Archives de catégorie : Communication sur l’Europe

Billets sur la communication européenne des États-membres et de la société civile

Choc des imaginaires apocalyptiques en Europe

Imaginaire écologiste cosmopolite contre imaginaire nationaliste nativiste, les tensions autour de la démographie sont à l’origine d’un nouveau choc Est-Ouest en Europe, selon Ivan Krastev dans « Démographie : le nouveau clivage » sur Le Grand Continent

Les prophéties de l’apocalypse démographique des sociétés occidentales

Pour Ivan Krastev, « la politique européenne post-Covid n’est plus structurée par l’opposition traditionnelle gauche-droite ; elle est désormais structurée par le choc entre deux imaginaires apocalyptiques » :

D’une part, l’imaginaire écologique, suscité par la perspective de la catastrophe environnementale à venir, donnant le sentiment que si nous ne faisons rien pour changer nos modes de vie et de production, il n’y aura plus de vie humaine sur Terre. L’imaginaire écologiste est un imaginaire cosmopolite, il part du principe que l’humanité ne pourra être sauvée que si nous agissons ensemble.

D’autre part, l’imaginaire démographique nationaliste, guidé par la peur que « mon peuple » disparaisse et que son mode de vie soit détruit. L’imaginaire démographique, quant à lui, est nativiste, il suppose que d’autres veulent nous remplacer et que nous devons les arrêter.

Tandis que les militants écologistes doutent de la moralité d’avoir des enfants dans un monde qui court à sa propre destruction, les nationalistes voient toute famille de moins de trois enfants comme une famille de « traîtres ». Mais les deux imaginaires traduisent un même sentiment d’extrême urgence. Militants écologistes et populistes nationalistes partagent en effet le sentiment qu’ils vivent les derniers jours d’un monde.

Le clivage culturel des imaginaires Est-Ouest en Europe

Pour Ivan Krastev, le vieux continent souffrirait d’une « boulimie démographique » – c’est-à-dire d’une panique suscitée par la crainte qu’« à la fois trop et trop peu de personnes puissent simultanément exister sur un même territoire » – trop d’entre eux et trop peu d’entre nous.

Du coup, la question principale de l’avenir de l’Union européenne se structure entre ceux qui veulent « sauver la vie » face à l’apocalypse écologique et ceux qui veulent « sauver notre mode de vie » face à l’apocalypse démographique.

Si l’imaginaire écologiste et l’imaginaire démographique sont présents dans toutes les sociétés européennes, c’est surtout le premier qui influence la politique dans les pays d’Europe de l’Ouest, et surtout le second qui influence la politique dans les pays d’Europe de l’Est.

Autrement dit, pour paraphraser la célèbre expression « les missiles sont à l’Est ; les pacifistes sont à l’Ouest », on pourrait dire « les illibéraux natalistes sont à l’Est ; les cosmopolitiques écologistes sont à l’Ouest ». Et ces deux imaginaires vont continuer de progresser dans les mentalités, plaçant l’Europe au cœur des attentes contradictoires.

Comment assurer un destin commun et un relatif consensus avec ce choc des imaginaires écologique et démographique qui risque de déchirer l’avenir de l’Europe ?

Programme culturel de la présidence française de l’Union européenne

Le 3e pilier de la présidence française de l’UE – le sentiment d’appartenance – justifie que la culture soit un « lien de cœur » entre la France et les autres Etats-membres. Quel est le programme culturel de la PFUE 2022, en particulier auprès des Européens ?

Un programme : Échanger – Créer – Partager et l’année européenne de la jeunesse

Décidément abonné aux triptyques, la signature de la saison culturelle vise à « échanger, créer et partager » tout en mettant en avant les jeunes afin d’offrir aux publics français et européen « une Europe culturelle pleine de diversité, riche de ses échanges et source d’une force de cohésion unique ». Rapide sélection de quelques événements au programme du semestre :

Une app de rencontre chorégraphique : Danse l’Europe !

