Archives de catégorie : Web et Europe

Billets sur les enjeux de la communication numérique européenne

Quelles nouvelles formes d’engagement autour de l’Europe ?

Dans le cadre des consultations citoyennes européennes, plusieurs collectifs sur la citoyenneté et la démocratie participative débattent de l’Europe, des jeunes et de l’engagement…

Discussions

Comment construire un espace politique européen démocratique ?

Aujourd’hui, les enjeux démocratiques, tels que façonnés par les politiques, ne correspondent pas aux problèmes de la population. Les citoyens ont l’impression qu’ils ne peuvent pas peser sur les vrais leviers de pouvoir. C’est donc une réelle crise de la représentation politique.

Les citoyens n’arrivent pas à projeter un imaginaire sur l’Europe, ni à « érotiser » cet imaginaire européen. Elle est considérée comme un acquis et comme un sujet très ennuyeux. Or il existe des réflexes européens dans la jeunesse.

Comment réduire le désintérêt pour les questions européennes ?

Pourquoi, alors que les sujets européens impactent nos vies quotidiennes, on ne réussit pas à partager cela ? La communication est-elle trop institutionnelle ? Le sentiment d’impuissance est-il trop fort ? Les sujets sont-ils trop complexes ?

Le désintérêt peut s’expliquer par la méconnaissance du public, un manque d’information et le déficit du pouvoir d’agir citoyen au niveau des institutions. Il existe un véritable sentiment de “moins c’est près de nous, moins ça nous impacte”. Ainsi, les personnes concernées par les subventions de l’UE ne le savent généralement pas. Et les initiatives locales atteignent toujours un problème du changement d’échelle.

Ce qui bloque les gens, c’est aussi l’indécision et l’incertitude face à ce qu’est l’Europe. La fin de l’Europe n’est pas tranchée. Cette indécision empêche l’intérêt des gens.

Comment engager les jeunes avec l’Union européenne ?

Les jeunes ont une conception de l’Europe qui n’est pas celle de l’Europe institutionnalisée. Ils voient l’Europe à travers le partage de savoirs, des voyages, voire d’Erasmus qui est vraiment plébiscité. La question de l’Europe les intéresse mais il y a une distinction à faire entre l’Europe institutionnelle et l’Europe « concrète » qui a plus d’intérêt pour eux. En effet, il y a un décrochage réel par rapport aux institutions.

Les jeunes ressentent que leur vote ne va pas peser sur l’évolution des choses. Et ils éprouvent une véritable doute sur la fonctionnalité même du vote. Les formes d’engagement des jeunes sont surtout au niveau du local, mais toutefois ils recherchent réellement de faire le lien avec d’autres dynamiques similaires dans d’autres pays européens.

Concernant les projets de démocratie locaux des citoyens, elle sont perçus comme des initiatives qui n’ont pas un but institutionnel en Europe, mais plutôt une volonté de créer une dynamique de « réseau » de projets européens similaires. Ce sont plutôt des initiatives nationales qui essaient de trouver des alliés, plutôt que des projets réellement transnationaux.

Pistes de propositions

Repolitiser l’Europe

Pour changer cette perception d’Europe antidémocratique, il faut ralentir la communication “pro européenne” et remettre le débat politique au cœur de la stratégie. il ne faut pas multiplier la « propagande » aux faveurs de l’UE.

Nous devons arrêter de réduire le débat sur l’Europe à un “pour ou contre”. Cette vision manichéenne ne laisse pas de réelle place au débat d’idées. Et les partis politiques doivent relever cet enjeu à l’occasion des élections européennes en faisant des propositions clivantes et en montrant les différentes alternatives possibles au sein du projet européen.

Il faut repolitiser l’Europe pour re-créer de l’engagement et de l’engouement. Il faut retrouver une vraie démocratie de base et des outils de démocratie directe (à l’aide des civic techs par exemple) sur les thématiques européennes, avec des échanges entre les citoyens susceptibles.

