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Journalistes d’Europe : entre mythes et réalités

Passionnant échange entre Isabelle Ory, correspondante pour Europe 1 à Bruxelles et Richard Werly, le correspondant du journal suisse Le Temps à Paris qui couvre également les affaires européennes organisé par la Fondation Jean Monnet pour l’Europe sur le métier de journaliste d’Europe aujourd’hui…

Quel est le rôle d’un correspondant européen aujourd’hui ?

Pour Richard Werly, le métier de correspondant européen doit « inclure un élément de prospective, le monde change très vite, il faut allumer des ampoules pour éclairer le tunnel ».

L’Union européenne est un animal politique qui affronte des défis nouveaux, ce n’est pas un long fleuve tranquille intégrationniste, il faut donc sortir des clichés et entrer dans la complexité.

Les journalistes ne doivent pas être les clercs de notaire des institutions européennes, le poste de correspondant sur l’Europe doit faire un effort narratif, raconter, faire du reportage et le traitement de l’actualité institutionnelle n’est pas prioritaire.

Le journaliste d’Europe, pour Richard Werly, est d’abord un correspondant international, qui a le goût des cultures européennes, une connaissance des langues européennes et des compétences en matières économiques. Bruxelles, c’est là que notre destin se joue. L’épicentre de la question géopolitique passe par l’Europe.

Pour Isabelle Ory, le correspondant à Bruxelles – qui vit une année étrange dans une Union confinée où la salle de presse est pour la première fois fermée depuis mars dernier – doit être capable de se plonger dans les dossiers européens et de s’en abstraire en même temps.

En prise directe avec l’actualité, le correspondant à Bruxelles est à la fois en contact avec les journalistes qui traitent la politique nationale et internationale dans sa rédaction, selon les angles et les sujets.

Quelles sont les contraintes des journalistes européens ?

Entre la journaliste TV/radio et le journaliste de presse écrite, les contraintes sont naturellement différentes.

Pour Isabelle Ory, faire de la télévision à Bruxelles est un oxymore puisqu’il n’y a pas d’image. En outre, les propos « off the record » sont plus nombreux et intéressants que les déclarations officielles, ce qui est facile à rapporter dans la presse écrite, mais beaucoup plus compliqué en radio ou à la TV.

Pour Richard Werly, la presse écrite est le parent pauvre des médias. Entre le poids du temps réel et de l’immédiateté des réseaux sociaux, l’attraction fatale des TV pour les politiques et le droit de relecture et de correction, qui n’est pas pratiqué dans l’audiovisuel de plus en plus souvent en direct, la presse écrite est « le dindon de la farce » sans compter le parasitisme des communicants qui se prennent pour des spin doctors.

Bruxelles : paradis ou enfer des sources ?

Pour Isabelle Ory, Bruxelles est le paradis des sources, puisque les correspondants de presse peuvent se tourner vers le Parlement européen (les groupes politiques, les délégations nationales, les assistants et les élus), les diplomates (de leur État-membre ou d’autres États-membres notamment les Scandinaves traditionnellement plus transparents), etc.

Le plus important, c’est de jouer le jeu bruxellois autour de la culture du off et du partage des informations.

Pour Richard Werly, la source prioritaire est constituée des délégations nationales permanentes à Bruxelles (représentations permanentes et interlocuteurs nationaux) et ponctuelles (ministres).

Mais, sur des grandes questions, les sources du secteur privé ne sont pas à négliger. L’avis des lobbyistes, consultés par la Commission européenne, peut permettre des éclairages intéressants. Et les ONG sont de plus en plus actives et des sources d’information à part entière. Enfin, les interlocuteurs dans les autres capitales européennes – rencontrés lors de sommets ou de reportages – sont précieux.

Face à la profusion des sources, il faut sortir du giron institutionnel vers un creuset plus divers.

Quel est l’état de la couverture européenne dans les médias en Europe ?

Pour Isabelle Ory, il y a un problème spécifique à l’audiovisuel public français. Pour illustrer la diversité de la couverture médiatique, Isabelle Ory évoque une anecdote significative à l’occasion du scandale des LuxLeaks lors de la prise de fonction de Jean-Claude Juncker : tandis que la TV suisse romande voulait faire son ouverture sur la question « qu’est-ce qu’on lui reproche, il y a rien n’a voir, circuler », la radio Europe 1 en France voulait ouvrir en réclamant sa démission immédiate.