Sans doute largement inspiré par le succès des challenges sur TikTok, une application permet à tous, amateurs de danse ou non, de se rassembler pour partager un instant dansé autour d’une chorégraphie ludique et joyeuse dans de multiples lieux culturels de différentes villes européennes, mais aussi à domicile, en entreprise, dans des écoles, seuls ou en groupe. Cette expérience artistique innovante propose à ceux qui le souhaitent d’envoyer une vidéo de leur interprétation sur la plateforme Numéridanse.

Une expo photo sur les Grilles du Jardin du Luxembourg : Traversées d’Europe

Une mise en perspective de projets transnationaux au long cours révèle un continent multiple, riche et en constante mutation, réaffirmant son ancrage européen. Créateur et organisateur du festival Circulation(s), unique festival français dédié à la scène émergente européenne, les curatrices du collectif explorent ce territoire pour repérer les nouveaux talents de la photographie contemporaine. Les six artistes exposés, émergents ou confirmés, portent un regard singulier sur l’Europe et en dressent une cartographie sensible et composite.

Une Nuit des idées à l’heure européenne

La Nuit des idées se déroulera le 27 janvier 2022 sur le thème (Re)construire ensemble autour de 3 volets : l’organisation de 26 Nuits des idées dans chaque pays membre de l’Union européenne ; la mise en place de dialogues entre de grandes figures intellectuelles au sein de l’Union européenne ; l’organisation, enfin, d’un forum de la jeunesse européenne au Collège de France afin de concevoir et porter des propositions pour l’avenir de l’Union européenne, fruits de leurs propres engagements et d’une collaboration avec des laboratoires d’idées français.

Un Grand Palais Ephémère : l’EuroFabrique, être Européen, ça signifie quoi aujourd’hui ?

La jeunesse européenne s’interroge autour de l’idée d’Europe et imagine son futur, dans un Grand Palais Ephémère transformé pour l’occasion en un vaste espace d’expérimentation, à la fois fabrique, laboratoire et assemblée. Pendant 4 jours, 400 étudiants d’écoles supérieures d’arts françaises et européennes de 14 pays, parlant 12 langues différentes se réuniront pour interroger et inventer des formes qui portent le continent qu’elles habitent. Appelés à penser l’Europe de demain, ils produiront à la fois des œuvres et des objets de communication pour faire exister l’Union européenne. Une école imaginée pour l’occasion rassemblera des étudiants et des artistes en exil. Par groupes, les étudiants prépareront et présenteront des projets qui questionneront les valeurs, les problèmes et les débats qui animent l’Europe d’aujourd’hui.

Un livre : Le Grand Tour – Autoportrait de l’Europe par ses écrivains

Le Grand Tour répond à la définition de l’Europe de Milan Kundera : un maximum de diversité dans un minimum d’espace. 27 écrivains, un par État membre, écrivent sur des lieux évocateurs de la culture et de l’histoire européennes. Les auteurs appartiennent à des générations et des mondes différents. C’est une anthologie cosmopolite, contre l’oubli et l’effacement, contre l’esprit du temps et qui se joue des frontières.

Des débats simultanés au menu des Cafés Europa 2022

La culture des cafés dans la modernité européenne et dans la construction de l’espace public européen est reconnu par George Steiner. Dans 26 cafés, un par pays de l’Union européenne hors France, des débats d’idées simultanés dans des cafés emblématiques de l’espace public européen, organisés en collaboration avec des écoles de journalisme . L’opération célèbrera et s’efforcera de construire un récit européen à partir d’une expérience historique et culturelle partagée par l’ensemble des pays. Les débats porteront sur les moyens de renforcer l’indépendance de la presse, son rôle face à la prolifération de fausses nouvelles et l’évolution des métiers de presse à l’ère numérique.

