Archives par étiquette : web social

Wiki, curation, open-data et crowd-checking: quelles sont les formes nouvelles de suivre la campagne des élections européennes ?

À J-100 avant les élections européennes et au-delà des moyens de suivre la campagne sur Twitter, le web se mobilise à travers des initiatives inédites autour de wiki, de curation, d’open-data et de crow-checking. Quelles sont les formes nouvelles de suivre la campagne des élections européennes ?

Factcheck.eu : la première plate-forme européenne de crowd-checking

factcheckEUSans aucun doute l’une des initiatives les plus utiles à l’aune de la campagne électorale européenne qui s’annonce, Factcheck.eu vise à mettre en ligne des citations de personnalités politiques, à les traduire et surtout à vérifier « la réalité des chiffres et des faits plutôt que les stéréotypes et les préjugés ».

Sans orientation politique et sans but lucratif, Factcheck.eu s’inscrit dans une tendance à jauger la crédibilité des paroles publiques déjà illustrée en matière européenne lors de la campagne présidentielle française avec Vigie 2012.

Wikipedia : multilinguisme paneuropéen et curation collaborative

Deuxième nœud du web à signaler autour de la campagne des élections européennes, les pages Wikipedia consacrées aux élections européennes de 2014, dont l’activité est une indication intéressante :

Sondages et projections en sièges en ligne : curation et open-data sur les intentions de votes

Grâce à Electionista, il est d’ores et déjà possible de consulter un Google Document qui rassemble l’ensemble des sondages d’intention de votes réalisés dans les Etats-membres de l’UE. Une initiative plutôt utile, complétée d’ailleurs par une liste des comptes Twitter de tous les partis présentant des candidats dans l’UE.

pollwatch2014Grâce à PollWatch2014.eu et @pollwatch2014, il sera bientôt possible de consulter des projections de la future répartition des sièges dans le Parlement européen.

Au total, avec tous ces outils offrant le meilleur des nouvelles formes de suivre la campagne des élections européennes, l’information – à défaut d’être connue du grand public – sera plus que jamais accessible et transparente.

Engagement des fans : benchmark des meilleures pages Facebook sur l’Europe

Au-delà du stock de fans – un repère souvent pris en compte pour comparer des pages Facebook – le flux des conversations – un critère plus fluctuant – permet à un moment donné de calculer le taux d’engagement, en rapportant les conversations au nombre de fans. Alors qu’en est-il du taux d’engagement des pages Facebook sur l’Europe ?

Match entre les institutions européennes remporté par la Commission européenne

Tandis que la page Facebook du Parlement européen s’apprête à franchir le million de fans avant les élections européennes (938K aujourd’hui), c’est la page de la Commission européenne qui recueille en ce moment le taux d’engagement le plus élevé à plus de 7% – un score plus élevé que l’engagement de la page des Nations Unies (4%) par exemple.

european_parliament

Actuellement, le niveau d’engagement de la page du Parlement européen (1,5%) est comparable à l’engagement de la page Facebook du Conseil de l’UE – l’institution la moins visible auprès du grand public.

european_commission

Jeu inégal des campagnes de communication de l’UE sur Facebook

Entre les différentes campagnes de communication de l’UE, l’engagement sur Facebook est très inégal entre l’engagement le plus considérable de la page « Unstoppable » (30%) incitant les Européens à arrêter de fumer et l’engagement le plus réduit de la page « Generation Awake » (0,2%) au sujet de la « consommation intelligente ».

unstoppable

generation_awakeLes Représentations de la Commission plus engageantes que les Directions Générales

Disposant de communautés plus réduites, car pour la plupart les pages sont plus récentes ; les Représentations de la Commission européenne dans les Etats-membres semblent pourtant générer un taux d’engagement plus important que les pages plus anciennes et disposant d’une communauté plus vaste des principales directions générales de l’institution.

benchmark_engagement_facebook

A titre d’exemple, sur la base d’une mesure forcément très circonstancielle, l’engagement des pages de la Commission en France et en Espagne est proportionnellement plus élevé que sur les pages « historiques » (Social Europe, DG ECHO, European External Action Service).

Au total, la règle paradoxale qui frappe l’engagement sur Facebook des pages sur l’Europe tend à une baisse des conversations à mesure que la communauté des fans s’élargit.

Quels sont les publics du discours sur l’état de l’Union européenne de Barroso ?

Dans l’indifférence quasi générale, le président de la Commission européenne a prononcé, hier, le désormais traditionnel discours sur « l’Etat de l’Union européenne ». Après l’année de la nouveauté en 2010 et des problématiques de communication spécifiques liée à la visibilité pour le 2e et l’interactivité pour l’année dernière, 2013 pose la question des publics du discours sur l’Etat de l’Union européenne.