Pour Richard Werly, la couverture médiatique de l’Europe est plutôt bien représentée dans la presse écrite, à l’exception de la presse britannique qui a désinvesti l’Europe, sans doute l’une des causes du Brexit. Le fait de travailler dans un journal Le Temps, d’un pays tiers à l’Europe en Suisse permet de jouer carte sur table, donne une liberté de ton plus grande moins empreinte d’une sorte de politiquement correct européens.

En conclusion, Richard Werly et Isabelle Ory se rejoignent sur la situation préoccupante en Hongrie, où il n’y a plus de liberté de la presse, les citoyens ont une vraie conscience des pressions du pouvoir et en Pologne où malgré tout il y a encore une vie médiatique pluraliste et une vraie campagne électorale s’est récemment déroulée. Ce qui se passe en ligne et dans la société civile – les résistances non médiatiques – n’est pas suffisamment connues. Une forme d’autoritarisme médiatique plane comme une zone d’ombre noire dans ces pays.

Vous pouvez regarder l’intégralité de leur échange en vidéo sur Youtube.

Europe Talks : dialoguer pour lutter contre les idées reçues

Pour la première fois, la chaîne d’info France 24 rejoint le projet Europe Talks lancé par Die Zeit il y a 3 ans, regroupant désormais 18 rédactions européennes afin de lutter contre les idées reçues en mettant en relation des citoyens européens de tous les âges dans un espace de dialogue virtuel pour qu’ils confrontent leurs points de vue.

Crowd-discussing : un projet pour encourager le dialogue entre Européens

Principes de l’aventure européenne Europe Talks :

  • Un questionnaire autour de sept questions sur des thématiques d’actualité qui font débat en Europe ;
  • Un algorithme pour « matcher » votre interlocuteur, le but étant de dialoguer avec un ou une autre Européen/enne aux opinions très différentes des vôtres ;
  • Un événement virtuel par vidéo le 13 décembre, point d’orgue du projet, où des binômes de participants débattront de leur vision de l’Europe ;
  • Une occasion unique de débattre des grands enjeux de notre époque au-delà de nos frontières.

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Pour la présidence semestrielle allemande du Conseil de l’UE, qui soutient le projet, l’objectif est « aussi simple qu’audacieux : permettre à des personnes aux points de vue politiques discordants et vivant dans des pays européens différents de dialoguer en tête-à-tête de manière virtuelle sur des thématiques d’actualité faisant l’objet d’âpres débats en Europe ».

Un succès allemand qui s’européanise avec plus de 16 000 inscrits en 2019

Depuis son lancement, plus de 60 000 personnes ont confronté leurs points de vue en Allemagne dans le cadre de ce projet. L’idée a été reprise par d’autres pays et s’est transformée en une plate-forme internationale, baptisée « My Country Talks » (Mon pays se parle). Celle-ci a déjà organisé, en collaboration avec des médias européens, des dialogues citoyens dans treize pays, ayant réuni plus de 150 000 personnes.

En mai 2019, plus de 16 000 Européennes et Européens originaires de 33 pays se sont inscrits pour participer à la première édition du projet « Europe Talks – l’Europe se parle ». Plus de 500 d’entre eux se sont rencontrés directement lors d’une manifestation d’ouverture à Bruxelles et parmi eux, un grand nombre de participants ont entrepris de longs voyages pour se voir en personne.

Joanna Popiołekune, employée de l’université de Gdansk en Pologne, a parcouru plus de 1 000 kilomètres pour rencontrer Christoph, un gestionnaire de comptes allemand. Bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés auparavant, ils ont pu échanger ensemble sur la politique migratoire et les relations de l’UE avec la Russie.

Le Britannique Tom Ross et l’Allemand Nils Nehring étaient aussi de parfaits étrangers l’un pour l’autre, avant de se rencontrer dans le cadre du projet Europe Talks. Tous les deux passionnés de foot, ils ont choisi comme lieu de rencontre le terrain historique de Cambridge, où les règles modernes du football ont été inventées. L’occasion d’échanger sur le Brexit et ses conséquences.

Ainsi, le projet Europe Talk réinvente la communication européenne citoyenne à l’heure du digital autour d’une forme ancestrale relookée qui redécouvre les vertus de la conversation.

Qui influence les Brussels Insiders de l’UE ?

Comme chaque année, l’enquête #EUMediaPoll, la plus grande enquête sur la consommation de médias parmi les décideurs, influenceurs et leaders d’opinion révèlent les médias considérés comme les plus influents. Alors, qui influencent les « Brussels Insiders » ?

