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Comment faire campagne auprès des citoyens sur l’Europe ?

Plusieurs tables rondes de la conférence annuelle EuropCom fournissent des insights éclairants sur la manière de communiquer et de mobiliser les citoyens européens en vue des futures élections européennes en juin 2024…

La communication du côté des institutions européennes

Mobiliser les électeurs : le pouvoir des communautés

Première table ronde EuropCom, les stratégies visant à favoriser la participation active aux processus démocratiques reposent sur le principe de se concentrer sur les personnes afin d’aider les gens à voter.

Gaia Manco, Chef de service à la DG COMM du Parlement européen présente la plateforme « together.eu for democracy », le projet de participation des citoyens du Parlement européen :

Action : les institutions doivent toujours fournir des contributions, des espaces, des outils, une éducation et une formation, mais les solutions finales doivent toujours venir de la société civile. L’information conduit à l’engagement et l’engagement conduit à la mobilisation. Cela aide à activer un public plus restreint mais plus engagé, prêt à être actif sur le terrain.

Communauté : les gens se rencontrent lors d’événements, c’est pourquoi aucun projet d’engagement ambitieux ne peut être mené par les institutions sans impliquer les personnes sur le terrain. Les réseaux sociaux ne suffisent pas, l’idée est d’être aussi inclusif que possible.

Inconnu : quelque chose qui doit être accepté, tout projet d’engagement est une co-création des institutions et des communautés, donc le résultat ne peut pas être connu à l’avance.

Informer les électeurs : souligner l’impact des décisions de l’UE sur la vie des gens

Jens Mester, Chef d’unité à la DG COMM, présente plusieurs enquêtes démontrant que l’une des principales raisons pour lesquelles les gens ne votent pas aux élections européennes est le manque d’informations sur l’UE… alors que les gens sont très intéressés à en savoir plus sur l’UE :

  • Montrer l’action politique de l’UE et son impact (discours sur l’État de l’Union, rapport général de l’UE, coins d’apprentissage pour les enseignants et les étudiants) ;
  • Fournir des informations sur les élections et les droits électoraux ;
  • Impliquer les personnes, y compris les jeunes, dans la démocratie européenne (Initiative citoyenne européenne, suivi de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, plateforme « Have your Say ») ;
  • Travailler en collaboration avec d’autres acteurs / activer des partenaires et des réseaux.
  • Activer les bénéficiaires des programmes de financement de l’UE ayant la responsabilité de mobiliser les gens en faveur de l’UE.

La communication du côté des novations

La technologie numérique et le changement démocratique : de la macro-politique à la micro-politique

Autre table ronde EuropCom, Rachel Gibson, Professeure de politique à l’Université de Manchester partage les résultats d’un projet Horizon 2020 sur lequel elle a travaillé pendant cinq ans consacrés au développement de la relation entre les technologies numériques et la démocratie.

Au début de l’ère d’Internet, les praticiens étaient très optimistes et idéalistes quant au rôle des technologies numériques dans l’amélioration de la démocratie. Cet optimisme s’est maintenant dissipé avec l’avènement des fausses informations, des discours haineux et du capitalisme de surveillance.

Les changements structurels qui se produisent en politique grâce à la technologie numérique font dissocier la macro-politique relevant de la démocratie pré-numérique, tandis que la démocratie post-numérique fonctionne au niveau de la micro-politique, des formes de mobilisation introduisant de nouvelles voix dans l’arène politique, au risque d’une privatisation de l’espace public, et au pire, comme un passage vers une vision de la politique plus « narcissique ».

Au niveau macro-politique, à l’époque des partis politiques de masse, il était important de se demander « Où est la voix du public ? ». Cette question demeure, à la condition que les individus soient exposés à une plus large gamme d’informations pour éviter les effets de chambre d’écho.

Au niveau micro-politique, la nouvelle question « Comment l’engagement micro-politique se traduit-il par un changement sociétal significatif ? » pourrait être facilité pour une meilleure prise en compte des opinions numériques par des partis politiques qui gèrent les influenceurs de manière plus efficace.

Ma liberté d’expression contre vos sentiments : l’importance de la satire dans les démocraties modernes

Fabio Mauri, « Directeur général à la DG MEME », adopte une approche non conventionnelle pour son discours en mettant en avant l’importance de la satire dans la construction de démocraties saines et critiques.

