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Comment l’UE tente de lutter contre la désinformation ?

Face à la « mésinformation » des contenus faux ou trompeurs transmis sans intention de nuire, même si leurs effets peuvent néanmoins être préjudiciables, une communication proactive, la fourniture d’informations fiables et la sensibilisation à la nécessité d’évaluer de manière critique les contenus et les sources peuvent suffire.

En revanche, les réponses aux phénomènes suivants sont plus complexes :

  • La « désinformation » des contenus faux ou trompeurs diffusés avec l’intention de tromper ou dans un but lucratif ou politique et susceptibles de causer un préjudice public ;
  • Des « opérations d’influence » coordonnées et déployées par des acteurs nationaux ou étrangers pour influencer un public cible au moyen d’une série de moyens fallacieux, notamment la suppression de sources d’information indépendantes combinée à de la désinformation ;
  • Des « ingérences étrangères dans l’espace de l’information » coercitives et trompeuses déployées par un acteur d’un État étranger ou des agents dans le but d’entraver la formation et l’expression libres de la volonté politique des individus.

Le « Plan d’action pour la démocratie européenne » vise à renforcer la transparence, lutter contre les techniques de manipulation, réduire les incitations économiques à la propagation de la désinformation, et introduire des effets dissuasifs.

Renforcer la capacité de l’UE et de ses États membres à lutter contre la désinformation

D’abord, pour détecter la désinformation et les opérations d’ingérence étrangère, l’UE prévoit un cadre et une méthodologie communs pour recueillir systématiquement des éléments de preuve, en renforçant les capacités des autorités nationales, des médias indépendants et de la société civile.

Ensuite, pour réagir, et rapidement, l’UE envisage une boîte à outils cyber-diplomatique pour faire face aux actes de cyber-malveillance, ce qui là encore interroge sur les aspects conceptuels et juridiques pour une réponse diplomatique numérique conjointe de l’UE.

Enfin, pour contrer les ingérences étrangères et les opérations d’influence, l’UE envisage dorénavant d’infliger des sanctions financières à leurs auteurs, ce qui pose de nombreuses questions quant à la capacité de l’UE à viser ces hackers.

Renforcer les obligations et la responsabilisation des plateformes en ligne

L’arme fatale pour l’UE repose sur un code de bonnes pratiques à consolider afin de :

  • surveiller les effets de la désinformation et l’efficacité des politiques des plateformes – c’est le strict minimum ;
  • soutenir la bonne visibilité des informations fiables d’intérêt public et maintenir une pluralité de points de vue – c’est même dans l’intérêt des plateformes…
  • réduire la monétisation de la désinformation liée à des contenus sponsorisés – c’est la fin annoncée des campagnes politiques sponsorisées ;
  • limiter l’amplification artificielle des campagnes de désinformation – c’est une pierre dans le jardin des algorithmes au cœur de toutes les critiques…

Donner aux citoyens les moyens de prendre des décisions en connaissance de cause

D’une part, une démarche de soutien à de nouveaux projets innovants en matière de lutte contre la désinformation dans le cadre de divers programmes de l’UE, notamment mis en place par des organisations de la société civile et des établissements d’enseignement supérieur, avec la participation de journalistes.

On peut citer par exemple le «EUvsDisinfo hackathon», la participation des journalistes à des activités d’éducation aux médias, en particulier sous la forme d’initiatives « Back to School » ou le jumelage électronique d’écoles.

D’autre part, un soutien accru, y compris financier, à toutes sortes d’initiatives, y compris des organisations de la société civile, visant à promouvoir l’éducation aux médias et à aider les citoyens à identifier les cas de désinformation, au sein de l’UE et au-delà.

Quoique la prise de conscience qui a bien progressée semble davantage au rendez-vous, les actions envisagées apparaissent timorées et trop faire confiance à la bonne volonté des parties prenantes et surtout des big tech.

Quel est l’état du social media dans la démocratie européenne ?

Alors que la vie démocratique de l’Union européenne est souvent perçue comme plus complexe en raison du jeu entre les institutions européennes, les classes politiques nationales et les opinions publiques, qu’en est-il sur les réseaux sociaux ? Plongée à partir de l’interview d’un eurobloggeur historique par le Journal of Contemporary European Research : « Social Media and European Democracy: A Conversation with Jon Worth »…

L’univers impitoyablement paradoxal des réseaux sociaux pour l’Europe

Le cadrage dominant utilisé par les médias pour simplifier construit un échiquier politique dominé par une opposition entre Eurosceptiques et pro-Européens ne fonctionne pas dans le monde des médias sociaux où chaque courant s’exprime dans sa propre bulle. Du coup, les repères même imparfaits disparaissent.

