Archives mensuelles : janvier 2022

Le moment de la Conférence sur l’avenir de l’Europe : la puissance citoyenne ?

Contribution décisive « L’Europe Puissance Citoyenne » à la Revue européenne du droit du groupe d’études géopolitiques d’Alberto Alemanno sur « le “moment Conférence sur l’avenir de l’Europe” vécu comme une macro-expérimentation de l’assemblée citoyenne en tant que telle, qui se tient au sein de l’expérimentation plus large qu’est la Conférence sur l’avenir de l’Europe, elle-même au sein de l’expérimentation plus large qu’est l’Union européenne ». De fait, la conversation pan-européenne de citoyen à citoyen développe un sentiment d’autodétermination ouverte à un nouvel écosystème démocratique expérimental s’enrichissant des préférences transnationales « du bas »…

Le moment de la participation citoyenne au-delà du vote : vers une Assemblée des citoyens européens permanente ?

Avec l’expérimentation de la Conférence sur l’avenir de l’Europe et ses panels participatifs, « les citoyens sont devenus les auteurs de leur histoire délibérative, se donnant le droit de commander un suivi continu, pour finalement intégrer le mini-public délibératif dans le processus décisionnel quotidien de l’UE ». Sommes-nous en train d’envisager que la plénière conclusive à venir se transformera en assemblée constituante de l’Europe ?

D’ores et déjà, l’expérimentation a permis d’« aider à tirer parti de l’intelligence collective de la société civile formelle et informelle pour prévoir les questions émergentes et aborder les compromis difficiles entre gagnants et perdants, le court et le long terme ou les préoccupations rurales et urbaines ». Bref, la mobilisation participative des citoyens permet non seulement de traiter différemment les problématiques européennes mais d’y apporter aussi des réponses différentes.

Le moment d’un espace public véritablement transnational, paneuropéen et surtout inclusif ?

Malgré tout enthousiasme, « ce serait faire preuve d’un solutionnisme politique naïf que de s’attendre à ce que cette initiative ad hoc, même si elle sera institutionnalisée, puisse à elle seule résoudre le malaise démocratique de l’UE. Il n’y a pas de solution miracle à son déficit démocratique ». Aucune ingénierie démocratique, y compris technologiques, ne résorbera les problèmes européens comme par magie.

Mais, les citoyens européens, dans des conditions pas encore exemplaires, parviennent à formuler des recommandations qui contribueraient à faire avancer le progrès démocratique de l’Europe :

  • La nécessité d’une européanisation de la compétition politique électorale pour le Parlement européen ;
  • La création d’un habitus démocratique européen, grâce à une plus grande intelligibilité, un meilleur accès et une meilleure éducation à la vie démocratique de l’Union ;
  • Une préoccupation sous-jacente pour un système socio-économique inclusif tant des préoccupations de la vie quotidienne que globales pour le long terme, notamment l’équité intergénérationnelle et la biodiversité.

Le moment d’un panoptique démocratique pour une plus grande responsabilité des politiques sous le regard des citoyens ?

Lors des panels de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, les citoyens se sont bel et bien saisi du pouvoir subversif de la transparence et de la responsabilité que les citoyens : « l’autodétermination démocratique commence par la responsabilisation du pouvoir, fondement du renouveau démocratique dans l’UE ». Reste à savoir comment mettre en œuvre ce principe démocratique.

« Notre nouvelle ère démocratique appelle à une participation citoyenne permanente, oui, mais seulement par certaines personnes, certaines fois, sur certaines questions. Permanente dans son effet, intermittente dans sa pratique. »

L’idée développée par les auteurs « pour modifier notre scénario démocratique, il faut trouver des moyens de faire de la participation un habitus civique : une culture de citoyens qui s’engagent dans les formes de pouvoir politique qui envahissent nos vies ». Ce renversement du panoptique au profit de la société reste encore assez théorique.

Au total, l’incertitude radicale que le progrès démocratique peut insuffler au projet européen via la leçon des assemblées de citoyens transnationales naissantes, c’est que les citoyens sont prêts à récupérer une partie du pouvoir constituant afin de fonder une nouvelle Europe Puissance Citoyenne sur la scène mondiale.

