Défis et opportunités de la communication de l’Union européenne

Lors de la 8e conférence Europcom, le rendez-vous annuel des communicants européens, l’Ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne de 2014 à 2017 Anthony Luzzatto Gardner est intervenu dans un discours d’ouverture plein d’inspiration…

Quel discours sur l’Europe ?

Non sans humour, l’ex-ambassadeur américain revient sur l’un des discours du président Obama qui a su porter un message sur les avantages de l’intégration européenne que la plupart des responsables politiques européens et nationaux échouent à communiquer :

Une Europe forte et unie est une nécessité pour le monde entier. L’Europe reste vitale pour notre ordre international. L’Europe aide à maintenir les normes et les règles qui peuvent maintenir la paix et promouvoir la prospérité dans le monde.

Votre accomplissement – plus de 500 millions de personnes parlant 24 langues dans 28 pays, 19 avec une monnaie commune et l’Union européenne – reste l’une des plus grandes réussites politiques et économiques des temps modernes.

Allocution du président Obama devant les peuples d’Europe à Hanovre le 25 avril 2016

« C’était un discours formidable, mais il y avait un seul problème : il aurait dû être prononcé par un politicien européen, pas par le président des États-Unis. Aucun politicien européen ne donne des discours comme ça. Malheureusement, nous n’avons plus de président aux États-Unis qui prononce des discours comme celui-là non plus. »

A contrario, les discours des responsables nationaux et européens sont pleins de mots défensifs qui mettent l’accent sur la protection contre les menaces et le changement. L’Europe ne peut pas inspirer un sentiment de solidarité avec un récit défensif.

Les histoires personnelles et les images sont des outils puissants. Par exemple, la comparaison de l’UE à une fenêtre est éclairante : invisible dans la plupart des cas mais visible quand elle est obstruée ou cassée.

Les faits ne suffisent pas. Quand la passion rencontre les faits, la passion l’emporte presque toujours. Nous avons besoin de passion pour soutenir nos arguments. Contrairement à l’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt qui dit « quiconque a des visions devrait aller chez le médecin », nous avons besoin de vision pour inspirer et justifier le sacrifice pour le bien de tous.

Quels messages de l’Union européenne ?

C’est facile. Tous les domaines dans lesquels les Etats-Unis reculent et où la fierté européenne devrait être à la hauteur de la place de l’UE comme l’un des acteurs les plus importants du monde dans ces domaines : aide au développement, aide humanitaire, changement climatique, bonne gouvernance et la protection de l’ordre multilatéral fondé sur des règles.

Dans de nombreux domaines, l’UE agit comme un « multiplicateur de force » des États membres :

  • Dans le commerce mondial, où l’UE possède l’expertise et le pouvoir de négociation nécessaires pour parvenir à des accords de libre-échange équilibrés ;
  • Dans l’industrie contre les distorsions du commerce international ;
  • Dans l’aide au développement et l’aide humanitaire, où l’UE peut assurer la cohérence et l’efficacité des programmes à long terme ;
  • En matière de sécurité énergétique, où l’UE a favorisé l’intégration des marchés de l’électricité et du gaz ;
  • Dans la protection des frontières extérieures…

Les messages positifs ne se vendent pas tout seuls. Ils doivent être promus. Il est inutile de faire du bon travail si peu de gens le savent. La pédagogie doit être portée par les bons messagers, des tiers qui inspirent confiance : ce qui est important n’est pas ce que vous dites, mais ce que les gens entendent.

Quels défis pour la communication ?

D’abord, la communication européenne devrait être moins timide. L’UE devrait cesser de soutenir des acteurs de la société civile qui sapent le message de l’UE.

Trop longtemps, l’UE a poursuit une politique de non-réfutation : ne pas répondre aux inexactitudes dans les médias, alors que quand il n’y a pas de réfutation, les faussetés deviennent acceptées comme des faits.

