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Les Français et l’UE : quelles sont les clés de lecture de l’opinion publique française sur l’Europe ?

Dans à peine plus de 6 mois, la campagne des élections européennes battra son plein. D’ores et déjà l’opinion des Français sur l’Europe est auscultée de près par les sondeurs qui parlent de « perplexité » chez TNS-Sofres ou de « malentendu » pour CSA…

Perplexité et décrochage : les clés de lecture de l’opinion publique française sur l’Europe selon TNS-Sofres

Dans un sondage sur « l’opinion française et le rôle de l’Europe en matière de politique économique » publié en septembre dernier, TNS-Sofres offre notamment une perspective éclairante sur les mesures régulières de l’opinion publique grâce aux Eurobaromètres.

Première indication, l’image de l’UE s’est profondément dégradée auprès des Français. Majoritaire depuis 2002, les opinions positives sont dorénavant dépassées par les opinions neutres et sérieusement concurrencées par les opinions négatives. Par rapport aux dernières élections européennes, la dégradation est d’une dizaine de points dans la baisse des opinions positives et la hausse corrélative des opinions neutres.

TNSsofres_image_UE

Deuxième indication, le décrochage des Français quant à leur opinion sur « ma voix compte dans l’UE ». Depuis 2002, la part des Français estimant que leur voix ne compte pas dans l’UE n’a jamais été aussi importante et rassemble plus de deux tiers des Français aujourd’hui. Ce constat n’a cessé d’empirer depuis chaque Eurobaromètre biannuels depuis le dernier scrutin européen.

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Malentendu et paradoxe : : les clés de lecture de l’opinion publique française sur l’Europe selon CSA

Récemment, un sondage CSA pour TerraFemina fait le point sur l’état de l’opinion publique française à l’égard de l’UE. Stupeur, une majorité de Français souhaite “moins d’Europe” (contre moins d’un sur cinq qui en souhaiterait davantage) même si près d’un tiers souhaite “ne rien changer” ou est “sans opinion”.

Pourquoi y a-t-il malentendu ? Parce qu’« en creusant davantage, on s’aperçoit qu’ils sont peu nombreux à appréhender la dimension “visionnaire” du projet, mais en revanche très nombreux à avoir un point de vue précis sur les conséquences négatives qu’ils ressentent au quotidien ».

Pourquoi y a-t-il paradoxe ? Parce que « bien que déclarant que l’Europe n’a pas beaucoup d’impact sur leur situation personnelle, les Français démontrent qu’ils en ont une perception malgré tout fortement influencée par leur vie quotidienne ».

CSA_sentiment_information

Par ailleurs, « il y a bien un critère qui semble faire l’unanimité chez les Français, c’est la communication, ou plus précisément … l’absence de communication européenne ». Plus de 75% des Français – un unanimisme rare – ont le sentiment d’être mal informés sur l’UE.

La pédagogie et la parole politique responsable comme remèdes face au spectre d’un grand coup de frein

Pour Guénaëlle Gault, directrice Unité Stratégies d’opinions à TNS-Sofres, « l’Europe est devenue quelque chose de beaucoup trop conceptuel pour les Français qui ne se sentent pas vraiment concernés ni impliqués. La pédagogie est donc nécessaire mais elle n’est pas suffisante et elle doit participer à créer les conditions d’une meilleure appropriation ».

Pour CSA, « face à l’absence, unanimement reconnue par les Français, d’informations qui les aideraient à mieux comprendre le projet européen, la parole politique – qui occupe quasi exclusivement l’espace médiatique qui lui est consacré – porte une responsabilité considérable ».

Au total, l’état de l’opinion publique française est inquiétant au sujet de l’UE et risque de devenir alarmant pendant les élections européennes puisque la pédagogie et la parole politique responsable – deux opportunités rares en campagne électorale – sont les seuls moteurs de réconciliation des Français avec l’UE.

