Conférence sur l’avenir de l’Europe : une révolution copernicienne et la raison d’être démocratique de l’UE

Alberto Alemanno dans une vaste analyse « Unboking the Conference on the Future of Europe and its Democratic Raison d’Être » décrypte la tentative de créer une nouvelle structure d’opportunité transnationale pour la délibération participative, capable de compenser le manque d’un véritable espace politique et médiatique paneuropéen…

Questions autour d’une révolution copernicienne

La « révolution copernicienne » consistant à impliquer les citoyens dès le début de la réforme institutionnelle – par la consultation puis la délibération – peut-elle tenir sa promesse ? La conférence sur l’avenir de l’Europe peut-elle à elle seule être un remède à l’absence d’une infrastructure démocratique paneuropéenne critique et mature, capable de libérer certains des potentiels démocratiques de la participation transnationale ? Comment le processus délibératif ad hoc peut-il être transnationalisé et intégré – et donc institutionnalisé – dans le processus décisionnel quotidien de l’UE ? Dans quelle mesure ces processus délibératifs peuvent-ils redonner aux citoyens de l’UE une partie de leur propre pouvoir constituant dans l’avenir démocratique de l’Union ?

Malgré les inégalités socio-démographiques et les défauts représentatifs affectant les contextes délibératifs, les panels de citoyens européens peuvent être considérés comme l’effort le plus articulé pour construire un espace délibératif transnational encore inexistant après soixante-dix ans d’intégration européenne. S’ils étaient institutionnalisés à l’issue de la Conférence, les panels délibératifs pourraient offrir un nouveau rythme – et donc un dynamisme – à la démocratie européenne au-delà des élections. Comme le dit Jürgen Habermas, lutter pour la délibération dans la pratique politique n’est pas – et ne devrait pas être – une « exubérance utopique ».

L’innovation démocratique délibérative et participative, nouvelle raison d’être de l’UE

Dans l’effort participatif visant à obtenir des résultats politiques meilleurs et plus légitimes en impliquant les citoyens ordinaires de manière plus complète et plus systématique dans le processus politique européen, la Conférence sur l’avenir de l’Europe peut être comprise comme une nouvelle tentative de faire participer les citoyens en s’appuyant, cette fois-ci, également sur leur contribution – à travers la création d’un espace de délibération transnational autrement inexistant – pour se lancer dans une auto-réflexion institutionnelle, éventuellement ontologique.

Son lancement reconnaît intrinsèquement les limites du modèle participatif européen post-Lisbonne et son attente sous-jacente selon laquelle la participation des citoyens en soi pourrait, par conséquent, combler comme par magie l’écart entre le pouvoir et la responsabilité électorale dans l’Union. Il s’avère qu’en l’absence d’une infrastructure démocratique paneuropéenne et d’un discours connexe rendant le processus politique visible et accessible à un large public, la participation citoyenne ne peut à elle seule compenser l’incapacité des citoyens de l’UE à exprimer leur désir de changement dans la politique européenne.

Aller au-delà de la simple participation, en établissant un espace délibératif transnational de haut en bas, dans l’espoir que cela puisse conduire à de nouvelles dynamiques de pouvoir qui pourraient éventuellement contribuer à combler cette lacune. Le niveau de responsabilité politique sans précédent des citoyens pourrait promouvoir non seulement de nouvelles conversations entre les peuples européens et les institutions publiques – tant européennes que nationales – mais également entre les citoyens eux-mêmes. Cela pourrait à terme ouvrir la voie à de nouvelles dynamiques de pouvoir entre les élus et les non-élus, et leurs différentes sources de légitimité correspondantes, d’une manière jamais connue auparavant au sein de l’UE.

