Quel modèle pour la Conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Alors que la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen prévoit une conférence sur l’avenir de l’Europe, qui débutera en 2020 et durera deux ans parce que les Européens doivent avoir leur mot à dire sur la gestion de leur Union et sur ce qu’elle produit, la réflexion est en cours sur le modèle à suivre ?

La conférence sur l’avenir de l’Europe selon la Commission européenne

La nouvelle présidente de la Commission européenne affirme que nous avons besoin d’un large débat, d’objectifs clairs et d’un suivi concret afin de faire de la Conférence sur l’avenir de l’Europe un succès tangible réunissant des citoyens de tous les âges de notre Union, ainsi que la société civile et les institutions européennes.

Lors de son audition au Parlement européen Dubravka Šuica, Vice-présidente Démocratie et Démographie donne quelques précisions notamment pour rendre la participation en personne ou en ligne aussi facile et accessible que possible des citoyens qui sera complètement ouverte et totalement inclusive, y compris dans les zones rurales pour toucher chaque citoyen.

L’empowerment 2.0, une tendance qui façonne la démocratie dans un monde instable

Le think tank interne à la Commission européenne publie une étude sur les 10 tendances qui façonnent la démocratie, la 10e portant sur l’empowerment 2.0 ou quand des innovations démocratiques débouchent sur une nouvelle génération d’agenda-shapers.

Les modèles expérimentés en matière d’engagement des citoyens sont multiples sachant que les publics exigent une plus grande participation, souvent en temps réel, au processus décisionnel. Les outils numériques et d’autres formes d’innovation sont exploités pour mieux s’engager auprès de la « majorité silencieuse » des citoyens au-delà des élections.

modeles_engagement_EPSCUn large éventail d’instruments sont en cours d’élaboration et de test – dont la grande consultation européenne en 2018 – dans le but de faciliter le retour d’informations, de permettre aux citoyens de soumettre des idées, d’examiner les propositions, de suivre les actions ou même d’élaborer conjointement des politiques, en partageant la propriété des décisions politiques avec les communautés concernées.

Les 3 modèles de conférence suggérés par le think tank Bertlesmann

Du côté des think tank, le Dr. Dominik Hierlemann publie un Policy Brief « European Citizens and the Conference on the Future of Europe » recommandant trois modèles possibles de participation des citoyens à la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

La Conférence sur l’avenir de l’Europe offre la possibilité de donner au public une voix directe lorsqu’il s’agit de développer la forme future de l’UE. Ce serait une première. Bien faite, la participation des citoyens accroît la confiance des citoyens dans la démocratie et améliore les politiques. En tant que souverain, les citoyens européens doivent évidemment être impliqués. L’UE, apparemment si éloignée de ses citoyens, pourrait devenir un pionnier de la participation innovante.

Dans le même temps, lorsque la participation des citoyens est médiocre, la participation des citoyens porte atteinte à la démocratie européenne. La participation des citoyens à la Conférence sur l’avenir de l’Europe doit être soigneusement conçue et soigneusement chorégraphiée. Il ne devrait pas s’agir simplement d’un exercice de communication, mais plutôt d’un changement de culture des institutions de l’UE.

L’intensité de la participation est une question fondamentale dans la planification de la participation des citoyens à la Conférence sur l’avenir de l’Europe. L’importance géographique de la participation doit également être clarifiée. Tous les modèles intègrent une composante de participation en ligne à l’échelle européenne.

modeles_conference_avenir_europe_Bertlesmann

Le modèle 1 (ECC Plus) est axé sur une large participation des citoyens dans les États membres. En outre, il existe une assemblée de citoyens transnationale unique en son genre, qui fournit des informations sur le choix des sujets de la conférence.

Le modèle 2 (classique) implique une assemblée de citoyens avec des représentants européens sélectionnés au hasard au début du processus. Dans un cadre plus classique, la Conférence convoquerait également plusieurs assemblées thématiques de citoyens pour apporter leur contribution. Les citoyens sont consultés mais n’ont pas voix au chapitre sur les résultats de la conférence.