La satire est conçue pour faire réfléchir, pas rire ! c’est un phénomène profondément humain, si l’on songe au rôle du bouffon du roi, figure familière dans les cours médiévales, qui était chargé de partager de mauvaises ou difficiles nouvelles avec le souverain par le biais de la comédie.

Les gens ont tendance à faire plus confiance aux comédiens qu’aux politiciens : « Le rire tue la peur et sans peur, nous ne pouvons avoir aucune confiance ». La question de la confiance versus le scepticisme ironique en est était au cœur des débats sur les sociétés démocratiques saines et la confiance que nous avons ou n’avons pas envers les politiciens.

La préoccupation correspond à une tendance croissante à la rectitude politique à tout prix et à une méfiance qui l’accompagne à l’égard de tout ce qui ressemble à de la satire – une sorte d’allergie à la satire. Le fait que vous soyez offensé ne vous donne pas raison. Le rôle de la satire en politique et dans l’espace public plaide en faveur d’une plus grande tolérance à l’égard des opinions qui pourraient ne pas être en phase avec les vôtres, mais qui font néanmoins partie du débat, des désaccords et de la critique essentiels à une démocratie saine. La satire veut exagérer les problèmes pour que vous puissiez les regarder sous un autre angle.

Élections européennes : que faut-il attendre de l’impact des intelligences artificielles ?

Tandis que la campagne des élections présidentielles aux Etats-Unis est déjà lancée avec une vidéo 100% générée par l’IA, ce qui est totalement inédit, lancée par les Républicains pour critiquer une réélection potentielle du Démocrate Joe Biden, le Far West de la communication politique à l’ère des intelligences artificielles interroge sur leur impact sur les prochaines élections européennes…

Comment l’IA transformera les élections en 2024

Un Position Paper de la Brookings « Comment l’IA transformera les élections de 2024 » estime que les progrès des technologies numériques fournissent de nouveaux outils où la création et la diffusion numériques en masse en particulier en matière de génération de textes, d’images et de vidéos vont avoir lieu grâce à des modèles faciles et peu coûteux à utiliser par un large public.

Les impacts, difficiles à mesurer, pourraient porter non seulement sur la difficulté à distinguer le faux du vrai mais également la façon dont les électeurs, les politiciens et les journalistes feront la campagne sans compter une incertitude majeure quant à la manière dont l’élection sera affectée.

Des réponses instantanées

Avec l’IA générative, les équipes de campagne pourront réagir quasi instantanément aux développements de la campagne, sans les couteux tournages et montages, simplement avec un prompt demandé à l’outil afin de créer une vidéo, qui soit capable de scanner le web, de réfléchir à une stratégie en termes de message et de proposer un call-to-action percutant.

Pour les élections européennes, il s’agit d’une belle opportunité et d’ores et déjà d’un développement qui peut potentiellement rebattre les cartes, avec un effet d’égalisation des chances, en particulier pour les listes qui n’auraient pas eu les moyens d’assurer une production rich media indispensable pour assurer la visibilité d’une campagne, a fortiori à l’échelle paneuropéenne et multilingue.

Un ciblage précis des messages

Deuxième atout de l’IA, les outils permettent un ciblage d’audience très précis, ce qui est crucial dans les campagnes politiques, en particulier lorsqu’il s’agit de bien cibler le petit nombre d’électeurs qui pourrait décider de l’élection proprement dite – un potentiel beaucoup plus poussé aux Etats-Unis où les données personnelles ne font pas l’objet de la même règlementation qu’en Europe.

Pour les prochaines élections européennes où les évolutions des forces politiques représentées au Parlement européen se font lentement d’un scrutin à l’autre, le petit pourcentage de l’électorat potentiellement indécis sera encore plus « chassé » par les campagnes boostées par les IA – un risque de surinvestir certains publics au détriment d’autres électorats moins connectés. Résultat ? Sans doute, un match nul pour les IA.

