Archives mensuelles : juin 2012

Eurobaromètre : quelle est l’image de l’Union européenne auprès des Européens ?

Un Eurobaromètre consacré au Futur de l’Europe (EBS 379), publié en avril 2012, aborde la question de l’image de l’Union européenne auprès des citoyens des Etats-membres. Tandis que seule une majorité relative d’Européens se définit comme étant à la fois de sa propre nationalité et européenne. Quels sont les qualités, les réalisations, les atouts et les valeurs de l’UE, selon les Européens ?

Qualités principales de l’UE : une « communauté » et des réalités économiques et financières

Lorsque les mots “Union européenne” sont mentionnés, ce qui vient à l’esprit des Européens, le plus souvent, ce sont :

  • les notions d’« unité, de communauté, d’égalité et de règles communes », avec 24% des réponses spontanées dans cette catégorie ;
  • les références à l’euro, 2e association la plus fréquente avec 22% des réponses ;
  • les réponses faisant état des vacances, du tourisme et de la liberté de circulation, 3e catégorie avec 13% des réponses ;
  • les renvois à la crise économique et au problème de la dette, mentionnés par 11% des réponses ;
  • l’UE à proprement parlé avec ses institutions, évoquée par 10% des réponses.

Réalisations de l’UE les plus positives : la paix et la libre circulation des personnes, des biens et des services

Lorsque les Européens sont interrogés sur les résultats les plus positifs de l’UE, une majorité d’Européens choisit la paix et la libre circulation des personnes, des biens et services (57%).

Un quart des Européens considère « l’influence politique et diplomatique de l’UE dans le reste du monde », « l’euro » et « la puissance économique de l’UE », comme parmi ses résultats les plus positifs.

Les autres propositions – plus spécifiques – sont marginales :

  • « le bien-être social de l’UE » (23%) ;
  • « les programmes d’échanges d’étudiants comme Erasmus » (22%) ;
  • « la politique agricole commune » (13%).

Sinon, près d’un Européen sur dix (9%) dit spontanément qu’aucun des résultats indiqués compte comme l’un des résultats les plus positifs de l’UE.

Atouts principaux de l’UE : de bonnes relations entre les États membres et le niveau de vie

Lorsque les Européens sont interrogés sur les principaux atouts de l’UE aujourd’hui :

  • près de trois Européens sur dix sélectionnent la bonne relation entre les États membres (29%) ;
  • plus d’un quart choisit le niveau de vie des citoyens de l’UE (26%).

Plus de deux Européens sur cinq afficher la puissance commerciale de l’UE (22%) comme l’un des principaux atouts.

Valeurs incarnées par l’UE : la liberté d’opinion, la paix et la solidarité sociale

Interrogés sur les valeurs, les Européens considèrent la liberté d’opinion (64%), la paix (63%), l’égalité sociale et la solidarité (61%) comme les valeurs les mieux incarnées par l’UE – par rapport à d’autres pays ou groupes de pays dans le monde.

Une majorité d’Européens pense également que la tolérance et l’ouverture aux autres (56%), le respect de la nature et de l’environnement (55%) et le respect pour l’histoire et ses leçons (52%) sont également les mieux incarnées par l’UE.

Moins distinctement européens, la diversité culturelle (44%), le progrès et l’innovation (34%) et l’entrepreneuriat (32%) sont néanmoins cités comme des valeurs mieux incarnées par l’UE que par d’autres pays dans le monde.

Ainsi, se dessine l’image d’une Union européenne perçue comme humaniste, structurée autour de ses grands projets historiques. Les capacités de projection tant au sens de prospective dans des ambitions futures que d’incarnation dans des réalités concrètes font néanmoins défauts.

Communication européenne sur la transparence : quelle est la crédibilité de la Commission ?

La Commission européenne vient de mettre en ligne un « guichet unique » de la transparence visant à « simplifier le droit de regard des citoyens » sur les processus décisionnels et les informations de la Commission européenne. Quelle est la crédibilité de la Commission européenne en matière de transparence ?

