Archives par étiquette : Commission européenne

Blogs des Commissaires européens : comment communiquent-ils ?

Avec 7 Commissaires sur 27 animant un blog, ce canal de communication numérique est peu exploité contrairement à Twitter (20 Commissaires, dont le Président) ou Facebook (11 Commissaires, dont le Président). Pourtant, il s’agit d’un espace de communication privilégié pour faire connaître et partager son activité. Comment communiquent les Commissaires-bloggeurs ?

Kristalina Georgieva, Coopération internationale, aide humanitaire et réaction aux crises : personnalité et régularité

Lancé le 1er mars 2010, le blog de la Commissaire bulgare Georgieva – le premier blog de l’actuel Collège – est marqué par la personnalité de son auteure et par la régularité des publications. C’est le blog d’une Commissaire « embbeded » au coeur de l’action, sur le terrain.

blog_georgieva Dans le prolongement naturel d’un portefeuille adapté pour toucher le grand public, le blog est tenu avec une pleine expression de la personnalité de son auteur – qui publie également des réflexions plus personnelles comme « Celebrating Europe’s day or not » mais également de l’humanité des victimes, dont la Commissaire incarne la responsabilité confiée à l’UE de les secourir et les aider.

blog_georgieva_statsAutre qualité du blog, la régularité des publications depuis plus de 3 ans, quelque soit le théâtre des interventions humanitaires ou de crise partout dans le monde. Le récit de ces missions à la fois édifiant et empathique renforce l’idée d’une Commissaire investie à sa tâche.

Neelie Kroes, Stratégie numérique : diversité et ouverture

La diversité et l’ouverture sont les deux caractéristiques du blog de la Commissaire néerlandaise Neelie Kroes, lancé le 3 mars 2010. C’est le blog d’une Commissaire influente, reconnue et respectée par ses parties-prenantes.

blog_kroesAvec une écriture directe et ramassée, à la première personne, la diversité s’illustre d’une part, au niveau de la variété des sujets abordés au fil des billets qui correspondent aux problématiques de son portefeuille et de ses interventions et d’autre part, en termes de richesse des formats : photos, vidéos, Google Hangouts…

blog_kroes_statsL’ouverture – inédite sur le blog d’un Commissaire – se traduit par la publication de « bloggeur invité » pour parler dans différentes langues de projets et d’initiatives en matière de numérique en Europe.

Maria Damanaki, Affaires maritimes et pêche : professionnalisme et ininteractivité

Ouvert un an plus tard début mars 2011, le blog de la Commissaire grecque Damanaki se caractérise à la fois par un grand professionnalisme et par une faible interactivité. C’est le blog d’une Commissaire experte, à l’oeuvre et au point dans ses dossiers.

blog_damanakiTout au long des articles sur la pêche, l’aquaculture et les affaires maritimes, se dégage une grande maîtrise des dossiers et une volonté de partager leurs enjeux de santé publique, d’environnement et économiques.

blog_damanaki_statsBlog le moins partagé sur les réseaux sociaux, l’interactivité est parmi les plus limités – les commentaires sont régulièrement fermés et seule une notation de l’article permet aux internautes de manifester leur intérêt.

Cecilia Malmström, Affaires intérieures : information et intégration

Globalement le plus “like” sur Facebook, le blog de la Commissaire suédoise Malmström – ouvert en février 2011 –  est à la fois informatif et intégré. C’est le blog d’une Commissaire moderne, « accountable » de l’exercice de son poste.

blog_malmstromAvec une ligne éditoriale très descriptive des actions et des déplacements de la Commissaire, le blog plus souvent tenu à la troisième personne, est une plateforme d’information accessible et concrète sur les missions d’un portefeuille pourtant technique.

blog_malmstrom_stats Par ailleurs, l’intégration est une notion centrale que ce soit dans les contenus – il s’agit de l’intégration des systèmes de sécurité entre Etats-membres : contrôle des trafics, de l’immigration de l’asile… mais aussi dans l’intégration sur le blog des principaux réseaux sociaux (Twitter, Facebook) via des boutons de partage et des liens vers les comptes de la Commissaire.