Démocratiser la désinformation

Troisième effet des IA, la probable démocratisation de la désinformation en apportant des outils sophistiqués aux citoyens lambda. Les gens n’ont plus besoin d’être des experts en codage ou en production vidéo pour générer du texte, des images ou des vidéos. Tout un chacun peut simplement utiliser des technologies avancées pour diffuser des messages élaborés. En ce sens, n’importe qui peut devenir un créateur de contenu politique et chercher à influencer les électeurs ou les médias.

Selon l’intention des auteurs utilisant des IA, leurs effets pourraient autant galvaniser un camp que stigmatiser un autre, voir créer du bruit et de l’incertitude et développer de faux récits afin de gagner la course.

Lors des prochaines élections en 2024, tant américaines qu’européennes, les IA seront des outils majeurs d’engagement et de persuasion, capable de surfer sur des émotions intenses (mécontentements, peurs, angoisses ou colères) et sans doute également de divulguer fausses nouvelles et désinformation, hors de tout contrôle.

Ni les individus – électeurs et candidats – ni les organisations – partis politiques et médias d’information – ne sont préparés à faire face à l’utilisation massive des IA génératives pour fabriquer et diffuser des campagnes. Les élections, plus que jamais, vont reposer sur la responsabilité, au cœur de la promesse démocratique.

Communication du Parlement européen entre démocratie représentative et démocratie participative

La communication du Parlement européen est confrontée à un paradoxe : d’une part, elle cherche à combler le déficit démocratique en favorisant une gouvernance participative, et d’autre part, elle doit préserver sa légitimité démocratique traditionnelle basée sur la démocratie représentative. Pour répondre à ce défi, le Parlement européen investit massivement le web social interactif, mais il doit également envisager d’autres formes de démocratie participative, telles que les panels citoyens et les conférences citoyennes, tout en explorant toutes les opportunités disponibles.

Le rôle du web social dans la communication interactive du Parlement européen

Le web social a offert au Parlement européen un moyen efficace d’atteindre un large public et d’encourager l’interaction directe avec les citoyens. Cette approche s’inscrit dans le cadre de la démocratie participative, qui vise à favoriser l’engagement et la participation des citoyens dans les processus de prise de décision. Cependant, le web social ne représente qu’une facette de la démocratie interactive, et il est nécessaire d’explorer d’autres mécanismes pour une participation citoyenne plus diversifiée.

Le renouvellement démocratique de la participation citoyenne

La démocratie participative ne se limite pas uniquement à l’engagement en ligne sur les réseaux sociaux. Elle peut également inclure des événements tels que les panels citoyens et les conférences citoyennes, qui permettent une participation plus directe et approfondie des citoyens. Ces initiatives offrent un espace de délibération où les citoyens peuvent discuter de questions politiques complexes et formuler des recommandations. En intégrant ces mécanismes dans sa communication, le Parlement européen peut renforcer sa légitimité démocratique en permettant une participation citoyenne plus inclusive et éclairée.

L’exploration de toutes les opportunités technologiques

Outre le web social, le Parlement européen doit envisager toutes les opportunités technologiques pour améliorer sa communication et sa participation citoyenne. Les nouvelles technologies, telles que le web3, les métavers, les NFT, les médias immersifs et les IA générationnelles, offrent des moyens innovants de faciliter l’interaction entre les citoyens et les institutions. Ces technologies peuvent favoriser une plus grande transparence, faciliter l’accès à l’information et encourager la participation citoyenne à tous les niveaux de la gouvernance européenne. Le Parlement européen doit donc être à l’avant-garde de l’exploration et de l’adoption de ces nouvelles opportunités technologiques.

L’équilibre de légitimité entre démocratie représentative et démocratie participative

Pour préserver sa légitimité démocratique, le Parlement européen doit trouver un équilibre entre la démocratie représentative et la démocratie participative. La démocratie représentative reste essentielle pour garantir la représentation de tous les citoyens et la prise de décision collective. Les élections européennes continuent d’être un moyen fondamental de participation citoyenne. Cependant, en complément de la démocratie représentative, la démocratie participative permet une participation plus directe et informée des citoyens. En combinant ces deux formes de démocratie de manière complémentaire, le Parlement européen peut renforcer sa légitimité démocratique et répondre aux attentes des citoyens européens.