La Conférence sur l’avenir de l’Europe, un exercice original d’innovation démocratique transnationale, avec toutes les promesses et les défauts d’un prototype

L’UE est en passe de devenir un « laboratoire » remarquable pour tester empiriquement la validité de la participation délibérative en général, mais plus particulièrement à l’échelle transnationale, d’une manière qui n’a jamais été faite auparavant. La Conférence peut être considérée comme le terrain d’essai ultime du concept normatif de Habermas de démocratie délibérative dans un contexte transnational. Le philosophe allemand a insisté au cours des dernières décennies sur la nécessité de construire un espace de délibération transnational pour amener l’idée d’une démocratie supranationale européenne à un niveau supérieur. C’est exactement ce que cette conférence s’efforce d’offrir. Son architecture participative établit, quoique sur une base ad hoc, un espace de délibération transnational sans lequel ni ses citoyens ni ses élus ne seraient exposés – et attentifs – aux points de vue exprimés dans d’autres parties de l’Union.

La Conférence peut donc être considérée comme offrant une nouvelle structure d’opportunités expérimentale et temporaire qui pourrait permettre aux acteurs institutionnels et aux citoyens d’acquérir une exposition tout à fait sans précédent, et donc enrichissante, aux préférences transnationales ascendantes. Au milieu du soutien de certains médias et d’un public plus large, le discours paneuropéen de citoyen à citoyen qui s’ensuit pourrait potentiellement les faire prendre conscience de l’histoire, des contributions, des angoisses et des aspirations des autres, approfondissant ainsi une compréhension si essentielle au développement d’un sentiment d’autonomie. Cela seul pourrait modifier la dynamique politique des négociations interétatiques grâce à de nouvelles méthodes, ce qui pourrait à son tour reconfigurer le débat politique et, plus largement, public dans l’ensemble de l’Union.

Même s’il serait naïf de s’attendre à ce que cette initiative d’innovation démocratique ad hoc résolve comme par magie le malaise démocratique de l’UE, l’expérimentation intégrée à la Conférence peut être considérée comme un premier pas prometteur vers la réalisation du potentiel de renforcement de la légitimité de la participation.

Plutôt que de mesurer le succès de la Conférence à l’aune de sa capacité à mener avec précaution à une réforme des traités – ou à la transformer en un nouveau mode d’élaboration de la constitution –, il serait peut-être plus pertinent de l’évaluer à l’aune de sa capacité à offrir aux institutions européennes et nationales ainsi que des citoyens, un avant-goût d’une Union transnationale plus intelligible, plus délibérative et donc plus centrée sur les citoyens. Seule cette dernière issue pourrait compenser le péché originel de l’Europe « démocratique », celui d’aller de l’avant avec la réforme institutionnelle de l’UE non seulement sans la contribution directe des citoyens, mais aussi malgré les référendums négatifs organisés dans deux États membres de l’UE en 2005.

En fin de compte, alors que les citoyens de l’UE continuent de manquer de possibilités efficaces pour façonner l’intégration européenne, le lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe marque le premier aveu explicite qu’ils – et non les États membres ou les institutions de l’UE – sont la source ultime de l’autorité et de la légitimité de l’UE. Il reste à voir si et comment une telle admission peut se traduire par un renforcement permanent du contrôle des citoyens sur le développement constitutionnel de l’UE. Une fois que le génie démocratique de l’Europe sera sorti, il sera difficile de le remettre dans la bouteille.

Quelle est la stratégie d’engagement participative et délibérative des citoyens par la Commission européenne ?

Héritage lointain du « tournant participatif » engagé par Margot Wallström, la stratégie d’engagement de la Commission européenne auprès des citoyens s’est traduite sous la Commission Juncker par une démarche de dialogues citoyens. Avec la Conférence sur l’avenir de l’Europe, une nouvelle méthode de panels citoyens représentatifs semble guider une démarche globale à l’échelle de toute l’institution…

Des dialogues citoyens aux panels représentatifs : une évolution permise par la Conférence sur l’avenir de l’Europe

En 2020, selon le Management Plan DG Communication 2020, « avec la prochaine Conférence sur l’avenir de l’Europe, la Direction générale de la Communication a l’intention de concrétiser la déclaration commune sur la Conférence, une fois qu’elle aura été acceptée par le Parlement européen, le Conseil et la Commission, ainsi qu’avec ses partenaires au sein des institutions européennes, des États membres et de la société civile ».

