Infographies sur l’Union européenne : benchmark d’un nouveau format de communication sur l’Europe

À partir d’une simple requête sur Google « infographic European Union » se dévoile tout un ensemble d’infographies sur l’Europe qui s’efforce de visualiser des données sur les Européens, les politiques européennes et l’UE…

Infographie synthétique du Guardian sur les Etats-membres qui payent le plus et qui reçoivent le plus du budget de l’UE

Réputé pour sa capacité à démocratiser l’information avec des infographies qui parviennent à raconter une histoire à partir de la donnée avec un design de qualité, l’infographie du Guardian est la première référencée

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Infographie de l’AFP sur les institutions européennes

Autre infographie très utile pour mieux comprendre la machine européenne, l’infographie de l’AFP sur le fonctionnement des institutions européennes.

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Les infographies du Parlement européen sur Pinterest

Avec 88 infographies disponibles sur le « board » du Parlement européen sur Pinterest, l’assemblée semble l’institution européenne la plus active dans la production et la diffusion d’infographies pour expliciter et montrer l’impact et l’importance des politiques européennes.

Les infographies thématiques d’Euractiv

Une page est dédiée sur le portail Euractiv aux infographies réalisées sur commande de la rédaction ou de sponsors. L’infographie sur les débats présidentiels à la télévision lors des dernières élections européennes offre un récapitulatif.

Les infographies de Debating Europe

Dans la cadre de l’Année européenne des citoyens en 2013 et 2014, Debating Europe a proposé une série pour débattre du futur de l’Europe consacrée à chaque Etat-membre et accompagnée à chaque fois d’une infographie, comme sur l’identité européenne, l’histoire de l’Europe, l’initiative citoyenne européenne ou le modèle social européen.

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Les eurographics de One Europe

OneEurope, qui se présente comme le plus grands médias citoyens européens, complètement indépendant, non partisan et à but non lucratif propose une rubrique « Eurographics » qui publie régulièrement des infographies sur l’Europe.

L’infographie du ministère des Affaires étrangères français sur comment la France défend ses positions au sein des institutions européennes

Côté français, l’infographie du MAE animée est très utile pour mieux comprendre comment la France fonctionne avec l’UE afin d’élabore une position d’exprimer et de défendre une position ou d’expliquer les positions françaises.

Les infographies de Touteleurope, le centre d’information sur l’Europe en France

Dernier exemple de l’utilisation des infographies pour faire de la pédagogie sur l’Europe, la rubrique « infographies » du portail Touteleurope à la fois jolies et explicatives.

Au total, les infographies – un format de communication en ligne très tendance – sont très présentes sur les enjeux européens.

Quels sont les piliers de la communication européenne ?

« La communication ne peut être efficace que si la Commission parle d’une seule voix », c’est la règle fixée par le nouveau président Jean-Claude Juncker dans une « communication relative aux méthodes de travail de la Commission ». Qu’en est-il concrètement ?

La communication corporate : la visibilité « grand public » de l’UE

Premier pilier de la communication européenne sous Juncker : la démarche consistant à centraliser les moyens de communication (et les budgets en particulier) entre les mains d’une DG Communication placée directement sous le président de la Commission.

Cette « présidentialisation » des moyens de communication de l’institution se traduit, dans le langage eurocrate par la « communication corporate », c’est-à-dire le pilotage et le déploiement d’une communication à visée paneuropéenne et grand public, concentrée sur quelques messages forts synthétisant les priorités à l’agenda.

Après le projet-pilote menée dans 6 Etats-membres en 2014, Politico Europe dévoile en septembre dernier un nouveau projet de campagne de communication corporate doté d’un budget issu des différents services de 26 millions d’euros, soit sans doute au moins le double de la campagne précédente.

La communication corporate se concentrera sur les actions de l’UE relative à la croissance et à l’emploi autour notamment du plan d’investissement pour l’Europe afin de toucher un public « non spécialiste » des affaires européennes via des actions à caractère publicitaire.

La communication locale : la proximité de l’UE

Deuxième pilier de la communication européenne reposant sur le principe de subsidiarité : les actions à l’échelle locale que ce soit par le biais des Représentations de la Commission (à l’échelle nationale) ou le réseau des centres Europe Direct (à l’échelle locale).

Afin de conforter la communication de proximité – seule susceptible de parvenir à répondre aux interrogations des citoyens avec des dispositifs « low cost » d’événements sans trop d’infrastructure ou de relations presse avec les principaux médias appréciés localement – la stratégie « Communiquer en partenariat » qui s’était initialement appuyée sur les Etats-membres se tourne dorénavant vers des acteurs régionaux et locaux.

La communication politique : l’UE à visage humain

Troisième et dernier pilier de la communication européenne, les Commissaires sont, sous Juncker, les « visages » de l’institution, les « avocats » et les « porte-parole » des politiques de la Commission.

