Comment conceptualiser l’espace public européen en ligne ?

Dans le débat sur comment définir l’espace public européen en ligne, récemment mené par Ronny Patz dans « The illusion of the EU bubble and the discovery of the EU foam » et Mathew Lowry dans « Defining the Bubble from different perspectives », plutôt que de reprendre les notions : communautés d’idées/d’intérêts, bulles connectées ou juxtaposées et européanisation des bulles nationales vs. transnationalisation de la bulle bruxelloise, utilisons le concept d’espace public développé par Erik O. Eriksen…

Définition de l’espace public et des espaces publics « général, segmenté ou fort »

Dans un papier « Conceptualizing European Public Spheres – General, Segmented and Strong Publics », Erik O. Eriksen définit les notions de la manière suivante :

  • Un espace public est un lieu social créé lorsque des individus délibèrent sur des préoccupations communes, et créant une relation entre des intervenants et une audience.
  • Dans une perspective démocratique, le débat public vise à la formation d’une opinion publique, qui est la base de toute décision collective.

En fonction des possibilités de formation d’une opinion publique et des formes de prise de décision politique, plusieurs types d’espaces publics peuvent êtres définis :

  • espace public général : ce sont des espaces de communication au sein de la société civile dans lesquels tous citoyens peuvent participer sur une base libre et égale afin de délibérer en étant soumis aux seules contraintes de la raison ;
  • espace public transnational et segmenté : ce sont des espaces qui évoluent autour de réseaux liés à des politiques publiques et constitués par une sélection d’acteurs ayant un intérêt commun sur certains problèmes et solutions ;
  • espace public fort : ce sont des espaces légalement institutionnalisés et réglementés où se tiennent des discours spécialisés sur la formation collective d’une décision au sein du centre politique.

Quid des espaces publics européens ?

Selon Erik O. Eriksen, en Europe, un débat public commun – sur des mêmes thèmes et des critères de pertinence – n’est pas réalisable :

  • Certes, il y a un espace potentiel pour la création d’une identité collective par le biais de quelques médias paneuropéens, sur la base de l’anglais comme lingua franca.
  • Mais, il y a un long chemin entre le genre de débat et de diffusion de l’information ayant lieu aujourd’hui en Europe et le genre de délibération publique nécessaire pour former une opinion collective et une décision collective.

En d’autres termes, il n’existe pas d’espace public européen au sens d’espace public général. De même, un espace public européen au sens d’espace public fort existe de manière extrêmement réduite, en se limitant au seul centre bruxellois.

Erik O. Eriksen poursuit en considérant que les mass-média facilitant de véritables débats publics propices à la négociation collective de la décision publique font dans une large mesure défaut au niveau européen.

Cependant, il y a des espaces publics transnationaux formés à partir des réseaux de l’UE. Ces communautés sont constituées sur la base d’intérêts communs et de thématiques spécifiques qui fluctuent et font ainsi grandir et rétrécir le réseau.

Autrement dit, il existe bien un espace public européen compris comme espace public transnational et segmenté. La capacité d’homogénéiser le discours public européen est plutôt limité. L’espace public européen est actuellement très fragmenté et en constante évolution.

À la place du peuple souverain, il y a le bruit de communications anarchiques et pluralistes.

Les espaces publics européens à l’heure du web social, des communautés en ligne et de la démocratie participative

Pour Erik O. Eriksen, l’espace public européen est devenu polymorphe et polyphonique. Dans l’UE, il y a, certes, des traces d’espaces transnationaux dans lesquels tous les citoyens de l’UE peuvent (potentiellement) participer, mais il y a surtout des preuves plus saillantes d’espaces publics segmentés évoluant autour des réseaux institutionnels européens.

Ce constat ne peut être que renforcé à l’heure actuelle. En parallèle et en complément des espaces publics segmentés, formés par des réseaux d’acteurs liés par des politiques publiques européennes, coexistent avec des communautés en ligne d’acteurs liés par des centres d’intérêt à caractère européen.