Favoriser une participation plus inclusive et éclairée, et préserver sa légitimité démocratique traditionnelle répondant aux attentes des citoyens européens et contribuant à combler le déficit démocratique de l’UE. En explorant les nouvelles opportunités technologiques telles que le web3, les métavers, les NFT, les médias immersifs et les IA générationnelles, le Parlement européen peut enrichir sa communication et renforcer son engagement avec les citoyens, tout en naviguant habilement entre démocratie représentative et démocratie participative.

Au total, le Parlement européen est confronté à un défi complexe dans sa communication : comment préserver sa légitimité démocratique tout en favorisant la démocratie participative à travers le web social et d’autres formes de participation citoyenne au travers d’une communication qui renforce la relation de l’Union avec les citoyens ?

Médias sociaux : recommandations pour une déclaration des droits numériques, un code de conduite des développeurs et des principes de gouvernance de l’information numérique

Les acteurs technologiques, la société civile, le milieu universitaire et le public devraient élaborer une déclaration des droits numériques des utilisateurs, un code de conduite des développeurs et des principes de gouvernance de l’information numérique afin de promouvoir leur adoption et leur adhésion, selon l’étude. “Social Media: The Canary in the Coal Mine – A Digital Bill of Rights, Developers’ Code of Conduct, and Information Governance Principles for a Healthier Digital World”…

Pour un cadre de gouvernance efficace des médias sociaux

Le monde numérique rend nos autorités de gouvernance actuelles inadéquates, confrontées aux nouveaux défis technologiques. Les décideurs politiques et les régulateurs manquent actuellement de ressources pour protéger efficacement un avenir numérique positif. Les droits numériques nécessitent des protections que nos structures actuelles n’offrent pas entièrement.

La régulation des nouvelles technologies doit reposer sur des recherches fiables, un écosystème d’innovation privée renforçant l’intérêt public ainsi qu’une gouvernance qui responsabilise de manière équitable et cohérente.

1) Établir de futurs programmes de recherche et de subventions pour les universitaires

La base consiste d’abord à clarifier quand et comment les plateformes peuvent partager des données avec des chercheurs du milieu universitaire tout en protégeant les droits à la vie privée des utilisateurs.

La recherche devrait se concentrer sur :

  • L’établissement de définitions et de bases de référence pour les dommages numériques et les préjudices (y compris psychologiques) ;
  • Des mécanismes de signalement efficaces pour les problèmes de sécurité des utilisateurs ;
  • Des ensembles de données ouvertes à la recherche ;
  • Des expérimentations de technologie qui soutiennent les principes de démocratie et de transparence.

2) Distribuer des subventions pour encourager l’innovation

En outre, des programmes de financement spécifique devraient être exploré pour inciter les entreprises ou les investisseurs en phase de démarrage promouvant des principes de gouvernance démocratique auprès notamment des fonds de capital-risque émergents

3) Établir des exigences de reporting et de responsabilisation

Des rapports obligatoires par les plateformes pourraient s’inspirer structurellement des modèles mis en œuvre par les investisseurs autour des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance pour tous les médias sociaux, entreprises de médias et plateformes.

Des exigences spécifiques pourraient être intégrées :

  • Des normes sociales démocratiques ;
  • L’audit algorithmique, la transparence des algorithmes et la prise de décision automatisée ;
  • Le partage de données avec les chercheurs ;
  • Les pratiques commerciales monétisant les données des utilisateurs ;
  • Les moyens de mesurer la crédibilité/l’exactitude du contenu original
  • L’évaluation des risques sanitaires et systémiques actuels ;
  • Les normes de portabilité ou d’interopérabilité ;
  • L’incidence des publications parrainées ou amplifiées par des gouvernements étrangers ;
  • L’accessibilité et l’inclusion.

Pour des plateformes responsables des médias sociaux

Les technologies confèrent aux plateformes un rôle démesuré dans les interactions, sans être encore bien adaptées. La société attend plus des entreprises, ainsi que de leurs investisseurs, avec leur prise de pouvoir croissante. L’histoire a montré l’importance d’assurer un plus grand rôle aux consommateurs et à leur protection. Alors que des portions importantes de la place publique passent aux mains du privé, les plateformes doivent s’adapter à leurs nouvelles responsabilités publiques.