Maroš Šefčovič, Relations interinstitutionnelles et administration : transparence et intertextualité

Lancé en septembre 2011, quoique les billets soient irréguliers, le blog du Commissaire slovaque Šefčovič se résume par l’importance de la transparence et de l’intertextualité. C’est le blog d’un pédagogue passionné, désireux de transmettre et de dialoguer.

blog_sefcovicLe concept de transparence ne tient pas seulement au fait qu’il s’agit de l’une des responsabilités (et l’un des premiers centres d’intérêts) du Commissaire au fil des billets mais également au fait que l’écriture franche, directe, argumentée traduit l’engagement personnel et l’exercice transparent de « blogging » du Commissaire – quoique cela se paye par une irrégularité des publications.

blog_sefcovic_stats Autre caractéristique, il s’agit d’un blog d’opinion – dès le premier billet «  Let’s be fair (and more optimistic) on Europe ! » – sans doute le plus en adéquation avec la forme la plus répandue de « blogging » qui pour cette raison fait plus que  les autres blogs de Commissaires l’usage de liens pour sourcer les arguments développés.

Andris Piebalgs, Développement : progressivité et plurilinguisme

Plus tardif avec un lancement en juin 2012, le blog du Commissaire letton Piebalgs manifeste des progrès constants et un timide plurilinguisme. C’est le blog d’un Commissaire qui fait le « job » et veut le montrer.

blog_piebalgsTandis que les premiers articles sont des « statements » uniquement texte du Commissaire, le blog s’améliore progressivement pour proposer une écriture plus personnelle et engagée ou des contenus traditionnellement appréciés du web comme ce classement : « 7 facts you should know about EU development aid » et allant même jusqu’à publier un invité.

blog_piebalgs_statsAutre distinction de ce blog, les rares publications en français qui viennent compléter des publications en anglais, comme le sont quasi systématiquement tous les autres blogs de Commissaires.

Olli Rehn, Affaires économiques et monétaires et euro : réflexion et opinion

Dernier blog apparu récemment en avril 2013, le blog du Commissaire finlandais Rehn (seulement 3 billets) est un lieu de réflexion et d’opinion. C’est le blog d’un Commissaire qui veut densifier le personnage public réduit, dans les médias, à ses décisions douloureuses.

blog_rehnTitulaire d’un portefeuille avec une importante visibilité avec la crise de l’euro et les évolutions financières de l’UE, le Commissaire Rehn apparaît comme un lieu destiné à faire connaître l’état d’esprit et les réflexions sur ces enjeux lourds pour l’avenir de l’UE.

blog_rehn_statsAvec des billets longs et argumentés à la première personne, l’engagement du Commissaire est évident et vise à renforcer l’intérêt – au moins pour un public de journalistes et de professionnels.

Au total, le panorama des blogs des Commissaires révèle des prises de parole tendanciellement plus engagées, plus dans l’opinion – sinon pour dialoguer – du moins pour mieux partager leurs activités, chacun à leur manière.

Quel est l’état de la transparence dans la communication de l’Union européenne ?

Résoudre le déficit démocratique de l’UE passe par un double mouvement d’ouverture des institutions européennes et d’intérêt des citoyens européens pour la construction européenne. Ces deux tendances – que Michaël Bruggemann qualifie de « promesses du dialogue et de la transparence » sont au cœur de la communication de l’UE. Qu’en est-il de la transparence aujourd’hui ?

Ouverture accrue mais encore limitée des réunions au sein des institutions européennes

Face à ce premier critère de transparence – l’ouverture des réunions – les institutions européennes y parviennent irrégulièrement.

Traditionnellement, seul le Parlement européen, représentant les citoyens, tient des réunions publiques tandis que la Commission et le Conseil se réunissent à huis clos.