L’Europe en BD

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères accueillera une exposition BD sur les grilles de l’hôtel du Ministre au Quai d’Orsay sur l’histoire européenne. Cette exposition a pour objectif d’illustrer la construction européenne en bulles, afin de réunir des publics de tous les âges sur les grands moments fondateurs de notre histoire commune.

Monumental Tour Concert

Le Monumental Tour sera le théâtre d’un ambitieux dialogue entre patrimoine et création contemporaine. Des monuments patrimoniaux et emblématiques français seront à l’honneur dans le cadre d’une scénographie mêlant musique électronique, projections vidéo et mise en lumière également retransmis en direct sur Internet.

Une Micro-Folie à l’heure européenne

Une sélection de chefs-d’œuvre des musées et institutions culturelles des États membres ouverte aux États membres via une « Micro-Folie » permettant de découvrir les trésors culturels  : beaux-arts, architecture, cultures scientifiques, spectacle vivant. Ces véritables musées numérisés et gratuits s’adressent à tous les publics et peuvent s’installer partout.

Communication européenne : quelles priorités stratégiques pour 2022 ?

Face aux enjeux tant de nouer de nouvelles relations des citoyens avec l’Europe, de déployer des dispositifs de socialisation ou encore de relayer des messages pour canaliser les opinions, la communication européenne doit se déployer autour d’un programme visant à conforter l’imaginaire européen et ses répercussions sur les représentations symbolique et politique ?

Développer le sentiment d’appartenance à la communauté européenne

Avec pour priorité de construire un sens du collectif européen, la communication européenne doit à la fois viser à rechercher comme toujours les bienfaits et les bénéfices de l’Union européenne connectés à la vie quotidienne ainsi que lutter contre l’indifférence, la mal-information et le déni ou l’oubli de la construction européenne.

Ce qui structure le sentiment d’appartenance à l’Union européenne relève de l’imaginaire collectif, l’engagement citoyen se relie à la participation et aux formes d’expression du peuple européen, dans une bonne équation entre raison et passion.

Regagner la confiance et la légitimité du système européen

Afin de développer des opportunités d’engagement, les actions doivent passer par la proximité sur le terrain avec des modalités visant à rendre concrètement accessible la participation et la formulation de tous les citoyens. La conférence sur l’avenir de l’Europe est le fil rouge de l’année, en particulier les recommandations conclusives des citoyens.

Ce qui conditionne la confiance dans l’Union européenne, c’est sa capacité à donner des « capabilités » aux citoyens européens dans une logique d’empowerment pour leur permettre d’être chacun acteur de la construction européenne dès aujourd’hui et pour demain.

Renforcer la communication stratégique autour de l’unité européenne

En vue de capitaliser sur les leviers d’adhésion à l’idée de l’Union européenne, la stratégie de communication doit se concentrer sur trois priorités :

1. Le discours de l’unité

Des repères sur tous les leviers de convergence, y compris le territoire européen, beaucoup plus présent dans les imaginaires, pour conforter une représentation collective européenne à l’échelle continentale afin de ne pas sombrer dans les propos peu projectif pour les collectifs sur l’autonomie, voire la souveraineté européenne.

Des faits sur les compétences exclusives ou partagées de l’Union européenne afin de réduire le décalage de perception et de montrer l’adéquation avec les attentes globales sur la régulation climatique, numérique, industrielle…

2. La participation

Des arguments sur tous les leviers du droit, y compris son universalité, beaucoup challengé, afin de ne pas flancher face aux revendications politiques de « droits culturels » différentiels : considérant l’égalité de droit, une force à défendre pour protéger l’état de droit fragilisé ou encore la justice fiscale, une faiblesse à corriger pour défendre une société plus solidaire, équitable et juste.