Par ailleurs, « cette ambition phare de la Présidente von der Leyen sera soutenue par d’autres formes d’engagement citoyen, notamment les Dialogues citoyens, qui continuent d’être une activité de sensibilisation de première ligne de la Commission, sur les réseaux sociaux et – lorsque cela sera à nouveau possible – sur place ».

Ainsi, en 2020, seuls les dialogues citoyens, hérités de la Commission Juncker, sont mentionnés dans la stratégie d’engagement, reprise par la nouvelle présidente de la Commission européenne.

En 2021, selon le Management Plan DG Communication 2021 « la Direction générale de la Communication (à la fois au siège et dans les représentations), en coopération avec le Secrétariat général, s’appuiera sur son expérience approfondie des Dialogues citoyens, tout en développant en parallèle d’autres méthodes d’engagement, telles que des panels délibératifs. Elle travaillera également sur une identité visuelle forte et sur une plateforme en ligne qui garantira la transparence de tous les événements et résultats de la Conférence ».

Ainsi, en 2021, avec la Conférence sur l’avenir de l’Europe, une double évolution est à noter, l’apparition des panels délibératifs, en complément des dialogues citoyens et la plateforme en ligne.

Enfin, en 2022, selon le Management Plan DG Communication 2022, « la Direction générale de la Communication (aussi bien au siège qu’au sein des Représentations), en coopération avec le Secrétariat général, s’appuiera sur son expérience approfondie des Dialogues citoyens et des Panels citoyens de la Conférence pour l’avenir de l’Europe, et développera davantage les méthodes participatives et délibératives d’engagement. Alors que la plateforme multilingue de la Conférence a prouvé sa valeur en tant que centre en ligne de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, ses opérations pourront être adaptées aux nouveaux besoins de la Commission en 2022 ».

Ainsi, en 2022, le passage des dialogues citoyens, encore mentionnés pour info, aux panels citoyens, testés dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe semble consommé, la nouvelle méthode participative et délibérative apparaît bien en place pour se développer davantage.

En 2023, selon le Management Plan DG Communication 2023, « la Commission va passer à l’étape suivante et faire suite à la Conférence sur l’avenir de l’Europe. À cette fin, la Direction générale de la Communication organisera conjointement avec les Directions générales trois panels citoyens européens dans le cadre du programme de travail de la Commission pour 2023 (lutte contre le gaspillage alimentaire, mobilité d’apprentissage et mondes virtuels), contribuant ainsi à intégrer des pratiques délibératives dans l’élaboration des politiques de la Commission.

Ces panels seront complétés par un canal d’engagement en ligne dans le cadre du portail « Have Your Say » rénové de la Commission. De plus, la Direction générale de la Communication préparera les outils pour soutenir et guider les services de la Commission qui prévoient de mettre en place des efforts pour engager les citoyens en utilisant des méthodes délibératives et participatives. L’engagement des citoyens de la Commission reposera sur une nouvelle identité visuelle commune et une stratégie de communication externe axée sur une forte présence en ligne, ainsi que sur les médias sociaux et traditionnels.

Ainsi, en 2023, la mise en œuvre de la nouvelle méthode participative et délibérative accélère avec l’organisation de 3 panels citoyens sur des sujets dédiés, ainsi que l’évolution de la présence en ligne et l’élargissement aux autres services de la Commission, à qui cette démarche est dorénavant ouverte.

La démarche participative et délibérative à l’échelle de toute la Commission européenne

A l’occasion de la publication d’un appel d’offres publié en juillet, « Processus participatifs et délibératifs paneuropéens ou multinationaux », la nouvelle phase d’engagement des citoyens européens franchit un cap, « cette nouvelle phase d’engagement des citoyens est une opportunité pour la Commission européenne de consolider et d’étendre son ensemble d’outils pour la participation citoyenne » dont voici les principaux éléments :

On peut s’attendre à ce que des panels de citoyens aient lieu chaque année, suivant le discours annuel sur l’état de l’Union.