Quels sont les principaux risques et remèdes des médias sociaux pour la démocratie ?

Aperçu par le Service de recherche du Parlement européen des principaux risques posés par les médias sociaux à la démocratie et leurs remèdes pour offrir de nouvelles opportunités pour étendre et améliorer la démocratie tout en perturbant le paysage politique, déstabilisant les élites gouvernantes et accélérant le rythme du changement et sans plonger dans le « solutionnisme technologique » – la croyance que des solutions technologiques faciles peuvent résoudre des problèmes sociaux et politiques complexes…

1. L’âge de la surveillance

Principaux risques de la surveillance :

  • Surveillance politique : Les médias sociaux offrent des moyens nouveaux et plus efficaces de surveiller les gens, qui peuvent être utilisés par les gouvernements pour cibler les citoyens politiquement actifs et faire taire la dissidence. Même en l’absence de coercition explicite, les citoyens qui soupçonnent qu’ils sont la cible d’une surveillance en ligne peuvent entraver leur expression politique en ligne par crainte de représailles (effets dissuasifs) ;
  • Perte de vie privée et d’autonomie : La collecte massive de données par les plateformes de médias sociaux crée des risques pour la vie privée des utilisateurs et peut affecter leur capacité à former et à exprimer des opinions politiques. Le modèle de capture d’attention des médias sociaux, d’une part, et les stratégies visant à exploiter les besoins et les préjugés humains pour accroître l’engagement, d’autre part, minent tous deux l’autonomie individuelle ;
  • Désengagement politique : Les médias sociaux peuvent contribuer au désengagement politique croissant des citoyens même s’ils ne sont pas les seuls responsables de ce phénomène. L’indifférence des médias sociaux à la démocratie se heurte de plus en plus au fait que les médias sociaux ont un impact croissant sur la démocratie.

2. L’ère de la personalisation

Principaux risques de la personnalisation :

  • Visions du monde rétrécies : En limitant la gamme d’informations à la disposition des citoyens, les modèles de partage d’informations et d’interactions sur les médias sociaux peuvent contribuer au renforcement des frontières de groupe qui empêcheraient un dialogue politique plus large. Malgré les inquiétudes généralisées, les preuves empiriques existantes suggèrent que les effets de personnalisation et de filtrage des médias sociaux sont moins graves et omniprésents qu’on ne le craignait initialement.
  • Fragmentation sociale et politique : Les effets négatifs de la personnalisation sont plus présents dans certains contextes politiques et tendent à toucher davantage certains groupes, comme les hyperpartisans. Les effets politiques négatifs de la personnalisation semblent moins graves et généralisés, le risque de fragmentation et de polarisation sociétale demeure. L’évaluation des effets des médias sociaux dépend également d’hypothèses politiques (idéologiques) sur la nature et les conditions de la politique démocratique.

3. Le fléau de la désinformation

Principaux risques de la désinformation :

  • Distorsion d’opinions et de préférences : Le plus souvent motivée par des entrepreneurs qui font la promotion d’un contenu très engageant pour tirer profit de la vente d’annonces, la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux peut saper la capacité des citoyens à former et exprimer des opinions politiques. Malgré les preuves croissantes d’une exposition significative à la désinformation politique en ligne, l’impact réel de la désinformation sur les opinions et les préférences des citoyens est difficile à évaluer. Bien que la portée et l’impact de la désinformation semblent avoir été surestimés, il existe des preuves d’effets négatifs dans des contextes particuliers et sur des groupes spécifiques.
  • Distorsion des résultats électoraux : La désinformation peut être utilisée pour persuader ou embrouiller les électeurs, et pour mobiliser ou démobiliser les citoyens pour qu’ils votent, ce qui peut, dans certaines conditions, être un facteur déterminant des résultats des élections. La désinformation généralisée et la perception aiguë de celle-ci par le public (amplifiées par le manque de recherches et des rapports inadéquats) peuvent saper la confiance dans (toutes) les informations en ligne et les institutions démocratiques.
  • Désinformation automatisée : Les comptes et algorithmes automatisés contribuent à la propagation de la désinformation sur les réseaux sociaux, mais l’interaction entre les utilisateurs et les algorithmes est indispensable pour que la désinformation soit efficace. Les algorithmes utilisés pour diffuser de fausses informations exploitent les préjugés et les prédispositions humaines, tels que le biais de confirmation humaine, l’inclination à croire des histoires répétées et l’attirance pour un nouveau contenu.