Véritable défi compte-tenu de la disparité des profils au sein du Collège de la Commission européenne en matière de faculté de communication ; l’implication des Commissaires doit permettre d’orienter les messages sur les priorités stratégiques afin de ne pas disperser et diluer la communication politique de l’institution.

Au total, de l’articulation entre ces trois piliers de la communication européenne – corporate, locale et politique – dépendra en grande partie la réussite de l’UE a faire passer ses messages et à reconquérir l’intérêt et l’adhésion des Européens à la construction européenne.

« Aktion Europa » : que retenir du premier partenariat de communication entre l’Allemagne et l’UE ?

Dix ans après le lancement précurseur du partenariat de communication entre l’Allemagne et l’UE et alors que la stratégie « Communiquer sur l’Europe en partenariat » est aujourd’hui dans les sables, quels sont les enseignements du bilan de « Aktion Europa » ?

« Aktion Europa » : le partenariat précurseur en matière de communication

La communication de la Commission européenne de 2 juillet 2002 : « An information and communication strategy for the EU » repose sur une stratégie qui vise à favoriser la coopération interinstitutionnelle et le développement de partenariats structurés avec les États-membres.

L’objectif est « d’améliorer les perceptions de l’UE, de ses institutions et de leur légitimité par l’amélioration de la compréhension de ses missions et de ses réalisations et d’établir un dialogue avec le public ».

En décembre 2005, la République fédérale d’Allemagne signe une convention de délégation, devenant ainsi le premier État-membre à entrer dans un partenariat de gestion entre le gouvernement fédéral allemand et la Commission européenne.

Recommandations issues des résultats de l’évaluation

A l’occasion des 10 ans du partenariat, un rapport d’évaluation a été rédigé avec une série de recommandations opérationnelles, dont les plus importantes sont de :

1. Maintenir l’équilibre entre la recherche de visibilité et de dialogue

L’équilibre recherché entre « impact » et «dialogue » doit être poursuivi, en mettant l’accent sur ce dernier. Idéalement, les projets du Partenariat de gestion doivent rassembler des approches orientées vers l’action qui permettent aux participants de traiter en profondeur les thèmes complexes et les poussent à aller plus loin, à intégrer les réseaux d’acteurs locaux tout en exploitant les opportunités offertes par les médias.

Une plus grande attention devrait donc être accordée à l’avenir à la mise en œuvre d’un concept de communication cohérent avec principalement des formats orientés sur les événements et les dialogues.

2. Créer un processus de classement plus élevé et un ordre de préférence

Certaines des structures et des processus suivis par le Partenariat de gestion allemand ne sont actuellement pas réglementés, de sorte qu’une certaine marge d’interprétation continue d’exister. Il s’agit notamment de préciser le rôle des partenaires dans les processus d’appel d’offres et de mise en œuvre par l’organisme intermédiaire. Des règles de procédure seraient utiles pour clarifier ces questions.

3. Définir la relation entre le partenariat avec la Commission européenne et « Aktion Europa »

L’intégration d’« Aktion Europa » au sein du partenariat de gestion avec la Commission européenne permet d’avancer vers la création d’une identité de marque plus visible. Cette démarche doit être intensifiée.

4. Améliorer la présence sur le Web

Les efforts pourraient être renforcés par une meilleure présence sur le Web, ce qui pourrait également accroître la portée et l’orientation vers le dialogue mise en œuvre par le Partenariat de gestion.

5. Préparer un concept de communication à long terme

Jusqu’à présent, les actions de communication ont été mises en œuvre sur la base d’une planification annuelle qui met en corrélation les sujets, les groupes cibles et les approches communicatives et les affecte aux projets.

Ce serait une bonne idée de travailler sur la base d’un concept de communication écrit à plus long terme qui dérive analytiquement des groupes cibles, des thèmes et de la sélection des formats.

De la même manière, la préparation d’un concept de communication à long terme devrait également définir les rôles que les acteurs de la société civile peuvent jouer.

Toutes ces recommandations se posent comme autant d’idées pour améliorer les autres partenariats, plus récents, en matière de communication dans d’autres Etats-membres.

Ecouter, conseiller, engager : les missions exécutives, corporate et servicielles de la DG Communication

Avec pour finalité de « rapprocher l’Europe de ses citoyens », la DG COMM depuis qu’elle devenue un service présidentiel directement rattaché au Président Juncker a réaligné ses objectifs au nouvel environnement politique et recentré ses activités de communication pour répondre aux attentes exprimées dans les méthodes de travail de la Commission Juncker qui stipulent que « la communication ne peut réussir que si la Commission ne parle que d’une seule voix »…

1. Ecouter : rattaché au Président, la DG COMM assure que l’information et l’analyse ont introduites dans le processus de prise de décision de la Commission

La DG COMM fournit des services de communication « exécutifs » au Collège « pour renforcer les activités de communication de la Commission », comme par exemple, revue de presse quotidienne et analyse des médias, studios audiovisuels pour les messages en direct et enregistrés, soutien à la communication numérique, y compris médias sociaux et rapports politiques des Représentations et la surveillance des médias et de l’opinion avec les Eurobaromètres.

