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Comment les institutions européennes investissent les nouveaux réseaux sociaux ?

Quoiqu’encore leader dans le monde, Facebook n’est pas, et de loin, le seul réseau social aujourd’hui. D’ailleurs, quel est le réseau social de prédilection de la Commission européenne ou du Parlement européen ?

La présence de la Commission européenne et du Parlement européen dans les réseaux sociaux

Grâce à une base de données dynamique consultable en ligne, il est possible de dénombrer à ce jour 367 comptes de la Commission européenne et de ses démembrements dans les réseaux sociaux pour « seulement » 121 pour le Parlement européen.

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Rapporté au 13 réseaux sociaux utilisés (Twitter, Facebook, Google+, Youtube, LinkedIn, Flickr, Pinterest, Instagram, Spotify, Storify, Foursquare, Vine, MySpace), ce correspond à une moyenne de 28 comptes par réseau social pour la Commission européenne et 9 pour le Parlement européen.

Le palmarès des réseaux sociaux de la Commission européenne et du Parlement européen

Premier, loin devant, tant pour la Commission que le Parlement, Twitter se distingue comme le média social de prédilection des institutions européennes ; une confirmation chiffrée d’une réalité perceptible dans les milieux européens à Bruxelles.

Second, Facebook demeure incontournable tout en étant de plus en plus concurrencé par de nouveaux arrivants.

Parmi tous les autres réseaux sociaux, c’est Instagram qui se distingue, car malgré son arrivée tardive dans le paysage, Instagram a su conquérir une place de choix, notamment dans la communication du Parlement européen et du Conseil de l’UE.

Enfin, à égalité, les deux institutions se sont largement déployées puisque seuls trois réseaux sociaux pour chacune ne sont pas utilisé : Spotify, Foursquare et Myspace du côté de la Commission européenne et Google+, Youtube et Flickr pour le Parlement européen – l’absence du Parlement européen sur Youtube est une surprise que seule la webTV du Parlement européen EuroparlTV peut justifier.

Au total, le paysage des principales institutions européennes dans les réseaux sociaux dévoile une abondance insoupçonnée qui confirme l’importance que représente le web social dans la communication européenne aujourd’hui.

Comment les journalistes perçoivent la machine médiatique bruxelloise ?

Pour Claes de Vreese, qui s’est plongé dans le petit monde des correspondants de presse auprès de l’UE, les insuffisances structurelles et organisationnelles de l’UE entretiennent le « déficit de communication » au point que les canaux d’information non officiels sont un atout majeur pour s’informer à Bruxelles…

Les contenus des relations presse de l’UE sont sévèrement jugés par les journalistes accrédités

La plupart des correspondants de presse auprès de l’UE affiche une attitude plutôt globalement négative liée à la quantité des informations. Les flux d’informations volumineux et non priorisés que l’UE bombarde pour capter l’attention des médias sont vivement critiqués.

En termes de qualité, la nature trop compliquée des communiqués de presse est minimisée et ne représente vraiment un obstacle que lorsque l’absence de versions non anglaises affecte l’immédiateté de leur travail

La complexité est généralement acceptée comme une composante de la politique européenne. Mais, c’est la valeur informative des communiqués de presse qui est sévèrement jugée par la majorité des correspondants.

Les journalistes admettent qu’ils ont tendance à utiliser les communiqués de presse de l’UE uniquement pour contextualiser les « informations authentiques » fournies par d’autres moyens.

En bref, le matériel institutionnel de l’UE en matière de relations presse est aussi bon pour trouver des informations qu’il est mauvais pour trouver la vérité.

La performance communicative d’une institution européenne est étroitement liée selon les journalistes à son organisation

Les lacunes les plus récurrentes attribuées par les journalistes à la Commission européennes sont liées au manque de sujets « juteux » imposé par sa nature consensuelle. Par ailleurs, le système de porte-parole par portefeuille conduit à ce que le même document soit traduit dans toutes les langues.

En revanche, le Parlement européen se voit attribuer une perception plus positive, avec des communiqués de presse « sur mesure » pour les médias. En effet, les attachés de presse écrivent « pour leur propres journalistes ».

La comparaison Commission-Parlement tend à démontrer qu’une liberté d’organisation plus importante sous-tend une production de contenu institutionnel pour les journalistes plus qualitative.