Un droit d’accès des citoyens aux documents de travail de l’UE conditionné par les bonnes relations de la Commission européenne avec ses contractants

Sur la page d’accueil du nouveau portail de la transparence, le Commissaire Maroš Šefčovič indique qu’« en tant que citoyen européen, vous avez le droit de savoir comment les institutions européennes élaborent ces décisions (…) quels documents sont détenus ou produits pour élaborer et adopter les textes législatifs concernés. Vous avez également le droit d’accéder à ces documents… »

Néanmoins, comme le note Ronny Patz dans « A note to Commission spokesperson Antony Gravili », les propos du porte-parole de Maroš Šefčovič, dans EU Observer, sont particulièrement à rebours de cet esprit d’ouverture : « la plupart des demandes d’accès aux documents internes de l’UE proviennent d’”avocats de grandes entreprises” et d’”ONG à la noix” :

  • les avocats tenteraient d’obtenir des informations commercialement sensibles pour tenter de poursuivre la Commission en justice ;
  • les ONG, selon Antony Gravili « pensent que c’est drôle de perdre du temps des fonctionnaires ».

De fait, selon Ronny Patz, « les institutions ne semblent jamais avoir un problème parce que j’en demande trop. Les institutions semblent avoir des problèmes seulement quand je leur demande des documents qui comptent vraiment », c’est-à-dire des documents qui permettent de « tracer » les compromis et les choix aux fondements des décisions de la Commission.

Un exemple récent où « la Commission européenne (est) prise en flagrant délit d’opacité » selon Maxence Peniguet : la fameuse vidéo « Kill Bill » retirée du web peu de temps après sa mise en ligne. En dépit de demandes réitérées d’accès aux documents internes à la conception de la vidéo, notamment les conclusions du focus groupe, la Commission refuse de diffuser les éléments.

La Commission invoque le fait que rendre public ces documents « porterait atteinte à ses relations commerciales avec les sous-traitants concernés ; cela découragerait les participants potentiels à de tels groupes de test dans le futur et aurait un effet défavorable sur les activités de conseil fournies à la Commission par l’équipe et les consultants du contractant ».

Autrement dit, le droit d’accès des citoyens aux documents de la Commission européenne (6 400 demandes en 2010) est conditionné par les bonnes relations commerciales de la Commission avec ses contractants. On voit où vont les priorités de la Commission européenne…

Un droit d’accès des citoyens à la représentation des intérêts conditionné par la bonne volonté des lobbyistes

Là encore, les citoyens ont – en droit – accès aux informations sur les représentants d’intérêt (lobbyistes) participant au processus décisionnels. D’ailleurs, le registre de la transparence rassemble à ce jour plus de 5 100 organisations.

Néanmoins, les réponses du Commissaire Maroš Šefčovič sur Twitter illustrent les limites pratiques :

  • le registre de la transparence n’est pas obligatoire, parce qu’il n’y aurait pas de « base légale » dans les traités ;
  • les pressions en termes de réputation seraient suffisantes pour inciter l’inscription volontaire des lobbyistes…

Autrement dit, le droit d’accès des citoyens aux informations relatives aux activités de représentation d’intérêts est conditionné à la bonne volonté des lobbyistes.

Qu’il s’agisse de l’accès aux documents internes de l’UE ou aux représentants d’intérêts, l’exercice de ces droits est largement conditionnel.

Transparence sur les principaux budgets des agences de communication auprès de la Commission européenne

Le lancement d’un nouveau portail de la transparence centralisant l’accès aux documents de travail de la Commission européenne mis en ligne fournit l’occasion de lister les principaux bénéficiaires de l’argent public européen en matière de communication entre 2007 et 2010. Quelles sont les 10 premières agences de communication auprès des directions et services de la Commission européenne ?

MOSTRA, 1e agence de communication de la Commission européenne avec un montant total de 102.799.822,72 € entre 2007 et 2010

Avec 745 contrats enregistrés dans la base de données en 4 ans et près de 20 contrats à plus d’un million d’euros, Mostra (et ses partenaires) pèse plus d’un quart du marché et se place ainsi de très loin à la première place du podium des agences de communication prestataire de la Commission européenne :

MEDIA CONSULTA, 2e agence de communication de la Commission européenne avec un montant total de 91 415 364,02 € entre 2007 et 2010

Avec 518 contrats enregistrés dans la base de données en 4 ans et 15 contrats à plus d’un million d’euros, Media Consulta pèse un peu moins d’un quart du marché et se place ainsi à la seconde place du podium des agences de communication prestataire de la Commission européenne.