4. Les dérives de la modération

Principaux risques de la modération :

  • Censure politique : Les mesures de modération peuvent contribuer à lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux, tout autant que porter atteinte à la liberté d’expression et permettre la censure politique. Toutes mesures de modération sont risquées, la suppression de contenu est particulièrement problématique lorsque le contenu ciblé n’est pas explicitement illégal. Supprimer et étiqueter le contenu peut être contre-productif, car cela peut renforcer les perceptions concernant la censure injuste et injustifiée de points de vue et de groupes particuliers.
  • Biais algorithmique : Alors que l’automatisation peut alléger certains fardeaux de la modération humaine, elle peut également amplifier les erreurs et automatiser les biais préexistants. Une pression accrue sur les médias sociaux pour s’attaquer aux contenus problématiques peut pousser les plateformes à s’appuyer encore plus sur des outils automatisés, conduisant ainsi à une censure excessive.
  • Pouvoir irresponsable : Malgré les efforts visant à rendre la modération plus transparente et systématique, les mesures de modération sur les réseaux sociaux restent largement floues, arbitraires et appliquées de manière incohérente. La modération des médias sociaux soulève un sérieux problème de responsabilité sur les décisions des plateformes relatives aux contenus problématiques.

5. Les excès du microtargeting

Principaux risques du miocrotargeting :

  • Manipulation politique : Par rapport à la publicité politique conventionnelle, le microciblage politique exploite des types de données plus larges pour identifier des micro-groupes de personnes et pour tester et leur proposer des messages personnalisés. Alors que le microciblage peut servir à réengager les citoyens dans la politique, il peut également être utilisé pour manipuler les opinions et les attentes des citoyens. Le microciblage est intrusif car il est basé sur un grand nombre de données et d’informations (y compris des profils psychologiques) sur les personnes, ce qui peut porter atteinte à la vie privée et à l’autonomie. La nature secrète ou cachée du microciblage augmente le risque de manipulation et sape ainsi la capacité des citoyens à se former et à faire des choix politiques.
  • Distorsion du processus électoral : Le micro-ciblage politique remet en cause les règles électorales existantes concernant la transparence, les campagnes et le financement politique et peut fausser les processus électoraux et politiques. Les preuves d’une large utilisation du micro-ciblage politique sont de plus en plus nombreuses, l’impact réel du micro-ciblage politique reste incertain. Il est possible que les campagnes de micro-ciblage politique puissent déterminer le résultat des élections, en particulier dans les systèmes électoraux où le vainqueur rafle tout. Même si le microciblage ne peut pas être blâmé pour avoir fait basculer les élections récentes, les risques qu’il crée sont susceptibles d’augmenter, étant donné les intérêts politiques et économiques élevés en jeu et les futures avancées technologiques.

Aucun de ces risques n’est à négliger, mais aucun ne doit être pour autant surestimer. Les solutions simplistes n’existent pas. Les technologiques autant que les usages individuels ainsi les comportements collectifs doivent être considérés.

Plusieurs mesures pourraient viser à :

  1. Renforcer la concurrence pour lutter contre les abus de position dominante sur le marché ;
  2. Protéger les données et la vie privée pour empêcher le traitement abusif des données ;
  3. Revoir les règles de responsabilité du contenu pour clarifier les responsabilités pour le contenu en ligne ;
  4. Accroître la transparence et la responsabilité pour le filtrage et la modération du contenu ;
  5. Superviser les algorithmes pour augmenter leur transparence et leur fiabilité ;
  6. Réglementer la publicité politique ciblée pour empêcher les abus et la manipulation ;
  7. Donner aux citoyens les moyens de comprendre les risques numériques et de repousser les attaques.