Quelles sont les sources d’information les plus influentes pour les décideurs européens ?

En 2020, le Financial Times détrône Politico Europe en tant que source d’information la plus influente. Pourquoi  Politico Europe a-t-il perdu sa couronne ? Parce qu’il a eu un impact énorme dans ses premières années car il était nouveau, percutant, initié et irrévérencieux. La newsletter Playbook Brussels de Politico atteint tout de même les 100 000 abonnés.

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Les qualités attribuées aux deux plus importants médias influents sont très différentes :

  • Pour le Financial Times, il s’agit du niveau d’expertise, de la qualité des journalistes et de la réputation positive du média ;
  • Pour Politico Europe, il s’agit plutôt de l’insider access, de l’audience atteinte et de la timeliness, liée à présence essentiellement en ligne.

D’autres médias britanniques – le Brexit n’a pas encore d’impact sur l’influence britannique sur les décideurs bruxellois – avec The Economist et BBC news sont également très bien classés.

Comment les médias d’information se comparent-ils aux autres sources d’influence ?

Les collègues professionnels arrivent en tête, influençant 90% des décideurs européens. Les informations fournies par les institutions européennes et les États-membres sont également considérées comme très influentes. Les contacts personnels sont également toujours essentiels.

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En revanche, l’influence des médias sociaux et des influenceurs en ligne est minoritaire. Les podcasts font également leur entrée dans les médias susceptibles d’influencer les décideurs européens.

Quels sont les médias sociaux les plus utilisées par les décideurs européens ?

L’usage des médias sociaux utilisées par les influenceurs de l’UE est dorénavant très fragmenté : WhatsApp en tête, puis Twitter, Facebook, Youtube, LinkedIn et Instagram. WhatsApp a dépassé Twitter en tant que média social le plus utilisé, mais Twitter est toujours considéré comme une source d’informations influente. Plus d’un quart choisit « Autres » lorsqu’on leur demande ce qu’ils utilisent, contre seulement 3% en 2018.

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Pour le député européen Tiemo Wölken, le rôle de Twitter se justifie car il permet à la fois d’atteindre et de recevoir les commentaires de la bulle bruxelloise.

La stabilisation de Twitter et LinkedIn signifie qu’une large partie des Brussels Insiders y sont d’ores et déjà actifs. La place de WhatsApp est la traduction logique que ce sont les contacts professionnels et personnels qui représentent la première source d’influence pour les décideurs européens. Le narrow-cast du dark social, ces petits feux de camp numériques cachés, ne devrait cesser de progresser face à la logique de broad-cast pilotée par les algorithmes décriés des principaux médias sociaux.

Quels sont les enjeux de l’influence des Brussels Insiders ?

La diversité est la principale problématique. Le manque de médias non anglophones dans le top 10 est préoccupant. Les efforts de multilinguisme devraient être renforcés. Avec la diversité des langues vient aussi la diversité des pensées.

La nécessité d’un paysage médiatique européen plus diversifié est un enjeu à la fois dans les institutions de l’UE et dans les salles de rédaction des médias européens pour réduire la déconnexion avec les peuples européens. Il est important de mieux comprendre la culture et la politique de chaque État-membre et comment cela influence et façonne l’élaboration des politiques de l’UE.

Pour aller plus loin, le Thread des résultats et du panel de présentation : #EUMediaPoll.

Au total, le paysage de l’influence des décideurs européens est nuancé, reposant sur un mix entre les contacts interpersonnels, indispensables puis les médias d’information, la qualité reste essentielle et les médias sociaux pour interagir entre influenceurs européens.

Information européenne, innovations éditoriales et médiatiques : « comment placer l’Europe à la Une »

Les 3e Journées de la presse européenne interrogent des acteurs qui mènent des initiatives éditoriales et médiatiques pour renouveler le traitement de l’information européenne et inventer de nouvelles manières de raconter l’Europe auprès du public…

Twitch : l’Europe, les jeunes et Internet avec Jean Massiet

Alors qu’Alexandria Ocasio-Cortez incite les jeunes Américains à voter sur Twitch, Jean Massiet, fondateur d’Accropolis, ex-Youtubeur vulgarisateur de la politique, investit la plateforme depuis plusieurs années pour développer un format de conversation interactive, sur la politique, autour par exemple des questions au gouvernement ou de la convention citoyenne sur le climat, en complicité avec un public massivement très jeune.

