Service minimum pour la communication européenne à l’occasion de l’adhésion de la Croatie à l’UE

La Croatie devient le 28e État membre de l’Union européenne aujourd’hui 1er juillet 2013. A défaut d’une campagne de communication de l’UE partout en Europe, quelques actions de communication précisent néanmoins comment la communication de l’UE s’organise en « service minimum » pour accueillir sans fanfare la Croatie…

Une fantomatique campagne de communication de l’UE pour l’adhésion de la Croatie

Alors que les célébrations officielles de l’adhésion de la Croatie à l’UE se sont déroulées sans la présence d’Angela Merkel et de François Hollande, il n’y a pas beaucoup d’informations sur ce que prévoient les institutions européennes en termes de communication –une activité sans doute peu prioritaire, quoiqu’elle constitue une occasion trop rare en ce moment de communication positive sur la construction européenne.

Seule la réunion, le 4 juin dernier, du groupe de travail sur l’information – réunissant les responsables communication des institutions européennes – annonce à l’agenda « des activités de communication pour l’accession de la Croatie » menées à la fois par la DG Elargissement et la DG Communication de la Commission européenne.

Un site vitrine « La Croatie dans l’UE : grandir ensemble »

Du côté de la DG Elargissement, un site internet vitrine « croatia-in-the-eu.eu » est en place dans les 24 langues de l’UE pour présenter les porte-paroles croates de la campagne, les événements (aucun événement spécifiquement dédié) et le désormais traditionnel concours photos… « et bien d’autres choses encore ».

Croatia_EU_Growing_Together

Le traité d’adhésion de la Croatie à l’UE a été signé en décembre 2011 mais il semble que la communication de la DG Elargissement ou bien use d’un art consommé du teasing ou alors peine à proposer des démarches vraiment innovantes.

Une vidéo très institutionnelle des Commissaires accueillant la Croatie

Sur Youtube, une vidéo assez terne rassemblant un message de bienvenue de l’ensemble des Commissaires semble davantage servir à faire connaître les membres de la Commission européenne qu’à faire découvrir la Croatie à l’ensemble des Européens.

Cette vidéo à susciter une réaction plus conviviale de la part des membres du gouvernement croate pour remercier l’UE. Une démarche de communication par vidéo interposée intéressante – quoique les peuples soient totalement absents de cet échange.

Une nouvelle Représentation de la Commission en Croatie

Pour la DG Communication, la délégation de l’UE est remplacée par une Représentation dont les fonctions essentielles sont notamment de « communiquer avec les médias et fournir des services d’information et de communication aux citoyens et aux parties prenantes dans les États membres ».

Par ailleurs, le centre de contact « Europe Direct » destiné à répondre aux questions des citoyens est également opérationnel en langue croate.

Au total, la communication de l’UE – en service minimum – à l’occasion de l’adhésion de la Croatie se distingue par son peu d’enthousiasme et son fort classicisme.

Euromyths : comment la presse britannique influence les relations médias de l’UE ?

Au-delà du petit jeu de massacre par déclarations interposées entre les autorités publiques françaises et Barroso, le président de la Commission ; les relations avec les médias de la Commission européenne semblent bien davantage influencées par le traitement de l’UE par la presse anglo-saxonne friande des « Euromyths »…

Les « Euromyths » dans la presse britannique et les « réfutations » de l’UE

Selon la page Wikipedia des « Euromyths » (en anglais), il s’agit d’histoires concernant les politiques de l’UE qui, selon elle, sont « généralement considérées comme désobligeantes ou exagérées ».

Tandis que la Commission européenne soutient que ces histoires inventées par les médias sont fausses, les eurosceptiques affirment, notamment grâce au soutien d’une partie de la presse britannique que de telles histoires sont vraies.

Les « Euromyths » sont tellement courants et populaires que l’UE a mis en place une politique de réfutation publique des couvertures négatives qu’elle considère comme injustes ou déformées.

Trois exemples illustrent l’activisme de la Commission européenne, surtout au Royaume-Uni pour contrecarrer les « Euromyths » :

EU_myths

EU_myths2

EU_myths3

Le nouveau blog « Setting the facts straight » piloté par le service des porte-parole de la Commission

A moins d’un an des élections européennes, les « Euromyths » redoublant dans la presse, le service des porte-parole de la Commission européenne passe à la vitesse supérieure avec un nouveau blog « Setting the facts straight » où chaque porte-parole démonte méthodiquement les exagérations ou approximations débusquées.

setting_up_the_factsL’engagement en première ligne des porte-parole – les agents publics européens autorisés à s’exprimer publiquement – tranche avec l’approche plus anonyme et administrative des initiatives antérieures.