Plus particulièrement, le Conseil est critiqué, car les réunions secrètes permettent aux gouvernements nationaux de mentir sur les politiques qu’ils poursuivent à Bruxelles et de dénoncer l’UE comme bouc émissaire.

Depuis septembre 2006, le nombre de sessions du Conseil et les votes des représentants des gouvernements ont été rendus publics :

  • Aujourd’hui, les rencontres du Conseil avec des décisions législatives sont publiques ainsi que toutes les sessions liées aux politiques qui relèvent du régime de co-décision avec le Parlement européen ;
  • En revanche, il y a toujours un certain nombre de réunions (celles qui n’ont pas de décisions législatives) qui ne sont pas publiques.

Du côté de la Commission, les réunions du Collège des Commissaires ne sont pas publiques, mais les comptes rendus sont intégralement mis en ligne.

Par ailleurs, l’utilisation massive de Twitter parmi les Commissaires tend à réduire l’opacité. Lors de l’annonce des recommandations économiques de la Commission européenne récemment, deux Commissaires ont rompu l’embargo et annoncé ce qui allait être annoncé concernant leur propre pays.

Un droit général récent mais partiel d’accès aux documents

Jusqu’en 2001, il n’existe aucun droit pour les citoyens d’accéder aux documents officiels de l’UE. Désormais, la législation de l’UE octroie un droit général d’accès aux documents à tous les résidents de l’UE.

Un refus d’accès aux documents ne peut être justifié qu’en référence aux exceptions prévues dans le règlement. Les exceptions concernent des raisons de sécurité publique, de garder le secret professionnel et la vie privée, mais aussi des pans entiers de politique (finances et économie) sont exemptés.

Au-delà de ces exceptions, la principale critique porte sur le fait que les institutions européennes sont autorisées à rejeter l’accès à des documents dont la publication serait « une grave atteinte » au processus de prise de décision interne des institutions de l’UE. Une porte ouverte à de nombreuses exceptions discrétionnaires.

Un Registre public mais non-exhaustif des documents officiels de l’UE

Avant dernier critère d’évaluation de la transparence de l’UE, l’accès pratique aux documents. En effet, pour demander un document, il faut encore pouvoir être en mesure de savoir quel(s) document(s). Par conséquent, la transparence des règlements oblige les institutions de l’UE à créer des registres publics de l’ensemble de leurs documents.

Chaque institution dispose de sa propre base de données :

Au total, selon Michaël Bruggemann, « la Commission, à la différence du Parlement européen et du Conseil, n’a pas toujours de bons résultats dans l’application des règles ».

Et, il ne faut pas négliger de nombreux autres registres :

Mise en œuvre pratique plutôt limitée de la transparence

Certes, tous ces registres sont publics et accessibles en ligne. Certes, les institutions européennes publient régulièrement des rapports sur l’état de la mise en œuvre de la réglementation en matière de transparence.

Mais, la mise en œuvre pratique de la procédure de transparence est plutôt limitée. Il n’est pas surprenant que les citoyens ordinaires ne sont pas les principaux utilisateurs de ce type de procédure. Lobbyistes, représentants d’ONG, juristes, scientifiques et représentants d’autres institutions publiques sont les principaux utilisateurs des règles de transparence.

Un groupe important est représenté avec moins de trois pour cent des demandes : les journalistes, qui ne peuvent pas attendre pour accéder aux documents.

L’état de la transparence dans l’UE est donc ambivalent. Certes, l’UE est l’une des institutions publiques les plus transparentes au monde. Mais au vue de la mise en œuvre des règles de transparence, il semble encore trop tôt pour parler d’un changement fondamental de paradigme politique.

Une coexistence de règles strictes d’ouverture de l’accès à l’information et de traditions liées à la culture des arcanes bureaucratiques limitant leur mise en œuvre demeure.

Pourquoi la communication européenne tourne en rond ?