Partenaire du Bureau du Parlement européen en France, Jean Massiet a pu y aborder les dernières élections européennes ou encore les auditions des Commissaires au Parlement européen, qu’il a estimé très intéressantes.

Sur Twitch, le premier discours sur l’état de l’Union européenne d’Ursula von der Leyen a fait l’objet d’une couverture extensive entre le commentaire en direct du discours (trop déclaratif, pas assez dans l’action), puis l’échange avec des invités et enfin le suivi du débat parlementaire (le plus apprécié par les twitcheurs).

Producteur de l’émission « Sénat Stream » sur la chaîne TNT Public Sénat, Jean Massiet s’investit pour développer un format de talk-show hebdo en plateau avec invités politiques et chroniqueurs en vue des prochaines élections présidentielles françaises.

Podcast : donner la parole à l’Europe avec Antoine Lheureux

Fondateur de l’agence de production de podcasts à Bruxelles Bulle Media, Antoine Lheureux, passionné de radio, s’est imposé ces dernières années comme le premier producteur de podcasts européens rassemblés, si vous souhaitez les découvrir, sur la plateforme Europod.

Après un mémoire sur la vassalisation des médias aux Gafam, Antoine Lheureux a produit son premier podcast sur l’influence de Google en lobbying à Bruxelles en partenariat avec La Libre Bruxelles. Bulle Média ayant un business model stabilisé, des productions propres seront lancées au premier semestre 2021.

Les conseils du spécialiste pour réussir un podcast et prendre par la main l’auditeur sont :

  • Une bonne conceptualisation du mode de narration et de bons invités à mettre en musique ;
  • Une post-production de qualité pour le montage, le mastering et le mixage du son ;
  • Une promotion sur les réseaux sociaux pour fédérer une communauté ;
  • Un partenaire média pour donner une légitimité et une audience immédiate.

Pour Antoine Lheureux, les podcasts européens explorent des sujets qui européanisent l’écoute et participent à la constitution d’un espace public européen.

Radio : de la hiérarchie de l’info et des rendez-vous dédiés hebdo sur l’Europe

Stéphane Leneuf, rédacteur en chef adjoint à France Inter et producteur pendant 10 ans de « Question pour l’Europe » et actuellement à l’antenne chaque dimanche matin avec « Café Europe » estime que l’actualité horizontale des pays européens a largement progressé puisque l’Europe est notre cadre de vie et notre actualité au quotidien car les gens ont envie et besoin d’Europe.

Pour l’actualité de l’UE, la hiérarchie de l’actualité nationale impose des choix dans les journaux de la radio en fonction de l’intérêt des sujets et de la ligne éditoriale du média. Résultat : on ne peut pas imposer un sujet européen. Solution : il faut développer des émissions hebdomadaires dédiées à l’Europe pour compenser l’absence de l’actualité européenne dans les journaux.

Contexte : pour expliquer les prises de décision aujourd’hui, il faut être à Bruxelles

Jean-Sébastien Lefebvre, responsable du bureau de Contexte à Bruxelles justifie la couverture des institutions européennes en raison des décisions politiques prises par des élus qui concerne les individus, les entreprises et les organisations partout dans l’UE.

La politique européenne est d’autant plus intéressante que sa dimension multinationale la rend plus multiforme, interculturelle mais aussi avec une instabilité plus importante et parfois des retournements spectaculaires face aux crises.

Pour avoir accès à l’information, il vaut mieux être lobbyiste que journaliste à Bruxelles !

VoxEurop : l’information sociétale à hauteur d’Européen

Catherine André responsable de VoxEurop, un média paneuropéen en 10 langues, veut faire de la bonne vulgarisation, c’est-à-dire donner les clés aux lecteurs pour qu’ils se fassent leur propre opinion.

Hors du suivi quotidien de l’activité des institutions européennes, VoxEurop se concentre sur :

  • Le traitement d’enjeux sociétaux qui traversent les frontières comme tous les thèmes globaux et les sujets de politiques globales ;
  • La publication des positions de la société civile ;
  • Des analyses et interviews de spécialistes au regard paneuropéen ;
  • Un dessin de presse hebdo sur l’Europe.

La série consacrée au Dreamers européens, ces enfants d’immigrés sans papier, illustre la puissance de récits concrets et humains qui concernent les Européens et renforcent le lien vivant.