Autrement dit, la rigueur et la standardisation de l’information pour les communiqués de presse est vécue comme un obstacle à une communication créative.

L’interaction interinstitutionnelle (i.e. le travail entre les institutions européennes) n’est pas assez coordonnée selon les journalistes

Le chevauchement des agendas entre les institutions européennes affecte particulièrement les pratiques des journalistes qui sont seuls à Bruxelles.

Les problèmes viendraient d’une part, du fait que la Commission européenne chercherait à perpétuer son monopole sur l’information, par rapport aux autres institutions ; et d’autre part, de la fragmentation interne qui fait que « tout le monde communique dans leur coin ».

La place de la Commission à l’épicentre de la dynamique de communication de l’UE conduit à des approches différentes des relations presse :

  • une perspective inter-institutionnelle pour le Parlement européen et le Conseil de l’UE pour offrir un regard différent aux journalistes ;
  • un angle inter-service par les fonctionnaires de la Commission européenne pour faciliter le travail des journalistes.

La position hégémonique de la Commission européenne dans le microcosme de Bruxelles est omniprésente dans les entretiens avec la presse accréditée

En raison de son droit d’initiative et de la centralisation des ressources de communication, la Commission devient le théâtre de ce que différents journalistes décrivent péjorativement comme des « pratiques de recyclage », consistant à réutiliser à plusieurs reprises la même information.

En outre, le service des porte-parole est accusé de restreindre les contacts avec les médias à un flux continu de pseudo-événements détachés de toute information pertinente.

Au total, cette hiérarchie entre les institutions européenne n’est pas nécessairement perçue comme positive car risque de négliger d’autres sources et des aspects de l’intégration européenne.

Les contacts informels, un jeu tacite accepté par les journalistes européens

Tant les correspondants que les fonctionnaires reconnaissent que les contacts informels représentent un moyen privilégié pour accélérer leur travail :

  • Le réseau privé d’un journaliste est devenu de routine, pas uniquement pour obtenir des scoops, mais au quotidien comme un raccourci pour accéder aux documents ;
  • Inversement, certains fonctionnaires admettent qu’ils ont « un groupe de clients réguliers » parmi les médias à Bruxelles.

Le « Financial Times » avec son statut de « deuxième Journal officiel » fait exception dans le paysage, cela correspond à un choix stratégique pour faciliter le relais efficace de l’information en raison de son rôle de compositeur et de multiplicateur de l’ordre du jour à travers les médias des différents États membres.

Pour les autres médias, le pays d’origine d’un correspondant importe à la lumière de la politique de l’UE concernée. Dans le critère de la nationalité entre l’adéquation en termes de messages clés adaptés par l’UE à certains Etats membres spécifiques.

Quant à l’origine des scoops, les correspondants se réfèrent à des contacts au sein des cabinets des institutions mais aussi à des sources dans leur pays, notamment lorsque leur gouvernement est dans une sorte de bras de fer avec l’UE.

Au total, la plongée dans le monde des correspondants de presse à Bruxelles est très instructive quant à leur capacité/nécessité à subir et à se jouer des contraintes institutionnelles et organisationnelles pour parvenir à produire de l’information sur l’UE.

Quelles sont les innovations des médias sociaux dans la communication politique européenne ?

L’innovation dans les réseaux sociaux n’est pas forcément là où tout le monde l’imagine. C’est l’idée forte que Sandrine Roginsky explore dans « Social Network Sites: An Innovative Form of Political Communication? » en observant les pratiques « réelles » des eurodéputés dans les médias sociaux en dehors des élections au Parlement européen…

Les eurodéputés, des « bricoleurs » créatifs dans les médias sociaux

D’un simple outil de propagande électorale à un canal permanent de communication, les eurodéputés et leurs assistants ont “bricolé” leur communication dans les médias sociaux.

Au lieu d’utiliser les médias sociaux comme l’envisagerait une certaine vulgate « participativiste », les eurodéputés ont innové de manière inattendue ou difficile à anticiper :

  • Plutôt que de communiquer avec “l’homme de la rue”, les eurodéputés échangent avec des audiences spécifiques (journalistes, militants européens et experts) ;
  • Plutôt que de mener des conversations, les eurodéputés monitorent les interactions et les thèmes clés.
  • Plutôt que d’engager le débat, les eurodéputés récupèrent, éditorialisent et de distribuent du contenu, tout comme le font les journalistes professionnels.