Ensuite, les États membres compliquent les efforts visant à communiquer efficacement sur l’Europe et les institutions de l’UE. Les États membres ne se considèrent pas comme des actionnaires dans un projet commun et considèrent l’UE ou parlent de l’UE comme s’il s’agissait d’une force étrangère qui fait des choses (généralement négatives) aux États membres.

Trop longtemps, le « blame game » contre Bruxelles pour tout ce qui est difficile ou mauvais, tout en s’appropriant tout le crédit pour les choses qui vont bien a été un des discours les plus insidieux.

L’accusation d’un programme économique « ultra-libéral » selon lequel, les peuples d’Europe ont souffert des vents froids de la mondialisation et du libre-échange par le choix de bureaucrates non élus, plutôt que par des nécessités économiques est l’un des principaux défis de l’UE pour expliquer que la mondialisation est une réalité et que l’UE fournit aux États membres et à ses citoyens les outils nécessaires pour mieux gérer la mondialisation. Le projet européen et les institutions européennes ont contribué de manière significative à la création d’une zone de démocratie, de stabilité et de prospérité qui fait l’envie du monde entier.

Enfin, l’Europe cherche généralement à communiquer son but avec les invocations rituelles des 70 ans de paix après la Seconde Guerre mondiale. Mais peut-être l’Europe devrait prendre au sérieux l’idéal européen d’une partie de la jeunesse, notamment des pays voisins. L’Europe peut et doit présenter des arguments plus solides à la jeunesse européenne, qui peut considérer la paix comme acquise.

Quelles opportunités pour les actions et outils de communication ?

Les outils de communication doivent clairement changer. Les institutions européennes connaissent-elles vraiment l’impact des euros qu’elles consacrent à la communication – par thème et par canal ?

Un tel audit permettrait d’investir en fonction de l’impact réel, de prendre en compte l’évolution de la consommation des médias : moins de TV, beaucoup moins de presse et beaucoup plus de vidéos en ligne et de médias sociaux. Les institutions européennes devraient investir dans les médias sociaux, y compris via de courts clips vidéo dans les tweets.

Les relations avec les médias doivent également évoluée afin que les affaires européennes fassent partie du débat national. Davantage de ressources devraient être consacrées à la formation des journalistes nationaux aux affaires de l’UE afin d’assurer que davantage de nouvelles nationales incluent les affaires européennes. Les articles de l’UE ne devraient pas seulement être écrits par des journalistes postés à Bruxelles pour se concentrer sur les affaires européennes. Ce devrait être un sujet pour tous les journalistes.

Les messages doivent changer pour se concentrer sur deux thèmes essentiels, qui doivent être répétés dans tout ce que fait l’UE : la sécurité (physique et économique) et le choix à moindre coût et immédiat.

Pourquoi ne pas reprendre les obligations de communication imposées aux bénéficiaires des fonds européens dans d’autres domaines comme l’interdiction des frais d’itinérance pour les téléphones portables, la portabilité des données pour les sites de contenu en ligne (tels qu’Apple iTunes, Amazon, Netflix), la garantie de dépôt de 100 000 euros, les garanties de confidentialité avec le droit à l’oubli et les limites d’utilisation, les mesures de sauvegarde et les droits antidumping…

En résumé, il n’y a jamais eu de moment plus urgent pour les institutions de l’UE pour renforcer les messages positifs sur les contributions de l’UE à la paix, la stabilité, la démocratie, la sécurité, la prospérité et le choix.

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Quels besoins de formation pour mieux parler d’Europe ?

Lors des 12èmes Rendez-vous européens de Strasbourg, l’ENA a organisé une table ronde pour réfléchir afin de mieux répondre aux besoins de formation initiale ou continue en matière européenne. La tâche est immense et les solutions aussi…

La formation des journalistes à l’Europe : « mettre des lunettes avec une vision européenne », selon Didier Desormeaux

L’Université France Télévisions est le seul dispositif de formation continue de cet ampleur : un millier de journalistes formés chaque année issus du service public de l’audiovisuel en France, en Europe (RTBF, BBC, radio/TV suisse romande…) et les pays en conversion démocratique.