Quels modèles pour institutionnaliser la démocratie délibérative en Europe ?

Après une première analyse « Catching the deliberative wave », l’OCDE récidive avec un policy paper consacré à l’intelligence collective de la démocratie délibérative dans le monde, ces nouveaux espaces démocratiques permettant à des groupes de personnes largement représentatifs d’apprendre ensemble, de lutter contre la complexité en se fondant sur des preuves, de s’écouter les uns les autres dans une vraie logique de dialogue et de trouver un terrain d’entente afin de recueillir des jugements publics collectifs sur des questions complexes pour les décisions publiques. Existe-t-il des modèles pour relever certains des défis sociétaux les plus urgents et les plus difficiles de notre époque que les systèmes de gouvernance démocratique actuels ne parviennent pas à résoudre ?

1. Combiner une assemblée citoyenne permanente avec des panels de citoyens ponctuels

Le modèle Ostbelgien

  • Il fonctionne mieux avec un accord multipartite afin d’assurer la pérennité et d’éviter l’association avec le gouvernement ou seulement un/certains partis.
  • La rotation d’une partie des membres du conseil de citoyens tous les six mois permet de garantir que l’organe délibérant représentatif reste dépolitisée et ne devient pas soumis aux mêmes enjeux qu’une chambre élue dont le mandat est plus long.
  • La séparation des rôles entre le conseil des citoyens (fixation de l’ordre du jour et suivi) et les panels de citoyens (élaboration des recommandations politiques) assure que le travail de chacun est ciblé et qu’il y a suffisamment de temps pour chaque tâche respective.
  • Il est important que l’évaluation ne soit pas politisée.
  • La durée du panel de citoyens est décidée en fonction de la complexité de la question soulevée par le conseil des citoyens.
  • La taille du conseil des citoyens doit être relative à la taille de l’organe parlementaire.

La Convention citoyenne en France :

  • Impliquer tous les groupes politiques dans la conception du modèle pour assurer la pérennité et éviter l’association avec le gouvernement ou seulement un/des partis et aussi qu’il y a suffisamment de temps pour chaque tâche respective.
  • L’évaluation ne soit pas politisée.
  • La capacité de l’assemblée des citoyens à s’auto-organiser doit permettre de travailler en sous-groupes et démocratise le fonctionnement, mais présente également un risque pour l’émergence de dynamiques inégales parmi les membres.
  • Le secrétariat doit suivre l’évolution et introduire potentiellement de nouvelles règles pour empêcher que ce risque ne se produise.

2. Relier la démocratie délibérative aux commissions parlementaires

Les Commissions délibérantes à Bruxelles

  • Rassembler un groupe largement représentatif et diversifié de citoyens ordinaires et leur permettre de comprendre la complexité d’un problème offre une vision collective éclairée aux membres de la commission – une source manquante dans le travail parlementaire.
  • Mélanger les députés et les citoyens ordinaires aura ses avantages et ses défis.
  • Fonctionne mieux s’il existe un accord de tous les partis pour établir les comités mixtes dès le départ (pas une initiative purement gouvernementale) pour assurer la longévité et encourager les députés à délibérer ouvertement plutôt que de défendre une ligne de parti.
  • La participation d’élus de tous les partis faisant partie du processus augmentent le potentiel de mise en œuvre des recommandations au parlement.
  • Un examen attentif de la proportion d’élus par rapport aux citoyens est nécessaire.
  • La facilitation par des professionnels qualifiés est particulièrement importante dans ce modèle, étant donné que les députés auront une plus grande confiance pour s’exprimer que la plupart des gens.
  • Trouver un moyen d’imposer la mise en œuvre de règles et normes fixées dans un vade-mecum (lignes directrices).
  • L’évaluation ne doit pas être politisée.
  • En travaillant directement ensemble, les députés en viennent à valoriser la compétence et la perspicacité des gens, et les gens développent une plus grande empathie pour la difficulté de prendre des décisions publiques qui nécessitent des échanges.