Le potentiel de « force for change » attribué initialement aux médias sociaux permettant de faire connecter et débattre des personnes d’horizons différents se révèlent en fait être une vaste cohabitation virtuelle de petites communautés faiblement en interaction, en particulier à cause du développement excessif des algorithmes pour optimiser le temps passé et l’attention.

L’intérêt pédagogique des médias sociaux pour exposer et simplifier des décisions européennes et réduire la barrière de l’accès à des personnes éloignées et des expertises complexes est une évidence très séduisante, sur le plan théorique. La réalité quand même positive est plutôt que les média sociaux ont réduit les barrières à l’entrée pour ceux qui veulent bien faire l’effort de s’informer par eux-mêmes.

La problématique de la confiance accordée à des leaders d’opinion résidant dans leur capacité reconnue de décryptage et de différenciation entre les faits et les opinions s’est aggravée avec les médias sociaux qui nécessitent un fort investissement en temps et en attention pour trouver des sources d’information crédibles et pertinentes parmi la masse du bruit.

L’usage globalement inégal des réseaux sociaux par l’Union européenne

Le regard du vétéran des médias sociaux dans la sphère européenne Jon Worth est sévère mais révélateur :

  • Du côté de la communication des institutions européennes, la plupart des prises de parole dégagent un sentiment de mise en scène inadéquate ;
  • Du côté des responsables politiques, le manque d’authenticité dans les propos, la faiblesse de l’utilité pour le public et l’absence d’une communication plus visuelle des messages expliquent à leur manque de succès.

La principale inquiétude porte sur l’usage que les populistes – grands professionnels dans l’expertise technique investie dans la maîtrise des médias sociaux – font en bâtissant de faux narratifs pour eux-mêmes qui ne savent même plus faire la différence entre le vrai et le faux mais qui génère une zone grise de commentaria où ils recrutent leurs légions de mécontents futurs votants.

Le sentiment général d’un nouveau fossé européen

Du côté pile, nous assisterons à des réalisations brillantes dont nous n’avons même pas idée pour le moment avec des leaders politiques qui sauront inspirer et réussir à mobiliser des masses d’Européens autour de leurs projets.

Du côté face, nous devrons affronter les efforts combinés des médias sociaux pour nous submerger avec des flux de contenus, avec des bots intelligents parfois malveillants, avec des deep fake qui permettent de créer de fausses images ou vidéos ; sans compter les puissances qui manipulent la désinformation.

En somme, les médias sociaux, c’est un peu l’éternel retour vers le futur où le come back n’est jamais vraiment possible.

Quelle est la réputation des leaders européens sur Twitter ?

Loin des seuls propos officiels souvent auscultés de près par les commentateurs, qu’observe-t-on lorsque l’on regarde ce qui se dit sur Twitter en 2020 des dirigeants européens Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et Charles Michel, président du Conseil européen, une démarche parallèle à l’étude des chefs d’État et de gouvernement sur Twitter…

Ursula von der Leyen : les événements #Covid et #Brexit dominent l’agenda politique

Les principaux hashtags associés aux mentions d’Ursula von der Leyen portent d’abord sur le coronavirus, la pandémie que le monde entier affronte depuis un an. Le Brexit apparaît comme le second thème de discussion. Le #SOTEU, le hashtag du discours sur l’état de l’Union se place à la 12e place, ce qui relative la prise de parole officielle dans l’ensemble des mentions sur l’année.

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Les termes dans le nuage des mots clés confirment l’orientation majoritaire des conversations avec la présence bien visible du Brexit et de Boris Johnson. Les autres personnalités associées à Ursula von der Leyen sont Charles Michel, le président du Conseil européen et Angela Merkel qui a exercé la présidence semestrielle du Conseil de l’UE. Une seule politique européenne, le commerce apparaît. Dignité et humilité sont des termes manifestement associés à la présidente de la Commission européenne.

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Les pays mentionnant le plus Ursula von der Leyen sont en premier le Royaume-Uni de très loin, puis au coude à coude l’Allemagne et la France. La Belgique se classe à la 7e place, avec quelques milliers de tweets, ce qui relativise l’importance de la bulle bruxelloise hyper-active sur Twitter.