Des « Guidelines » sur l’engagement des citoyens expliquant la logique, les principes et les formats actuels possibles de l’engagement des citoyens sur lesquels les services de la Commission peuvent s’appuyer à des fins de prise de décision :

  • Soit de nature délibérative à long terme (au moins trois week-ends), comme les panels de citoyens,
  • Soit des processus plus courts (environ une journée) reposant davantage sur des techniques de co-création telles que des groupes de discussion, des ateliers de co-conception, des ateliers orientés vers l’avenir ou des sciences citoyennes.

L’objectif de ce guide est de permettre aux unités opérationnelles des services de la Commission européenne d’atteindre les citoyens ordinaires et de les impliquer via des méthodes participatives – formats délibératifs ou de co-création – au niveau de l’UE, national, régional et local.

Cette nouvelle phase d’engagement des citoyens bénéficiera de nouveaux outils en ligne au sein de l’environnement web Europa de la Commission. Un « guichet unique » en ligne pour l’engagement des citoyens, qui rassemblera les consultations publiques de la Commission, l’initiative citoyenne européenne et une nouvelle plateforme interactive inspirée de la plateforme numérique multilingue de la Conférence sur l’avenir de l’Europe (lancée à la fin de l’été 2023).

Ce nouvel environnement en ligne permettra aux citoyens non seulement de partager leurs points de vue avec les institutions européennes sur différents sujets de politique, mais aussi d’échanger et de délibérer entre eux, notamment grâce à l’utilisation d’un logiciel Civic tech et d’une traduction automatique.

Au fils des opportunités, comme la Conférence sur l’avenir de l’Europe, la Commission européenne a largement développé sa stratégie d’engagement, pleinement délibérative et participative, dont il reste encore à voir la mise en œuvre lors de la dernière année du mandat de la Commission von der Leyen.

Conférence sur l’avenir de l’Europe : quels enseignements en tirer ?

Ne boudons pas notre plaisir à revenir sur les principaux enseignements de la Conférence sur l’avenir de l’Europe tirés par le think tank « Pour La Solidarité » au sujet de ce qu’il convient d’appeler dorénavant, la démocratie européenne « hors les murs »…

Un véritable tour de force : la première expérience de démocratie participative paneuropéenne de l’Histoire

Pour rappel, la Conférence sur l’avenir de l’Europe a consisté en une série de débats menés dans toute l’Union européenne, ouverts à quiconque pas moins de 17.000 contributions, traduites en 24 langues et soumises à discussion via une plateforme rassemblant 50.000 internautes actifs ou dans le cadre de 6000 événements spécifiquement organisés au cours desquels on a dénombré plus de 700.000 participants et débouchant sur 49 propositions, déclinées en 320 mesures.

Aussi légitimes et fondées que puissent être ces critiques, attention cependant à ne pas perdre de vue l’essentiel : la Conférence a constitué la première expérience de démocratie participative paneuropéenne de l’Histoire – imparfaite, c’est vrai, mais elle n’avait pas cette prétention – et pourrait marquer le début d’un renouveau démocratique, ayant démontré qu’une association plus étroite des citoyens à la fabrique des politiques publiques leur conférerait un supplément d’âme et de légitimité.

Raison et progrès : embrasser la complexité du monde

L’ensemble des propositions a d’abord le mérite de dessiner les contours de l’intérêt général, résolument consensuel, en regardant la situation telle qu’elle est sans désigner de bouc émissaire. Les citoyens européens paraissent au contraire désireux d’embrasser la complexité, en vue de mieux le dompter, en se rangeant résolument dans le camp de la raison et du progrès sans céder aux sirènes du défaitisme et du populisme pseudo-triomphant.