Triple inquiétude sur la future campagne des élections européennes de 2014

Les élections européennes n’ont pas encore commencé qu’elles semblent déjà condamnées. A cause d’une série de raisons plus inquiétantes les unes que les autres, la campagne s’annonce au rabais, comme jamais. Jugez plutôt…

1e inquiétude : suppression envisagée de l’envoi par courrier des professions de foi et des bulletins de vote

Selon le Bulletin Quotidien du mardi 10 septembre, confirmé par Laurent Marchand de Ouest-France, « le Ministère de l’Intérieur aurait l’intention de supprimer, à l’occasion des prochaines élections européennes du 25 mai 2014, les envois de courrier par la poste contenant les professions de foi des candidats ainsi que les bulletins de vote pour les remplacer par des envois numériques ».

Une économie estimée à environ 27 millions d’euros dans le projet de loi de finances pour 2014 qui ne peut pas être sérieusement confirmée par les députés et les sénateurs, sinon au mépris de la fracture numérique et de la démocratie, d’autant que l’abstention était déjà à des niveaux record en 2009.

2e inquiétude : dépôt des candidatures très tardif laissant la place à un calendrier électoral exsangue

Lors du Conseil des ministres du mercredi 11 septembre, le Ministre de l’Intérieur a présenté un projet de loi qui ajuste – au rabais – le calendrier officiel des élections européennes. Les candidatures devront être déposées le 2 mai 2014, une date qui tombe 6 semaines après les résultats des élections municipales.

L’échéance du dépôt des candidatures – quoique apparemment technique et superficiel – pose néanmoins deux problèmes fondamentaux pour le bon déroulement démocratique des prochaines élections européennes, selon la pétition pour avancer le dépôt des candidatures pour les élections européennes 2014 avant les élections municipales :

  • Un dépôt de candidatures trois semaines avant les élections européennes n’incite pas les partis politiques à conduire une campagne électorale ambitieuse ;
  • Un dépôt de candidatures cinq semaines après les résultats du deuxième tour des élections municipales offre la possibilité aux candidats perdants de se représenter.

3e inquiétude : absence éventuelle d’une campagne officielle d’incitation au vote après la disparition des partenariats de communication

Quoiqu’à ce stade encore prématuré la question ne soit pas définitivement tranchée, il demeure que la récente annonce de la Commission européenne de faire disparaître dès 2014 les partenariats de gestion entre les institutions européennes et les Etats-membres pour communiquer ensemble sur l’Europe obère fortement les chances de voir se monter une campagne de communication ambitieuse.

Au total, les inquiétudes autour de la future campagne des élections européennes de 2014 sont nombreuses. Y a-t-il une ferme volonté de lutter contre l’abstention ?

Elections européennes : benchmark des vidéos en ligne d’incitation au vote

Alors que le Parlement européen vient de lancer sa campagne en ligne d’appel au vote avec une vidéo plutôt triste et très « publicitaire » dans toutes les langues de l’UE, les vidéos d’appel au vote sont normalement beaucoup plus décalées et usent principalement de l’humour pour dédramatiser ou de la culpabilisation pour responsabiliser…

L’humour, la clé du succès d’une vidéo virale d’incitation au vote

Plusieurs exemples, plus ou moins récents, confirment que l’humour est sans doute le meilleur moyen de sensibiliser les citoyens à l’importance des élections :

Pour la campagne des prochaines élections législatives, le très sérieux syndicat IG Metall incite les électeurs allemands à se rendre aux urnes avec un clip très geeky « « Geh Wählen » Metallmix » détournant les extraits les plus connus de vidéos virales drôles. Les résultats sont impressionnants avec près de 1,5 millions de vues (version sous-titrée en anglais).

ig_metall

Pour les élections présidentielles de 2002, le spot TV officiel « Le choix du prénom » joue également sur la corde sensible de la dérision, du ridicule. On y voit un couple dans une salle d’opération après un accouchement. Le personnel de l’hôpital ainsi que les autres patients décident du prénom du bébé sans se soucier des parents. La vidéo se termine par la phrase «Ne laissez personne décider pour vous, votez ».

choix_prenom« Jean, c’est pas si mal…Paul…Jean-Paul ! Va pour Jean-Paul ! »