Pour Didier Desormeaux, président de l’association des responsables de formations des radios et télévisions européens francophones, assurer la place de l’Europe dans la formation des journalistes est un combat sur tous les fronts :

  • Dans la formation initiale, en tant que secrétaire général de la commission professionnelle qui reconnaît les cursus des écoles de journalistes en France (CPNEJ) pour exiger Erasmus des candidats ;
  • Dans la formation continue, qu’elle soit stratégique (l’Europe cède devant la transformation digitale), collective ou individuelle via le cadre du plan de formation de France Télévisions en vue de réduire le décalage entre les jeunes journalistes de la génération Erasmus et les « chefs ».

La place de l’Europe dans la formation pose des difficultés à plusieurs niveaux pour les journalistes :

  • Faut-il surinvestir dans la formation autour des tech » pour adapter les journalistes aux évolutions, comme c’est la tendance ces dernières années au point de négliger les contenus, en particulier la formation sur l’Europe, qui leur permet pourtant de reprendre du terrain sur le fond ?
  • Faut-il être proche ou éloigné d’institutions européennes, qui sont très ouvertes pour accueillir les journalistes à Bruxelles au point de faire craindre une connivence entre l’Europe et les journalistes ?
  • Faut-il être adossé au pouvoir, en tant que partenaire des institutions européennes qui comptent sur l’audiovisuel public ou critique pour éviter toute relation de compromission avec le pouvoir ?

En somme, l’Europe dans la formation (et dans l’information d’ailleurs) soulève un problème journalistique de posture :

  • Quelle est l’importance de l’Europe dans la structure : un sujet généraliste (au sein de chaque équipe) ou spécialisé (qui justifie son propre service et personnel) ?
  • Quelle est la place de l’Europe dans le conducteur du journal : un sujet d’ouverture ? de fin ? de décisions politiques ? de dossiers techniques ?

En résumé, les formations journalistiques sur l’Europe qui fonctionnent reposent sur des enjeux de production de contenus :

  • Les échanges de correspondants, même si la barrière de la langue pour faire bouger les Français est un vrai défi ;
  • Les rédactions transfrontalières, comme par exemple « euro-reporter » organisée pendant le référendum de 2005 entre des médias européens, dont Arte, Radio France et France Télévisions pour la France ;
  • La reconstruction d’une chaîne de télévision nationale, comme par exemple en ex-Yougoslavie pour réapprendre à travailler ensemble et à partager une vision commune, notamment sur la construction européenne (et idéalement en Catalogne aujourd’hui pour reconstruire un avenir désirable, à la fois espagnol et européens aux Catalans).
  • Le journalisme « constructiviste », une vision issue du Danemark pour parler des choses positives avec une nouvelle hiérarchie, davantage bottom-up, pour redonner espoir et confiance…

Réforme du BAC : l’opportunité d’une formation des lycéens à l’Europe pour François Laval

Pour le Directeur du campus européen franco-allemande de Nancy de Sciences-Po Paris, deux constats s’imposent quand on parle d’Europe :

  • D’une part, la force du déficit démocratique et de l’abstention lors des scrutins européens viennent en partie d’une méconnaissance de l’UE ;
  • D’autre part, le rejet du projet européen et les campagnes pour la sortie de Schenghen, de l’euro, voire de l’UE (Brexit) par les partis populistes ne cessent de progresser.

Face à un tel rejet contre Bruxelles, est-ce que nous avons failli dans la formation sur l’Europe ?