3. Le récit européen

Chaque prise de parole doit être une occasion de réinscrire l’actualité dans l’histoire, les gestes dans la mémoire ainsi qu’une clarification de la formulation des valeurs européennes, sans oublier de développer des rituels européens, des moments spécifiquement européens qui renforcent l’alignement entre l’énonciation des principes et leur mise en application.

Au total, la stratégie de communication européenne doit viser à imaginer de nouvelles médiations pour installer de nouveaux repères, voire de nouveaux réflexes européens afin de renforcer l’adhésion à l’unité.

Le moment de la Conférence sur l’avenir de l’Europe : la puissance citoyenne ?

Contribution décisive « L’Europe Puissance Citoyenne » à la Revue européenne du droit du groupe d’études géopolitiques d’Alberto Alemanno sur « le « moment Conférence sur l’avenir de l’Europe » vécu comme une macro-expérimentation de l’assemblée citoyenne en tant que telle, qui se tient au sein de l’expérimentation plus large qu’est la Conférence sur l’avenir de l’Europe, elle-même au sein de l’expérimentation plus large qu’est l’Union européenne ». De fait, la conversation pan-européenne de citoyen à citoyen développe un sentiment d’autodétermination ouverte à un nouvel écosystème démocratique expérimental s’enrichissant des préférences transnationales « du bas »…

Le moment de la participation citoyenne au-delà du vote : vers une Assemblée des citoyens européens permanente ?

Avec l’expérimentation de la Conférence sur l’avenir de l’Europe et ses panels participatifs, « les citoyens sont devenus les auteurs de leur histoire délibérative, se donnant le droit de commander un suivi continu, pour finalement intégrer le mini-public délibératif dans le processus décisionnel quotidien de l’UE ». Sommes-nous en train d’envisager que la plénière conclusive à venir se transformera en assemblée constituante de l’Europe ?

D’ores et déjà, l’expérimentation a permis d’« aider à tirer parti de l’intelligence collective de la société civile formelle et informelle pour prévoir les questions émergentes et aborder les compromis difficiles entre gagnants et perdants, le court et le long terme ou les préoccupations rurales et urbaines ». Bref, la mobilisation participative des citoyens permet non seulement de traiter différemment les problématiques européennes mais d’y apporter aussi des réponses différentes.

Le moment d’un espace public véritablement transnational, paneuropéen et surtout inclusif ?

Malgré tout enthousiasme, « ce serait faire preuve d’un solutionnisme politique naïf que de s’attendre à ce que cette initiative ad hoc, même si elle sera institutionnalisée, puisse à elle seule résoudre le malaise démocratique de l’UE. Il n’y a pas de solution miracle à son déficit démocratique ». Aucune ingénierie démocratique, y compris technologiques, ne résorbera les problèmes européens comme par magie.

Mais, les citoyens européens, dans des conditions pas encore exemplaires, parviennent à formuler des recommandations qui contribueraient à faire avancer le progrès démocratique de l’Europe :

  • La nécessité d’une européanisation de la compétition politique électorale pour le Parlement européen ;
  • La création d’un habitus démocratique européen, grâce à une plus grande intelligibilité, un meilleur accès et une meilleure éducation à la vie démocratique de l’Union ;
  • Une préoccupation sous-jacente pour un système socio-économique inclusif tant des préoccupations de la vie quotidienne que globales pour le long terme, notamment l’équité intergénérationnelle et la biodiversité.

Le moment d’un panoptique démocratique pour une plus grande responsabilité des politiques sous le regard des citoyens ?

Lors des panels de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, les citoyens se sont bel et bien saisi du pouvoir subversif de la transparence et de la responsabilité que les citoyens : « l’autodétermination démocratique commence par la responsabilisation du pouvoir, fondement du renouveau démocratique dans l’UE ». Reste à savoir comment mettre en œuvre ce principe démocratique.