La place laissée aux commentaires constitue une autre innovation de taille qui positionne non plus seulement l’UE sur la défensive mais prouve qu’elle s’ouvre à la discussion – même si parfois elle risque d’être difficile.

L’intégration des comptes Twitter des porte-parole montre enfin que la Commission européenne prend conscience de l’importance de ce média social dans la propagation rapide des idées vraies comme fausses.

Au total, la pression de la presse britannique à travers les « Euromyths » pèse sur les pratiques de relations médias de la Commission européenne, qui s’adaptent et se modernisent, tout en restant dans une logique essentiellement défensive.

Quels sont les « effets » de la communication européenne ?

Nonobstant l’efficacité réelle de la communication de l’UE difficile à mesurer auprès du grand public européen, toute communication européenne produit des « effets » – qu’ils soient massifs ou limités. La question est d’importance : les « effets secondaires », comme l’on en parle pour un médicament, sont-ils moindre que les effets actifs ?

Effets attendus : sur-estimation des capacités de visibilité de la communication européenne

Bien souvent, les effets attendus par toute action de communication européenne soulèvent de trop grand espoir quant à leur possibilité de toucher et de transformer des publics largement indifférents et déjà largement abreuvés de messages à longueur de journée.

Tant les mécanismes d’amplification médiatique à travers la presse écrite et audio-visuelle que les logiques d’implication sociale des internautes semblent surestimés dans la plupart des actions de communication européenne.

De manière symptomatique, la tendance qui ne cesse de se renforcer de tout mettre en ligne – avec des mini-sites en pagaille – n’est absolument pas la garantie de se rendre visible auprès du plus grand nombre.

Effets induits : sous-estimation des difficultés de réception de la communication européenne

En revanche, les conditions de réception de la communication européenne au sein des publics sont le plus souvent sous estimées – hormis lorsque des pré-tests auprès de panels représentatifs sont réalisés.

Les difficultés de compréhension d’un message européen au sein d’une partie importante de la population (faute d’apprentissage préalable et d’appréhension régulière des enjeux européens) ainsi que les difficultés d’assimilation, c’est-à-dire d’intégration de ces nouvelles connaissances dans un référentiel essentiellement national, sont des angles morts de la communication européenne.

A cet égard, la « langue européenne » trop souvent proposée au grand public, au-delà d’un multilinguisme anglais trop systématique, est d’une technicité qui décourage même les meilleures volontés.

Effets secondaires : vers un renforcement des opinions pré-conçues ?

La double pression des effets attendus de visibilité sur-estimés et des effets induits de réception sous-estimés conduit généralement à neutraliser les réactions des publics.

Plutôt que de faire évoluer les opinions des publics, la communication européenne court le risque de mobiliser des raccourcis qui ne consistent qu’à renforcer les convictions. Ainsi, chacun, selon ses préjugés viendra trouver les justifications à ses propres opinions.

Au total, la question des « effets » de la communication européenne réinterroge des usages trop établis tant chez les professionnels de l’UE (effets attendus et induits) qu’au sein des publics (effets secondaires).

Succès incidentiel d’une initiative citoyenne européenne : vers un lobbying citoyen ?

Alors que l’initiative citoyenne européenne célébrait récemment sa 1e année dans une relative indifférence, la décision ce week-end de la Commission européenne de retirer l’eau de sa future directive sur les concessions donne un nouvel éclairage sur cette innovation participative européenne…

1e initiative citoyenne européenne toujours en cours à influer une décision de la Commission européenne

Seule initiative citoyenne européenne à parvenir à rassembler plus d’un million de signatures de citoyens en moins d’un an (1 472 811 à ce jour), « l’eau, un droit humain » (right2water.eu) est pourtant une démarche formellement menacée pour ne pas avoir collectée les quotas minimum dans certains pays de l’UE.

right2water

Bousculant les procédures (la validation formelle de l’initiative citoyenne européenne et la formalisation d’une réponse par la Commission européenne), le Commissaire Michel Barnier s’offre un joli coup de comm’ en annoncant ce week-end qu’il retire le « domaine de l’eau du cadre de la directive sur les concessions » actuellement en préparation par ses services.

Les initiatives citoyennes européennes : des outils de lobbying citoyen ?

Cette réaction prématurée de la Commission, afin de montrer que l’institution est à l’écoute des citoyens, renouvelle les cadres d’interprétation sur ce que l’initiative citoyenne européenne peut apporter à la démocratie européenne.