Pour éviter les faux discours d’une Europe contre les peuples et expliquer au quotidien l’action de l’UE suivant ses compétences exclusives ou partagées avec les Etats-membres, les efforts doivent porter sur les journalistes, mais surtout auprès de la jeunesse, qui bénéficie des avantages de l’UE sans qu’ils ne soient perçus et attribués à l’UE.

Pour profiter de la réforme du BAC et programmer une formation sur l’Europe dans les lycées, plusieurs réflexions :

  • En Seconde, une semaine européenne autour de la Journée de l’Europe en mai, avec un soutien des professeurs d’histoire/géographie pour conforter leurs connaissances de l’UE ;
  • En Première, une simulation du fonctionnement des institutions européennes, comme à Sciences-Po ;
  • En Terminale, un grand Oral et/ou un grand écrit autour d’un thème commun.

Qu’est-ce qu’il faut pour être Européen ? Si l’on réfléchit à ce qui unit le sentiment américain, c’est d’une part l’attachement au drapeau américain et d’autre part l’identification au président des Etats-Unis ? Donc, pour l’Europe, cela se traduit par l’enjeu des symboles mais surtout de l’incarnation.

Au total, les solutions de formation initiales (auprès des lycéens) ou continues (auprès des journalistes et des professeurs) existent. Reste plus que la volonté politique et les moyens de les mettre en œuvre, au plus vite.

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Comment mieux parler d’Europe ? – Regards croisés d’une élue et d’un journaliste

Dans le cadre des 12èmes Rendez-vous européens de Strasbourg, dont le thème général est « L’heure des choix », une table ronde a été organisée par l’ENA afin de faire débattre une élue locale Anne-Pernelle Richardot, Adjointe au Maire de Strasbourg avec le rédacteur en chef des Dernières Nouvelles d’Alsace Dominique Jung…

Pour combattre ce paradoxe que ceux qui parlent le plus d’Europe sont ceux qui en veulent le moins

Pour Anne-Pernelle Richardot, la perspective des prochaines élections européennes – qui intéressent déjà une majorité d’Européens (cf. la dernière enquête Parlemètre) – doit permettre de mieux parler d’Europe.

Plusieurs recommandations pragmatiques :

  • Poursuivre la politisation de la Commission européenne autour de la campagne entre les Spitzenkandidaten, ces têtes de liste qui se présentent pour prendre la présidence de la Commission européenne ;
  • Dépasser la communication ultra-institutionnelle du Parlement européen, à l’occasion des prochaines élections, afin de combattre le discours anti-européens des populistes
  • S’acclimater à la culture du débat politique au sein de l’UE fait de davantage de concertation et de conciliation ;
  • Sortir de l’indistinction entre les institutions européennes, en s’appuyant sur les parlementaires européens, qui représentent les citoyens pour s’adresser à eux ;
  • Fuir tout langage technocratique qui complexifie la compréhension de l’UE ;
  • Assumer à l’échelle nationale, les décisions collectives prises dans le cadre de l’UE ;
  • Parler d’Europe en simplifiant et en montrant les bénéfices ;
  • Dessiner un projet qui brise la coupure entre les « sachants » – ceux qui bénéficient de la construction européennes – et les autres qui se sentent menacés.

Quoiqu’il en soit, il faudra davantage qu’un redécoupage des circonscriptions européennes (les nouvelles Régions constituant la base idéale) et qu’un grand débat national ouvert, riche et divers tel que les conventions citoyennes européennes pour réconcilier les Français avec l’Europe.

Pour couvrir l’Europe, la hiérarchie de l’information n’est plus liée ni aux frontières, ni aux institutions

Pour le rédacteur en chef des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA), les raisons de la faible présence de l’Europe dans les médias sont multiples :

  • L’Europe est mal aimée, la technicité de l’UE n’explique pas tout, c’est surtout le désamour pour les affaires européennes que nous n’aimons pas en tant que but en soi ;
  • L’Europe avec la chute du Mur de Berlin, la fin du pacte de Varsovie et les élargissements n’a plus d’ennemi, la perception de l’Europe a changé pour devenir le bouc-émissaire ;
  • L’Europe a fait les frais de la crise des migrants.