« Notre nouvelle ère démocratique appelle à une participation citoyenne permanente, oui, mais seulement par certaines personnes, certaines fois, sur certaines questions. Permanente dans son effet, intermittente dans sa pratique. »

L’idée développée par les auteurs « pour modifier notre scénario démocratique, il faut trouver des moyens de faire de la participation un habitus civique : une culture de citoyens qui s’engagent dans les formes de pouvoir politique qui envahissent nos vies ». Ce renversement du panoptique au profit de la société reste encore assez théorique.

Au total, l’incertitude radicale que le progrès démocratique peut insuffler au projet européen via la leçon des assemblées de citoyens transnationales naissantes, c’est que les citoyens sont prêts à récupérer une partie du pouvoir constituant afin de fonder une nouvelle Europe Puissance Citoyenne sur la scène mondiale.

Quels défis pour comprendre les enjeux de la sphère publique européenne ?

Quels sont les principaux problèmes non résolus autour de l’émergence d’une sphère publique européenne, selon Rubén Rivas-de-Roca et Mar García-Gordillo : la communication politique de l’UE, le rôle des plateformes numériques et la politisation progressive de l’UE ?

La communication politique de l’UE : entre déficit de communication et cultural studies

L’une des premières préoccupations de l’intégration européenne est de combler le déficit démocratique des institutions européennes, la construction d’un espace public commun pouvant réduire un « fossé de communication ». En réponse, la communication des décisions et des activités de l’UE relève de la responsabilité de toutes les institutions européennes.

Bien que l’UE se soit montrée très préoccupée par sa communication publique, il existe un consensus académique selon lequel l’UE semble distante vis-à-vis du public, les pays comptent toujours pour comprendre les événements transnationaux à travers l’Europe, car les médias sont toujours liés aux systèmes politiques nationaux.

Face au nouveau défi d’un biais antipopulaire contre l’intégration européenne, renforcé par la percée des mouvements eurosceptiques à travers le continent et au cours de la dernière décennie, les partis politiques sont passés d’un « consensus permissif » à un « désaccord contraignant » envers le processus européen.

Le désengagement du public vis-à-vis de l’UE va au-delà de la communication, en raison de la « domestication », c’est-à-dire du manque d’identité entre les citoyens et la politique européenne, considérée comme une question lointaine, qui empêche une compréhension commune de la politique de l’UE.

Le déficit de la communication politique européenne est dû à la manière dont l’UE a été construite et gouvernée et aussi au type de communauté qu’elle a généré, ce qui est une explication culturelle, une voie nouvelle de recherche assez prometteuse.

Vers une sphère publique européenne : le rôle des médias sociaux

Une consolidation progressive d’une société civile internationale mobilisée sur plusieurs questions, comme les conflits internationaux ou les événements transnationaux (pensez par exemple à l’Eurovision de la chanson ou aux championnats du monde de sport) voit le jour, agissant sur certains sujets concernant l’UE en tant que nouveau public européen.

L’un des problèmes pour une conversation paneuropéenne réside dans le manque d’intérêt pour les affaires européennes, le débat des questions européennes sur les réseaux sociaux se fait en termes nationaux. De même, connaître l’UE ne signifie pas nécessairement développer des attitudes favorables à l’intégration européenne. Actuellement, les médias sociaux sont le lieu où les partis politiques présentent leurs propositions et leurs candidats. Les élections au Parlement européen n’ont pas échappé à ce processus, ce qui signifie une sorte de campagne numérique pour l’Europe.

Dès le premier instant, Internet a généré un optimisme académique quant à la possibilité de construire une sphère publique numérique européenne qui contrebalancerait l’absence d’un système médiatique ad hoc. Pourtant, des études empiriques récentes sur les plateformes numériques et l’UE révèlent la continuité des approches nationales dans le débat public européen. L’utilisation des médias sociaux dans le cadre de l’UE a beaucoup attiré l’attention des universitaires au cours de la dernière décennie.