Discours sur l’état de l’Union européenne destiné aux eurodéputés ? Pas vraiment

Première hypothèse, le discours étant prononcé dans l’hémicycle du Parlement européen, les députés européens en seraient donc le public destinataire principal. Pourtant, ce n’est pas vraiment le cas puisque selon le journaliste à LCI Hughes Beaudouin, sur un total de 766 eurodéputés, seule une centaine était présente dans l’hémicycle strasbourgeois hier matin.

Au terme du 2e mandat de José Manuel Barroso à la tête de la Commission, les eurodéputés semblent accorder peu d’intérêt au discours annuel de rentrée.

Discours sur l’état de l’Union européenne destiné au grand public ? Pas davantage

S’agit-il alors d’un discours retransmis en direct par les télévisions européennes et suivi en ligne par les Européens ? Pas davantage, même s’il faut bien reconnaître que le rendez-vous s’est installé dans l’eurosphère, avec cette année des résultats sensiblement équivalents à l’année dernière (environ 10K de tweets utilisant #SOTEU, dont de nombreux comptes de l’UE et une place en trending topic mondial en début de matinée).

L’enthousiasme du public est effectivement mesuré lorsque l’on regarde les tweets – relativement interchangeables d’une année à l’autre – publiés par le compte de Barroso et leurs retweets plutôt limités :

 

Discours sur l’état de l’Union européenne destiné aux journalistes ? Oui, un peu

Cette hypothèse pourrait être plus sérieuse dans la mesure ou la plupart des journalistes spécialisés dans les affaires européennes suivent, par devoir professionnel, ce rendez-vous annuel.

Mais pour autant, le discours est tellement calibré, avec des petites phrases prévues pour frapper les esprits qu’il ne répond pas aux attentes des journalistes : du fond, des annonces, des initiatives et un agenda législatifs.

En outre, l’absence de traduction dans toutes les langues officielles de l’UE indisponible immédiatement après le prononcé est problématique pour le travail des journalistes qui ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Discours sur l’état de l’Union européenne destiné aux insiders ? Oui, beaucoup

En fait, les publics captifs qui s’intéressent vraiment au discours sur l’état de l’Union européenne semblent correspondre à la foule des fonctionnaires européens et des groupes d’intérêts. Logiquement, ce sont ceux qui ont des choses à dire à Barroso qui le lui disent à l’occasion de ce discours annuel, dont ils savent qu’ils auront son attention à cette occasion.

Euractiv estime que « le hashtag #AskBarroso (…) a surtout été utilisé par des lobbys ou des fonctionnaires européens… et snobé par les électeurs ». « Une grande partie de l’activité sur Twitter provient de fonctionnaires des institutions européennes ou d’entités proches du milieu européen. » Seuls « « plusieurs centaines de vrais citoyens » ont posé des questions.

Transparency International illustre également l’intérêt des ONG en retournant la petite phrase de Barroso sur l’UE qui a besoin d’être « big on big things » pour regretter l’absence d’engagement dans la lutte contre la corruption.

Au total, le discours sur l’état de l’Union européenne s’est en quelque sorte routinisé, en s’installant dans le paysage comme un nouveau dispositif d’interactivité en ligne entre le président de la Commission et le milieu européen.

Benchmark de la communication des groupes politiques du Parlement européen sur Twitter

Alors que la prochaine campagne électorale européenne se dessine à l’horizon et que Twitter constitue le terrain de chasse idéal pour les affaires européennes, quel est l’état des forces en présence ?

Bilan synthétique du benchmark des groupes politiques parlementaires européens sur Twitter

Tandis que la communauté la plus importante (en nombre de followers) et la plus engagée (en nombre de mentions) revient au groupe du parti populaire européen (PPE), l’amplification maximale des messages (en moyenne de retweets) et la communication directe la plus ouverte (en nombre de conversations) appartient au groupe des Verts. Le groupe des sociaux-démocrates (S&D) se situe au milieu de ce palmarès avec la seconde communauté, la seconde capacité d’amplification et le meilleur tweet viral (40 retweets).

Au-delà des trois premiers groupes politiques qui se détachent nettement, le groupe de l’alliance des libéraux et démocrates (ALDE) se distingue en étant le plus ancien et somme toute assez actif avec 2 tweets par jour en moyenne et une communauté de 6,4K followers.