3. Combiner démocratie délibérative et démocratie directe

Le Citizens’Initiative Review :

  • Produit des informations précises pour aider les électeurs à prendre une décision plus éclairée avant de voter sur un bulletin de vote de la Déclaration citoyenne.
  • Dans sa conception actuelle, il s’agit d’un processus réactif (un CIR se produit après qu’une mesure de vote a été proposée) plutôt que proactif ou créatif.
  • Les Citizens’Initiative Review se limitent aux problèmes de choix binaires.

4. Les Groupes consultatifs permanents de citoyens

Le Planning Review Panel à Toronto :

  • Nécessite un leadership soutenu au sein des panels.
  • Le processus a besoin d’une connexion et du soutien de la haute administration, ainsi qu’une gestion de projet cohérente.
  • Identifier les problèmes que le panel permanent abordera pendant au moins une première année à l’avance peut contribuer à garantir son importance stratégique et son utilité.
  • Maintenir l’engagement des membres pendant deux ans nécessite un effort continu de la part du « concierge civique » de l’organisation de mise en œuvre, et est aussi important que l’impact politique.
  • Compte tenu du délai de deux ans d’engagement, il y a plus de temps pour apprendre et aller « dans les coulisses » de la politique.
  • Les membres du panel permanent sont bien informés et il y a un dividende démocratique élevé.

5. Les processus délibératifs représentatifs séquencés tout au long du cycle politique

L’Assemblée citoyenne itinérante à Bogotá :

  • Permet aux gens ordinaires de jouer un rôle significatif dans toutes les phases du cycle politique, et donne aux gens d’autres rôles à jouer dans la prise de décision publique au-delà de fournir des recommandations sur une question politique spécifique.
  • La séparation du travail en une série d’assemblées de citoyens, dont chacune implique un nouveau groupe de personnes sélectionnées par loterie civique, permet à de nombreuses personnes d’être impliquées dans la prise de décision publique au fil du temps.
  • Encourage un dialogue plus récursif entre les membres et les décideurs.
  • L’approche séquencée introduit également une nouvelle forme de responsabilité entre les gens ordinaires impliqués en tant que membres dans les assemblées.
  • Les organisateurs de chaque chapitre d’assemblée peuvent adopter une conception itérative, en s’adaptant à ce qui a bien fonctionné et à ce qui pourrait être amélioré.

6. Donner aux citoyens le droit d’exiger un processus délibératif représentatif

Le Vorarlberg Citizens’ Council on Land Use Rights :

  • Un moyen alternatif pour que les gens puissent définir l’agenda du modèle ostbelgien, en leur permettant d’exiger un processus délibératif représentatif si suffisamment de signatures sont atteintes parmi la population.
  • Une demande ascendante concernant une certaine politique en question à traiter par le biais d’une délibération publique représentative (par opposition aux résultats plus courants des pétitions débattues par les élus).
  • Les règlements doivent spécifier que les questions soulevées doivent relever de la compétence de l’autorité publique pour agir.
  • Nécessite un engagement politique à établir le Conseil des citoyens si suffisamment de signatures sont obtenues.

7. Exiger une délibération publique représentative avant certains types de décisions publiques

La loi française sur la bioéthique :

  • Garantir une délibération publique solide avant les nouvelles lois et amendements concernant la bioéthique aide les décideurs publics à s’assurer qu’avant de prendre des décisions sur cette question difficile et controversée, ils ont entendu un point de vue collectif informé de la part des gens ordinaires.
  • L’enchaînement du processus délibératif représentatif avec d’autres formes de consultation et participation citoyennes sont importantes.

8. Intégrer les processus délibératifs représentatifs dans la planification stratégique locale

La Victorian Local Government Act de 2020 en Australie :

  • Avec l’évaluation, un cycle positif d’apprentissage et d’amélioration continus peut émerger.
  • Changer la culture parmi les conseillers et l’administration municipale autour du rôle positif que les gens ordinaires peuvent jouer dans le façonnement de leurs communautés.
  • Inculque une culture de participation et de délibération, et aide les pouvoirs publics à considérer le public comme une ressource plutôt que comme un risque.
  • Le caractère récurrent de la délibération peut aider à construire une infrastructure délibérative dans le temps.