Dans l’indétermination de l’initiative citoyenne européenne entre un nouveau pouvoir d’interpellation entre les mains des citoyens ou un autre pouvoir détenu par la Commission européenne pour instrumentaliser sa relation avec les citoyens, la récente décision de la Commission européenne ne renverse pas la table :

  • D’une part, la Commission européenne confirme qu’elle maîtrise intégralement la procédure jusqu’à ce coup de théâtre qui démontre à contrario que l’initiative citoyenne européenne est sans doute trop lente et trop lourde pour être dans le bon tempo des décisions ;
  • D’autre part, la mobilisation massive des citoyens autour d’une idée basique (l’eau est un bien public et un droit humain) indique qu’une pression puissante de la société ne peut pas rester sans réponse, même si les formes de l’initiative ne sont pas forcément les meilleures voies d’expression.

Au total, le 1e succès d’une initiative citoyenne européenne lié à une réaction conforme à la Commission européenne – en dépit d’une procédure qui justifie plus que jamais une réforme – confirme que le lobbying citoyen est en marche.

La résorption du déficit démocratique de l’UE passe-t-elle forcément par la démocratie participative ?

A moins d’un an d’élections européennes frappées avec régularité depuis le 1er scrutin en 1979 par la hausse de l’abstention, il est temps de s’interroger sur le rôle de la démocratie participative sur le chemin de la résorption du déficit démocratique de l’UE. La démocratie participative peut-elle renouveler la citoyenneté européenne ?

Donner de nouvelles formes à la citoyenneté européenne

Les promesses de la démocratie participative européenne comme opportunité de créer de nouvelles formes d’expression de la citoyenneté européenne ne sont plus à démontrer. Au-delà des outils « classiques » de démocratie participative (sondage collaboratifs, forum ouvert…) testés par l’UE dans le cadre du plan D, la « e-démocratie » ou l’initiative citoyenne européenne sont sources d’espoir.

Attention aux contre-sens : la promesse de la démocratie participative européenne ne réside pas dans un réengagement des citoyens dans des formes « classiques » d’expression, d’opinion ou d’action.

Autrement dit, il ne faut pas attendre de la démocratie participative européenne qu’elle permette de faciliter la compréhension entre l’UE et les citoyens, car leurs discours respectifs seront toujours éloignés.
Il n’est pas concevable d’imaginer que la démocratie participative européenne soit forcément l’occasion de réduire le déficit de connaissances ou la dureté de jugements quant à la performance de l’UE.
Surtout, il n’est absolument pas certain que les citoyens qui participent le fassent dans le cadre respectueux et scrupuleux des modalités définies au préalable.

Bien au contraire, la démocratie participative européenne fonctionnera d’autant mieux que les citoyens s’exprimeront, penseront et agiront selon leurs propres règles souples et autonomes qui ne peuvent pas se décréter d’en haut. Mais, la démocratie participative ne signifie pas pour autant l’anarchie.

Lier des citoyens à large échelle pour améliorer les décisions collectives

La démocratie participative européenne doit reposer sur une logique qui consiste à favoriser les liens entre citoyens, afin que de leurs interactions jaillissent une expression partagée qui pèse alors sur les futures décisions de l’UE. En somme, la démocratie participative est « une procédure permettant de construire ensemble une vision de la société ».

La participation ne consiste pas à constater l’activité désordonnée d’individus isolés mais à lier les citoyens entre eux autour d’idées et de projets à caractère européen afin qu’ils s’assemblent le plus naturellement dans une dynamique convergente et orientée vers des débouchés concrets. Ces solutions enrichissent évidemment la démocratie représentative et les élus en apportant l’intelligence de la pratique et du terrain.

Développer une conscience européenne chez des citoyens mieux formés et informés

La participation des citoyens contribue en tant qu’effet induit bénéfique à la formation et à l’information des citoyens européens, qui maîtrisent davantage les enjeux et les problématiques européennes.

Et des citoyens européens mieux formés et informés sont des citoyens européens actifs à la fois pour participer au débat public sur l’avenir de l’UE et de ses politiques publiques mais très sûrement aussi pour participer aux élections, car la volonté de peser sur le cours d’un processus que l’on connait est beaucoup plus forte.

Ainsi, la démocratie participative apparaît comme une respiration dans l’espace public, entre le pouvoir et la société, dans une démocratie européenne non plus sous influence des plus forts mais d’influence des plus participatifs.