A noter, par ailleurs, que nombres des propositions formulées correspondent en réalité déjà aux politiques conduites par l’Union européenne ou actuellement négociées par les institutions – preuve, s’il en fallait, que ces dernières ne sont pas totalement « déconnectées de la réalité ». De sorte qu’on imagine volontiers qu’un effort de communication supplémentaire, ou mieux calibré, permettrait de réduire la distance qui sépare Bruxelles des citoyens.

En outre, la qualité et l’intérêt des différentes propositions révèlent la difficulté à formuler des recommandations concrètes, qui privilégient naturellement le consensus, les déclarations d’intention et la pensée en silo.

Transparait en effet dans la plupart des propositions un appel à mobilisation des instruments traditionnels de l’action publique, à savoir : éducation et sensibilisation ; investissement et financement ; mécanismes d’incitation monétaires ; contraintes légales pures et dures.

La vision de l’État interventionniste ou stratège induite par le format de la Conférence reproduit les logiques propres à la démocratie représentative, en particulier celle d’une action publique descendante.

A cet égard, le « partage de bonnes pratiques » parfois recommandé par les panélistes ne suffit pas, car le problème sous-jacent est d’abord culturel et cognitif : il faut apprendre à penser le politique hors les murs des institutions pour le ramener au cœur de nos vies.

A noter, également, que les panélistes parviennent sans difficulté à dépasser le cadre de l’État-nation, ayant admis que l’échelle pertinente pour gouverner était à de nombreux égards celle du continent sur les questions diplomatiques, de défense et de sécurité, et sur l’ensemble de celles touchant au fonctionnement du marché intérieur.

Indéniablement, la Conférence constitue donc un jalon important dans la prise de conscience par les citoyens européens qu’ils partagent un même positionnement dans l’espace international, nombre de traits culturels et des intérêts convergents, tels qu’ils ne forment pas ensemble un vulgaire agrégat de peuples éparses mais une véritable communauté de destin pour produire davantage de commun à l’échelle de l’Union.

Une révision de l’architecture institutionnelle

Les propositions relatives au fonctionnement de l’Union visent à faire participer les citoyens aux travaux de façon plus régulière, « hors des périodes électorales » via de « nouveaux mécanismes » : plateforme de dialogue en ligne, « assemblée citoyenne » permanente et organisation de « référendums européens »

Quant à l’équilibre du triangle institutionnel, les citoyens se positionnent pour instaurer des listes transnationales, conférer au système du candidat chef de file, les Spitzenkandidaten un caractère contraignant et d’un part reconnaître au Parlement européen un véritable droit d’initiative et d’autre part davantage d’efficacité et de transparence au Conseil avec davantage de majorité qualifiée sur l’ensemble des décisions, à l’exception de celles relatives à l’élargissement de l’Union et visant à modifier ses principes fondamentaux.

L’arbre de l’institution semble néanmoins dissimuler une forêt de divergences. D’un côté, un groupe d’États réformateurs (France, Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Espagne et Luxembourg) « ouverts en principe » à une réforme des traités ; devant cependant composer avec un autre groupe d’États membres plus réticents (Bulgarie, Croatie, Tchéquie, Danemark, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovénie, Suède et Malte).

Au total, les propositions de la Conférence sur l’avenir de l’Europe sont dorénavant un document de référence auquel les institutions devront se rapporter et dont elles pourront même se prévaloir chaque fois que la définition de l’intérêt général européen sera sujette à débat, à la façon d’une boussole démocratique.

Recommandations pour la communication de la conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Avec près de 5 millions de visiteurs uniques sur la plateforme numérique multilingue, plus de 50 000 participants actifs et 17 000 idées débattues, quelles sont en particulier les recommandations en termes de communication des citoyens européens ayant participé à la conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Une nouvelle stratégie de communication pour l’Union européenne

Parmi la centaine de recommandations tous azimuts, deux propositions portent spécifiquement sur la stratégie d’information et de communication de l’Union européenne.