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Dans l’ensemble des plus de 405k mentions de von der Leyen sur l’année, l’agenda politique de la Commission européenne, en particulier le plan de relance, le Green Deal ou les initiatives dans le numérique ne sont pas du tout visible dans les hashtags et les mots clés les plus récurrents.

Charles Michel : les sommets #EUCO priment les sujets plus diplomatiques

Les principaux hashtags utilisés dans les mentions de Charles Michel en 2020 sur Twitter – qui sont au nombre de près de 148k, soit trois fois moins – sont plus spécifiques. Ainsi, le premier #EUCO est le hashtag officiel des sommets des chefs d’État et de gouvernement tandis que #MFF correspond au budget de l’UE.

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Les mots clés rassemblés dans le nuage font référence à la fonction institutionnelle et au compte Twitter @EUCOpresident, un tel compte qui se transmet entre présidents qui n’existent pas à la Commission européenne. Aucun chef d’État et de gouvernement ne sont visiblement mentionnés avec Charles Michel.

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Les pays mentionnant le plus Charles Michel sont plus internationaux avec les États-Unis en 2e place et la Turquie en 6e position. Pour le coup, la Belgique avec un peu plus de 25k mentions dans l’année apprécie son ancien Premier ministre dans ses nouvelles fonctions européennes.

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Au total, ce qui est frappant lorsque l’on prend en compte toutes les mentions associées aux leaders des institutions européennes, c’est la dilution des initiatives même d’envergure, comme le plan de relance historique de l’UE, dans l’ensemble des sujets liés à l’actualité.

Quelles stratégies de communication européenne des dirigeants européens sur Twitter ?

Le think tank du Parlement européen publie « L’activité Twitter des membres du Conseil européen », une vaste étude dédiée à la manière dont les dirigeants de l’UE au Conseil européen communiquent sur l’Europe via Twitter avec plus de 30 000 tweets analysés entre janvier 2019 et juin 2020. Quasiment tous présents sur Twitter, les chefs d’État et de gouvernement consacrent en moyenne près de 20% de leurs tweets à l’UE, plongeons donc dans cette radiographie des tweets-types de dirigeants de l’UE sur l’Europe

Des stratégies basiques d’agenda et d’interaction sur Twitter

La communication européenne des dirigeants européens sur Twitter porte principalement dans le cadre d’événements ou de réunions, en particulier le Conseil européen ; les réunions formelles faisant l’objet de beaucoup plus de tweets que les vidéoconférences.

Presque tous les dirigeants de l’UE annoncent les prochaines réunions du Conseil européen, en mentionnant les principaux points de l’ordre du jour, mais ils tweetent également sur les réunions préparatoires entre les différents dirigeants de l’UE, leurs réunions bilatérales ou les réunions de leurs partis politiques européens en amont des Conseils européens.

Les chefs d’État ou de gouvernement de l’UE font rarement rapport sur plus d’une ou deux décisions du Conseil européen, principalement sur des questions proches de leur intérêt national.

L’étude de cas franco-allemand met en évidence les différences entre les rapports des dirigeants de l’UE, chaque dirigeant présentant les résultats d’une même réunion bilatérale de différentes manières.

Les interactions entre les dirigeants européens priment sur les interactions avec le président du Conseil européen d’ailleurs moins fréquents que la président de la Commission européenne.

Les méthodes que les dirigeants de l’UE appliquent pour engager leur public reposent sur la distinction entre la plupart des tweets principalement dans leur langue maternelle, indiquant un public national et lorsqu’ils veulent faire passer un message important, beaucoup traduisent leurs messages dans d’autres langues de l’UE pour aller au-delà de leur propre État-membre. Quelques dirigeants de l’UE tweetent également en anglais suggérant un public cible plus européen.

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Des opportunités de communication pour Twitter

L’étude identifie également un certain nombre d’opportunités manquées et de potentiel inutilisé pour que les dirigeants de l’UE puissent mieux communiquer sur l’Europe avec les citoyens européens via Twitter.

D’abord, l’une des lacunes de leur communication sur l’UE réside dans le manque d’explication de l’UE et des questions européennes fournies par les dirigeants de l’UE dans leurs tweets. Les dirigeants n’expliquent généralement pas l’Europe et la substance de ce qui se passe au sein des institutions de l’UE, ils ne décrivent pas non plus leurs propres positions et priorités ou n’essaient pas de convaincre leur public de leur position. Les dirigeants de l’UE pourraient davantage insérer un lien, une vidéo pour fournir plus de détails.