Suivent dans le trio de fin les groupes plus à la marge de l’hémicycle, moins actifs et de moindre importance sur Twitter : le groupe des conservateurs et réformistes européens (ECR), le groupe confédéral de la gauche unitaire européenne / gauche verte nordique (GUE/NGL) et le groupe « eurosceptique » de l’Europe de la liberté et de la démocratie (EFD).

Quelques caractéristiques transcendent tous les comptes Twitter des groupes politiques du Parlement européen, telles que la prépondérance des followers masculins (de 63% « seulement » chez les Verts à 75% chez les sociaux-démocrates) et leur provenance principale de Bruxelles (de seulement 16% chez les sociaux-démocrates à 33,7% pour les libéraux).

Par ailleurs, la qualité internationale des groupes politiques est largement reconnue puisque les followers proviennent en général de 51 à 60 pays différents pour tous les comptes, hormis le plus réduit qui ne compte qu’environ 500 followers.

Enfin, entre l’activité de publication (tweets avec des liens) et l’activité de conversation (tweets avec des mentions d’autres comptes), la tendance est très largement en faveur d’une communication à sens unique avec peu d’interactions, qu’il s’agisse de comptes de députés européens (pourtant nombreux à être sur Twitter) et à fortiori de citoyens européens.

@EPPGroup : la communauté la plus importante

@EPPGroupLe PPE dispose d’une correspondence numérique frappante en étant à la fois le plus large groupe politique en nombre de députes européens et en nombre de followers avec 12,4K followers.

Le compte est très actif avec 4 tweets par jour en moyenne, une amplification importante de 121 Retweets pour 100 tweets publiés, une conversation relativement plus faible mais parmi les plus importante avec 24 mentions tous les 100 tweets et 10 liens par semaine, provenant majoritairement epp.eu et eppgroup.eu.

@TheProgressives : le numéro 2

@TheProgressivesLe compte du groupe politique des sociaux-démocrates au Parlement européen se situe en 2e position avec la 2e plus importante communauté (11,3K followers), une activité forte de 4 tweets par jour, une amplication importante de 194 retweets pour 100 tweets et un partage de 10 liens par semaine, issus en particulier de relaunchingeurope.eu et socialistsanddemocrats.eu.

@GreensEP : le plus conversationnaliste

@greensEPSur Twitter, les Verts européens sont le 3e groupe politique du Parlement européen – une bonne position d’autant plus que c’est le dernier compte créé en août 2010 – avec une importante communauté (7,7K de followers), une forte amplification de 233 retweets pour 100 tweets, une conversation élargie avec 34 autres comptes et un partage de 3 tweets par jour et 9 liens par semaine en moyenne provenant de greens-efa.eu, greenmediabox.eu, belo-monte.greens-efa.eu, yeswestop.eu, stop-us-negotiations.eu et virtualpride.eu.

@ALDEgroup : le plus international

@ALDEgroupPositionné en 4e position sur Twitter, le groupe politique des libéraux au Parlement européen est dans une position charnière après le trio de tête et avant le trio de queue. Les 6,4K followers sont issus de 60 pays différents et relaient dans un moindre dynamisme (amplification de 134 retweets pour 100 tweets) les 2 tweets par jour et 3 liens par semaine issus de alde.eu, europarl.europa.eu, un.org, theguardian.com, bbc.co.uk.

@ecrgroup

@ecrgroupLe groupe politique au Parlement européen des conservateurs se positionne en 5e position sur Twitter avec une communauté comparativement moyenne de 3,8K de followers, une amplification moyenne de 132 retweets pour 100 tweets, une interactivité moyenne et une publication de 1,4 tweets par jour et 3 liens par semaine provenant de youtu.be, ecrgroup.eu, vimeo.com et facebook.com.

@GUENGL

@GUENGLLe groupe confédéral de la gauche unitaire européenne / gauche verte nordique au Parlement européen se positionne en avant dernière position avec 2,5K de followers, une amplification réduite de 72 retweets pour 100 tweets, une publication faible de 0,7 tweets par jour et de 3 liens par semaine issus de guengl.eu, europarl.europa.eu, facebook.com et europarltv.europa.eu.

@EFDgroup

@EFDgroupLe dernier groupe politique du Parlement européen sur Twitter correspond à la droite souverainiste qui n’a publié que 25 tweets et ne possède que 525 followers.

Au total, le benchmark des comptes Twitter des groupes politiques au Parlement européen laisse-t-il prêter à cet indicateur une quelconque valeur prédictive ?

Série d’été : quid de la communication numérique européenne ?

L’été est une période plus calme qui invite à prendre un peu de hauteur et permet de passer un peu plus de temps sur des sujets de fond. Quoique le paysage numérique soit en constante recomposition, il est frappant de constater que la communication numérique européenne atteint une relative maturité.