Principales raisons pour lesquelles ces modèles aident les décideurs publics à prendre des décisions difficiles et à renforcer la confiance :

  • Réaliser de meilleurs résultats politiques parce que la délibération aboutit à des jugements publics réfléchis plutôt qu’à des opinions publiques. La plupart des processus de participation du public ne sont pas conçus pour être représentatifs ou collaboratifs. Par conséquent, ils peuvent être accusatoires – une chance d’exprimer des griefs plutôt que de trouver des solutions ou un terrain d’entente. Les processus délibératifs créent un espace pour l’apprentissage, la délibération et l’élaboration de recommandations éclairées, qui sont plus utiles aux décideurs et aux décideurs.
  • Donner une plus grande légitimité pour faire des choix difficiles. Ces processus aident les décideurs à mieux comprendre les priorités publiques, les valeurs et les raisons qui les sous-tendent, et à identifier où le consensus est et n’est pas réalisable. Les preuves suggèrent qu’ils sont particulièrement utiles dans les situations où il est nécessaire de surmonter une impasse politique et de peser les compromis.
  • Renforcer la confiance du public dans le gouvernement et les institutions démocratiques en donnant aux citoyens un rôle important dans la prise de décision publique. Les gens sont plus susceptibles de faire confiance à une décision qui a été influencée par des gens ordinaires qu’à une décision prise uniquement par le gouvernement.
  • Signaler le respect civique et responsabiliser les gens. Engager les gens dans la délibération renforce leur efficacité politique (la croyance que l’on peut comprendre et influencer les affaires politiques).
  • Rendre la gouvernance plus inclusive en ouvrant la porte à un groupe de personnes beaucoup plus diversifié. Les processus délibératifs, avec leur utilisation de loteries civiques, attirent des personnes qui ne contribueraient généralement pas aux politiques publiques et à la prise de décision.
  • Renforcer l’intégrité et prévenir la corruption (ainsi que la perception publique de la corruption) en veillant à ce que ceux qui ont de l’argent et du pouvoir ne puissent avoir une influence indue sur une décision publique.
  • Aider à contrer la polarisation et la désinformation. Des recherches empiriques ont montré que les « chambres d’écho » qui se concentrent sur la culture, la réaffirmation de l’identité et la polarisation ne survivent pas dans des conditions délibératives, même dans des groupes de personnes partageant les mêmes idées.
  • Respecter l’indépendance : En raison de la procédure de sélection, les membres d’un organe délibérant peuvent éviter d’être « capturés » par des groupes d’intérêt ou influencés par des personnes et des organisations puissantes ou riches. Il n’y a pas d’élections, pas de campagnes et pas de collecte de fonds.
  • Renforcer la diversité cognitive : Le processus atteint des personnes qui n’ont peut-être jamais voté ou contribué à une consultation. La recherche montré que, pour développer des idées réussies, une telle diversité est plus importante que la capacité moyenne d’un groupe.
  • Développer collectivement des recommandations pour le bien commun afin de permettre aux décideurs publics de mieux prendre des décisions plus difficiles, ainsi que plus de décisions ayant des impacts à long terme telles que sur le changement climatique, la biodiversité, les technologies émergentes, la planification urbaine, les investissements dans les infrastructures et d’autres questions.
  • Renforcer la confiance du public. Un processus délibératif ponctuel peut faire la différence, mais c’est la pratique régulière de la délibération publique qui donne aux citoyens et aux décideurs l’opportunité de construire une confiance mutuelle au quotidien à des « gens comme eux ». Au terme d’un processus délibératif, ce sont ses membres – un microcosme de la population – qui expliqueront leurs recommandations au public.
  • Renforcer l’aptitude démocratique de la société. L’ajout de la délibération publique étend le privilège de la représentation à un groupe de personnes beaucoup plus large. Il augmente également de façon exponentielle le dividende démocratique positif de la participation. Ces processus renforcent le libre arbitre des personnes, exploitent les capacités collectives et éveillent une conscience collective qui relie les personnes les unes aux autres et à quelque chose de plus grand qu’elles-mêmes. Il existe de nombreuses preuves que la participation à un processus délibératif a un effet transformateur sur les personnes impliquées. Elle conduit souvent à des niveaux accrus d’efficacité politique non seulement parmi les membres des organes délibérants, mais aussi dans le grand public. Les gens renforcent leurs « muscles démocratiques » par la participation. Voir des « personnes comme moi » participer à une prise de décision publique complexe peut avoir un effet similaire sur ceux qui ne sont pas directement impliqués mais qui sont conscients du processus.