Ouest France : l’Europe au cœur face aux algorithmes

Fabien Cazenave, journaliste à Ouest France, estime que sur tous les sujets européens, il faut aller aux enjeux, ne pas se perdre dans la technicité et aller sur le terrain pour illustrer et rendre concret l’action de l’Europe.

Le sens journalistique devrait davantage guider à faire des choix au profit de l’actualité européenne, compte tenu de son importance pour les Européens, mais le temps des institutions européennes est beaucoup trop long entre les annonces et leurs mises en œuvre.

La puissance des algorithmes et de la recommandation automatisée reposant sur l’exploitation des datas risque de pénaliser les sujets européens et les choix éditoriaux des médias disponibles dans leurs éditions papier et leur site web.

Télévision : l’Europe aux défis du dépaysement, des référendums et des fake news

Face aux préjugés des dirigeants de l’audiovisuel qui rechignent à investir dans l’Europe car ce n’est pas assez dépaysant, les journalistes européens à la TV doivent redoubler d’efforts pour leur prouver que mettre l’Europe à l’écran ne fait pas fuir les téléspectateurs.

Véronique Auger, ex présentatrice des émissions sur l’Europe à France 3, pointe depuis 2/3 ans que les JT de France 3, qui ne couvrent pas l’actualité de l’UE, commencent à couvrir les élections dans les autres États-membres : Allemagne, Italie, Royaume-Uni et même les élections municipales en Hongrie. Il est plus facile de traiter l’Europe dans les JT de France 3 Régional parce que les actions de l’UE y sont visibles par rapport à France 3 National.

Caroline de Camaret, rédactrice en chef à France 24 reconnaît qu’il est difficile même sur sa chaîne de vendre à sa propre rédaction l’Europe en tant que sujet en soi mais se félicite que France 24 anime un réseau de 12 correspondants dans l’UE, notamment davantage à l’Est.

Pour Véronique Auger, le traumatisme du référendum de 2005 explique la situation actuelle : on ne peut plus parler de l’Europe en bien, parce que les téléspectateurs ne l’ont pas apprécié, mais on ne veut pas parler de l’Europe en mal, donc on n’en parle plus. En vue de la présidence française du Conseil de l’UE en 2022, les choses devraient évoluer.

Pour Caroline de Camaret, le choc du référendum a mis l’Europe sous le tapis. L’Europe doit y mettre du sien pour que les MEP et les Commissaires répondent aux invitations des médias, comme ils l’ont davantage fait pendant le confinement. La question de l’accès aux institutions européennes aux journalistes est entre parenthèse tant aux Conseils européens à huis clos qu’au Parlement européen qui n’a plus siégé à Strasbourg depuis le début de la pandémie. Il y a un risque d’entre-soi.

Même au sein de l’UE, l’exercice du métier de journaliste est périlleux. Outre, les héros du journalisme que sont les deux journalistes assassinés en raison de leur enquête sur les mafias en Slovaquie et à Malte, les pressions sont nombreuses : la liberté de la presse est fragilisée, la crise économique fragilise les pigistes, la concurrence des réseaux sociaux mais aussi le cyber-harcèlement qui peut frapper notamment les femmes-journalistes.

Face aux fake news, le débat s’anime entre Véronique Auger et Caroline de Camaret :

  • Véronique Auger estime que les médias se perdent à essayer de contrer les fake news, que c’est même une grave erreur que les médias dit sérieux crédibilisent des fake news en leur donnant un écho. Les médias audiovisuels devraient miser sur l’enquête et l’éducation aux médias pour permettre aux gens de vérifier par eux-mêmes.
  • Caroline de Camaret juge que la BBC, qui est restée neutre lors de la campagne du Brexit n’a pas fait le job de vérification au jour le jour et n’a pas tenu informé les citoyens sur la base des faits, ce qui constitue sinon au moins une grave erreur peut-être une faute professionnelle compte tenu des conséquences.

Les fake news à usage électoral, surtout lorsque les institutions européennes ne réagissent pas, doivent être débunkées par les médias audiovisuels.

La comm’ de l’UE en procès

Maria Udrescu, journaliste à La Libre Bruxelles pointe plusieurs défaillances dans la communication européenne :

  1. La « religion des effets d’annonce » joue trop au sein des institutions européennes, comme l’illustre le fiasco de la conférence sur les 100 jours de la nouvelle Commission européenne qui passe sous silence le Covid en pleine période de confinements des États-membres.
  2. Le « maquillage de la comm’ en info » montre trop les efforts pour embellir les discours sans parvenir à valoriser les véritables décisions parmi les intentions déclamatoires et les déclarations de principe sans effet sur la machine décisionnelle.
  3. La « religion du secret » verrouille l’accès indispensable des journalistes aux brouillons (les draft) des futures législations. En fait, l’information la plus importante n’existe pas officiellement tandis que l’information officielle n’est d’aucune utilité pour les journalistes.