Toute la stratégie de communication de l’UE à destination des citoyens repose sur une volonté de dialoguer avec les citoyens. Encore faut-il que les citoyens le désirent ce dialogue. Bien au contraire, l’absence de réponse des citoyens ordinaires fait que la communication européenne tourne en rond…

La stratégie de dialogue de l’UE avec les citoyens : un appel du pied aux partisans de la construction européenne

Rapidement après les rejets populaires des référendums français et néerlandais de 2005 sur le traité pour une constitution européenne, Margot Wallström lance le « Plan D comme démocratie, dialogue et débat ». Sa démarche repose sur une volonté nouvelle de se rapprocher des citoyens et de leur donner les moyens de dialoguer avec l’UE.

Cette nouvelle volonté affichée d’établir un « dialogue renforcé » avec les citoyens conduit à redéfinir la notion de « public » qui prévaut au sein des milieux institutionnels de l’UE afin de sortir d’une conception unilatérale d’un public récepteur au profit d’un échange avec des citoyens actifs devenus partie prenante de la communication européenne.

Encore faut-il que cette stratégie de communication reposant sur une forme de « démocratie participative » trouve un quelconque écho auprès desdits citoyens. Désireuse de lancer un dialogue UE-citoyens, la Commission européenne se sera finalement retournée auprès des médiateurs pour ainsi dire « naturels » de la cause européenne, autrement appelé « les auto-entrepreneurs de la cause européenne ».

En résumé, et de manière tout à fait paradoxale (et inconsciente ?), le regain de considération récent de l’UE pour la parole, les opinions ou les initiatives des « euro-citoyens ordinaires » bénéficie d’abord aux promoteurs non institutionnels mais traditionnels de l’idée européenne.

Initiative citoyenne européenne, Année européenne du citoyen : des actions d’auto-persuasion pour l’UE

Le risque de « l’auto-persuasion » au sein d’une bulle de gens convaincus où se retrouve à la fois la Commission soucieuse de communiquer directement avec des citoyens et les auto-entrepreneurs de la cause européenne se confirme avec l’initiative citoyenne européenne et l’Année européenne des citoyens.

Prenons l’initiative citoyenne européenne. A l’issue de la 1e année de fonctionnement, la Commission européenne se félicite du « succès », alors que la réalité est largement plus nuancée avec seulement 14 initiatives en cours et une seule susceptible de rassembler les critères de recueil du million de signatures de citoyens. Les quelques auteurs des initiatives citoyens européennes sont dans leur très grande majorité des auto-entrepreneurs de la cause européenne qui malgré eux finissent par persuader la Commission européenne qu’elle poursuit la bonne stratégie.

D’ailleurs, les actions de la Commission consistent à « arrimer » les acteurs de la société civile à l’Europe pour en faire de nouveaux auto-entrepreneurs de la cause européenne ou dit autrement pour les inclure dans le système institutionnel élargi de l’UE. Ainsi par exemple, la maison européenne de la société civile s’inscrit dans cette volonté d’élargir les publics légitimes de l’UE en y incluant les ONG civiques. L’objectif de la démarche consiste à recruter de nouveaux partisans du système en place.

Avec l’Année européenne des citoyens, c’est la même logique qui est à l’œuvre. La Commission européenne tente de nouveau de faire le grand pont entre l’UE et les citoyens, en s’imaginant, comme toujours (enfin surtout depuis quelques années) pouvoir s’adresser directement à eux. La Commission européenne monte à grands frais une « tournée » européenne en organisant dans chaque État-membre « des forums civiques sur les politiques et les enjeux de l’Union ».

Un tel dialogue civique UE-citoyens ne peut fonctionner que s’il y a des citoyens à l’autre bout pour participer à ces événements. Or justement, dans un Eurobaromètre sur l’opinion et l’action des citoyens européens en matière d’engagement dans la démocratie participative, seuls 1% des Européens déclarent qu’ils ont pris part à un débat public au niveau de l’UE.

Au total, il ne suffit pas de décréter un dialogue UE-citoyens, comme le fait la Commission européenne, pour qu’il existe. La revendication d’un lien direct entre l’UE et les citoyens peut même à force laisser planer l’impression que l’UE s’auto-persuade de poursuivre un dialogue, pourtant de fait réduit aux seuls auto-entrepreneurs de la cause européenne.