Dans le modèle 3 (Laboratoire pour la démocratie), des politiciens et des Européens choisis au hasard participent sur un pied d’égalité à la conférence et aux comités thématiques.

La vision franco-allemande de la Conférence sur l’avenir de l’Europe

Dans un document officieux publié par Politico Europe, la France et l’Allemagne suggèrent que les principes directeurs suivants soient considérés pour un mandat interinstitutionnel :

Qui devrait prendre les devants ?

La conférence doit associer les trois institutions de l’UE sur la base d’un mandat commun, les États membres de l’UE, et permettre une large consultation et une participation d’experts / de la société civile (universités, groupes de réflexion, syndicats et organisations professionnels, etc.). ) et les citoyens.

Quelles questions doivent être abordées ?

La conférence devrait traiter de toutes les questions en jeu pour guider l’avenir de l’Europe en vue de rendre l’Union plus souveraine et unie – telles que le rôle de l’Europe dans le monde et sa sécurité / défense, ses voisins, la numérisation, le changement climatique, les migrations, la lutte contre les inégalités, notre modèle «d’économie sociale de marché» (y compris les droits sociaux, la politique industrielle et d’innovation, le commerce, l’UEM, la compétitivité), l’état de droit et les valeurs européennes.

La Conférence devrait se concentrer sur les politiques et identifier, par blocs de politiques, les principales réformes à mettre en œuvre de manière prioritaire, en précisant les types de changements à apporter – y compris modification éventuelle du traité. Les questions institutionnelles pourraient également être traitées comme une question intersectorielle visant à promouvoir la démocratie et les valeurs européennes et à assurer un fonctionnement plus efficace de l’Union et de ses institutions.

Quel résultat attendons-nous ?

La Conférence devrait s’engager dans le mandat interinstitutionnel à produire des résultats tangibles et concrets. Le document final contenant des recommandations devrait être présenté au Conseil européen pour discussion et mise en œuvre.

La position du Parlement européen sur la Conférence sur l’avenir de l’Europe

La commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen vote aujourd’hui en considérant qu’il est grand temps de donner aux citoyens européens la possibilité de débattre et de construire ensemble l’avenir de l’Union européenne dans laquelle ils veulent vivre. La Conférence doit aller au-delà d’un débat interinstitutionnel afin que la participation des citoyens soit organisée de manière à respecter la représentativité afin de garantir que la diversité de nos sociétés soit pleinement représentée.

Pour le Parlement européen, les travaux sur l’amélioration du système des Spitzenkandidaten et sur la question des listes transnationales devraient avoir lieu au cours des six premiers mois de la Conférence, qui devrait inclure la création de commissions thématiques et de séances plénières suffisamment régulières pour présenter des propositions concrètes. Les institutions de l’UE devraient s’engager à assurer un véritable suivi de la conférence, avec des propositions législatives à initier, y compris la modification du traité.

Très rapidement, les premières décisions relatives à la future Conférence sur l’avenir de l’Europe, en particulier le modèle participatif et délibératif choisi, conditionneront largement son succès.

La communication européenne doit-elle prétendre à la souveraineté ?

Qu’est-ce que le Tiers-État selon Sièyes ? Ceux qui aspire à être quelque chose. C’est un peu le problème de la communication européenne, aujourd’hui quasiment rien, mais demain un peu plus. De quoi s’agit-il ?

Valeurs humanistes contre passions identitaires nationales : le match du siècle passé

Sur le marché des idées, deux positions moins caricaturales que l’opposition entre « nationalistes » et « progressistes » semblent irréductiblement se faire face entre :

  • D’une part, une vision supposément irénique héritée de l’humanisme des Lumières dont le corolaire correspondrait au socle irréfragable des valeurs au cœur du projet européen ;
  • D’autre part, une vision forcément souverainiste animée par les viles passions des identités nationales.