Au total, des changements structurels pour faire de la démocratie délibérative une partie intégrante de l’architecture démocratique des pays est un moyen de promouvoir efficacement une véritable transformation, car l’institutionnalisation ancre les mécanismes de suivi et de réponse et crée des opportunités régulières pour améliorer non seulement les politiques et les services, mais augmenter également l’impact positif de la participation sur la perception qu’ont les gens d’eux-mêmes et des autres, renforçant ainsi la confiance et la cohésion sociétales.

L’institutionnalisation de la démocratie délibérative crée plus d’opportunités pour que plus de personnes puissent vivre une telle expérience transformatrice.

Quels défis pour comprendre les enjeux de la sphère publique européenne ?

Quels sont les principaux problèmes non résolus autour de l’émergence d’une sphère publique européenne, selon Rubén Rivas-de-Roca et Mar García-Gordillo : la communication politique de l’UE, le rôle des plateformes numériques et la politisation progressive de l’UE ?

La communication politique de l’UE : entre déficit de communication et cultural studies

L’une des premières préoccupations de l’intégration européenne est de combler le déficit démocratique des institutions européennes, la construction d’un espace public commun pouvant réduire un « fossé de communication ». En réponse, la communication des décisions et des activités de l’UE relève de la responsabilité de toutes les institutions européennes.

Bien que l’UE se soit montrée très préoccupée par sa communication publique, il existe un consensus académique selon lequel l’UE semble distante vis-à-vis du public, les pays comptent toujours pour comprendre les événements transnationaux à travers l’Europe, car les médias sont toujours liés aux systèmes politiques nationaux.

Face au nouveau défi d’un biais antipopulaire contre l’intégration européenne, renforcé par la percée des mouvements eurosceptiques à travers le continent et au cours de la dernière décennie, les partis politiques sont passés d’un « consensus permissif » à un « désaccord contraignant » envers le processus européen.

Le désengagement du public vis-à-vis de l’UE va au-delà de la communication, en raison de la « domestication », c’est-à-dire du manque d’identité entre les citoyens et la politique européenne, considérée comme une question lointaine, qui empêche une compréhension commune de la politique de l’UE.

Le déficit de la communication politique européenne est dû à la manière dont l’UE a été construite et gouvernée et aussi au type de communauté qu’elle a généré, ce qui est une explication culturelle, une voie nouvelle de recherche assez prometteuse.

Vers une sphère publique européenne : le rôle des médias sociaux

Une consolidation progressive d’une société civile internationale mobilisée sur plusieurs questions, comme les conflits internationaux ou les événements transnationaux (pensez par exemple à l’Eurovision de la chanson ou aux championnats du monde de sport) voit le jour, agissant sur certains sujets concernant l’UE en tant que nouveau public européen.

L’un des problèmes pour une conversation paneuropéenne réside dans le manque d’intérêt pour les affaires européennes, le débat des questions européennes sur les réseaux sociaux se fait en termes nationaux. De même, connaître l’UE ne signifie pas nécessairement développer des attitudes favorables à l’intégration européenne. Actuellement, les médias sociaux sont le lieu où les partis politiques présentent leurs propositions et leurs candidats. Les élections au Parlement européen n’ont pas échappé à ce processus, ce qui signifie une sorte de campagne numérique pour l’Europe.

Dès le premier instant, Internet a généré un optimisme académique quant à la possibilité de construire une sphère publique numérique européenne qui contrebalancerait l’absence d’un système médiatique ad hoc. Pourtant, des études empiriques récentes sur les plateformes numériques et l’UE révèlent la continuité des approches nationales dans le débat public européen. L’utilisation des médias sociaux dans le cadre de l’UE a beaucoup attiré l’attention des universitaires au cours de la dernière décennie.