Résultats, les journalistes, qui ont beaucoup parlé d’Europe et en bien, notamment lors du référendum sur le projet de Constitution pour l’Europe, parlent aujourd’hui moins d’Europe. D’abord, ils ne sont plus autant prescripteurs. Ensuite, ils veulent éviter l’amalgame avec les « élites » qui soutiennent la mondialisation et le libéralisme. Enfin, ils doivent faire leur travail : remonter à contre-courant.

Du coup, comment les DNA couvrent-elles l’Europe ?

Au cœur de la capitale « citoyenne » de l’Europe, un journaliste suit en permanence depuis Strasbourg le Parlement européen, le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme. Avec l’euro-district, l’Europe, c’est aussi un sujet d’aménagement du territoire et d’équipement en services publics.

Plutôt que de suivre l’actualité des institutions européennes avec un correspondant à Bruxelles, ce qui ne correspond pas aux attentes des lecteurs, le choix de la rédaction est de travailler sur la « transfrontalité » avec le soutien de deux correspondants à Berlin.

Les choix éditoriaux vont privilégier l’Europe de la vie quotidienne, de manière pragmatique, pour parler des affaires nationales allemandes, de l’utilité et de l’impact des politiques publiques européennes en France et en Allemagne auprès des citoyens.

De toute façon, mieux parler d’Europe ne peut passer que par une meilleure maîtrise des langues du voisin. La priorité pour être pragmatique et efficace serait d’imposer le trilinguisme dans l’Education nationale.

Au total, les regards croisés d’une élue et d’un journaliste montrent que pour mieux parler d’Europe, il faut décentrer la focale sur Bruxelles, pour se concentrer sur les citoyens.

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10 propositions pour la future stratégie de communication de l’UE

Réflexion sans doute la plus importante en matière de communication de tout le mandat de la Commission Juncker, le rapport de Luc Van den Brande, Conseiller spécial chargé de la proximité avec les citoyens auprès du président de la Commission européenne, sur les moyens de resserrer les liens entre l’Union européenne et ses citoyens pourrait constituer la feuille de route de la DG COMM s’il n’est pas déjà trop tard…

1. Élaborer une stratégie globale afin d’améliorer la coordination entre les institutions de l’UE et les États membres lorsqu’ils communiquent sur les questions européennes

Encore inexistante aujourd’hui, cette stratégie globale de communication apparaît comme la priorité numéro un. L’auteur précise à juste titre que « coordination » n’est pas synonyme de « centralisation ».

Cette stratégie doit donc se traduire par un accord de coopération fonctionnelle entre toutes les institutions européennes, afin de favoriser non seulement le réseautage interinstitutionnel, mais aussi de prévoir une obligation d’échange spontané de toutes les informations, et de mutualiser les efforts de dialogue et de communication avec les citoyens.

2. Donner un nouvel élan au projet d’intégration européenne concernant les valeurs et les aspirations politiques

Certes, les processus décisionnels sont importants (et indispensables) pour le sérail, mais le grand public attend qu’on lui présente de façon claire le contexte des décisions, une vision et des résultats concrets.

Là encore, l’auteur du rapport est extrêmement clair et livre un véritable camouflet à la Commission « de la dernière chance » : « une Commission plus politique doit mieux expliquer ses choix et les objectifs de ses décisions ».