Afin de susciter plus d’intérêt et d’implication parmi des citoyens européens davantage impliqués dans le processus décisionnel et de s’assurer que leur voix est entendue, la première recommandation consiste :

  • D’une part, l’UE devrait renforcer sa visibilité sur les médias sociaux et promouvoir activement son contenu ;
  • D’autre part, l’UE devrait continuer la conférence sur l’avenir de l’Europe sur une base annuelle en personne ;
  • Par ailleurs, l’UE devrait encourager davantage l’innovation en promouvant une plateforme européenne de médias sociaux accessible.

Afin de rendre l’Union européenne plus compréhensible et accessible et renforcer une identité européenne commune, la seconde recommandation vise à

  1. Rendre des informations fiables sur l’UE facilement accessibles de manière inclusive à tous les citoyens. Les institutions de l’UE devraient utiliser un langage plus accessible et éviter d’utiliser des termes bureaucratiques dans leur communication, tout en maintenant la qualité et l’expertise des informations fournies et en adaptant les informations aux différents canaux de communication et profils d’audience.
  2. Créer une application mobile où les informations concernant les politiques de l’UE présentées dans un langage clair. Un effort particulier doit être fait pour atteindre les jeunes par le biais des médias numériques, des mouvements de jeunesse et de divers « ambassadeurs » (organisations et individus) expliquant le projet de l’UE.

De nouvelles actions de communication européenne

Dès la 1ère recommandation au chapitre du changement climatique et de l’environnement, la communication est considérée comme nécessaire sous la forme d’un système de conseil et de formation pour et par les agriculteurs, ce qui semble un levier clé, pour promouvoir une production alimentaire sûre, durable, juste, climatiquement responsable et abordable, respectant les principes de durabilité, l’environnement, la sauvegarde de la biodiversité et des écosystèmes, tout en garantissant la sécurité alimentaire.

Au sujet de la transparence de l’UE et de ses relations avec les citoyens, la communication est perçue comme indispensable afin d’améliorer l’accessibilité pour les citoyens aux actions au niveau international, y compris les négociations commerciales sur lesquelles les critiques et les fantasmes aussi sont nombreux, par une meilleure information, éducation et participation citoyenne.

Parmi les nombreuses recommandations autour de la révolution numérique pour une société numérique sûre et digne de confiance, les citoyens identifient principalement deux justifications pour la communication :

  • D’une part, dans les luttes cybersécurité et désinformation, l’UE devrait assurer l’existence d’infrastructures résilientes et de canaux de communication alternatifs ;
  • D’autre part, pour la protection des données, l’UE devrait accroître la transparence et améliorer la communication pour un consentement éclairé qui utilisent un langage simple et clair compréhensible par tous.

Sur l’épineuse question d’accroître la participation des citoyens et l’implication des jeunes dans la démocratie au niveau de l’Union européenne afin de développer une « expérience civique complète » pour les Européens, garantir que leur voix soit entendue également entre les élections et que la participation soit effective, la recommandation porte sur des mécanismes participatifs inclusifs et leur communication pour pouvoir atteindre un public diversifié et une attention particulière doit être portée aux contenus, aux sujets et aux compétences des modérateurs.

Au sujet du rôle de l’UE en matière de migration légale, l’idée serait de lancer une campagne de communication à l’échelle européenne afin qu’EURES (services européens de l’emploi), le portail européen sur l’immigration et l’outil de profil de compétences de l’UE pour les ressortissants de pays tiers soient mieux connus des citoyens européens et plus fréquemment consultés et utilisés par les entreprises de l’UE lorsqu’elles recrutent.

Enfin, autour du sport, crucial pour nos sociétés afin de défendre nos valeurs, assurer un mode de vie et un vieillissement sains, promouvoir une culture des échanges et aussi célébrer la diversité du patrimoine européen, il s’agirait d’investir davantage dans les efforts de communication tels que la Semaine européenne du sport pour garantir que les citoyens de toute l’UE puissent bénéficier ensemble d’opportunités.

Ainsi, dans les recommandations de la conférence sur l’avenir de l’Europe, la communication occupe une place importante tant autour d’une nouvelle stratégique que de nouvelles actions.