Des pratiques journalistiques émergentes dans les médias sociaux

L’utilisation des médias sociaux par les eurodéputés les conduit à effectuer des tâches journalistiques (veille, curation, éditorialisation…) dans leur communication politique en ligne.

Autrement dit, les eurodéputés aujourd’hui sont des professionnels de la politique qui par leur utilisation des réseaux sociaux sont intégrés aux changements du système médiatique faisant dans lequel chacun devient son propre média.

Nouvelles technologies, vieilles habitudes : au-delà du discours de l’innovation

La thématique de l’innovation est souvent une rhétorique essentielle à la construction du leadership politique. Aussi, les médias sociaux sont présentés comme des outils innovants pour la communication politique et leurs utilisateurs comme des innovateurs.

Mais, les médias sociaux sont la continuation de la communication politique traditionnelle par d’autres moyens. Leur objectif est bien de répandre des informations ou des messages politiques à un public plus large et plus ciblée.

De 30 secondes pour la TV à 140 caractères sur Twitter, les contraintes éditoriales pour les politiciens des médias sociaux ne sont pas très éloignées de celles des médias traditionnels, comme la télévision, les journaux et la radio.

Le contexte hors ligne a un impact direct sur le contenu en ligne

La technologie n’est pas novatrice par nature. C’est la façon dont elle est utilisée dans un contexte spécifique qui apporte l’innovation.

Dans la pratique, les eurodéputés sont limités non pas tant par les contraintes techniques des médias sociaux, mais plutôt par les contraintes éditoriales du système des médias traditionnels et des nouveaux médias ainsi que par le système politique et les institutions dans leur ensemble.

Le volume ainsi que la nature hautement technique de l’information européenne ne se traduit pas facilement dans des messages publiables dans les médias sociaux et la conversation est forcément limitée à un public restreint de « connaisseurs ».

En d’autres termes, la communication en ligne est limitée par le contexte hors ligne : les eurodéputés sont confrontés à la difficulté de rendre leurs activités « transmissibles » dans les médias sociaux.

Conclusion : les médias sociaux sont à la pointe de la transformation rapide de la production de l’information politique. Grâce à l’utilisation des médias sociaux, l’information journalistique des médias et la communication politique tendent à converger.

Quelles leçons pour la campagne de communication du Parlement européen sur les élections européennes ?

En attendant le bilan de l’institution, la campagne de communication du Parlement européen pour les élections européennes semble fixer de nouveaux précédents – notamment la plus grande porosité entre communication institutionnelle et communication politique et la prégnance des médias sociaux – qu’il convient d’évaluer.

Une stratégie de communication autour des Spitzenkandidaten institutionnellement risquée mais politiquement gagnante

Véritable génie ou apprenti sorcier, chacun jugera du choix stratégique de la campagne de communication du Parlement européen de mettre en avant la nouveauté du scrutin de 2014 au niveau des « grands candidats », têtes de liste des partis politiques européens en campagne pour le poste de président de la Commission européenne.

Bien au-delà des missions normalement dévolues à la communication pédagogique de l’institution parlementaire européenne lors des élections européennes, le Parlement européen s’est saisi d’une matière très politique pour sensibiliser les électeurs à l’importance du scrutin de 2014.

Sans la conviction de Martin Schulz, rien n’aurait été possible. Le président du Parlement européen, suivi par les principaux groupes politiques de l’institution, a milité pour que les futurs « Spitzenkandidaten » façonnent la future campagne électorale et pesé dans l’évolution « parlementariste/démocratique » de l’UE donnant aux électeurs la possibilité de participer au choix du Conseil européen des chefs d’Etats et de gouvernements au point que la tête de liste du premier groupe politique leur ait été imposé comme futur titulaire de l’exécutif européen.

Mais fallait-il que l’institution, théoriquement neutre, s’engage à ce point à travers la campagne de communication « cette fois, c’est différent » dans le jeu politique entre les institutions européennes ? Ou plus précisément fallait-il que l’engagement de l’institution se traduise par l’instrumentalisation de la campagne de communication qui est normalement censée lutter contre l’abstention et qui s’est transformée en promotion d’une orientation politique manifestement à son propre bénéfice ?