En règle générale, Erik O. Eriksen estime que l’existence de publics plus nombreux favorise la démocratie en améliorant la participation populaire dans la formation de l’opinion publique, plus il y a des publics, plus le débat et la critique progressent et moins il y a d’exclus et de sujets non abordés :

  • plus de publics contribue à critiquer et à déconstruire les « vérités » hégémoniques et les consensus dominants et force les décideurs à fournir des justifications plus convaincantes.
  • plus les publics fournit donc plus de véhicules de démocratisation et plus de possibilités pour tester la légitimité du pouvoir.

Sous cet angle, les « bulles » européennes en ligne – qu’elles soient peu connectées ou souvent juxtaposées ; qu’elles soient trop nationales ou pas assez transnationales – sont autant de publics qui participent de l’amélioration de la démocratie européenne.

Toutefois, poursuit Erik O. Eriksen, lorsque les réseaux de délibération dans des espaces de communication sont considérés comme exhaustifs de la doctrine démocratique, il y a un renoncement à l’idée de gouvernement par le biais du public, par le raisonnement collectif. Dans les sociétés modernes, c’est la loi qui établit l’unité : la participation au processus législatif constitue l’identité collective. Ce qui entrave la démocratie au niveau européen aujourd’hui, c’est l’absence d’une identité commune fondée sur le droit et de la possibilité pour un discours transnational.

Là encore, l’espace public européen en ligne peut certes contribuer à une meilleure démocratie délibérative en Europe mais ne peut pas réaliser la démocratie participative de l’UE, sans que la loi européenne unifie discours et pratiques.

Conclusion : ce qui fait défaut à l’UE, c’est qu’il n’y a pas un espace public européen unique.

La démocratie participative européenne en procès ?

Lors d’une journée d’étude à l’EHESS sur des « Regards croisés sur les critiques de la participation » en mars dernier, Christophe Bouillaud, professeur de science politique à l’IEP de Grenoble est intervenu sur l’impératif participatif citoyen dans la crise économique européenne ; ou quand la démocratie participative européenne est en procès…

La crise, éteignoir de la démocratie participative dans l’UE

La « démocratie participative » définie comme « ensemble de procédures qui permettent aux citoyens sans médiation d’exprimer directement leur voix » est presque totalement absente dans le déroulement de la crise européenne jusqu’à ce jour.

Pour Christophe Bouillaud, « les instances européennes semblent avoir pour objectif de ne pas avoir à organiser de consultation populaire. (…) Les décisions prises sont le fruit de cénacles restreints » sans aucune consultation large du public.

Autrement dit, « la situation présente de l’Union européenne montre une évolution exactement inverse de celle qui verrait une participation directe plus grande des citoyens aux grandes décisions économiques qui les concernent ».

La démonstration est implacable pour illustrer le « business as usual » des procédures démocratiques représentatives traditionnelles, au détriment des dispositifs de démocratie participative :

« A presque aucun moment, les décisions de politiques publiques ne sont soumises, même à un semblant de discussion ouverte aux citoyens ordinaires, en dehors des campagnes électorales habituelles. »

« Par ailleurs, surtout au sein de l’Union européenne, le primat des exécutifs nationaux dans la décision semble encore se renforcer lors de la crise. Le Conseil européen devient largement le seul lieu de décision « démocratique » – les Parlements nationaux sont priés de suivre ce que leur gouvernement a acté dans ce cénacle. »

« Finalement, le plus remarquable, à regarder les choses froidement, c’est qu’il ne se passe pas grand chose. Les élections provoquent des alternances sans heurts, la rue ne gouverne pas, les référendums sont aussi rares qu’auparavant. Ni révolution par les urnes, ni révolution par la rue, ni même apothéose de la « démocratie participative ». »

La démocratie participative, un dispositif pour « beau temps » ?

La conclusion de Christophe Bouillaud est sans appel : « Le très classique « no taxation without representation », qui détermine sur la longue période la primauté de la démocratie représentative sur les affaires économiques, fonctionne encore fort bien. »

« La crise économique permet une réaffirmation du TINA « There is no alternative » habituel, c’est une des formes les plus radicales de refus de toute participation populaire à la décision publique – sauf celle qui consiste à reconnaître la « vérité des faits ». Puisque la vérité existe, la seule bonne chose que le peuple puisse faire, c’est de l’accepter. »

Un point de vue qui n’est pas sans rappeler les critiques d’Éric Dacheux dans « L’impossible défi. La politique de communication de l’Union européenne » sur une construction européenne souvent présentée comme « inéluctable » par les États. La tactique de l’inéluctable consistant à présenter la construction européenne comme la seule possibilité des peuples de l’Europe, l’aboutissement inévitable d’un cheminement continu vers une Europe unie et indivisible.