Ces pétitions de principe ne répondent plus de manière satisfaisante, ni l’une ni l’autre, aux défis auxquels les Européens sont confrontés – qui nécessitent de partager les souverainetés des États membres – pour développer une capacité à peser dans les rapports de force internationaux sur les grands enjeux et à défendre non seulement leurs valeurs mais aussi leurs intérêts stratégiques communs.

D’un projet de paix perpétuelle à un projet de puissance régalienne : le défi souverain contemporain

Pour citer Thierry Chopin, dans sa fiche de lecture du dernier opus de Luuk van Middelaar : « Les crises poussent les Européens à devoir agir (…) ce qui suppose de briser un certain nombre de tabous et d’impensés afin de prendre au sérieux certaines exigences politiques fondamentales : notamment celle des frontières et celle de l’identité ».

Cela suppose le « passage » du projet de paix, l’Europe étant « éminemment un acte moral » soutenu par la volonté de réconciliation et par l’idéalisme à un projet de puissance, la construction européenne étant un acte politique fondé sur le jugement et impliquant la redéfinition des intérêts propres des participants.

Dans ce changement de paradigme dont on peine à accoucher, le projet de paix qui exigeait le sacrifice des identités nationales au profit de valeurs universelles doit laisser place au projet de puissance qui requiert le développement d’une identité européenne avec des Européens engagés, et même fiers de leur identité.

Pour le moment, la communication européenne ne parvient pas à penser l’Europe non plus seulement comme un projet porté par le doux commerce donc le marché et la régulation mais comme un projet autour de la souveraineté et de la sécurité, donc avant tout en termes de puissance.

En somme, la communication européenne pour mobiliser les Européens, polariser les débats politiques et apparaître comme la réponse légitime doit se saisir des enjeux régaliens afin de démontrer la plus-value d’un projet européen souverain qui protège et se projette dans le monde.

La communication européenne doit-elle être encore universaliste ?

Sans doute la révolution copernicienne la plus nécessaire de la communication européenne, la fin de l’universalisme qui voudrait s’adresser à tout le monde, donc finalement à personne est le deuil le plus difficile que les institutions européennes ne sont pas encore parvenues à faire. Pourquoi faut-il le faire ?

Comprendre les nouveaux clivages

Avant, le débat européen opposait les pro- et les anti- européens. Quoique cette discussion primitive perdure encore dans des formes caricaturales entretenues davantage par la méconnaissance, la mauvaise volonté ou les mauvaises intentions, elle ne peut et ne doit plus être considérée comme l’alpha et l’oméga.

Maintenant, face aux défis géostratégiques visant à assurer la stabilité sécuritaire et géopolitique ainsi que la transition énergétique, climatique, environnementale et technologique du continent européen, le débat devient beaucoup plus sérieux.

Selon Jean-Louis Bourlanges dans l’émission le Nouvel Esprit Public du 9 septembre 2018, la ligne de clivage partage dorénavant :

  • D’une part, une vision universelle de l’Europe qui réunit les idéalistes et les eurosceptiques dans un miroir déformant : l’Europe est ainsi pour le meilleur ou pour le pire une sorte de petite ONU à l’échelle du continent qui, pour aller très vite, donne des leçons de morale et distribue des bons points ;
  • D’autre part, « une vision européenne qui tente cette révolution copernicienne de savoir que nous ne sommes plus au centre du monde, mais au milieu, enfin parfois au centre, parfois en périphérie ».

Du coup, la principale question posée autant par l’époque que par la nécessité : comment faire pour que la réaction identitaire contre l’Europe universelle ne dérive pas en identitarisme extrémiste ?

Répondre aux nouveaux défis de notre temps

Le projet européen doit parvenir à trouver la synthèse, une sorte de « en même temps qui saurait se penser » autour d’une offre politique qui allie solidarité européenne et identité européenne.