Evidemment, si la réponse doit se trouver dans les résultats obtenus, alors le succès de l’opération justifie que le Parlement européen ait déjoué les règles à son avantage avec brio. S’agit-il d’un précédent qui s’imposera de nouveau à la campagne de communication du Parlement européen lors de la prochaine échéance électorale ?

Un déploiement des actions de communication moyennement convaincant

En revanche, le matériel de la campagne de communication, et surtout le slogan « Agir. Réagir. Accomplir. » doivent être sévèrement jugés à l’aune du franc succès stratégique : désarticulés par rapport au message de fond sur la nouveauté du scrutin de 2014 et globalement très sombres alors qu’un message sobre et sérieux aurait tout aussi bien pu se traduire par une charte graphique plus humaine et joviale.

En outre, sans entrer trop dans les détails, le séquençage de la campagne ne semble pas avoir été pleinement optimisé, ce qui a donné l’impression que beaucoup avait été fait très en amont dès 2013 laissant peu de moyens pour le temps fort de la fin de campagne mi mai 2014.

De même, le choix des canaux de diffusion – et la prégnance des médias sociaux à la fois revendiquée et constatée au fil de la campagne – laisse à penser que le Parlement européen, soucieux de son image en ligne, a peut-être surinvesti les médias sociaux, dont l’impact sur les citoyens dans le cadre d’une mobilisation électorale reste encore incertain.

Enfin, la démonstration ne semble pas apportée que le Parlement européen en assumant seul la charge de la communication sur les élections européennes ait été plus efficace et « impactant » que s’il avait agit de concert avec les autres institutions européennes, et les Etats-membres, dans le cadre des partenariats notamment. A l’heure où la mutualisation des moyens dans les administrations publiques devient une nécessité en période d’austérité budgétaire, l’exemple n’a pas été donné.

Au total, le bilan de la campagne de communication du Parlement européen est contrasté entre un franc succès stratégique en participant à imposer les Spitzenkandidaten et des interrogations sur le déploiement, le choix du slogan et des supports.

Open-data et UE : premier « Europarl Hackathon »

Le weekend des 24-26 janvier dernier, pour la première fois un Hackathon – un événement-marathon où des hackers-développeurs se réunissent pour faire de la programmation collaborative, selon Wikipedia – est organisé au niveau de l’UE. L’« Europarl Hackathon » vise à libérer les données publiques du Parlement européen et donner aux citoyens l’accès à des informations sur leurs eurodéputé(e)s dans la perspective des élections européennes…

La conviction du « Europarl Hackathon » : l’accès aux données publiques notamment des institutions européennes est une question de liberté d’information

Selon les comptes rendus des quelques journalistes présents : « Hackers hold the European parliament to account » sur The Guardian et « Europarl Hackathon : 48h pour libérer les données du Parlement européen » sur Euronews, une trentaine de personnes se sont réunies à l’invitation de Xavier Dutoit, un travailleur indépendant auprès d’ONG et Stefan un programmateur hongrois, grâce à l’aide financière et logistique de Citizens for Europe, une plateforme pour ONG et la Knight-Mozilla OpenNews.

Les réalisations du « Europarl Hackathon » : la transparence sur les déclarations d’intérêt des eurodéputé(e)s et la visualisation de données

La plus importante équipe s’est lancée dans la “libération” des déclarations d’intérêts des eurodéputé(e)s au format PDF (413 PDF ont été traités pendant les 48h) pour créer la première base de données ouvertes, indiquant notamment (voir en bas de page) qu’une infime minorité déclare des revenus complémentaires importants.

Parmi les autres projets réalisés :

  • Un classement des eurodéputé(e)s selon leur positionnement sur les questions climatiques (11 critères) ;
  • Un classement des eurodéputé(e)s en fonction de leur proximité dans leurs votes (affichage aléatoire) ;
  • Une visualisation des sujets abordés par les eurodéputé(e)s par période, partis politiques et Etats-membres.

Enfin, une lettre ouverte a été rédigée pour inviter le Parlement européen à respecter ses propres exigences réglementaires en matière d’open-data.

Au total, l’« Europarl Hackathon » vient démontrer qu’il est possible – et fort utile – de « voir » la démocratie au travail.