« User du terme de « démocratie participative », qui suggère que les simples citoyens pourraient avoir voix au chapitre dans la décision publique contemporaine, risque fort de nous égarer gravement sur le fil de l’histoire en cours en ce que terme même indique que ces derniers pourraient avoir éventuellement quelque chose à proposer en matière de choix collectifs. »

Sinon, le déficit démocratique de l’UE se porte bien.

Quelles sont les pratiques d’information et de communication dans le web social des acteurs européens ?

Dans le prolongement de deux études régulières portant sur les usages numériques des acteurs bruxellois :

  • 2e « the European Parliament Digital Trends survey » de Fleishman-Hillard Bruxelles réalisée en 2011 auprès d’un échantillon de 120 euro-députés ;
  • 3e « Capital Staffer Index » de Edelman réalisée en 2011 auprès de plus de 500 collaborateurs parlementaires à Washington DC, Bruxelles, Paris, Londres, Berlin, Pékin…

une nouvelle enquête « EU Digital Pulse » réalisée auprès des principaux acteurs européens (eurodéputés, collaborateurs parlementaires, fonctionnaires de la Commission ou d’agences, ONG européennes, journalistes européens…) vient de paraître. Quelles sont les principaux enseignements ?

Pratiques en matière d’information : très forte concentration autour de quelques titres de la presse anglo-saxonne ou spécialisés sur l’UE

Les pratiques des acteurs européens en matière d’information sont particulièrement concentrées autour de 5 sources anglosaxonnes ou spécialisées sur l’UE :

  • la BBC est la source la plus fréquemment citée auprès de tous les acteurs au sein des institutions européennes ;
  • le Financial Times et The Economist sont également très répandus auprès de la plupart des acteurs, en particulier les think tanks, les milieux académiques et les journalistes ;
  • Euractiv et European Voice – deux sources spécialisées sur l’UE – sont également très lus, notamment dans les associations professionnelles et les ONG.

Pratiques en matière d’information dans le web social : très forte utilisation de Wikipedia et Youtube chez l’ensemble des acteurs européens

Deux médias sociaux sont largement utilisés par l’ensemble des acteurs européens :

  • Wikipedia est le plus régulièrement utilisé : 67% des « influenceurs bruxellois » fréquentent la plateforme sur une base quotidienne ou hebdomadaire de même que 61% des eurodéputés ;
  • Youtube est également un réseau très répandu : 67% des eurodéputés et 41% des influenceurs (sur la même base).

La première recommandation de l’enquête porte donc sur une surveillance active et engagée de Wikipedia pour faire en sorte que « son » organisation et « ses » questions de politique clés soient présentés d’une manière qui soient factuellement correct, intéressant et pertinent.

Pratiques en matière de communication dans le web social : très légère distinction entre Twitter, Facebook et LinkedIn chez les acteurs européens

Les usages des principaux réseaux sociaux Twitter, Facebook et Linkedin sont davantage discriminés :

  • les eurodéputés utilisent très fréquemment Facebook (70%) loin devant Twitter (35%) et LinkedIn (20%) ;
  • les influenceurs – en revanche – utilisent moins fréquemment Facebook (39%) et Twitter (23%) mais davantage LinkedIn (35%).

Twitter est un réseau social particulièrement discriminant :

  • c’est le réseau social le plus utilisé par les journalistes et les think tanks ;
  • 60% des eurodéputés nés après 1960 utilisent Twitter fréquemment (quotidienne ou hebdomadaire), contre seulement 5% de ceux nés avant 1950 ;
  • seulement 6% des « communicants » de la Commission et 4% des agences de l’UE utilisent Twitter quotidiennement ou hebdomadairement.