Re-populariser l’Europe

Il est nécessaire d’aller dans la rue au contact des gens et de les forcer à en parler à travers une discussion apaisée. Il faut remettre l’Europe comme quelque chose d’actif dans la bouche des gens en sortant des sentiers battus, à travers l’utilisation de mots chocs, de gros mots. Il faut passer par ces artifices linguistiques pour instaurer le dialogue et partir de l’expérience que les gens ont de l’Europe et qui la vivent au quotidien. Rendre attirante l’Europe c’est aussi faire le pari de parler d’Europe là où on s’y attend le moins et sortir de sentiers battus. Le personnel politique doit adopter un style et langage plus proche des gens.

Réhausser l’image de l’Europe et l’intérêt des citoyens

Il y a un manque d’intérêt pour l’Europe énorme et désolant de la part des médias. Ils parlent de façon ethnocentrique. L’européen est traité comme quelque chose d’exotique. Il faut donc plus de moyens financiers et de volonté politique pour développer des médias européens comme Euronews.

Les réseaux sociaux sont aussi là pour médiatiser l’Europe. Les médias traditionnels ne vont pas se mettre à médiatiser tout seul l’UE, ils vont suivre avant tout les débats de société : il faut créer du buzz. Il faut une approche bottom-up et mettre dans l’agenda les questions de citoyenneté. Il est important de parler de l’Europe à travers les droits de la citoyenneté européenne.

 

Le théâtre de l’Europe ou « quand l’Europe improvise », selon Luuk Van Middelaar

Après le Passage à l’Europe, Luuk Van Middelaar revient avec une nouvelle clé de lecture de l’actualité de la décennie européenne à partir de « la politique de l’événement », les décisions ne reposent plus toujours sur les traités et les règles mais sur des réponses communes aux besoins du moment qui engagent la responsabilité des chefs et captivent le public…

Mise en scène : lever de rideau sur la « nouvelle » Europe qui improvise

Le déroulé de l’histoire tient sommairement : l’Après-guerre impose la promesse de Communauté européenne avec ses tabous des intérêts, des différences et des frontières en une sorte d’« impuissance organisée » avec le marché commun pour les États grâce aux transferts de compétences et au consensus des règles ; tandis que l’Après-mur impose une nouvelle Union européenne avec ses devoirs de défendre les intérêts communs, de conjuguer les capacités d’action des membres et de définir sa place dans l’espace et le temps, bref, une sorte de « puissance en commun » où assumer des responsabilités politiques quand les règles n’ont pas le dernier mot.

Problème, « l’ancienne façon de penser empêche l’Europe de se penser soi-même », la chenille ne veut pas voir le papillon qui a pris son envol. « La croyance inflexible pour construire la « véritable » Europe contre les États-membres, plutôt qu’avec eux, nourrit précisément le scepticisme du public ».

Metteurs en scène de la « nouvelle » Europe : le Conseil européen

Pour Luuk Van Middelaar, la décennie de crises (euro, Ukraine, migrants et Brexit-Trump) tient lieu de lever de rideau sur la « nouvelle » Europe de la politique de l’événement qui improvise, grâce au Conseil européen, le cénacle des chefs d’État et de gouvernement dont il fut la plume du premier président Herman Van Rompuy.

A travers ses différentes figures de chef, le Conseil européen apparait :

  • Quand le danger menace, comme dompteur face à la tempête, notamment des marchés ;
  • Pour trancher, comme décideur, quoiqu’il ne soit pas forcément le plus compétent ;
  • Quand il faut une boussole, comme stratège pour impulser les grandes lignes ;
  • Pour changer les bases, comme concepteur, voire pouvoir constituant de l’UE ;
  • Quand l’Europe doit parler, comme porte-parole.

Au fils de ses figures de style, le Conseil européen concentre l’autorité qui vient du public grâce à la qualité dramatique sans équivalent du huis-clos, à l’importance des doorsteps, ces prises de parole qui démocratisent les enjeux, à la photo de famille, à la dramaturgie du sommet, aux conclusions politiquement contraignantes dont la volonté fait loi et enfin aux médias qui mettent la pression et incitent à plus d’unité et de détermination.