Un constat récent : la pertinence et la politisation croissantes de l’UE

Le système des Spitzenkandidaten introduit pour la première fois aux élections du Parlement européen de 2014, signifiant une plus grande politisation, a été remis en cause lors du dernier scrutin européen en 2019, même si les universitaires recommandent d’utiliser ce type de candidat pour favoriser le sentiment d’être représenté au niveau de l’UE.

Les thèmes de l’immigration, de l’intégration et du commerce fonctionnent comme des clivages d’une sphère européenne politisée. Ces enjeux ont dépassé les États nationaux, déclenchant des débats sur une nouvelle souveraineté transnationale. La montée de la politisation de l’UE est importante pour certaines politiques clés pour l’avenir de l’Union européenne correspondant aux pouvoirs croissants des institutions de l’UE.

La politisation croissante est encore faible, limitant le succès possible des techniques de relations publiques appliquées par les institutions de l’UE. En outre, apprendre et connaître l’Union européenne peut conduire les citoyens à faire des évaluations négatives des performances de l’UE.

Dans tous les cas, l’euroscepticisme et la polarisation pourraient devenir de nouvelles caractéristiques clés de l’opinion publique à travers le continent. En Europe, dans la plupart des pays, la polarisation de l’audience de l’information en ligne est plus élevée que hors ligne, ce qui constitue un défi pour les institutions européennes car nombre de leurs actions sont partagées sur les réseaux sociaux.

De plus, d’autres facteurs influencent la politisation de l’UE. L’attention des médias sur les questions européennes est biaisée en raison des intérêts particuliers définis par les lobbies législatifs. De plus, les citoyens développent une exposition sélective aux médias, ce qui renforce leur point de vue sur le projet européen. Cela signifie qu’il y a un défi à relever afin d’accroître l’intérêt pour les questions européennes par le biais de la communication publique.

Cependant, des études récentes basées sur des sondages semblent mettre en évidence le regain de foi dans le projet européen, qui se superpose à la politisation sur plusieurs questions. Les préférences sur l’UE concernent à la fois les élections nationales et européennes, ce qui montre la pertinence croissante des affaires transnationales dans la définition du comportement des électeurs.

Enjeux des interdépendances et des singularités de la sphère publique européenne

Une forte association est observée entre « l’Europe » en tant que concept et les institutions de l’UE en tant que système politique. Cependant, certains phénomènes en dehors de l’UE sont capables de déclencher des actions politiques à travers le continent. Ainsi, il est nécessaire de promouvoir des approches sur l’Europe en tant qu’objet d’étude, non seulement liées à l’UE.

La priorité aux élections du Parlement européen en tant que moment clé de la communication politique de l’UE est basée sur le fait que, à quelques exceptions près, les activités quotidiennes de l’Union européenne sont largement ignorées. Pourtant, il est vraisemblablement impossible d’évaluer la sphère publique européenne uniquement avec des données obtenues tous les cinq ans.

Se concentrer sur un seul réseau social Twitter passe à côté d’approches comparatives. L’opinion publique ne peut pas être déduite de ce genre d’études, encore plus sur le continent européen en raison des différentes utilisations des réseaux sociaux entre les pays.

Les réseaux sociaux traditionnels attirent le plus l’attention des universitaires, mais l’euroscepticisme est une caractéristique clé de la politique européenne actuelle, ses récits sur les nouveaux réseaux sociaux doivent être pris en compte.

Le manque d’études comparatives sur le sentiment pro-européen par pays est un problème, la prise en compte des études internationales, des cultures journalistiques ou des systèmes médiatiques est utile pour mieux comprendre la couverture médiatique et la source d’information pertinente sur l’UE.

L’analyse de l’impact de problèmes paneuropéens, abordant des sujets d’intérêt commun pour les citoyens européens, aurait une grande valeur de mise en perspective et comparative.

En conclusion, le modèle récent de politisation en Europe doit être confirmé dans les années à venir, en tant que moteur d’un espace public commun en Europe.