Deux recommandations de l’enquête concluent :

  • d’une part, avec la prééminence de Facebook comme outil de choix des eurodéputés pour communiquer, ce réseau social devrait être davantage privilégié par les autres parties prenantes pour atteindre les eurodéputés en ligne. L’enquête évoque à ce sujet une occasion manquée pour les lobbyistes…
  • d’autre part, quoique l’utilisation de LinkedIn soit faible chez les eurodéputés, ce réseau social est adapté pour cibler les influenceurs bruxellois, en particulier les représentants des associations d’entreprises, d’ONG, de think tanks ainsi que les universitaires et les journalistes.

Ainsi, tandis que les pratiques en matière d’information via les médias traditionnels (anglo-saxon pour la plupart) ou les médias sociaux (Wikipedia tout particulièrement) sont très homogènes, les usages en matière de communication dans le web social des acteurs institutionnels européens sont plus segmentés.

« Rencontrez l’Europe » : une plateforme communautaire de la société civile sur l’Europe en France

Lors de la journée de l’Europe, Touteleurope, avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères et européennes et de la Commission européenne, a lancé « Rencontrez l’Europe« , une plateforme communautaire autour de l’activité de la société civile sur l’Europe en France…

« Rencontrez l’Europe » : quel but et quels moyens ?

Quel est le but ?

  • Permettre aux citoyens de s’informer des événements européens qui se déroulent près de chez eux ;
  • Permettre également aux acteurs de la société civile d’échanger, et de mettre en place des actions communes ;
  • En somme, rassembler idées et projets et créer des synergies communes.

Quels sont les moyens ?

  • Un « Agenda » recensant tous les événements en lien avec l’Europe des organisations en France de la société civile (associations, fondations, think tanks… déjà 450 organisations référencées) ;
  • Un espace « Débat », lieu d’échanges avec les citoyens ;
  • Un espace « Société Civile » où ces organisations peuvent présenter leurs activités ;
  • Un espace « Membres » réservé aux organisations pour « créer des synergies entre eux, par exemple autour de l’organisation d’un événement et éventuellement réfléchir à des initiatives communes », selon la page de présentation.

« Rencontrez l’Europe » : quelles clés de succès et quels facteurs de risque ?

Selon la typologie établie par le livre blanc sur « les communautés de marque », la plateforme « Rencontrez l’Europe » correspondrait à une « communauté de pairs » autour de leur activité sur l’Europe en France, qui trouverait comme principal bénéfice « les solutions pour mieux vivre leur propre condition ».

Les clés du succès identifiées pour ce type de plateforme semblent bien prises en compte :

  • d’une part, le point commun des membres de cette communauté de « pairs » est particulièrement fort : l’activité et la volonté de mieux faire connaître l’Europe en France ;
  • d’autre part, leurs difficultés à résoudre dans leur quotidien sont effectivement nombreuses : l’exiguïté des moyens pour agir et la visibilité réduite dans les médias et en ligne auprès du public.

Les facteurs de risque pour ce type de plateforme s’avèrent en revanche plus problématiques :

Premier facteur de risque, ne pas bien identifier les vraies attentes. En l’occurrence, l’attente la plus pressante de la société civile exerçant dans les affaires européennes en France est-elle tournée vers une meilleure organisation interne ou bien plutôt vers une meilleure communication externe ? « Rencontrez l’Europe » ne risque-t-elle pas de toucher des cibles acquises plutôt que de conquérir de nouveaux publics ?

Second facteur de risque, ne pas offrir des services et des fonctionnalités qui répondent aux besoins et aux usages. En la matière, la limite la plus criante de la plateforme est de ne proposer aucune ouverture aux autres espaces du web :

  • ni possibilité de liker, twitter ou partager les contributions de la rubrique « Société civile » alors qu’il s’agit du meilleur moyen de disséminer les contenus auprès des internautes aujourd’hui ;
  • ni possibilité d’exporter (sauf RSS exhaustif) ou de personnaliser des entrées de l’agenda pour les inscrire dans son propre agenda (Outlook, Google, iOS, Android…).

Au total, l’idée de rassembler la communauté de « pairs » de ceux qui travaillent sur les questions européennes en France apparaît comme une excellente idée, sur le papier. La plateforme communautaire « Rencontrez l’Europe » parviendra-t-elle à les motiver et à créer de la valeur ajoutée pour les fidéliser ?

Initiative citoyenne européenne : qui détient le pouvoir de cet outil de lobbying ?