Entre scène et coulisses : la Commission européenne

Avec Luuk Van Middelaar, la Commission en prend pour son grade. Considérée comme un exécutif européen un peu trop galvaudé, la Commission est reconnue comme un procureur implacable du marché et une autorité politique fragile tant en raison de l’équilibrisme entre les nominations administratives des Commissaires dans les capitales et l’élection du président sur proposition du Conseil européen que de l’illusoire droit exclusif d’initiative puisque plus de 90% des propositions sont à la demande des autres – Parlement et Conseil.

Il est tiré argument, non sans conviction, du duo de l’exécutif en France entre le président de la République et le Premier ministre pour comprendre la répartition entre le Conseil européen pour agir et la Commission européenne pour règlementer. Les illusions de la troïka ou des quotas de migrants illustrent l’hubris et la suffisance bureaucratique de la machine administrative.

Pour Luuk Van Middelaar, point de doute, « lorsque la raison des intérêts, la conscience d’une souveraineté européenne adviendront, alors le moment machiavelien que l’UE traverse depuis une décennie sera terminé ».

Entrée en scène de l’opposition : la découverte de l’Europe par les publics

« Tant qu’il ne sera pas possible d’organiser une opposition au sein de l’UE, celle-là se mobilisera contre celle-ci », selon Luuk Van Middelaar qui distingue entre opposition classique aux policies et opposition de principe au polity, à la chose politique européenne en tant que telle. Autrement dit, « trouver une place à l’opposition classique est une question existentielle pour l’UE ».

Du coup, les publics doivent être capable de lire le jeu politique européen, de connaître les responsabilités des acteurs… alors que l’un des éléments de réussite repose sur une fabrique à l’écart de l’attention, avec une dépolitisation technique, constitutionnelle et procédurale de l’UE.

Pour Luuk Van Middelaar, « si l’UE veut gagner et conserver le soutien du public, il faut se libérer des dogmes » et trouver des « dissensus qui unissent », comme par exemple quelques idées très iconoclastes contre les zélateurs ou les hérétiques du dogme Europe :

  • La remise en question de l’intérieur contre l’interprétation souveraine de leur mandat aux institutions indépendantes : Commission, Banque centrale et Cour de justice…
  • La remise en cause des règles non constitutionnelles inscrites dans le traité de l’UE afin de créer un espace pour une contradiction légitime ;
  • Le passage de la gouvernance (des procédures et des règles) au gouvernement (le principe de responsabilité).

Plusieurs formes d’opposition se dessinent sous la plume de Luuk Van Middelaar :

  • L’opposition sénatoriale où une minorité des États-membres se coalisent au Conseil de l’UE ;
  • L’opposition strasbourgeoise où le Parlement européens se drapent dans une opposition fédérale ou civique contre les gouvernements nationaux réunis
  • L’opposition nationale classique contre un gouvernement national
  • L’opposition unie où plusieurs oppositions nationales s’unissent, comme fut la pâle vague rose à l’orée des années 2000 ;
  • L’opposition polémique où des dirigeants importent le combat à Bruxelles, comme Tsipras avec la crise de l’euro ou Orban et la crise des migrants.

Quelques obstacles demeurent à contourner :

  • Le Parlement européen ne contrôle qu’une partie de l’exécutif européen… en dehors des grands sujets comme les frontières ou la monnaie ;
  • Le Conseil européen prend les grandes décisions communes… mais les chefs en rendent compte individuellement ;
  • Les médias européens peinent à rendre lisibles les enjeux de la sphère politique européenne.

Avec talent, Luuk Van Middelaar illustre qu’une communauté politique est une communauté de récits, qui donne toute sa place à tous les acteurs sur scène, dans les tribunes et les coulisses.

Élections européennes : la campagne de communication du gouvernement français sous le feu des critiques

Après l’amer constat que la communication institutionnelle européenne est en train de s’éteindre tant du côté du Parlement que de la Commission, le gouvernement français est en train de faire la démonstration que la communication sur l’Europe en France est également menacée. De quoi exactement ?