Le plan de communication pour l’UE recommandé par la conférence sur l’avenir de l’Europe

Dans les annexes du rapport final de la conférence sur l’avenir de l’Europe, toute une réflexion relative à la communication européenne est développée, de quoi s’agit-il ?

1. La communication sur l’UE n’est pas satisfaisante.

1.1 Des enseignements sur l’Union européenne devraient être intégrés dans le programme scolaire dès le troisième cycle de l’école primaire afin d’atteindre tous les citoyens et d’améliorer la connaissance de l’Union européenne.

1.2 L’Union européenne, et en particulier la Commission, devrait fournir du matériel pédagogique sur le fonctionnement de l’Europe et les pouvoirs des institutions aux ministères de l’éducation des États membres. Une attention particulière doit être portée à l’utilisation d’un langage clair, compréhensible et accessible, ainsi qu’aux outils pédagogiques tels que documentaires, clips ou émissions télévisées scolaires, dans les 24 langues.

2. Le projet européen reste étranger aux citoyens.

2.1 Les institutions européennes devraient veiller à ce que leur communication explique mieux ce qui relève des compétences de l’UE, mais aussi ce qui ne relève pas de ses compétences.

2.2 L’Union européenne devrait intégrer dans sa communication des exemples familiers de la vie quotidienne des Européens. Ces explications devraient être diffusées au sein des États membres par le biais d’accords entre les institutions européennes et les télévisions publiques nationales afin d’atteindre un large public.

2.3 Les ressortissants de tous les États membres devraient être régulièrement informés du rôle de l’Union européenne dans les autres États membres. Les avantages et les inconvénients de l’Europe seraient ainsi mieux mis en perspective dans les débats sur l’avenir de l’Europe.

2.4 Afin de renforcer l’identité européenne, des informations devraient être mises à disposition et régulièrement communiquées sur ce que serait la vie des Européens sans l’UE et ses réalisations concrètes.

2.5 La Journée de l’Europe (9 mai) devrait devenir un jour férié européen pour tous les citoyens de l’UE.

2.6 Les institutions européennes devraient accorder encore plus d’attention à la simplification, à la compréhensibilité et à l’accessibilité des informations sur les sujets prioritaires traités au niveau européen.

2.7 L’Union européenne devrait fournir un tableau de bord indiquant les ressources allouées par l’UE par pays et par thème prioritaire. Toutes ces informations devraient être disponibles sur les sites web de l’UE.

2.8 L’UE devrait fournir une présentation claire des travaux législatifs en cours. Toutes ces informations devraient être disponibles sur les sites web de l’UE.

2.9 Les institutions européennes devraient être plus accessibles aux Européens. Leur participation aux débats lors des sessions du Parlement européen devrait être facilitée.

2.10 La participation au programme Erasmus devrait être étendue à tous les étudiants quel que soit leur parcours scolaire (formation professionnelle et technique, alternance). Tout le monde devrait pouvoir participer aux échanges européens.

2.11 La population active devrait pouvoir bénéficier des programmes d’échanges européens, quel que soit le secteur d’activité, y compris pour les entreprises locales. Tout le monde devrait pouvoir participer aux échanges européens.

2.12 Créer des cours de citoyenneté européenne pour tous les citoyens européens.

3. La législation européenne n’est pas appliquée de la même manière dans tous les États membres.

Nous recommandons à l’Union européenne de recourir plus fréquemment à la législation directement applicable dans les États membres. Cela réduirait les différences nationales dans la mise en œuvre de la législation européenne, ce qui fragilise le projet européen. De cette façon, l’UE sera mieux à même de sauvegarder et de promouvoir l’intégrité des réalisations telles que le marché intérieur, l’euro et l’espace Schengen.

4. La démocratie européenne est menacée.

4.1 La communication de l’UE sur la démocratie européenne devrait rappeller constamment et sans ambiguïté ce que signifie l’Europe pour les Européens.