Tous ces services d’écoute visent à enrichir en amont l’élaboration des politiques publiques de la Commission et la rétroaction spécifique à chaque Etat-membre.

2. Conseiller : positionné sur le corporate, la DG COMM assure que toute la communication soit cohérente et efficace sur les priorités de la Commission

La DG COMM met en place une communication corporate, en assurant, en partenariat avec les Unités Information et Communication des différentes directions générales, que tous les services concernés de la Commission contribuent à une communication  cohérente et efficace sur les priorités de la Commission.

Cette communication corporate vise à démontrer que la Commission est plus que la somme de ses parties, à surmonter les mentalités en silo et à faire vraiment la différence en touchant directement les citoyens.

3. Engager : orienté sur le service, la DG COMM assure qu’un message simple, clair et compréhensible soit porté aux médias et autres multiplicateurs et auprès des citoyens

Last but not least, la DG COMM fournit les outils pour informer et échanger directement avec les citoyens européens, que ce soit via des dialogues en face-à-face entre les Commissaires et les citoyens ou des échanges directs entre les fonctionnaires de la Commission et des groupes de visiteurs, ou en répondant aux requêtes des citoyens (Europe Direct) et en engageant les citoyens via le portail Europa et les médias sociaux ou par les médias traditionnels.

Ces services de communication visent à échanger sur la base des messages prioritaires de la Commission avec ses publics directs (les citoyens) ou indirects (les journalistes et les leaders d’opinion).

Au total, communiquer sur les priorités politiques de la Commission sert qu’un seul but, n’a qu’une seule raison d’être : faire que les citoyens perçoivent que l’UE travaille à améliorer leur vie, sentent que leurs préoccupations sont prises en considération dans la prise de décision européenne et fassent connaître leurs droits dans l’UE.

Pourquoi la légitimité de l’Union européenne est en crise ?

La remise en cause des politiques européennes – de l’euro, à Schengen avec les migrants voire la PAC – ne cesse de progresser dans les sociétés européennes au point que la légitimité de l’Union européenne semble en crise. Pourquoi ?

Un déficit civique traditionnel à la fois chez les citoyens et les responsables politiques

Première raison de la crise de la légitimité de l’Union européenne, le non respect des procédures de la démocratie européenne, qu’il s’agisse de la désormais traditionnelle abstention électorale aux élections européennes ou de la critique habituelle des décisions par les responsables des partis politiques gouvernementaux.

Mais ce déficit civique qui pouvait encore se justifier à l’époque où la construction européenne correspondait à une sorte de « despotisme éclairé » devient mortifère aujourd’hui :

  • Chez les citoyens, l’euroscepticisme, qui était marginal est désormais mainstream, approuvé et renforcé d’ailleurs par les médias ;
  • Chez les responsables politiques, le soutien à la construction européenne est quasiment devenu un contre-argument électoral, face à la poussée des populismes.

Un déficit plus récent de résultats de l’Union européenne

Pendant longtemps, les institutions européennes ne sont pas pleinement et totalement légitimées par les voies démocratiques traditionnelles mais les résultats produits par la construction européenne étant positifs, il y avait une sorte de « légitimation par les résultats ».

Au fil du temps, l’UE s’est vue confier davantage de responsabilités et du point de vue des résultats, les débats, voire les remises en question se sont forcément multipliées, la rançon paradoxale du succès en quelque sorte.

Le problème, c’est que ce qui pouvait se circonscrire à une discussion légitime autour des résultats de l’UE s’est transformé en procès pour ou contre des pans entiers de la construction européenne.

Un déficit de résolution des conflits

Dernière raison de la crise de la légitimité de l’UE, la difficulté résultant du fait de ne pas savoir gérer la conflictualité politique :

  • soit les oppositions extérieures sont tellement catégoriques et idéologiques que l’UE ne parvient pas à les intégrer à ses prises de décisions ;
  • soit c’est plutôt le « consensus mou » à l’intérieur parce que les enjeux des débats européens sont assez peu clivants, hormis quelques sujets inflammables comme TAFTA ou Schengen.

L’incapacité de l’UE à résorber les conflits de manière satisfaisante constitue aujourd’hui le cœur du problème de légitimité de l’UE et il se pourrait même que la principale menace de la construction européenne réside dans ce déficit.

Au total, la légitimité de l’UE n’a jamais autant été fragilisée, pas tant par les critiques, quoiqu’elles soient de plus en plus nombreuses et convaincantes mais plutôt par l’incapacité à intégrer ces critiques.