Archives de catégorie : Opinion publique européenne

Billets sur l’opinion publique européenne

Série d’été : les citoyens et l’Union européenne, « it’s complicated »

Lacomeuropéenne prend ses quartiers d’été et propose une rétrospective des principales contributions de l’année sur les grands enjeux de la communication de l’Union européenne. Aujourd’hui, focus sur les citoyens et l’Union européenne…

L’opinion publique européenne à la croisée des chemins

 

Les premiers résultats de l’enquête Eurobaromètre semestrielle de l’automne 2014 réalisée quelques semaines après la nomination de la nouvelle Commission européenne invitent à l’UE à transformer l’essai…

Traits de l’opinion publique européenne :

  • L’image de l’Union européenne continue de s’améliorer
  • La confiance dans l’Union européenne augmente
  • L’optimisme pour le futur de l’UE est stable
  • Ma voix compte un peu moins qu’à la veille des élections européennes
  • La citoyenneté européenne soulève des attentes fortes

Les indicateurs de soutien en faveur de l’Union européenne ont dans l’ensemble gagné du terrain. Les attentes des Européens semblent à la croisée des chemins. Soit les Européens trouvent les preuves de leur meilleure disposition vis-à-vis de l’UE, soit les espoirs sont déçus et sans doute alors pour longtemps

Comprendre l’importance de l’indifférence des citoyens européens face à l’Union européenne

 

« L’Europe représente (…) une sorte de planète éloignée que les citoyens scrutent avec appréhension, parfois avec résignation ». Marc Abélès

L’analyse erronée de la pseudo-thèse d’une attitude de rejet ou d’opposition des citoyens européens face à l’UE

La lecture basée sur le diptyque « rupture du consensus permissif et montée de l’euroscepticisme » n’offre pas la grille d’analyse pertinente de la réalité de l’opinion publique européenne.

L’analyse féconde de la thèse d’une attitude d’indifférence et d’indécision des citoyens ordinaires face à l’UE

« Loin d’être devenus majoritairement plus eurosceptiques, les citoyens sont à présent principalement, et avant tout, plus ambivalents et indifférents face à l’intégration européenne », conduisant à un aplatissement de la distribution des attitudes des citoyens vis-à-vis de l’UE.

Pourquoi la communication de l’UE a un problème de publics ?

 

Les « citoyens » sont placés en théorie au cœur des stratégies de messages, pourtant l’UE souffre d’un problème entre les publics visés et les cibles atteintes…

D’abord, il faut comprendre la différence entre une cible de papier et un vrai public

Ensuite, il faut comprendre la défaillance des médiateurs naturels de l’UE

  • Pour les élus : « L’Europe ne fait pas l’élection »
  • Pour les médias : « L’Europe ne fait pas vendre »
  • Pour les enseignants : « L’école n’a pas à faire la propagande de l’Europe »

Enfin, il faut comprendre le cœur de cible des « publics forts » de l’UE

Initiative citoyenne européenne : la Commission européenne a-t-elle encore raté son rendez-vous avec les citoyens ?

 

Au-delà du sombre bilan de l’initiative citoyenne européenne entre querelles des chiffres et misère des volumes, c’est la réforme de la survie pour l’initiative citoyenne européenne qui importe.

Les initiatives citoyennes européennes représentent-elles une nouvelle voie permettant aux citoyens – à l’égal des autres institutions européennes – de demander une nouvelle proposition de législation à la Commission, une sorte de révolution copernicienne que la Commission ne semble pas mesurer, voire souhaiter ; ou bien les initiatives citoyennes européennes ne sont-elles qu’un outil d’agenda setting permettant de soulever des questions de préoccupations pour les citoyens ?

Du choix que feront les institutions de l’UE, entre une initiative citoyenne européenne entre une procédure inédite d’introduire de nouvelles législation ou un énième outil de démocratie délibérative sans suite, dépendra l’avenir d’un rendez-vous avec les citoyens pour l’instant raté.

En somme, la relation de l’opinion publique européenne avec l’Union européenne semble objectivement (temporairement ?) s’améliorer selon Eurobaromètre, même si la communication de l’Union européenne ne comprend pas l’indifférence grandissante des citoyens et cultive un problème récurrent de publics, ne sachant pas qui et comment cibler les bons relais. Et surtout, l’enjeu de la réforme de l’initiative citoyenne européenne sera le juge de paix d’un rendez-vous (raté pour le moment) entre citoyens et Union européenne.

Eurobaromètre exploratoire : quelles sont les évolutions sur la longue durée de l’opinion publique européenne à l’égard de l’UE ?