Comment s’organise la communication corporate de l’UE à la Commission européenne ?

Au-delà des campagnes de communication propres à chaque programme ou département, la communication institutionnelle sur les valeurs de l’UE dans son ensemble vise, autant que possible, à restaurer la confiance, affirmer le leadership et motiver les réseaux de l’UE. Comment la DG Communication organise la communication corporate de l’UE ?

Depuis l’arrivé de Margot Wallström et la refonte de la DG COMM, plusieurs faiblesses tentent d’être corrigées :

  • Fragmentation et perte d’efficacité des activités de communication par manque de coordination et de planification ;
  • Mise en œuvre inadéquate car trop centralisée des actions de communication ;
  • Messages qui reflètent les priorités politiques, mais pas nécessairement liés aux intérêts besoins et préoccupations des citoyens.

« Communication Steering Board » : le pilotage interne de la DG COMM pour la communication corporate

Le premier moyen d’améliorer la communication corporate est le « Communication Steering Board » ou plus prosaïquement le conseil de direction de la DG COMM.

Quoique cette enceinte confidentielle limitée aux seuls directeurs/directrices de la DG COMM n’apparaisse pas comme d’emblée fondamentale, sa mise en œuvre tardive en 2009 avec l’arrivée de la vice-présidente Reding fut vécue comme « la plus grande déception » de Claus Sørensen, l’ancien directeur général et refondateur de la DG COMM.

Dans l’interview qu’il m’avait donné à la fin de son mandat, Claus Sørensen indiquait que cet organe de pilotage interne à la DG COMM « aurait dû être fait plus tôt » car « s’est avéré être un moyen très utile pour orienter les activités de communication de la Commission ».

En 2013, le plan de management de la DG COMM prévoit une intensification des réunions du comité de direction avec un rythme quasi-hbdomadaire avec pas moins de 35 réunions prévues à l’agenda.

« External Communication Network » : le pilotage externe de la DG COMM pour la communication corporate

Le second moyen de piloter la communication corporate est l’« External Communication Network », composé des chefs d’unité Information/Communication de toutes les DG, créé en 2002 et surtout amélioré en 2005 (voir action 4).

Selon la page qui lui est consacrée, la mission principale du réseau de communication externe est d’échanger les meilleures pratiques sur la préparation et la mise en œuvre de plans de communication et les pratiques de communication. Il vise également à faciliter l’assistance de la DG COMM à d’autres DG sur les questions techniques et tend vers une utilisation plus efficace et efficiente des outils et des méthodes d’évaluation.

Le but ultime est renforcer les synergies et l’échange des meilleures pratiques, et d’avoir des points de contact clairs entre la DG Communication et les autres directions générales afin d’en faire une courroie de transmission de la communication corporate.

Alors que ce réseau (en formation collégiale ou par groupes de travail) organisé et présidé par la DG COMM ne se réunit qu’« environ 5-6 fois par an », le plan de management 2013 de la DG COMM prévoit de le rendre mensuel.

Ainsi, coopération et coordination assurés entre les unités Information/Communication s’intensifient. Tandis qu’une synergie des moyens semble atteinte, peut-on en dire autant d’une meilleure communication de la vision et des messages de l’UE ?

Quelles sont les tendances de la communication de la Commission européenne dans les médias sociaux ?

Tandis que le compte officiel de la Commission européenne sur Twitter vient de fêter son 100 000e follower et qu’une majorité des organes (Commissaires, Directions générales, Représentations, porte-paroles) de l’institution sont engagés dans les médias sociaux, que faut-il retenir de la communication de la Commission européenne dans les médias sociaux ?

Tendance n°1 : croissance régulière des locuteurs et des caisses de résonance

La principale caractéristique de la « toile » de la Commission européenne dans les médias sociaux réside dans son expansion.