4.2 Les valeurs et les principes des traités de l’UE, auxquels les États membres ont souscrit lors de l’adhésion, sont irréversibles. Leur protection doit continuer à être assurée.

4.3 La protection des valeurs et des principes des traités est assurée par la Cour européenne et ne peut être remise en cause par les États membres.

5. Les informations sur l’UE ne sont pas facilement accessibles et compréhensibles.

5.1 Renforcer le fact-checking sur les questions européennes ; des informations, diffusées et vérifiées par les institutions, devraient être facilement accessibles au public européen et aux médias nationaux de chaque État membre.

6. Les médias nationaux véhiculent souvent une image négative de l’UE.

6.1 L’UE doit également être plus présente dans la vie quotidienne des Européens en communiquant de manière plus proactive. (Par exemple, en parrainant des événements, notamment culturels, qui rassemblent les citoyens et les rendent fiers d’être citoyens de l’UE. La production de reportages et de teasers permettrait également aux Européens d’avoir accès à des informations contextualisées sur l’UE).

7. Les citoyens ne connaissent pas les personnes qui les représentent au Parlement européen.

7.1 Les députés européens devraient mieux se faire connaître dans leur pays d’origine, notamment en dehors des périodes électorales. Ils doivent être plus accessibles. Les motivations de leurs votes au Parlement européen devraient être rendues plus facilement accessibles aux citoyens européens sur le site internet du Parlement européen.

7.2 Les partis politiques nationaux devraient veiller à ce que des candidats plus jeunes soient également inscrits sur leurs listes pour les élections au Parlement européen. Un tel mandat ne doit pas être considéré comme une récompense pour de bons et loyaux services dans la politique nationale.

8. La communication de l’UE est trop uniforme ; elle ne tient pas compte de la diversité de la population.

8.1 Pour s’adresser à un public suffisamment large et varié, l’UE devrait tenir compte du niveau d’éducation de ses groupes cibles et de leurs éventuels handicaps, au moyen d’une communication inclusive, dès la phase de conception. De plus, les personnes et les organisations (éducateurs de rue, agents de quartier, travailleurs sociaux, société civile) devraient être impliquées dans la transmission de cette communication.

8.2 Pour atteindre la population active, investir davantage dans l’utilisation des canaux de communication existants pour fournir régulièrement des informations appropriées sur l’UE, par exemple par le biais de programmes explicatifs et compter sur des ambassadeurs (individuels et organisations) qui promeuvent le projet européen.

8.3 Pour atteindre les jeunes et les étudiants, en plus des canaux existants tels que l’éducation et les mouvements de jeunesse pertinents, des ambassadeurs devraient être utilisés, en particulier pour cibler les influenceurs qui peuvent atteindre les jeunes via les médias sociaux. Organiser un concours paneuropéen pour créer un personnage de bande dessinée qui attire les jeunes et leur apporte des messages européens.

8.4 Pour les seniors, utiliser les mêmes canaux que ceux proposés pour la population active en trouvant le juste équilibre entre communication digitale et non digitale (presse écrite, radio, événementiel présentiel) pour répondre aux besoins de chacun, y compris ceux qui sont moins à l’aise dans un environnement numérique comme ceux qui sont moins mobiles dans la société.

8.5 A travers les cours d’intégration qui existent déjà dans de nombreux États membres, l’UE devrait s’engager à inclure les « nouveaux Européens » (personnes qui, par l’une ou l’autre des procédures d’immigration légale, résident dans l’UE) et les sensibiliser aux canaux par lesquels l’UE communique et aussi donner un rôle aux associations locales.

8.6 Faire descendre l’UE dans la rue avec une communication inclusive. Par exemple, des panneaux d’affichage (numériques) pourraient être utilisés, ainsi que des moyens de communication traditionnels et nouveaux comme les QR codes.

8.7 Rendre l’UE plus visuelle (via des courts métrages ou des infographies), la création d’un mouvement sportif européen pour créer un lien/sentiment d’appartenance, et mieux faire connaître l’hymne européen.