3. Les institutions de l’UE devraient convenir collectivement des moyens de susciter la créativité et l’émotion lorsqu’elles communiquent avec les citoyens, tout en se concentrant sur le fond, en exprimant les choses simplement et en se rapprochant le plus possible de leurs préoccupations quotidiennes

Plusieurs propositions viennent donner corps à cette idée, comme par exemples :

  • Mettre sur pied une campagne globale de communication à destination des citoyens, qui mette en lumière les moyens existants dont ceux-ci disposent pour faire entendre leur voix sur les affaires européennes, encourage leur participation aux consultations publiques sur l’UE et utilise pleinement les médias sociaux pour renforcer la participation des jeunes.
  • Lancer une initiative «Buses4Peace» destinée aux écoles, dans le but d’améliorer la connaissance de l’histoire des guerres et de la paix en Europe, étudier l’incidence de l’héritage culturel de la guerre dans l’Europe contemporaine, et examiner de nouvelles méthodes pour promouvoir la connaissance de cet héritage.
  • Sur la base de l’expérience Erasmus +, promouvoir de nouveaux programmes visant à faciliter les échanges et les réseaux avec d’autres groupes socio-économiques, et élaborer des programmes similaires pour les responsables politiques locaux.
  • Créer une fondation européenne, soutenue par l’UE, ses États membres, des entreprises et des particuliers, afin de favoriser une meilleure compréhension entre l’UE et ses citoyens, d’encourager les échanges et d’organiser des concours, des débats et des colloques entre jeunes.
  • Promouvoir un programme d’études européen défini dans les grandes lignes pour tous les niveaux d’éducation, à partir de l’école primaire.

4. Expliquer clairement le coût d’une « Europe désunie » et l’importance de la stabilité politique

Mettre en évidence la diversité des identités et des cultures des citoyens de l’UE, en respectant et en utilisant leurs langues respectives.

5. Encourager le débat public et le véritable dialogue sur les sujets européens

Les citoyens doivent « s’approprier » le projet européen — leur projet — et se sentir libres de participer activement au processus d’élaboration des politiques.

Des dialogues de nouvelle génération avec les citoyens doivent être lancés, auxquels participeront des personnalités du monde culturel, artistique et sportif pour créer un sentiment commun d’appartenance.

Élaborer de nouveaux modes de démocratie participative, fondés sur les expériences de plateforme d’innovation démocratique et le concept de « démocratie délibérative » afin de débattre des questions sociétales essentielles, et de leur permettre d’élaborer des propositions qui pourront être amenées dans la sphère publique et soumises aux pouvoirs publics européens.

6. Être en permanence plus proactif et moins défensif, et rester ouvert aux critiques

Cela passe par une communication sur les médias sociaux plus ambitieuse, qui investissent pleinement dans une « communication en réseau » là où sont les citoyens.

Mener des actions de communication plus proactives afin d’encourager la participation des citoyens aux consultations publiques. Saisir pleinement les possibilités offertes par les médias sociaux pour soutenir la démocratie numérique, tout en limitant de manière drastique la communication sur support imprimé.

Compléter la communication descendante par une communication ascendante et décentralisée, en accordant une priorité maximale à l’interaction et la cocréation, et en reconnaissant que l’Europe passe par le dialogue et pas uniquement par la diffusion d’informations factuelles.

7. Établir une nouvelle stratégie médiatique et mettre en œuvre de nouvelles méthodes de collaboration avec les médias, en respectant pleinement leur autonomie

Ni la télévision ni les médias sociaux ne peuvent, à eux seuls, renverser la perte de popularité de l’UE, qui ne peut qu’en partie être expliquée par un manque d’information.

La communication de l’UE auprès des médias et sur les médias sociaux doit favoriser les débats approfondis sur les questions européennes et garantir que la position de l’UE soit entendue.

Travailler avec les médias afin d’éviter que les sujets liés à l’UE ne soient couverts que par des pages spécialisées, au lieu d’être traités comme les sujets nationaux ou régionaux. Cela passera donc aussi par la réorganisation du service de porte-parole.

Lancer un programme européen de formation pour les journalistes régionaux et locaux.

9. Rationaliser et simplifier les actions de communication des réseaux créés par l’Union

Il s’agit d’un chantier ingrat mais potentiellement très utile pour mutualiser les efforts de communication des institutions européennes – aujourd’hui très éparses – à destination des territoires.