Après l’entrée en vigueur des initiatives citoyennes européennes (ICE) le 1er avril dernier, la première ICE « Fraternité 2020 – Mobility. Progress. Europe. » a été présentée par la Commission européenne à l’occasion de la journée de l’Europe. Indice ou symptôme, que révèlent les premières ICE ?

Initiative citoyenne européenne : un nouveau pouvoir pour instrumentaliser les citoyens entre les mains de la Commission européenne

Seule institution européenne ne disposant pas d’une légitimité issue directement des citoyens (comme le Parlement européen avec l’élection) ou indirectement (comme le Conseil de l’UE avec les gouvernements représentatifs), la Commission européenne se voit octroyer un nouveau pouvoir « civique » avec le droit d’initiative citoyenne.

En principe, l’ICE est conçue pour permettre aux citoyens de faire entendre leur voix entre les élections et d’accroître la légitimité du processus décisionnel européen en incluant une capacité de pression des citoyens sur les initiatives de la Commission.

En pratique, l’ICE risque de devenir un nouvel outil à la disposition de la Commission européenne pour exercer une nouvelle forme de pression sur les autres institutions européennes au nom des citoyens, ayant réussi à réunir 1 million de signatures sur une proposition.

Maîtrisant intégralement la procédure : du contrôle ex ante des ICE autorisées à l’opportunité ex post de décider ou non de donner une suite, la Commission européenne semble la grande bénéficiaire de cette nouvel instrument de « démocratie participative ».

Initiative citoyenne européenne : un nouveau cauchemar dans la société civile pour organiser l’expression des citoyens

Face aux multiples risques de la procédure tant en raison de la mainmise de la Commission que de la difficulté à agir sur une année, en respectant à la fois les quotas par pays et les contraintes sur la qualité des signatures, les organisations de la société civile risquent de réfléchir à deux fois avant de se lancer dans une ICE.

Seuls les acteurs disposant à la fois d’une cause populaire et des ressources suffisantes pour réaliser la campagne de collecte des signatures – donc des ONG internationales ou des entreprises multinationales – se lanceront dans une « vraie » ICE.

D’autres acteurs moins dotés désireux de renforcer leur réseau européen en trouvant de nouveaux partenaires ralliés à la cause de leur ICE ou de mener une campagne de notoriété auprès des parties prenantes européennes sans forcément s’assurer du succès de la collecte des signatures se lanceront dans l’ICE.

Au total, les ICE n’apparaissent vraiment pas comme un nouvel instrument d’empowerment des citoyens, tout au plus, un nouvel outil de lobbying discriminant tant les obstacles à surmonter sont nombreux.

Comment renverser les initiatives citoyennes européennes pour en faire un moyen de pression sur la Commission ?

Bruno Kaufmann dans « Europe Day: Hard challenges, soft democracy » décrypte le vice des premières ICE à la fois trop lyriques et europhiles et en même temps très compatibles avec les intentions de la Commission :

Initiative proposals like “Fraternité 2020” and the upcoming “Right to Water” and “Let me Vote” are still very much an immature way of using the new instrument. They do not concern tough legislative proposals but address the Commission in a old-style petition manner. Such initiatives are not challenging. There is nothing new in it and nothing which opposes current policies.

Traduction : Les propositions des ICE, comme « Fraternité 2020 », « Droit à l’eau » et « Laissez-moi voter » sont encore très immatures dans la façon d’utiliser le nouvel instrument. Il ne s’agit pas de propositions législatives difficiles, mais d’une adresse à la Commission à la manière des pétitions à l’ancienne. De telles initiatives ne donnent aucun défi à la Commission. Il n’y a rien de nouveau et rien qui s’oppose à des politiques actuelles.

Plutôt que de s’adresser à l’idéalisme de jeunes Européens motivés sur le continent et de faire plaisir à la Commission avec des propositions qui auraient pu être envisagées en interne, les organisateurs d’ICE doivent proposer des sujets qui touchent la vie quotidienne des citoyens et qui ambitionnent de faire évoluer la législation européenne.

Ainsi, face à une initiative citoyenne européenne prétendument capable d’empowerment selon la Commission européenne, les organisateurs doivent plutôt viser l’enlightment des citoyens européens.