Un constat récent : la pertinence et la politisation croissantes de l’UE

Le système des Spitzenkandidaten introduit pour la première fois aux élections du Parlement européen de 2014, signifiant une plus grande politisation, a été remis en cause lors du dernier scrutin européen en 2019, même si les universitaires recommandent d’utiliser ce type de candidat pour favoriser le sentiment d’être représenté au niveau de l’UE.

Les thèmes de l’immigration, de l’intégration et du commerce fonctionnent comme des clivages d’une sphère européenne politisée. Ces enjeux ont dépassé les États nationaux, déclenchant des débats sur une nouvelle souveraineté transnationale. La montée de la politisation de l’UE est importante pour certaines politiques clés pour l’avenir de l’Union européenne correspondant aux pouvoirs croissants des institutions de l’UE.

La politisation croissante est encore faible, limitant le succès possible des techniques de relations publiques appliquées par les institutions de l’UE. En outre, apprendre et connaître l’Union européenne peut conduire les citoyens à faire des évaluations négatives des performances de l’UE.

Dans tous les cas, l’euroscepticisme et la polarisation pourraient devenir de nouvelles caractéristiques clés de l’opinion publique à travers le continent. En Europe, dans la plupart des pays, la polarisation de l’audience de l’information en ligne est plus élevée que hors ligne, ce qui constitue un défi pour les institutions européennes car nombre de leurs actions sont partagées sur les réseaux sociaux.

De plus, d’autres facteurs influencent la politisation de l’UE. L’attention des médias sur les questions européennes est biaisée en raison des intérêts particuliers définis par les lobbies législatifs. De plus, les citoyens développent une exposition sélective aux médias, ce qui renforce leur point de vue sur le projet européen. Cela signifie qu’il y a un défi à relever afin d’accroître l’intérêt pour les questions européennes par le biais de la communication publique.

Cependant, des études récentes basées sur des sondages semblent mettre en évidence le regain de foi dans le projet européen, qui se superpose à la politisation sur plusieurs questions. Les préférences sur l’UE concernent à la fois les élections nationales et européennes, ce qui montre la pertinence croissante des affaires transnationales dans la définition du comportement des électeurs.

Enjeux des interdépendances et des singularités de la sphère publique européenne

Une forte association est observée entre « l’Europe » en tant que concept et les institutions de l’UE en tant que système politique. Cependant, certains phénomènes en dehors de l’UE sont capables de déclencher des actions politiques à travers le continent. Ainsi, il est nécessaire de promouvoir des approches sur l’Europe en tant qu’objet d’étude, non seulement liées à l’UE.

La priorité aux élections du Parlement européen en tant que moment clé de la communication politique de l’UE est basée sur le fait que, à quelques exceptions près, les activités quotidiennes de l’Union européenne sont largement ignorées. Pourtant, il est vraisemblablement impossible d’évaluer la sphère publique européenne uniquement avec des données obtenues tous les cinq ans.

Se concentrer sur un seul réseau social Twitter passe à côté d’approches comparatives. L’opinion publique ne peut pas être déduite de ce genre d’études, encore plus sur le continent européen en raison des différentes utilisations des réseaux sociaux entre les pays.

Les réseaux sociaux traditionnels attirent le plus l’attention des universitaires, mais l’euroscepticisme est une caractéristique clé de la politique européenne actuelle, ses récits sur les nouveaux réseaux sociaux doivent être pris en compte.

Le manque d’études comparatives sur le sentiment pro-européen par pays est un problème, la prise en compte des études internationales, des cultures journalistiques ou des systèmes médiatiques est utile pour mieux comprendre la couverture médiatique et la source d’information pertinente sur l’UE.

L’analyse de l’impact de problèmes paneuropéens, abordant des sujets d’intérêt commun pour les citoyens européens, aurait une grande valeur de mise en perspective et comparative.

En conclusion, le modèle récent de politisation en Europe doit être confirmé dans les années à venir, en tant que moteur d’un espace public commun en Europe.