Contrairement à la démarche traditionnelle consistant à regarder les tendances de court terme, une enquête Eurobaromètre exploratoire mesure la perception que les Européens peuvent avoir de l’UE sur plus de quarante ans (de 1973 à 2014), à travers les grandes étapes institutionnelles et politiques de l’UE mais également les crises économiques et sociales…

1/ L’attachement à l’Union européenne demeure positif depuis plus de 40 ans

Depuis 1973, le sentiment que l’appartenance à l’UE est une bonne chose est partagé par une nette majorité d’Européens, un bénéfice solidement ancré de la construction européenne.

Malgré quelques évolutions, l’attachement à l’Union européenne est en général assez peu impacté par le contexte économique et les changements politiques.

2/ Les grandes étapes institutionnelles et politiques de l’UE (élargissements et élections européennes) : des occasions de renforcement des opinions positives

Les élargissements ont souvent été des occasions où les jugements à l’égard de l’UE se sont améliorés après une crispation initiale. Cela a notamment été le cas pour les sentiments à l’égard de l’appartenance à l’UE, mais également de la confiance et de l’image de l’UE.

Pour les élections européennes, le mouvement est moins net. Cependant, au lendemain des scrutins européens, on assiste à une remontée du sentiment que les citoyens européens ont que leur voix compte dans l’UE. Cette hausse a été particulièrement forte après les élections de mai 2014.

3/ Les crises économiques : de réelles dégradations des opinions publiques à l’égard de l’Union européenne

Le contexte économique et social exerce une influence prépondérante sur les mouvements de l’opinion publique européenne.

La crise économique de 2008 illustre ces fortes évolutions négatives des indicateurs de soutien à l’Union européenne :

  • L’image de l’UE se dégrade fortement à partir de l’automne 2011, lorsque la crise économique devient une crise de la dette publique des Etats membres ;
  • La confiance dans l’Union européenne et ses institutions se détériore à partir du printemps 2010 et atteint ses plus faibles niveaux entre le printemps 2012 et le printemps 2014 ;
  • La crise a également impacté négativement le sentiment des citoyens européens que leur voix n’est pas prise en compte dans l’Union européenne.

L’euro est également ambivalent : une majorité d’Européens considèrent qu’il n’a pas atténué les effets négatifs de la crise même s’il reste un élément clé de l’identité européenne ainsi qu’un symbole important de ce que représente l’UE aux yeux des Européens.

4/ Le nouveau contexte fragile de l’opinion des Européens sur l’UE

Le sentiment que ce qui rapproche les citoyens des Etats Membres est plus important que ce qui les sépare reste nettement majoritaire dans l’opinion européenne.

Les Européens considèrent majoritairement qu’ils seraient mieux protégés face à la crise si leur pays prenait des mesures coordonnées avec les autres Etats membres, plutôt que des mesures individuelles.

Entre 2009 et 2014, l’UE a toujours été considérée par les Européens comme l’acteur le plus à même d’agir efficacement face aux conséquences de la crise financière et économique.

Au total, pour schématiser les indicateurs de l’opinion publique européenne à l’égard de l’UE se dégradent tendanciellement puisque la construction fait davantage face à des crises économiques et sociales qu’à des évolutions institutionnelles et politiques.

Quelles sont les 10 meilleures sources d’informations sur l’Union européenne ?

À partir d’une large veille sur des portails, des newsletters et autres publications en ligne (en français et en anglais), une sélection des meilleures sources d’informations sur l’Union européenne aujourd’hui…

1. La revue de presse quotidienne de Touteleurope

Offrant tous les jours à la fois un regard large et accessible sur l’actualité européenne, la revue de presse quotidienne de Touteleurope se présente sous la forme d’une synthèse sur le grand sujet du jour et les articles français et européens qui y sont liés, ainsi qu’un panorama des articles du jour sur l’UE dans la presse française par thème et dans la presse européenne.

2. Le briefing quotidien de Contexte

Plus denses et plus techniques, les briefings quotidiens de Contexte sont tout autant indispensables en faisant le tour de l’actualité du jour et proposant des indiscrets et un agenda des principales réunions institutionnelles. Au-delà du briefing « général », 4 briefings thématiques : énergie, transports, numérique et territoires complètent l’offre réservée aux abonnés.

3. Le Brussels Playbook de Politico Europe

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Plus récent dans le paysage, et extrêmement bien informé sur les grands et les petits événements bruxellois dans les affaires européennes, la lecture du « Brussels Playbook » de Politico Europe est très recommandée. Son auteur Ryan Heath est notamment l’ancien porte-parole de Neelie Kroes, la Commissaire néerlandaise au digital sous Barroso.

