format de Mook trimestriel

Avec 10 carnets thématiques indépendants de 16 pages chacun, la revue a pour ambition d’expliquer, de décrypter, d’inspirer par l’exemple et le terrain autour des grandes thématiques contemporaines : l’entrepreneuriat, l’innovation, la culture, l’alimentation, les médias, le numérique, l’urbanisme, la politique, le social, les arts, l’éducation, etc.

Souhaitons bon vent à « EUROPÉENS », la revue qui entend nous rapprocher et qui se positionne comme « la seule revue sur l’Europe trimestrielle, unique, intelligente mais pas intello ».

Quelles nouvelles formes d’engagement autour de l’Europe ?

Dans le cadre des consultations citoyennes européennes, plusieurs collectifs sur la citoyenneté et la démocratie participative débattent de l’Europe, des jeunes et de l’engagement…

Discussions

Comment construire un espace politique européen démocratique ?

Aujourd’hui, les enjeux démocratiques, tels que façonnés par les politiques, ne correspondent pas aux problèmes de la population. Les citoyens ont l’impression qu’ils ne peuvent pas peser sur les vrais leviers de pouvoir. C’est donc une réelle crise de la représentation politique.

Les citoyens n’arrivent pas à projeter un imaginaire sur l’Europe, ni à « érotiser » cet imaginaire européen. Elle est considérée comme un acquis et comme un sujet très ennuyeux. Or il existe des réflexes européens dans la jeunesse.

Comment réduire le désintérêt pour les questions européennes ?

Pourquoi, alors que les sujets européens impactent nos vies quotidiennes, on ne réussit pas à partager cela ? La communication est-elle trop institutionnelle ? Le sentiment d’impuissance est-il trop fort ? Les sujets sont-ils trop complexes ?

Le désintérêt peut s’expliquer par la méconnaissance du public, un manque d’information et le déficit du pouvoir d’agir citoyen au niveau des institutions. Il existe un véritable sentiment de “moins c’est près de nous, moins ça nous impacte”. Ainsi, les personnes concernées par les subventions de l’UE ne le savent généralement pas. Et les initiatives locales atteignent toujours un problème du changement d’échelle.

Ce qui bloque les gens, c’est aussi l’indécision et l’incertitude face à ce qu’est l’Europe. La fin de l’Europe n’est pas tranchée. Cette indécision empêche l’intérêt des gens.

Comment engager les jeunes avec l’Union européenne ?

Les jeunes ont une conception de l’Europe qui n’est pas celle de l’Europe institutionnalisée. Ils voient l’Europe à travers le partage de savoirs, des voyages, voire d’Erasmus qui est vraiment plébiscité. La question de l’Europe les intéresse mais il y a une distinction à faire entre l’Europe institutionnelle et l’Europe « concrète » qui a plus d’intérêt pour eux. En effet, il y a un décrochage réel par rapport aux institutions.

Les jeunes ressentent que leur vote ne va pas peser sur l’évolution des choses. Et ils éprouvent une véritable doute sur la fonctionnalité même du vote. Les formes d’engagement des jeunes sont surtout au niveau du local, mais toutefois ils recherchent réellement de faire le lien avec d’autres dynamiques similaires dans d’autres pays européens.

Concernant les projets de démocratie locaux des citoyens, elle sont perçus comme des initiatives qui n’ont pas un but institutionnel en Europe, mais plutôt une volonté de créer une dynamique de « réseau » de projets européens similaires. Ce sont plutôt des initiatives nationales qui essaient de trouver des alliés, plutôt que des projets réellement transnationaux.

Pistes de propositions

Repolitiser l’Europe

Pour changer cette perception d’Europe antidémocratique, il faut ralentir la communication “pro européenne” et remettre le débat politique au cœur de la stratégie. il ne faut pas multiplier la « propagande » aux faveurs de l’UE.

Nous devons arrêter de réduire le débat sur l’Europe à un “pour ou contre”. Cette vision manichéenne ne laisse pas de réelle place au débat d’idées. Et les partis politiques doivent relever cet enjeu à l’occasion des élections européennes en faisant des propositions clivantes et en montrant les différentes alternatives possibles au sein du projet européen.