10. Mieux communiquer auprès des jeunes

Se concentrer sur la communication avec les jeunes pour qu’ils comprennent mieux les questions européennes. Expliquer le contexte historique dans lequel le projet Européen a été lancé. Leur faire prendre davantage conscience du fait que le passé fait partie de leur avenir.

Établir une communication intergénérationnelle plus efficace et encourager les anciens étudiants Erasmus et les autres étudiants à parler des affaires européennes.

Au total, le défi et l’opportunité est de donner voix au chapitre aux citoyens de l’UE, en faisant d’eux des acteurs investis d’une mission commune. La feuille de route est enfin tracée.

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Elections européennes : quelle stratégie de communication pour le Parlement européen ?

Dans une note du secrétaire général du Parlement Klaus Welle, obtenue par Politico et prévue à l’agenda aujourd’hui du Bureau du Parlement européen, les contours de la prochaine campagne de communication du Parlement européen pour les prochaines élections européennes…

Un positionnement « au service de la politique » forcément problématique

Dans la note de 10 pages, le process des élections européennes est décomposé en 3 éléments que le Parlement européen tente de distinguer :

  1. La campagne électorale menée par les partis politiques et les candidats ;
  2. La campagne des Spitzenkandidaten, dont il est rappelé que son succès en 2014 a été largement dû à l’action du Parlement européen ;
  3. La campagne de communication institutionnelle du Parlement européen qui est décrite, et là est le problème comme « a background service provider to the political campaigns ».

Il semble que cette hiérarchisation incidente entre les campagnes politiques sur le devant de la scène et la campagne institutionnelle au service de la politique n’a jamais été à ce point assumée par l’institution européenne, qui s’est toujours prévalue de mener une campagne de communication neutre, pédagogique et civique autour des élections européennes, en parallèle et en complément de l’activité politique partisane.

Des messages « en faveur de l’UE » forcément polémique

La note de 10 pages n’y va pas sans détour en affirmant que dans sa stratégie de communication, le Parlement européen « should take a clear and unambigious stance in favour of the European Union », soit un Parlement européen adoptant une position claire et sans équivoque en faveur de l’Union européenne ».

Là encore, le pas est franchi entre les campagnes de communication traditionnelles du Parlement européen se fixant comme objectifs l’inscription sur les listes électorales et la participation le jour du scrutin et cette proposition qui plonge l’institution dans le débat sur le projet européen.

Cela se traduit, selon le résumé de Politico Europe comme : « une campagne financée par les contribuables pour dissuader les gens de voter pour les partis eurosceptiques lors des élections européennes de 2019 ».

Maladroitement, la note aborde frontalement la question des messages (pp 5 et 6) en s’inspirant des slogans des dernières campagnes victorieuses : « Make America Great Again » de Trump ou « La France en Marche ! » de Macron pour envisager « For a Europe that protects and empowers », comme si le Parlement européen allait faire campagne en faveur d’une option pro-européenne.

Des public cibles de la campagne forcément discriminants

La note aborde le sujet de l’audience visée par la campagne du Parlement européen en fixant comme cœur de cible « les segments de la population qui voit favorablement l’UE et le PE » mais ne votent pas aux élections européennes, à savoir en particulier une partie des leaders d’opinion, des jeunes et des étudiants.

Quoique justifiées par le « retour sur investissement » et l’impact sur le taux de participation – deux raisons tout à fait légitimes – ne peut-on pas regretter de la part d’un acteur public de segmenter à ce point les électeurs et de négliger une partie des citoyens, à fortiori ceux qui en auraient le plus besoin, mais avec moins de garantie de résultats.

Au total, ce document interne au Parlement européen reflète une position inhabituelle et beaucoup plus sensible quant à sa stratégie de communication, décrite comme « courageuse et innovante » pour les prochaines élections européennes.

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