Dans la même veine, le clip TV réalisé pour les élections provinciales de 2003 en Ontario « Le restaurant » où l’on y voit un couple dans un restaurant qui s’apprête à commander lorsqu’un voisin de table commence à commander à leur place. La vidéo finit sur la phrase « When you don’t vote, you let others speak for you ».

restaurant_choix« A cheeseburger for this young lady…on a pita »

Autre exemple « à l’américaine » de l’usage de l’humour avec les spots de « Rock The vote », l’organisation dont l’objectif est d’inciter les jeunes à aller vote, dont le plus célèbre diffusé en 1991 où l’on y voit Madonna en tenue provocante tentant de chanter pour convaincre d’aller voter, dans un style très « MTV ».

rock_the_vote« And If you don’t vote, you’re gonna get a spanky ! »

Rappelons enfin dans cette catégorie, les vidéos parodiques réalisées par le Parlement européen lors de la précédente campagne des élections européennes de 2009 : « There’s always time to vote ».

time_to_vote

La culpabilisation, l’autre registre pour responsabiliser les abstentionnistes

Plus rarement, les vidéos d’incitation au vote visent à s’adresser au citoyen responsable qui sommeille dans le cœur de tout abstentionniste pour le réveiller, voire le culpabiliser :

Premier exemple de responsabilisation « light » avec le clip américain « Dunk the vote » où l’incitation destinée aux jeunes est transmise par la mobilisation des basketteurs professionnels.

dunk_the_vote

Plus dramatique, lors des élections tunisiennes de 2011, la vidéo « Retour de Ben Ali à La Goulette » n’hésite pas à faire planer le risque d’un retour de la dictature avec une immense affiche de l’ancien président Ben Ali déployées dans les rues de la Goulette (Tunis). Des passants outrés décident d’arracher l’affiche. Se dévoile alors une autre affiche où est inscrit le message principal.

retour_ben_ali« Attention, la dictature peut revenir, le 23 octobre votez »

Enfin, l’ultime exemple consiste à instrumentaliser Hitler, comme avec ce spot « Voice over » réalisé pour les élections allemandes de 2005 où se superposent aux images du Führer les voix de citoyens prononçant des arguments classiques pour ne pas aller voter.

abstention_hilter« Si tu ne votes vas, tu donnes ta voix aux mauvaises personnes »

Ainsi, l’humour et la culpabilisation présentent deux réalités de l’incitation au vote : pour le premier il s’agit de dédramatiser la démarche civique afin d’atténuer le sentiment d’éloignement entre le monde politique et le monde du simple citoyen ; pour le second il s’agit au contraire de dramatiser l’importance du vote et de responsabiliser l’électeur en suscitant une prise de conscience du devoir civique.

Elections européennes : quelles sont les tendances de l’opinion publique européenne ?

Grâce à la publication récente des premiers résultats de l’Eurobaromètre Standard 79, les principales évolutions de l’opinion publique européenne en matière de sentiment, d’image et de confiance à l’égard de l’Europe se précisent et dessinent les contours de la future campagne électorale ?

Vers une aggravation de l’abstention lors des élections européennes de 2014 ?

Plusieurs indicateurs confirment la tendance à la hausse vraisemblable de l’abstention électorale, même s’il est encore trop tôt pour porter un jugement définitif :

A la question de savoir si « ma voix compte dans l’UE », la réponse atteint un record négatif avec plus des deux tiers des Européens pensant que leur voix ne compte pas dans l’UE (67%). De surcroît, cette réponse connaît une hausse quasiment ininterrompue depuis le printemps 2009, date des dernières élections. Naturellement si l’on estime que sa voix ne compte pas, on est d’autant plus susceptible de s’abstenir.

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A la question « connaissez-vous vos droits de citoyen européen », c’est dorénavant une petite majorité d’Européens qui indique ne pas connaitre ses droits en tant que citoyen européen (53%) – un résultat où s’illustre funestement la France avec la plus faible connaissance de toute l’UE. Evidemment, si l’on ne connaît pas ses droits, et notamment le droit de vote, on est forcément plus enclin à s’abstenir.

Vers une sanction des partis politiques européens « responsables » ?