Il faut repolitiser l’Europe pour re-créer de l’engagement et de l’engouement. Il faut retrouver une vraie démocratie de base et des outils de démocratie directe (à l’aide des civic techs par exemple) sur les thématiques européennes, avec des échanges entre les citoyens susceptibles.

Re-populariser l’Europe

Il est nécessaire d’aller dans la rue au contact des gens et de les forcer à en parler à travers une discussion apaisée. Il faut remettre l’Europe comme quelque chose d’actif dans la bouche des gens en sortant des sentiers battus, à travers l’utilisation de mots chocs, de gros mots. Il faut passer par ces artifices linguistiques pour instaurer le dialogue et partir de l’expérience que les gens ont de l’Europe et qui la vivent au quotidien. Rendre attirante l’Europe c’est aussi faire le pari de parler d’Europe là où on s’y attend le moins et sortir de sentiers battus. Le personnel politique doit adopter un style et langage plus proche des gens.

Réhausser l’image de l’Europe et l’intérêt des citoyens

Il y a un manque d’intérêt pour l’Europe énorme et désolant de la part des médias. Ils parlent de façon ethnocentrique. L’européen est traité comme quelque chose d’exotique. Il faut donc plus de moyens financiers et de volonté politique pour développer des médias européens comme Euronews.

Les réseaux sociaux sont aussi là pour médiatiser l’Europe. Les médias traditionnels ne vont pas se mettre à médiatiser tout seul l’UE, ils vont suivre avant tout les débats de société : il faut créer du buzz. Il faut une approche bottom-up et mettre dans l’agenda les questions de citoyenneté. Il est important de parler de l’Europe à travers les droits de la citoyenneté européenne.

 

Le théâtre de l’Europe ou « quand l’Europe improvise », selon Luuk Van Middelaar

Après le Passage à l’Europe, Luuk Van Middelaar revient avec une nouvelle clé de lecture de l’actualité de la décennie européenne à partir de « la politique de l’événement », les décisions ne reposent plus toujours sur les traités et les règles mais sur des réponses communes aux besoins du moment qui engagent la responsabilité des chefs et captivent le public…

Mise en scène : lever de rideau sur la « nouvelle » Europe qui improvise

Le déroulé de l’histoire tient sommairement : l’Après-guerre impose la promesse de Communauté européenne avec ses tabous des intérêts, des différences et des frontières en une sorte d’« impuissance organisée » avec le marché commun pour les États grâce aux transferts de compétences et au consensus des règles ; tandis que l’Après-mur impose une nouvelle Union européenne avec ses devoirs de défendre les intérêts communs, de conjuguer les capacités d’action des membres et de définir sa place dans l’espace et le temps, bref, une sorte de « puissance en commun » où assumer des responsabilités politiques quand les règles n’ont pas le dernier mot.

Problème, « l’ancienne façon de penser empêche l’Europe de se penser soi-même », la chenille ne veut pas voir le papillon qui a pris son envol. « La croyance inflexible pour construire la « véritable » Europe contre les États-membres, plutôt qu’avec eux, nourrit précisément le scepticisme du public ».

Metteurs en scène de la « nouvelle » Europe : le Conseil européen

Pour Luuk Van Middelaar, la décennie de crises (euro, Ukraine, migrants et Brexit-Trump) tient lieu de lever de rideau sur la « nouvelle » Europe de la politique de l’événement qui improvise, grâce au Conseil européen, le cénacle des chefs d’État et de gouvernement dont il fut la plume du premier président Herman Van Rompuy.

A travers ses différentes figures de chef, le Conseil européen apparait :

  • Quand le danger menace, comme dompteur face à la tempête, notamment des marchés ;
  • Pour trancher, comme décideur, quoiqu’il ne soit pas forcément le plus compétent ;
  • Quand il faut une boussole, comme stratège pour impulser les grandes lignes ;
  • Pour changer les bases, comme concepteur, voire pouvoir constituant de l’UE ;
  • Quand l’Europe doit parler, comme porte-parole.