Pour aller plus loin, toutes les vidéos sont disponibles sur Facebook et le Taurillon publie également une vaste enquête qui nous plonge dans les quinze années écoulées, à la recherche de l’Union européenne dans les médias français.

Quand la communication européenne se met au meme

A la question sempiternelle de savoir s’il est possible de faire un buzz viral positif autour des affaires européennes, une réponse vient d’être apportée par la Commission européenne en France. Décryptage des meme européens, un phénomène déjà ancré et amené à se développer.

Le meme, le média co-construit de plaidoyer et viral par excellence

Dans son flot, la culture web charrie de nouvelles formes de communication qui s’imposent plus ou moins massivement dans la société comme l’utilisation d’emojis dans les textos et les publications en ligne ou en l’occurrence de meme.

Dans son principe, le meme est un montage simple superposant à une image ou un GIF emblématique (d’un film, d’une série ou d’une personnalité) un mot ou une phrase choc liée à l’actualité, à une cause ou un mouvement spécifique. Le meme peut se répandre de manière virale ; disparaissant aussi parfois aussi vite.

En somme, l’idée du meme, en tant que vecteur d’expression et de mobilisation est de parvenir à faire circuler une opinion très tranchée, chargée d’émotions, visuellement explicite et surtout avec beaucoup d’humour ou d’ironie – un facteur déterminant de succès.

Le meme dans la communication européenne off et on

Du coup, c’est plutôt du côté des parodies, des comptes pastiches et des initiatives individuelles que ce sont développés les usages amateurs, non officiels des meme qui circulent sur les réseaux sociaux.

Sans doute le précurseur s’incarne dans le compte @Berlaymonster qui depuis plus d’une décennie a su traduire avec humour, cynisme et dérision dans des formes d’expression visuelles et virales à l’échelle de la sphère bruxelloise (plus de 20,000 followers aujourd’hui).

Pile dans le mile, le compte @meme_ec se présence comme « la seule et unique Direction générale (de la Commission européenne) consacrée aux meme et aux parodies ». Avec plus de 11,000 followers en deux ans, l’initiative ne manque pas de souffle et prouve qu’il est payant de recourir au second degré pour intéresser et mobiliser un public avide de pouvoir partager ses réactions dans des formes décalées et distrayantes.

La nouveauté, d’importance, est l’utilisation récente d’un meme par le compte officiel de la Commission européenne en France dans le cadre de leur action « Décodeurs de l’Europe », lancée après le Brexit et renforcée pour les précédentes élections européennes avec un site dédié.

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Avec plus de 10,500 likes, 3,000 retweets et 1,200 mentions – des chiffres pas très loin des tweets d’un certain président-Twitter en campagne – la prise de parole très forte et surtout largement réussie est sans doute précurseur de nouvelles libertés de ton salutaire.

De l’usage du meme dans la communication de l’UE

Trop souvent critiquée pour être trop sérieuse voire sérieusement rébarbative, la communication européenne devrait se saisir de la culture web, des attentes de divertissement ludique et engageant du public et des ressorts de l’humour, du second degré, du léger décalage qui fait que l’on ne se prend pas au sérieux, mais que l’on reste appliqué à démontrer, convaincre avec bienveillance une audience à conquérir.

Dans cet exercice, qu’il faut bien finir par espérer, la seule limite, parfois précédemment franchie par les institutions européennes, c’est de ne pas jouer contre son camp. La communication, même décalée, ne doit pas enfreindre le coeur des valeurs du projet européen : le respect, la solidarité, l’ouverture…

L’exercice de l’humour, même dans le contexte de vigilance des oppositions, de pression du temps réel, n’est pas pas impossible et devrait même faire partie de la feuille de route plus systématiquement des communications de l’Union européenne afin de faire davantage confiance à l’intelligence, à la sympathie, à la connivence au service d’une relation plus forte entre les citoyens et l’Europe.

En résumé, bonne nouvelle, le plaidoyer politique européen s’enrichit progressivement de la culture web, comme en exploitant le meme, un format hyper synthétique, très connivent et surtout mnémotechnique.