Les plateformes doivent gagner la confiance des consommateurs en appliquant judicieusement et équitablement leurs politiques, en alignant leurs incitations sur les intérêts des utilisateurs et en présentant des informations fiables, sans être les arbitres ultimes de la vérité ; au contraire, la transparence et la capacité des utilisateurs à déchiffrer la crédibilité sont deux facteurs clés pour gagner la confiance du public.

Les plateformes responsables établiront également des normes éthiques élevées en interne, à la fois pour leurs employés et pour leurs décisions commerciales plus larges. Alors que les plateformes bénéficient d’un pouvoir sociétal et d’un espace considérable pour innover sans réglementation, elles doivent également s’engager à respecter des normes éthiques pour limiter les abus de ce pouvoir et de cette discrétion. Une partie de cet engagement englobe la nécessité pour les plateformes d’éduquer le public sur le fonctionnement de leurs algorithmes afin que le public puisse vraiment surveiller ses intérêts dans le monde numérique. Enfin, les plateformes doivent respecter les droits numériques de tous leurs utilisateurs – un élément essentiel pour leur relation positive avec la société américaine.

La Charte des droits numériques et le Code de conduite des développeurs fournissent des modèles de normes et de standards qui pourraient être adoptés par les producteurs de la société numérique et utilisés pour éclairer leurs politiques afin de produire une stratégie mieux coordonnée pour l’ensemble de la société pour un univers numérique sain.

1) Une stratégie numérique pour toute la société adoptée pour renforcer la fiabilité des plateformes

Pour être crédible et donc efficace, une stratégie sociétale pour une société numérique saine devra être élaborée selon un processus qui évite de donner un avantage économique à une entreprise. Il doit créer un espace pour les nouveaux entrants et éviter un monopole du pouvoir pour une seule grande plateforme.

L’élaboration de ces normes et standards règlementés nécessitera l’ouverture de canaux formels pour la contribution du public, l’engagement dans le dialogue et la garantie que les points de vue des minorités seront entendus. Ces efforts pourraient compléter le code de bonnes pratiques de l’UE sur la désinformation, qui a réuni les plateformes en ligne et l’industrie de la publicité pour s’autoréguler. Un effort de toute la société nécessite un engagement d’une multitude de façons à différents niveaux de spécificité pour générer l’adhésion et opérationnaliser les nouvelles normes et standards sur le terrain.

L’industrie technologique devrait être encouragée à établir ses propres normes qui promeuvent l’essence des principes éthiques de gouvernance de l’information, car l’autorégulation est dans le meilleur intérêt des publics et sur une base commune à l’industrie pour codifier un comportement approprié.

2) Adopter la diversité

L’éthique va au-delà de l’appel ordinaire pour assurer l’inclusivité, l’accessibilité, la diversité de pensée et l’équité. Les plateformes en ligne doivent adopter la diversité en intégrant les points de vue de diverses communautés dans le processus de conception dès le premier jour, les services et les produits prendront plus efficacement en compte les différentes perspectives sur la manière dont ils sont utilisés afin d’en limiter les dommages.

3) Garantir le respect des droits numériques

Pour intégrer ces concepts sur le terrain et partager les meilleures pratiques, la formation des employés sur les plateformes est indispensable en matière de conception, d’exploitation, d’administration et de gouvernance éthiques. Cette formation doit inclure un engagement signé des employés à suivre un code de conduite des développeurs et des entreprises à adhérer aux principes de gouvernance de l’information, en plus de respecter les droits numériques des utilisateurs.

Pour un public autonomisé et formé aux médias sociaux

Une nouvelle ère numérique offre d’immenses possibilités aux individus, mais seulement si nous sommes correctement préparés à gérer cette complexité. Dans le modèle actuel, l’attention des individus est traitée comme un produit à vendre, avec l’éducation des plateformes sur le fonctionnement de leurs algorithmes, le public doit se préparer à évaluer les implications des nouvelles dynamiques de pouvoir dans le paysage numérique, afin de ne pas être laissé vulnérable à une exploitation future par des intérêts étroits.