Les principaux projets de Media Consulta sont :

  • l’année européenne du dialogue interculturel en 2008 (3,7 millions d’euros avec la direction générale de l’éducation et de la culture) ;
  • les actions de la direction générale de l’environnement : campagne sur la biodiversité (2,3 millions d’€), campagne sur le changement climatique (2 millions d’€) ;
  • les actions de la direction générale de l’élargissement : communication en Turquie (1,6 millions d’€), promotion des futurs élargissements (1,5 millions d’€), voyages de presse en Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Monténégro et Serbie (500K€), compétition photos ou tournée « art, goûts et sons » en Europe du Sud-Est (1 million d’€), expédition le « Danube à vélo » 500K€)…
  • les autres « grands comptes » sont la direction générale de la recherche et de l’innovation (plus de 5 millions d’€), la direction générale de l’agriculture et du développement rural (plus de 6 millions d’€ dont 2,4 millions d’€ pour la distribution d’un clip cinéma), la direction générale des entreprises et de l’industrie (campagne sur les destinations touristiques européennes d’excellence à 2,7 millions d’€), la direction générale du développement et de la coopération — EuropeAid…

TIPIK, 3e agence de communication de la Commission européenne avec un montant total de 62.762.644,04 € entre 2007 et 2010

Avec 869 contrats enregistrés en 4 ans, dont 3 supérieurs au million d’euros, Tipik est le troisième prestataire préféré des Directions générales de la Commission européenne en matière de communication.

Les principaux clients de Tipik sont :

  • direction générale de la justice / direction générale des affaires intérieures (700 000€ pour le nouveau site Internet) ;
  • direction générale de la communication ;
  • direction générale du développement et de la coopération — EuropeAid ;
  • direction générale du marché intérieur et des services ;
  • direction générale de l’éducation et de la culture.

ESN – European Service Network, 4e agence de communication de la Commission européenne avec un montant total de 55.029.219,16 € entre 2007 et 2010

Avec 463 contrats enregistrés dans la base de données en 4 ans, ESN est la quatrième agence de communication bruxelloise la plus importante auprès des directions générales de la Commission européenne.

10 contrats dépassent le million d’euros, en particulier pour la gestion du centre de contact Europe Direct :

  • 4,7 millions d’euros en 2008 (2 contrats) ;
  • 4 millions en 2009 ;
  • 4,3 millions d’euros en 2010

LIGARIS, 5e agence de communication de la Commission européenne avec un montant total de 52.586.829,35 € entre 2007 et 2010

Avec seulement 68 contrats, Ligaris restera comme l’agence des campagnes anti-tabac de la direction générale de la santé et des consommateurs :

  • 13,5 millions d’euros en 2007 ;
  • 16,8 millions d’euros en 2008 ;
  • 16 millions d’euros en 2009.

Très créatives, les campagnes « Help » puis « Helpers » anti-tabac ont été primées avec 2 prix en 2 ans.

Les autres agences de communication prestataires de la Commission européenne

Au-delà du podium, un pool de quelques agences de communication se détache parmi les contractants des directions générales de la Commission européenne. Le profil de ces acteurs correspond soit à des agences généralistes, de relations presse ou digitales :

  • Ogilivy PR pour un peu plus de 4 millions d’euros ;
  • Gopa-Cartermill pour un peu plus de 3,5 millions d’euros ;
  • Gellis pour près de 3 millions d’euros ;
  • Edelman pour 2,3 millions d’euros ;
  • Emakina pour près de 2 millions d’euros.

Au total, l’effort de transparence de la Commission européenne est particulièrement instructif pour mieux appréhender un marché de la communication européenne de près de 100 millions d’euros par an environ.

PDFBrussels : quel est l’état de la démocratie numérique européenne ?

Pour la 1e édition du #PDFBrussels – le « Personal Democracy Forum » organisé à Bruxelles le 31 mai dernier – les interventions ont gravité notamment autour des enjeux de la démocratie numérique européenne. Les actions de communication des institutions européennes en ligne parviennent-elles à faire émerger une démocratie numérique européenne ? Retour sur les temps forts de la journée sur ce sujet…

Le Parlement européen : l’institution la plus communicante dans les médias sociaux

Stephen Clark, le directeur de la communication web du Parlement européen s’est interrogé sur les transformations introduites par les nouvelles technologies et le web social dans les relations entre élus et citoyens : le web permet-il d’inventer un nouveau modèle de la démocratie représentative ?

Comment dialoguer avec les citoyens à l’âge d’Internet ?

Au-delà de la présence importante des euro-députés (70% sur Facebook et 40% sur Twitter) et du Parlement européen (+ de 370 000 fans et + de 45 000 Followers) dans les médias sociaux – que le lancement de « newshub », un « live news feeds » de l’ensemble de ces contenus devrait amplifier, plusieurs événements confirment que cette présence revêt un caractère éminemment géopolitique :

  • d’une part, 1 000 nouveaux fans venant du Bahreïn ont utilisés la page Facebook pour lancer un appel au soutien du Parlement européen lors du printemps arabe, mobilisant en retour l’institution pour délivrer un message au peuple bahreïni ;
  • d’autre part, 10 000 commentaires en quelques heures au sujet de la répression du Président Assad en Syrie ont interpellé le Parlement européen pour condamner les bains de sang.