Les podcasts, tels que ceux publiés par Angela Merkel, expliquant une prochaine réunion du Conseil européen, expliquant les politiques de l’UE telles que la politique climatique ou clarifiant le fonctionnement de l’UE sur des sujets centraux fournissent un bel exemple de pédagogie approfondie sur l’Europe.

La plupart des dirigeants pourraient mieux expliquer les moments clés plus en profondeur aux citoyens de l’UE et mieux exposer leurs opinions politiques, laissant ainsi une marge d’amélioration dans leur stratégie de communication pour l’avenir.

Ensuite, les dirigeants de l’UE ne présentent pas efficacement à leur public les conclusions du Conseil européen dans leurs tweets liés à l’UE, en particulier à la suite d’une réunion du Conseil européen. Le terme de conclusions est à peine mentionné et aucun des dirigeants de l’UE ne fournit de liens permettant aux citoyens intéressés de trouver les conclusions complètes d’une réunion du Conseil européen.

Le manque de transparence sur les conclusions des Conseils européens constitue une occasion manquée pour les citoyens d’acquérir une compréhension meilleure et plus détaillée des principales décisions prises par les dirigeants de l’UE et des objectifs fondamentaux de l’action de l’UE décidés conjointement par les chefs d’État ou de gouvernement.

Enfin, alors que le hashtag #EUCO s’est imposé comme un point de référence pour le Conseil européen, les dirigeants de l’UE pourraient utiliser également des hashtags plus spécifiques liés à l’UE et promus par les institutions européennes, tels que #EUGreenDeal ou #NextGeneration, comme un moyen d’atteindre un public plus large.

L’anticipation et la préparation de hashtags spécifiques liés aux différentes activités du Conseil européen, par exemple #StrategicAgenda ou #LeadersAgenda pourraient également être utilisées par les membres du Conseil européen pour mieux raconter les Conseils européens.

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En conclusion, les dirigeants européens devraient optimiser leurs stratégies de communication autour de l’Europe sur Twitter afin de réussir à engager autant leurs abonnés sur leurs tweets liés à l’UE.

« Cette fois, je ne vote (pas) » : comment la campagne de communication influence la participation aux élections européennes ?

Lors des élections européennes de 2019, les formes actives d’engagement avec la campagne de communication et l’exposition passive des citoyens à la couverture médiatique et aux publicités politiques ont toutes été testées pour mesurer leurs contributions au vote. Quels sont les principaux résultats et enseignements d’une étude menée dans 10 États membres par Franziska Marquart, Andreas C Goldberg et Claes H de Vreese ?

Principaux déterminants de la participation des citoyens aux élections européennes

La campagne du Parlement européen en 2019 « Cette fois, je vote! », avec des informations, des campagnes publicitaires, des discussions politiques interpersonnelles a-t-elle contribué à l’augmentation du taux de participation aux élections ?

Certes, au fil du temps, un certain nombre de facteurs se sont avérés influencer le taux de participation aux élections européennes : les règles de vote obligatoire d’un pays, les élections tenues le même jour que les élections nationales, le vote le week-end, etc. De même, au niveau individuel, les plus âgés et les citoyens plus instruits sont plus susceptibles de participer aux élections européennes.

En outre, l’influence des médias d’information peut également être cruciale pour le taux de participation, car la plupart de ce que les gens savent sur l’UE provient des médias, le renforcement de la connaissance de l’UE est positivement lié à l’intention de voter et à la participation aux élections.

Pourtant, le rôle de la communication et la mesure de l’impact à l’exposition et à l’engagement des citoyens aux différentes formes de communication affectant leur participation électorale étaient inconnus jusqu’à cette étude…

Pertinence des différentes activités de la campagne de communication : engagement passif et actif, discussions politiques et rôle des activités en ligne

Les efforts de la campagne fournissent aux citoyens des informations cruciales, les motivent à rechercher des informations supplémentaires sur les élections et les incitent à se rendre aux urnes grâce à différentes formes de communication :

  • Une exposition passive à la communication et à la publicité des partis ;
  • Des formes d’engagement actives telles que la visite du site web d’un parti ou la participation à un événement de campagne ;
  • Des conversations interpersonnelles sur l’UE avec des membres de la famille, des amis et des personnes (en ligne).