Après l’impératif de l’intégration d’une union sans cesse plus étroite, le temps serait venu pour un « réformisme de sauvegarde » afin de tenir en même temps :

  • Humanisme et contrôle des frontières/de l’immigration ;
  • Respect des valeurs de l’État de droit, des droits de l’homme et contrôle des contre-pouvoirs ;
  • Solidarité et compétitivité ;
  • Puissance ouverte et régulée, équitable et profitable…

Ces oxymores doivent correspondre à la nouvelle synthèse proprement européenne face aux défis contemporains plutôt qu’aux réponses « textbook » héritées du passé et des Pères fondateurs. Il ne s’agit pas de renverser la table, de faire table rase ; mais bien plutôt de construire, sur les fondations existantes, les nouveaux contreforts, les nouveaux piliers… qui permettront au projet européen de se déployer pour les générations futures.

En somme, la difficile naissance d’une nouvelle synthèse discursive sur l’Europe plus européenne qu’universaliste est l’un des enjeux essentiels pour parvenir à redéfinir les lignes de fractures, donc les forces politiques, donc les majorités dans les têtes puis les urnes et enfin au pouvoir.

Quelles sont les attentes des citoyens à l’égard de l’Union européenne ?

La Fondation Robert Schuman partage une synthèse des enquêtes d’opinion et sondages réalisés à l’occasion des élections européennes pour dessiner quelques tendances constantes en apparence contradictoires qui témoignent d’un trouble exprimant à la fois confiance et inquiétude envers la dimension européenne des politiques publiques…

Un soutien record du projet européen : ses fondements, sa pertinence et les bénéfice pour les États membres

Pour une majorité des Européens, l’appartenance de leur pays à l’Union européenne est « une bonne chose » et leur pays a plutôt bénéficié de l’appartenance à l’UE. Le souffle post-Brexit est fort, en cas de référendum dans leur pays, 68% des personnes voteraient pour rester dans l’UE. La confiance dans l’euro atteint également des niveaux historiques.

Cet attachement à l’UE ne se traduisait cependant pas par un intérêt pour les élections européennes, d’où la surprise de la hausse de la participation électorale qui n’avait pas été anticipée.

Des inquiétudes très marquées autant sur l’environnement de l’UE que sur son propre destin

De très nombreux signes de pessimisme et d’inquiétude semblent néanmoins parcourir des sociétés européennes perturbées par des phénomènes de rejet des partis politiques et des formes représentatives traditionnelles.

Ces inquiétudes portent notamment sur les partis protestataires, qui ne sont pas perçus comme la réponse aux défis à affronter ou la montée des partis populistes en Europe vécue comme une menace pour le fonctionnement de l’UE.

Ces préoccupations concernent également le contexte géopolitique (sécurité), social (immigration) ou la situation économique qui, sous l’angle européen des politiques publiques, demeure un sujet très prégnant.

De fortes attentes de politiques européennes plus efficaces

Sur les thématiques au cœur du débat électoral : immigration, défense/sécurité, croissance économique, harmonisation sociale, protection de l’environnement et lutte contre le réchauffement climatique, les Européens expriment des souhaits globaux de politiques européennes plus efficaces.

Pour autant, sur tous ces sujets, les citoyens souhaitent que les États-membres gardent leurs compétences en la matière. Ces contradictions constituent, à l’évidence, pour les gouvernements et les acteurs politiques, des problématiques extrêmement difficiles à appréhender.

Non seulement, les Européens ne distinguent pas précisément les compétences propres de l’UE, mais en plus les réponses attendues face aux problèmes doivent d’une certaine manière apportées des solutions concrètes à l’échelle européenne dans le respect des principes de souveraineté des États et de subsidiarité de l’UE.

Au total, les opinions publiques réclament d’abord et avant tout une vision claire et rassurante sur les politiques publiques européennes, leurs chances de succès et leur efficacité.

Élections européennes : la procédure des Spitzenkandidaten est-elle morte ?

Selon Sophia Russack dans « EU parliamentary democracy: how representative? », la procédure des Spitzenkandidaten visant à accroître les enjeux des élections européennes et à personnaliser la politique européenne n’a pas atteint ses promesses. Explications à l’aune de la nomination de la ministre de la défense Ursula von der Leyen par le Conseil européen pour la présidence de la Commission européenne.