Comment représenter les citoyens à l’âge d’Internet ?

L’enjeu de la communication du Parlement européen pour les élections européennes en 2014 ne consistera pas tant à insister sur l’importance du choix avec une campagne top-down comme en 2009 mais à écouter les conversations – encore que l’institution ne soit pas encore équipée pour y parvenir – afin de répondre aux questions des Européens en matière d’affaires européennes.

Au total, le rôle de gatekeeper filtrant les informations pertinentes – traditionnellement détenu par les eurocrates – est-il en train de s’élargir aux internautes ?

Le Conseil de l’Union européenne : l’institution la plus schizophrénique en ligne

Aurélie Valtat, manager de la communication digitale au Conseil reconnaît que la communication numérique est prise en étau entre la volonté d’ouverture et de transparence qui privilégie la mise en ligne au maximum et les demandes des journalistes de limiter la place du web pour leur permettre de mieux valoriser leur propre activité.

Par ailleurs, la communication du Conseil est également prisonnière de la communication des États-membres, qu’il s’agisse des présidences semestrielles qui ne favorisent pas la continuité ou bien de la communication des gouvernements sur les affaires européennes qui n’est pas linéaire d’un État à l’autre.

Plusieurs solutions sont envisagées, comme par exemple la mise en ligne d’un widget sur les activités du Conseil à utiliser grâce à des filtres par langues et par sujets sur les sites des ministères nationaux dans les États-membres ou encore la création d’un portail pérenne pour les présidences.

@lacomeuropeenne je me rends compte que je n’ai pas dit comment – on travaille à l’idée d’un portail pour les présidences #pdfbrussels

— Aurélie Valtat (@avaltat) May 31, 2012

Voir la présentation « Tapping the potential of member states for communication the EU » d’Aurélie Valtat.

La Commission européenne : l’institution la plus hésitante à communiquer via les médias sociaux

Anne Christensen, web editor dans l’équipe médias sociaux de la DG COMM – encore pour quelques jours seulement – s’est exprimée avec une liberté de parole entière sur les enseignements qu’elle retire de sa propre expérience :

Question inaugurale : combien de communicants européens (la DG COMM compte près de 1 000 fonctionnaires) auraient pu être débauchés pour vraiment s’engager dans des conversations multilingues en ligne ?

Malheureusement très peu, entre la quasi impossibilité de changer les budgets et l’outsourcing quasi systématique des ressources ; à ce jour le chef de l’équipe médias sociaux à été nommé dans une autre DG et Anne Christensen est sur le départ, il ne reste quasiment que les stagiaires…

En plus, très peu de fonctionnaires européens sont des professionnels, experts de la communication et encore moins sont désireux de s’exprimer en leur nom en ligne…

Par ailleurs, l’environnement informatique matériel/logiciel de la Commission européenne est préhistorique et la culture de communication est précautionneuse et bureaucratique, privilégiant des campagnes top-down aux messages 100% maîtrisés à toutes démarches d’écoute et de mesure de l’impact des actions.

Pour autant, ce n’est pas parce les changements ne sont pas perceptibles qu’ils n’ont pas lieu pour autant. Au cours des 2 dernières années, plusieurs réalisations sont à noter :

  • des règles d’utilisation des médias sociaux ont été publiées pour les fonctionnaires européens ;
  • un réseau de communicants utilisant les médias sociaux au sein de la Commission a été institué ;
  • des formations auprès des porte-parole et même des Commissaires ont été menées.

Ce qu’il faut retenir des expériences de communication de la Commission européenne dans les médias sociaux :

  • le multilinguisme est bien, bel et bon en théorie mais en pratique ne marche pas vraiment, sinon par la diversité des canaux ;
  • le grand public est bien, bel et bon en théorie mais en pratique, seuls des publics ciblés sont vraiment touchés ;
  • l’enjeu : apprendre à créer et organiser des contenus attractifs en sachant que la décentralisation des messages rend le travail de programmation et de coordination ardu ;
  • la force de la Commission européenne réside dans la multitude de voix qui peuvent s’exprimer.