Au fils de ses figures de style, le Conseil européen concentre l’autorité qui vient du public grâce à la qualité dramatique sans équivalent du huis-clos, à l’importance des doorsteps, ces prises de parole qui démocratisent les enjeux, à la photo de famille, à la dramaturgie du sommet, aux conclusions politiquement contraignantes dont la volonté fait loi et enfin aux médias qui mettent la pression et incitent à plus d’unité et de détermination.

Entre scène et coulisses : la Commission européenne

Avec Luuk Van Middelaar, la Commission en prend pour son grade. Considérée comme un exécutif européen un peu trop galvaudé, la Commission est reconnue comme un procureur implacable du marché et une autorité politique fragile tant en raison de l’équilibrisme entre les nominations administratives des Commissaires dans les capitales et l’élection du président sur proposition du Conseil européen que de l’illusoire droit exclusif d’initiative puisque plus de 90% des propositions sont à la demande des autres – Parlement et Conseil.

Il est tiré argument, non sans conviction, du duo de l’exécutif en France entre le président de la République et le Premier ministre pour comprendre la répartition entre le Conseil européen pour agir et la Commission européenne pour règlementer. Les illusions de la troïka ou des quotas de migrants illustrent l’hubris et la suffisance bureaucratique de la machine administrative.

Pour Luuk Van Middelaar, point de doute, « lorsque la raison des intérêts, la conscience d’une souveraineté européenne adviendront, alors le moment machiavelien que l’UE traverse depuis une décennie sera terminé ».

Entrée en scène de l’opposition : la découverte de l’Europe par les publics

« Tant qu’il ne sera pas possible d’organiser une opposition au sein de l’UE, celle-là se mobilisera contre celle-ci », selon Luuk Van Middelaar qui distingue entre opposition classique aux policies et opposition de principe au polity, à la chose politique européenne en tant que telle. Autrement dit, « trouver une place à l’opposition classique est une question existentielle pour l’UE ».

Du coup, les publics doivent être capable de lire le jeu politique européen, de connaître les responsabilités des acteurs… alors que l’un des éléments de réussite repose sur une fabrique à l’écart de l’attention, avec une dépolitisation technique, constitutionnelle et procédurale de l’UE.

Pour Luuk Van Middelaar, « si l’UE veut gagner et conserver le soutien du public, il faut se libérer des dogmes » et trouver des « dissensus qui unissent », comme par exemple quelques idées très iconoclastes contre les zélateurs ou les hérétiques du dogme Europe :

  • La remise en question de l’intérieur contre l’interprétation souveraine de leur mandat aux institutions indépendantes : Commission, Banque centrale et Cour de justice…
  • La remise en cause des règles non constitutionnelles inscrites dans le traité de l’UE afin de créer un espace pour une contradiction légitime ;
  • Le passage de la gouvernance (des procédures et des règles) au gouvernement (le principe de responsabilité).

Plusieurs formes d’opposition se dessinent sous la plume de Luuk Van Middelaar :

  • L’opposition sénatoriale où une minorité des États-membres se coalisent au Conseil de l’UE ;
  • L’opposition strasbourgeoise où le Parlement européens se drapent dans une opposition fédérale ou civique contre les gouvernements nationaux réunis
  • L’opposition nationale classique contre un gouvernement national
  • L’opposition unie où plusieurs oppositions nationales s’unissent, comme fut la pâle vague rose à l’orée des années 2000 ;
  • L’opposition polémique où des dirigeants importent le combat à Bruxelles, comme Tsipras avec la crise de l’euro ou Orban et la crise des migrants.

Quelques obstacles demeurent à contourner :

  • Le Parlement européen ne contrôle qu’une partie de l’exécutif européen… en dehors des grands sujets comme les frontières ou la monnaie ;
  • Le Conseil européen prend les grandes décisions communes… mais les chefs en rendent compte individuellement ;
  • Les médias européens peinent à rendre lisibles les enjeux de la sphère politique européenne.

Avec talent, Luuk Van Middelaar illustre qu’une communauté politique est une communauté de récits, qui donne toute sa place à tous les acteurs sur scène, dans les tribunes et les coulisses.