Une autre série d’indicateurs tend à montrer que les Européens sont particulièrement remontés contre les responsables aux manettes de la situation :

L’image de l’UE est particulièrement en berne, si l’on compare 2009 à 2013 : l’image positive a baissé de 18 points tandis que l’image négative progresse de 14 points, de sorte que « la proportion de personnes affirmant avoir une image positive de l’UE se maintient à un niveau tout juste supérieur à celle des répondants qui en ont une image négative ». En matière d’image, les soutiens à l’Europe s’effondrent tandis que les oppositions progressent, qu’en sera-t-il en matière de vote ?

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De même, en matière de confiance dans les institutions européennes, la baisse est également vertigineuse de 17 points entre 2009 et 2013 pour se situer à seulement 31%. Autrement dit, plus des deux tiers des Européens ne font pas confiance aux institutions européennes, une préfiguration des scores entre pro- et alter- ou anti-européens ?

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Vers une cristallisation de l’opinion publique européenne autour des enjeux économiques ?

Dernière indication à la lecture du dernier Eurobaromètre, les préoccupations actuelles de l’opinion publique européenne se concentrent sur les questions économiques (chômage et crise de l’euro), ce qui laisse imaginer ce qui devrait les intéresser pendant la campagne électorale.

D’une part, la situation économique reste, d’après les Européens, le problème le plus important auquel doit faire face l’UE (48%), suivi par le chômage, un sujet de préoccupation croissant (38%) – autant de sujets qui devraient être au cœur des thèmes de campagne.

EBS_problemes_UE

D’autre part, le soutien en faveur d’une union économique et monétaire européenne avec une seule monnaie, l’euro est régulièrement en baisse depuis 2009, perdant 10 points pour ne recueillir qu’une courte majorité – un potentiel basculement de majorité, ce qui sera l’enjeu de la campagne électorale aurait des conséquences très importantes après le vote.

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Au total, les évolutions de l’opinion publique européenne – mesurées par les Eurobaromètres – fournissent des indications sur les tendances observées lors des futures élections européennes.

Campagne de communication du Parlement européen pour les élections : cette fois, est-ce vraiment différent ?

Grâce à la vigilante attention de @ronpatz quant aux documents publiés par les institutions européennes, le compte-rendu de la réunion du Bureau du Parlement européen du 20 mai dernier (PDF page 16) est particulièrement instructif sur la future campagne de communication pour les élections en juin 2014…

Une stratégie « corporate » et « digital »

D’ores et déjà, à l’occasion de l’événement « Keep Calm and Communicate » le 20 février dernier à l’European Internet Foundation, les principaux responsables de la communication du Parlement européen avaient dévoilé la stratégie de communication du Parlement européen sur les élections européennes de 2014 :

  • Une stratégie « corporate », c’est-à-dire très institutionnelle autour des valeurs du projet européen et opportunément précoce ;
  • Une communication « digital » en particulier dans les médias sociaux en interaction avec le public et résolument désintermédiée.

Compte tenu des contraintes, notamment budgétaires qui réduisent forcément les ambitions quand il faut déployer à l’échelle des 28 Etats-membres, la démarche est judicieuse.

Un slogan : « This time it’s different – Act. React. Impact. »

Lors de la réunion du Bureau du Parlement européen le 20 mai dernier, Ms Podimata, Président du groupe de travail sur l’information et la communication a présenté les éléments clés et les principales étapes de la campagne pour 2014, en particulier le slogan :

« Cette fois, c’est différent – Agir. Réagir. Influer. »

La dramatisation de l’échéance et de l’importance du vote de chacun sera donc au cœur de la campagne de communication qui vise à atteindre un nombre maximum de citoyens avec une campagne neutre, institutionnelle, tout en évitant tout élément qui fait allusion au Parlement comme étant marquée par la division ou la confrontation.

Toute la question reste de savoir si « cette fois, c’est vraiment différent » est une bonne stratégie de communication pour mobiliser des électorats en faveur d’un projet européen perçu comme menacé ou au contraire pour  décupler la mobilisation des « antis » qui sentent que le point de bascule est à leur portée.