En conclusion, les succès et les échecs de la communication de la Commission européenne en matière de web social :

  • succès : plus d’une centaine de fonctionnaires européens utilisent au quotidien des médias sociaux pour communiquer sur des sujets et des publics ciblés + les formations aux médias sociaux sont devenus standards dans les formations proposées aux fonctionnaires européens + le Commissaire européen responsable de l’administration interne discute à la révision des règles régissant les fonctionnaires en utilisant le réseau social interne à la Commission ;
  • échecs : l’infrastructure IT de la Commission décourage l’utilisation de nouveau média sociaux + l’organisation de conversations multilingues est difficile est moins porteur de sens + les médias sociaux sont encore un canal en plus des autres missions des communicants.

Voir la présentation « Social Media #wins & #fails – lessons learned for the EC » par Anne Christensen.

Le web social est sans doute le meilleur outil pour transformer la communication de l’UE à condition de résoudre les enjeux politiques et pratiques, internes aux institutions européennes.

PDFBrussels : quel est l’état de l’espace public européen en ligne ?

Pour la 1e édition du #PDFBrussels – le « Personal Democracy Forum » organisé à Bruxelles le 31 mai dernier – les interventions ont gravité notamment autour des enjeux de l’espace public européen en ligne. L’activité des journalistes européens et de la blogosphère européenne parvient-elle à élargir l’espace public européen en ligne ? Retour sur les temps forts de la journée sur ce sujet…

 

Quasi exclusivement limitées à la « bulle bruxelloise » et aux milieux européens avant l’arrivée d’Internet, les affaires européennes se développent-elles auprès de nouveaux publics grâce à de nouvelles formes d’activités de journalisme en ligne ou de blogging sur l’Europe ?

La bulle bruxelloise et les journalistes auprès de l’UE

L’espace public européen en ligne, c’est la question qui traverse les interventions du 1er panel :

  • Eric Karstens de l’European Journalism Center s’est interrogé sur les manières de former les journalistes non spécialisés au traitement des affaires européennes, notamment par le « data driven journalism » (cf. workshop à Vienne en juin prochain) ;
  • Alexandros Koronakis de New Europe s’est quant à lui interrogé sur les manières de tenter à la fois de devenir le média européen de prédilection où s’expriment tous les acteurs de la bulle bruxelloise (institutionnels, groupes d’intérêt…) tout en défendant une ligne éditoriale indépendante.

 

L’espace public européen en ligne, c’est également un sujet présent dans les échanges du 2nd panel :

  • Joe Litobarski a présenté « Debating Europe », un projet en ligne consistant à recueillir des questions auprès de citoyens, pour les poser à des personnalités européennes et ensuite mettre en ligne des vidéos des interviews (environ 350 à ce jour) en guise de réponses.
  • Aurélie Valtat, du Conseil a confirmé d’une part, que les communiqués de presse étaient moins des outils destinés aux journalistes – quoique les faits y soient présents – que des documents issus d’arbitrages politiques internes à l’institution et d’autre part, qu’une enquête sur les correspondants de presse à Bruxelles va être prochainement publiée en collaboration avec l’Association de la presse internationale (API) à Bruxelles pour confirmer ou invalider la baisse préoccupante constatée en 2010.

La fondatrice de l’API est intervenue en marge pour présenter les évolutions du corps de presse à Bruxelles : moins de journalistes par grands médias (au maximum deux correspondants à l’heure actuelle), plus de journalistes de médias en ligne ainsi que de médias internationaux, notamment chinois.

La modératrice – Teri Schultz de la National Public Radio, la radio américaine la plus écoutée, qui ne dispose toujours pas de bureau officiel à Bruxelles et dont le rédacteur en chef lui avoue : « quand j’entends parler de l’UE, ça m’endort » – estime que le travail de correspondant auprès des institutions européennes ne consiste pas à traiter l’activité de l’UE mais à parler de l’incidence de l’UE sur la vie des gens et à exercer une pression sur les institutions européennes pour plus de transparence, d’ouverture, d’efficacité et de responsabilité.

La bulle bruxelloise et les eurobloggeurs

L’espace public européen en ligne, c’est finalement la clé de l’intervention de Ronny Patz sur l’émergence d’une blogosphère européenne, où doivent être distingués quelques centaines d’eurobloggeurs très bruxellois, centrés sur l’UE et anglophones, des autres acteurs en ligne partout dans l’Europe traitant occasionnellement, sans connexion avec « Bruxelles » de sujets européens. L’enjeu, selon lui, réside dans la capacité à rendre accessible ces sources éparses et multilingues sur des plateformes thématiques traduisant les contenus pour des audiences susceptibles d’interagir.

Le web social est sans doute le meilleur outil pour élargir l’espace public européen à condition de résoudre les enjeux d’inclusion et d’éducation numériques auprès des citoyens européens.