4. La lettre de la Fondation Robert Schuman

Véritable succès avec 200 000 abonnés et des éditions hebdomadaires en 5 langues (français, anglais, allemand, espagnol et polonais), la Lettre de la Fondation Robert Schuman se définit comme « unique en son genre » et offre un condensé de l’actualité institutionnelle et culturelle européenne. 

5. La sélection des éditeurs du Blogginportal

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Réalisée à partir d’un feed rassemblant actuellement 1 132 blogs publiant dans presque toutes les langues de l’UE, la sélection des éditeurs du Bloggingportal, quoiqu’irrégulière est rafraichissante par ses choix se portant sur des éclairages originaux et indépendants sur les grands enjeux et les principales orientations de la construction européenne.

6. Le Netvibes de Nosemonkey

Disponible sur une plateforme de curation de contenus, le Netvibes de Nosemonkey et son onglet « Must-read EU blogs », parmi une dizaine d’autres, propose une sélection des meilleures sources d’informations sur l’Union européenne, qu’il s’agisse de blogs animés par des journalistes ou des amateurs, ou de sites d’organisations agissant dans les affaires européennes.

7. La newsletter « The European Interest » de Kosmopolito

Le bloggeur Kosmopolito s’est lancé le défi réussi de publier régulièrement une newsletter sur la politique de l’UE sous la forme d’un mélange éclectique, « The European Interest » apporte le meilleur des contenus les plus inspirants sur l’UE ou les questions politiques européennes, idéalement y compris les points de vue adverses et divergents.

8. La vidéo hebdomadaire « EU Tweets of the Week: the Good, the Bad and the Ugly »

Chaque semaine, Jennifer Baker réalise sur la plateforme Vieuws, définie comme « the EU policy broadcaster », une vidéo qui fait la synthèse de se qui s’est passé sur Twitter. Une occasion, surtout pour ceux qui ne sont pas encore sur Twitter ou qui n’ont pas le temps d’y aller tous les jours de rattraper leur retard et de faire illusion.

9. Le panorama des think tanks de la Représentation permanente de la France auprès de l’UE

Tous les trimestres, l’administration qui joue le rôle d’interface entre les autorités françaises et les institutions de l’Union européenne propose un « panorama des think tanks », une sélection des principales contributions des think tanks bruxellois aux débats d’idées sur les questions européennes.

10. Le EP newshub : les eurodéputés en version 100% social media

EP_newshub

Dernière source, la plateforme de visualisation des conversations des eurodéputés dans les réseaux sociaux : le « EP newshub », qui donne notamment une visibilité aux thèmes les plus abordés par les élus européens, grâce au suivi des principaux hashtags utilisés.

Vous avez d’autres coups de cœurs ? Donnez votre avis avec les commentaires.

La relation des Français à l’Europe 10 ans après le référendum : « c’est compliqué »

À l’occasion du dixième anniversaire de l’échec du référendum sur un projet de Constitution pour l’Europe, l’IFOP publie un sondage sur la relation compliquée des Français à l’Europe 

Un regard contrasté sur les conditions d’appartenance à l’Union Européenne

Encore une bonne majorité des Français juge l’appartenance de la France à l’Union européenne « plutôt une bonne chose », comme d’habitude à fortiori chez les jeunes, les CSP+.

Surtout, les Français adhèrent à certaines avancées de la construction européenne, comme la création d’une armée européenne (71%), l’élection d’un président de l’Europe au suffrage universel direct (60%) ou la création d’un poste de ministre de l’Economie et des Finances européen (59%).

En revanche, les Français sont majoritairement favorables à une remise en cause des accords de Schengen pour restreindre les conditions de circulation et d’installation des citoyens européens sur son territoire.

Une tendance négative après la crise de la dette de la zone Euro

Dorénavant, les Français formulent le souhait majoritaire (62%) de moins d’intégration européenne et de politiques économiques et budgétaires propres à chaque Etat.

Pire au cours de ces cinq dernières années de crise économique et financière, l’Euro, est davantage perçu comme un handicap (47%) que comme un atout (28%), même si les Français ne veulent pas pour autant un retour au Franc.

Retour de flamme sur le référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe

Enfin, si c’était à refaire, 10 ans après, l’intention de vote pour le référendum sur le TCE des Français est encore plus claire et nette avec 62% favorable au non, tandis que le non n’avait atteint « que » 55% des suffrages en 2005.