Démocratisation croissante de l’Internet et déficit démocratique persistant de l’UE

Quoique la communication numérique, en particulier dans le web social se soit imposée – plus ou moins – au sein des institutions européennes, l’UE ne semble pas en mesure de tirer bénéfice des nouveaux pouvoirs des internautes dans l’accès, la production et la circulation de l’information pour réduire son propre déficit démocratique.

Quelques soient les (r)évolutions issues de la démocratisation de l’Internet, l’UE ne semble pas parvenir à réduire son déficit démocratique :

  • Massification des capacités d’expression des citoyens sur les médias sociaux vs. quasi-inexistence de l’Europe dans ce nouvel « urbanisme numérique » ;
  • Mobilisation de masse des citoyens vs. incapacité de l’UE à mobiliser en ligne (cf. les initiatives citoyennes européennes) ;
  • Culture de la transparence et de la vérification vs. Culture bureaucratique et communication institutionnelle top-down de l’UE ;
  • Du online au offline vs. sociabilités européennes orientées et concentrées sur Bruxelles.

Tendances, fantasmes et réalités des médias sociaux pour communiquer sur l’Europe auprès des citoyens

Quoique la possibilité que l’UE puisse directement communiquer massivement auprès des citoyens européens soit contredite par une réalité, qui se caractérise par une relative maturité des usages numériques européens dorénavant, le fantasme d’une communication numérique européenne grand public est quasi magique et fait l’objet d’incantations renouvelées à l’approche des élections européennes.

Pourtant, l’observation attentive et régulière des comptes dans les médias sociaux des institutions européennes invitent à un jugement équilibré :

  • Tendance n°1 : croissance régulière des locuteurs et des caisses de résonance – La principale caractéristique de la « toile » de la Commission européenne dans les médias sociaux réside dans son expansion ;
  • Tendance n°2 : engagement inégal des communautés – Sur un plan qualitatif, l’engagement du public est très inégal selon les différents locuteurs européens ;
  • Tendance n°3 : importance des communautés d’intérêt – La qualité des contenus publiés prend le pas sur la quantité. Les sources qui disposent d’une communauté destinatrice homogène sont les plus susceptibles d’obtenir des résultats significatifs.

L’opinion publique européenne interrogée via les Eurobaromètres confirme que les médias sociaux sont à la fois une solution très partielle pour informer les citoyens sur l’UE et une activité très limitée pour que les citoyens participent aux affaires européennes.

Certes, il ne faut pas en conclure que les médias sociaux sont inutiles et dérisoires pour communiquer sur l’Europe auprès des citoyens. Mais, il est clair qu’une juste place – à affiner en fonction des sociétés en Europe – doit leur être accordée pour sensibiliser le grand public aux affaires européennes.

Les médias sociaux ont une fonction précise et utile dans la communication européenne, que l’on peut ainsi résumer :

  • Twitter pour communiquer auprès des « opinion formers & leaders » (journalistes, eurobloggers, think tanks) ;
  • Facebook et tout le web social du rich media (Youtube, Flickr, Instagram, Pinterest…) pour communiquer auprès des « entrepreneurs de la cause européenne » (militants, associations , ONG…) ;
  • Plateformes communautaires et réseaux sociaux sur mesure pour communiquer avec les acteurs décentralisés de l’action publique européenne (gestionnaires de fonds ou de projets européens).

Auprès de publics spécifiques à l’UE – les acteurs de l’information, les « entrepreneurs de la cause européenne » et les acteurs décentralisés de l’action publique européenne – les médias sociaux sont des outils de communication pertinents et efficaces.

Humour, fail et communication numérique européenne

Autre fait marquant de la communication numérique européenne, la propension pour tenter de sensibiliser le grand public à des enjeux d’intérêt général à jouer de l’humour ou de la surenchère en ligne au risque de provoquer des polémiques.

Le paradoxe de la communication numérique européenne ne fait que se renforcer :

  • Soit, les institutions européennes se comportent telles qu’il est attendu qu’elles le fassent et c’est l’indifférence et l’incapacité à toucher le moindre public ;
  • Soit, les institutions européennes s’émancipent de l’étiquette et alors le contact s’établit avec les citoyens de base, mais alors au péril de certaines convenances, tantôt légitimes, tantôt prétexte à faire taire l’Europe.

Au total, la relative maturité de la communication numérique européenne se fonde sur une normalisation des excès tant du côté des tenants d’une communication numérique européenne potentiellement accessible à tous – ce qui n’est pas encore prouvé – que de ceux dans les institutions européennes qui tentent en vain de se sortir du piège d’une inadéquation persistante entre UE et web social.