Les individus doivent activement s’attaquer à la complexité et aux implications de leur existence en ligne. Cela n’est possible qu’avec une certaine éducation sur les technologies elles-mêmes, la manière dont elles influencent le choix individuel et les motivations des plateformes et des producteurs de contenu. Pour sauvegarder les droits et les intérêts des consommateurs, les individus doivent se mobiliser et plaider auprès des décideurs.

Bien qu’il existe des biens sociaux qui sortent de ces modèles, comme des produits gratuits, les utilisateurs ont besoin de la liberté de choisir leurs relations, plutôt que d’être forcés à accepter des réalités monopolistiques afin qu’ils soient habilités à penser de manière critique, à défendre leurs intérêts dans le monde numérique et à participer aux processus démocratiques.

La démocratie exige qu’un public engagé réfléchisse de manière critique aux règles et aux normes nécessaires à une société saine, et cela vaut autant pour la société numérique que pour le monde réel. Toutes les parties prenantes doivent avoir la possibilité de participer à la spécification de ces règles et normes, y compris le développement et l’utilisation d’outils pour les réaliser.

1) Développer des outils civiques d’éducation pour assurer une meilleure compréhension sociétale des risques et opportunités présentés par la participation en ligne

Les parties prenantes doivent développer, promouvoir et diffuser des outils qui soutiennent l’éducation civique qui favorise une société numérique saine. La finalité vise à offrir une compréhension politiquement neutre et à promouvoir la pensée critique tout en fournissant une compréhension de base de la technologie :

  • La littératie numérique ;
  • La conscience de la confidentialité et de la sécurité ;
  • L’éthique technologique ;
  • La préparation numérique ;
  • L’atténuation des risques numériques ;
  • La gestion de la santé mentale.

La pensée critique, à savoir la remise en question constante du contenu, des algorithmes et des autres structures systémiques de la société numérique, est donc un élément important de l’autonomisation du public aux côtés de la compréhension générale de la technologie et de ses conséquences. Cette réflexion critique sur le monde numérique devrait faire partie d’une éducation civique généralisée.

D’autres formes de discussion publique pourraient porter sur la manière d’identifier la més/désinformation en ligne, les dommages causés par les environnements de médias sociaux toxiques et incivils et les mesures de sécurité pour protéger les enfants.

2) Mobiliser des outils démocratiques pour protéger les utilisateurs et la société des dommages potentiels

Un public responsabilisé a besoin d’une voix démocratique dans la société numérique, ce qui peut être accompli par des moyens remarquablement similaires à ceux du monde physique. Les campagnes peuvent tirer parti du pouvoir de mobilisation pour faire pression sur les plateformes et le gouvernement sur des questions telles que l’augmentation des capacités de propriété des utilisateurs sur les plateformes, l’adoption d’une déclaration des droits numériques, l’amélioration de la transparence des données, l’accessibilité et l’inclusion, et d’autres questions clés.

3) Donner aux utilisateurs une agence sur leurs expériences en ligne

Le dernier élément de l’autonomisation des utilisateurs est qu’ils doivent avoir l’opportunité et la capacité de participer à la définition des contours de leurs expériences personnelles en ligne. Idéalement, ils doivent contrôler leurs propres données, faire des choix sans être gênés par la manipulation ou le subterfuge de la plate-forme, avoir la liberté de se déplacer de manière transparente entre les plateformes et accéder à des outils qui leur donnent plus de contrôle sur différents aspects de leurs expressions en ligne.

La capacité de « voter avec ses pieds » en quittant des plateformes qui ne répondent pas aux besoins ou aux attentes des utilisateurs est un élément essentiel, même si la portabilité des informations non transférables empêche les utilisateurs d’exercer cette faculté.

Une première étape intéressante dans cette direction serait une adoption des normes d’interopérabilité, dans laquelle plateformes s’engageraient sur les priorités des utilisateurs lors de l’élaboration de normes d’interopérabilité et de meilleures pratiques pour offrir aux utilisateurs plus de contrôle sur leurs profils, leurs données, la création de contenu et leurs informations personnelles.

Bien que les solutions réelles puissent varier selon la plateforme, la création de mécanismes permettant aux utilisateurs de participer à l’élaboration de leurs propres expériences dans la société numérique est fondamentale pour l’essor des principes démocratiques en ligne.