Au total, les Français nouent une relation complexe avec une Europe qui leur échappent et dont ses résultats leur déplaisent.

Comment les citoyens s’expriment et perçoivent l’intégration européenne ?

À travers des entretiens collectifs réalisés en Belgique, France et Grande-Bretagne, Virginie Van Ingelgom étudie dans « Les perceptions citoyennes de l’intégration européenne à travers l’expression de focus groups » la légitimité de l’intégration européenne « par le bas », c’est-à-dire la légitimité perçue à partir du point de vue des citoyens…

Quels sont les principaux cadres de perception et d’évaluation de l’intégration européenne par les citoyens ?

Le marché commun : entre bénéfices et critiques

Les bénéfices liés au marché commun – traditionnellement en pôle position – n’est plus que le troisième avantage avancé pour justifier du processus d’intégration européenne.

Malgré la foi partagée dans ses avantages économiques, cette vision optimiste de l’intégration européenne est fortement contrebalancée par une anxiété palpable par rapport aux effets néfastes de la compétition intra-européenne issus des différences de salaires et de bénéfices sociaux.

Par ailleurs, les avantages de l’Euro sont reconnus, pour la mobilité facilitée par l’absence de change, mais l’Euro est aussi souvent synonyme d’inflation et de perte du pouvoir d’achat des citoyens.

Les États sont trop petits

Thème le plus mobilisateur, dans un monde globalisé, les États européens sont devenus trop petits : s’unir serait donc devenu indispensable.

À cette perception relative à l’interdépendance économique sur la scène internationale correspond également une représentation de la globalisation des problèmes qui affectent nos sociétés : environnement, réchauffement climatique, mais aussi catastrophes ou maladies.

Cependant, l’unité de la puissance européenne, fusse-t-elle économique, politique ou militaire, apparaît comme fragile en raison du désaccord entre pays européens, d’autant plus probables à mesure que le nombre d’États augmente et que les différences s’agrandissent.

La suppression des frontières

Le troisième attribut positif largement présent est d’une nature non-économique. La suppression des frontières constitue un élément essentiel dans la manière dont les gens conçoivent l’intégration européenne.

Possibilité de voyager sans obstacles, mobilité facilitée par les passeports, utilisation de la monnaie unique et absence de contrôles aux frontières et à terme, pour une partie, suppression des frontières permettent de renforcer la compréhension entre les peuples européens.

Les arguments positifs liés à l’ouverture des frontières intra-européennes devancent largement les critiques, même si le cadre commun se heurte ici à l’expérience vécue, ou plus précisément à l’absence d’expérience vécue.

Gouvernance et déficit démocratique

La principale critique porte sur une évaluation négative de la plupart des aspects liés à la gouvernance et à la démocratie au niveau européen.

L’UE est dépeinte comme opaque, distante, inefficace, inadaptée, paralysée par les égoïsmes nationaux et obsédée par la régulation du moindre petit aspect.

Par ailleurs, l’opacité du système politique européen est également dénoncée, les lobbies étant perçus comme les véritables détenteurs du pouvoir au niveau européen, soumettant la construction européenne à la suprématie de l’économie de marché.

Des façons différentes de voir l’Europe : persistance des cadres nationaux de perception et d’évaluation de l’intégration européenne

L’État-nation joue un rôle primordial dans la formation des cadres de perception et d’évaluation de l’Europe.

Derrière l’importance globale du cadre de perception et des évaluations liées au marché commun se cachent des différences nationales significatives :

  • Les anglais partagent davantage les bénéfices attendus du marché commun et critiquent l’ouverture des frontières européennes, un problème de sécurité et d’immigration illégale ;
  • Les français et les belges dénoncent davantage les méfaits de la compétition intra-communautaire sur le marché du travail, des délocalisations et de l’inflation.

Au-delà des différences liées aux cadres communs de perception et d’évaluation de l’intégration européenne, existe une série d’arguments spécifiques :

  • Les belges mettent en scène le futur et en particulier les bénéfices de l’intégration pour les générations futures ;
  • Les anglais se montrent plus préoccupés par la question de la souveraineté nationale et la perte de l’identité nationale ;
  • Les français avancent la mobilité et l’échange comme principal fondement à une valorisation de l’Europe sur le plan non-économique.

Au total, les discours des citoyens ordinaires sur l’intégration européenne permettent de mieux saisir la construction cognitive de l’UE ou dit autrement la légitimité « empirique » de l’UE où les arguments économiques jouent un rôle dominant dans les images de l’unification européenne.