Ce n’est qu’en tenant compte simultanément des différentes activités et en évaluant les effets pour différents groupes électoraux que nous pouvons comprendre les effets mobilisateurs de l’exposition et de l’engagement des citoyens à la campagne de communication sur la participation aux élections européennes.

Aperçu complet des différentes influences qui mobilisent l’électorat de l’UE

Il existe de grandes différences entre les activités :

  • Les plus traditionnelles (et passives) telles que l’exposition de campagne analogique et les affiches publicitaires étant les plus fréquentes ;
  • Les réseaux sociaux et la participation à un événement de campagne font partie des activités les moins fréquentes.

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Les facteurs ayant les plus fortes influences négatives sur le taux de participation sont la communication interpersonnelle avec les gens en ligne, la participation à des événements liés à la campagne, la communication en ligne active sur les élections et l’exposition générale de la campagne analogique.

En revanche, les influences positives significatives les plus fortes sur la probabilité de voter proviennent des tentatives de convaincre les autres (pour quoi) de voter (pour qui), des recherches actives d’informations en ligne et de l’exposition au matériel d’un parti. Des affiches politiques et la communication interpersonnelle de la famille sont d’autres facteurs importants, mais seulement lorsqu’ils sont (très) souvent pratiqués.

Les effets de l’exposition aux médias analogiques sont particulièrement importants pour les «certains» et les indécis, mais non significatifs pour les abstentionnistes.

Les effets positifs de la recherche active d’informations en ligne et de la tentative de convaincre les autres (pour quoi) de voter (pour qui) sont environ trois à cinq fois plus importants pour «certains» abstentionnistes que pour ceux qui voulaient voter dès le départ. La communication familiale, en revanche, ne parvient qu’à mobiliser des répondants incertains.

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Pour résumer, les résultats brossent un tableau mitigé des effets de la campagne sur la participation des citoyens aux élections européennes :

  1. L’exposition passive aux affiches politiques affecte positivement la participation électorale, mais l’exposition au contenu des médias analogiques diminue le taux de participation ;
  2. Le fait de participer activement au matériel du parti augmente les chances que les citoyens se rendent aux urnes, tandis que le partage actif en ligne du contenu lié aux élections les diminue ;
  3. Les conversations politiques avec les membres de la famille rendent la participation électorale plus probable, mais la communication interpersonnelle en ligne démobilise l’électorat européen.

Hypothèse d’un environnement « toxique » en ligne et sur les réseaux sociaux

Les informations en ligne liées à la campagne renforcent l’intention de s’abstenir: voir les publicités des partis sur les médias sociaux, communiquer avec les gens en ligne à propos de l’UE et publier ou commenter du contenu lié à l’élection sur les médias sociaux rend encore moins probable de voter.

Cette constatation soulève la question d’un environnement d’information et de communication potentiellement «toxique» sur les réseaux sociaux, dans lequel la diversité des opinions et des informations augmente également la probabilité que les citoyens soient exposés à des contenus critiques sur l’Union.

Les discussions en ligne sur l’UE réduisent la participation électorale de «certains» électeurs, même si les citoyens n’y participent que parfois. Étant donné que les réseaux de discussion sur les médias sociaux ont tendance à être plus hétérogènes que les relations que nous entretenons avec des personnes de notre environnement immédiat, les citoyens ayant une attitude positive au sein de l’UE pourraient rencontrer des partenaires de discussion démobilisants en ligne. Une telle discussion interpersonnelle peut conduire les citoyens à s’abstenir le jour du scrutin – même s’ils avaient au départ une forte intention de voter.

Si les citoyens publient quelque chose sur les élections ou mentionnent leur vote sur les réseaux sociaux ; qu’ils voient les publicités des partis politiques sur les réseaux sociaux ou parlent de la politique de l’UE avec des gens en ligne – toutes ces formes d’exposition ou d’activité réduisent la probabilité que les citoyens votent.

En partie, ces effets négatifs peuvent être attribuables à des perceptions de participation slacktiviste, c’est-à-dire à l’idée que les activités des médias sociaux à elles seules sont suffisantes pour avoir un impact politique significatif. En conséquence, les gens peuvent avoir le sentiment qu’ils ont déjà «fait leur part» et s’abstenir de participer à la politique hors ligne.

Ainsi, contrairement au slogan de la campagne de l’UE «Cette fois, je vote», tous les efforts – et en particulier en ligne – n’ont pas augmenté le taux de participation le jour du scrutin…