Lutte des GAFAM contre la désinformation en Europe : premiers résultats chiffrés

Les signataires du Code de bonnes pratiques contre la désinformation, en particulier les principales plateformes, soumettent leurs premiers rapports sur la mise en œuvre de leurs engagements pris en vertu du Code de bonnes pratiques contre la désinformation

Que retenir de ces premiers reportings ?

Dans l’ensemble, ce premier exercice témoigne des efforts des signataires qui donnent un tel aperçu de leurs actions pour lutter contre la désinformation.

La plupart des grandes plateformes en ligne (Google, Meta, TikTok ou Twitch) fournissent un niveau de détail sans précédent sur les résultats chiffrés au niveau des États membres. Twitter fournit cependant peu d’informations précises et aucune donnée ciblée par rapport à ses engagements.

Ces premiers reportings marquent une première étape dans la mise en place du nouveau code de bonnes pratiques, tandis que la méthodologie et la granularité des données est parfois lacunaires contrairement aux dispositions du code.

Quelles sont les données les plus significatives ?

Google indique qu’au troisième trimestre 2022, plus de 13 millions d’euros de revenus publicitaires ont été bloqués avant d’être versés aux acteurs de la désinformation dans l’UE. Par ailleurs, la campagne « Hit Pause » de YouTube est diffusée dans 20 États membres de l’UE afin d’inciter les internautes à la vigilance.

TikTok signale qu’au troisième trimestre 2022 plus de 800 000 faux comptes ont été supprimés, ces comptes rassemblaient plus de 18 millions d’abonnés. Ces faux comptes supprimés représentent 0,6 % des utilisateurs actifs mensuels dans l’UE.

Meta rapporte qu’en décembre 2022, environ 28 millions d’étiquettes de vérification des faits ont été appliquées sur Facebook et 1,7 million sur Instagram. En moyenne, 25% des utilisateurs de Facebook ne transmettent pas de contenu après avoir reçu un avertissement indiquant que le contenu a été indiqué comme faux par les fact-checkers. Ce pourcentage passe à 38% sur Instagram.

Du 1er octobre 2022 au 31 décembre 2022, Meta a supprimé plus de 2,9 millions de publicités de Facebook et Instagram dans les États membres de l’UE, dont plus de 8 800 publicités ont été supprimées pour avoir enfreint leur politique de désinformation.

Du 15 novembre au 31 décembre 2022, Meta a étiqueté plus de 170 000 publicités politiques sur Facebook et Instagram avec des clauses de non-responsabilité « payé par » dans l’UE.

Twitch rapporte entre octobre et décembre 2022, 270 921 comptes et botnets non authentiques créés ont été bloqués et a pris des mesures contre 32 tentatives de détournement et d’usurpation d’identité. De plus, Twitch a supprimé 6 comptes activement dédiés à la promotion de QAnon.

Twitter ne communique pas de données, mais valorise une nouvelle fonctionnalité « Community Note » qui permet d’ajouter une évaluation d’un tweet par un tiers :

  • Une personne qui voit une Note de la communauté est, en moyenne, 20 à 40 % moins susceptible d’être d’accord avec le contenu d’un tweet potentiellement trompeur qu’une personne qui ne voit que le tweet.
  • Une personne sur Twitter qui voit une note est, en moyenne, 15 à 35 % moins susceptible de choisir d’aimer ou de retweeter un tweet qu’une personne qui ne voit que le tweet.

Données sur la guerre d’agression en Ukraine

YouTube a bloqué plus de 800 chaînes et plus de 4 millions de vidéos liées au conflit russo-ukrainien depuis le 24 février 2022.

Microsoft Advertising a empêché entre février et décembre 2022 environ 25 000 soumissions d’annonceurs liées à la crise ukrainienne dans le monde et supprimé 2 328 domaines.

TikTok, d’octobre à décembre 2022, a vérifié 90 vidéos liées à la guerre et 29 vidéos ont été supprimées en conséquence de leur activité de vérification des faits.

Les prochains reportings sont attendus en juillet et devrait fournir des informations supplémentaires sur la mise en œuvre du Code avec des données plus exhaustives. Des indicateurs pour évaluer la mise en œuvre du Code et son impact sur la réduction de la propagation de la désinformation en ligne sont également prévus dans l’année.

Affaire à suivre.