D’une part, de nouveaux locuteurs s’inscrivent régulièrement à tel point que la présence dans les médias sociaux est devenue ultra majoritaire sur Twitter et quasiment sur Facebook :

  • 20 sur 27 des Commissaires européens sont sur Twitter et 13 sont actifs sur Facebook ;
  • 22 sur 27 des Représentations dans les Etats-membres sont sur Twitter et 25 sur Facebook ;
  • 19 sur 31 des Directions générales sont sur Twitter et 14 sont actives sur Facebook ;
  • 22 sur 41 des porte-paroles sont sur Twitter.

D’autre part, une hausse organique liée aux recrutements de nouveaux fans et followers conduit à une présence significative, quoique les publics se chevauchent inévitablement :

  • les Directions générales disposent des plus larges audiences (environ 280K followers et 260K fans) en s’adressant chacune à des publics verticaux segmentés ;
  • les Commissaires européens sont inégalement puissants avec 240K de followers et « seulement » 53K de fans ;
  • les Représentations sont les plus récemment actives, leurs audiences plus horizontales progressent rapidement (92K de fans et 46K de followers).

EC_social_media

Au total, cette tendance de croissance des audiences à la fois par le haut et par le bas conduit à une relative banalisation des médias sociaux dans la communication de la Commission européenne.

Tendance n°2 : engagement inégal des communautés

Sur un plan qualitatif, l’engagement des fans et des followers est très inégal selon les différents locuteurs de la Commission européenne.

Sur Twitter, 4 indicateurs permettent d’évaluer la communication :

  • l’activité : le nombre de tweets moyen par jour ;
  • l’amplification : le nombre de retweets moyen pour 100 tweets ;
  • l’outreach : le nombre de replies moyen pour 100 tweets ;
  • talked with : le nombre de comptes en conversation.

EC_DG_Twitter

L’analyse de ces critères révèle que le volume est décorrélé de l’impact :

  • le compte @innovationunion est le plus actif sans impact massif ;
  • le compte @DigitalAgendaEU est le plus amplifié (44 RT par tweet en moyenne), hormis le compte @EU_Commission ;
  • le compte @EU_EEAS suscite le plus de réactions (1 replies tous les 2 tweets en moyenne)
  • le compte @EU_Social est le plus conversationnel (105 discussions au total).

Sur Facebook, 3 indicateurs permettent de mesurer l’interactivité :

  • les publications : le volume de publication sur les 7 derniers jours ;
  • les interactions : le volume de like/partage sur les 7 derniers jours ;
  • les talkings : le volume de commentaires sur les 7 derniers jours.

EC_DG_Facebook

Là encore, le volume ne conditionne pas l’impact auprès des fans :

  • la page « Innovation Union » est la plus intensive en publications ;
  • les pages sur « l’aide humanitaire et la protection civile » et « Interpreting for Europe » sont les plus active en termes d’interactions et de conversations.

Tendance n°3 : importance des communautés d’intérêt

L’analyse sur Twitter et sur Facebook montre que la qualité des contenus publiés prend le pas sur la quantité. Les sources qui disposent d’une communauté destinatrice sont les plus susceptibles d’obtenir des résultats significatifs.

Sur Twitter, les réseaux du soft power diplomatique assurent un impact important au SEAE : le service européen pour l’action extérieure. De même de l’intérêt pour les questions relatives au « digital agenda » assure un impact à la DG CONNECT. Pour les autres comptes, une activité conversationnelle plus poussée semble davantage développer l’impact des tweets.

Sur Facebook, la Commission européenne parvient sur sa page officielle à créer un engagement numériquement significatif – quoique les Représentations parviennent à produire globalement davantage de discussions. Les centres d’intérêts personnels – tels que l’humanitaire ou la traduction, qui touchent intimement les fans – sont les plus susceptibles d’engager.

Au total, l’état de la communication de la Commission européenne dans les médias sociaux indique la découverte et l’investissement majoritaire est acquis. En pleine phase d’apprentissage, la Commission européenne développe inégalement sa présence suivant des communautés d’intérêt.