Échec relatif en 2014 : aucun effet sur la participation électorale, mais une hausse de l’influence du Parlement européen

Lors des élections européennes de 2014, le système des Spitzenkandidaten n’a eu aucun effet tangible. Non seulement, le taux de participation a été au plus bas mais les électeurs ignoraient dans une large mesure les candidats, en particulier en dehors de leur pays avec une moyenne de notoriété de 8,2% et surtout les débats sur des questions politiques clés n’ont pas été façonnés par les Spitzen, mais plutôt par des partis opposés à l’établissement et eurosceptiques.

Au final, ni les campagnes préélectorales, ni les prises de décision postélectorales ne se sont traduites par une plus grande concurrence entre les partis politiques ou un véritable choix entre des programmes politiques rivaux. Au lieu de cela, les élections 2014 ont perpétué la tendance à long terme d’étroite coopération entre les partis favorables à l’intégration situés au centre du spectre politique.

Ainsi, le système Spitzenkandidaten n’a eu aucun effet positif sur la participation. Il s’est donc avéré incapable d’améliorer la représentativité ou la responsabilité du Parlement européen. N’ayant pas été un succès démocratique, le seul effet provoqué aura été de nature institutionnelle, le Parlement européen ayant renforcé sa propre influence dans la sélection du président de la Commission, modifiant ainsi légèrement la dynamique interinstitutionnelle de l’UE.

Échec terminal en 2019 : hausse non attribuable de la participation et baisse de l’influence du Parlement européen

Lors de la campagne électorale de 2019, la plupart des partis politiques européens ont sélectionné un Spitzenkandidat pour faire campagne dans toute l’Europe. Cependant, le système ayant perdu son élan a été considérablement affaibli institutionnellement et ne peut pas se voir attribuer la cause de la hausse surprise de la participation aux élections.

Le système Spitzenkandidaten promeut implicitement la «parlementarisation» de l’UE et un modèle fédéral de démocratie européenne, dans lequel le Parlement européen reçoit un mandat démocratique de l’électorat lui permettant de sélectionner l’exécutif – et de le tenir pour responsable.

Cette tentative de construire un système quasi parlementaire ne correspond pas à la nature de l’Union européenne qui n’est pas un véritable système parlementaire. La structure institutionnelle de l’UE en tant que système politique hybride implique des limitations structurelles dans lesquelles des domaines clés de la prise de décision restent entre les mains des gouvernements nationaux en tant qu’« acteurs constituants ».

Par conséquent, la Commission européenne n’est en aucun cas le « gouvernement » responsable devant le Parlement européen auquel les partisans du processus Spitzenkandidaten s’attendaient. Un tel gouvernement impliquerait une interdépendance institutionnelle et politique entre le législatif et l’exécutif.

Le système Spitzenkandidaten n’aide pas vraiment à combler le fossé entre le législatif et l’exécutif, parce que le système lui-même est institutionnellement illogique : la procédure ne concerne que le président de la Commission, pas l’ensemble du pouvoir exécutif. La nomination des autres membres du collège suit une logique différente : même si le président attribue leurs portefeuilles, ils sont sélectionnés par leurs gouvernements nationaux respectifs.

Un autre « défaut » institutionnel, qui illustre davantage le fossé entre le législatif et l’exécutif, est le fait que les candidats à la présidence de la Commission ne sont pas tenus de se présenter aux élections au Parlement européen. Le traité de Lisbonne exclut même cette option en indiquant que les membres du collège ne sont pas autorisés à occuper d’autres fonctions. Le statut parlementaire des membres de l’exécutif est toutefois un « principe fondamental du modèle parlementaire ».

Au total, partant que l’ADN du Parlement européen est très différent de celui des parlements nationaux, les Spitzenkandidaten en tant que tentative de « parlementariser » l’UE (une entité hybride sui generis) ne rend pas justice à la structure institutionnelle sophistiquée de l’UE et ne fait donc pas du Parlement un meilleur représentant de l’électorat européen.