Une vulgarisation trop amateuriste

Dans le cadre de la campagne traditionnelle d’incitation à participer aux prochaines élections européennes, le gouvernement français s’est illustré par une communication beaucoup trop vulgarisatrice.

La semaine dernière, plusieurs infographies, produites par le Service d’Information du Gouvernement (SIG) ont circulé sur les réseaux sociaux avec des erreurs sensibles, signalée par Sandrine Roginsky, une chercheuse de l’université de Louvain, déjà mentionnée sur Lacomeuropéenne.

Plusieurs médias reviennent sur les deux erreurs, en particulier Le Journal du Dimanche titrant « quand le gouvernement se trompe en voulant faire de la pédagogie » :

  • Erreur n°1 : la 1e condition pour participer au vote serait d’être citoyen français, alors que les citoyens européens vivant en France peuvent s’inscrire sur les listes électorales et voter – c’est un comble compte tenu du scrutin ;
  • Erreur n°2 : la 1e qualité attribuée aux députés européens serait de « représenter la France au Parlement européen », ce qui est aussi inexacte que de dire qu’un député serait là pour représenter sa circonscription. Les députés français représentent le peuple français tout comme les députés européens représentent les peuples des États-membres de l’UE.

campagne_ouijevote_gouvernement

 

Il ne s’agit pas de simple approximations ou simplifications, mais de véritables erreurs, voire de fautes graves s’agissant de l’oubli d’une partie du corps électoral qui en disent long sur la méconnaissance et les préjugés sur l’Europe dans les sphères gouvernementales.

Une promotion trop simplificatrice

Si ce n’était pas déjà assez, le gouvernement français persiste et signe sa communication maladroite avec une vidéo de promotion du scrutin européen qui dépasse largement tous les cadres de la communication institutionnelle neutre et pédagogique d’incitation au vote.

En l’occurrence, le choix des mots et des illustrations est problématique tant la simplification est biaisée, voire instrumentalisée au service d’arguments plus électoraux qu’institutionnels :

  • Simplisme des mots : « Immigration : maîtriser ou subir » … « Climat : agir ou ignorer » … « Emploi : partenaires ou concurrents » … « Europe : union ou division » ;
  • Polémique des illustrations : Salvini et Orban illustre la séquence vidéo pour illustrer certains éléments critiqués.

La mise en récit des enjeux européens et la mise en scène (bande son, choix des séquences…) place la vidéo gouvernementale plus proche du clip partisan et polémique que dans la catégorie attendue d’une campagne de sensibilisation et de mobilisation de tous les citoyens – un quasi dévoiement tant des intentions que des moyens.

Au total, la communication gouvernementale sur l’Europe autour des élections européennes pose clairement la question de son opportunité tant l’amateurisme des messages pédagogiques et le simplisme polémique des arguments risque d’annihiler toute éventualité d’atteindre ce qui aurait dû rester ses objectifs : informer honnêtement les citoyens et lutter contre l’abstentionnisme.

Pour un dashboard public des Analytics du portail Europa

L’enjeu des données publiques de l’UE se limite trop souvent aux enjeux de transparence en matière de lobbying alors que les usages sont potentiellement illimités. La preuve avec l’idée d’un tableau de bord public, accessible en temps réel, des Analytics du portail Europa…

Communiquer par les Analytics, les API et les dashboards

Utiliser le web stratégiquement aujourd’hui signifie non seulement de communiquer sur les politiques publiques de l’Union européenne auprès des publics via les sites Internet et les réseaux sociaux – ce que l’on peut appeler la mission traditionnelle de la communication numérique – mais également de communiquer par les Analytics, les API et les dashboards qui offrent une forme de transparence sur les données (big data et open data) pour une sorte de méta-communication au service des publics.

La 2e édition du EUdatathon, le hackathon organisé au début du mois, illustre parfaitement cette logique visant à exploiter le potentiel des données ouvertes, de leurs visualisations et/ou applications pour :

  • Innover dans l’exploitation des données ouvertes de l’UE ;
  • Rendre la législation de l’UE et des États-membres interopérable ;
  • Donner de la valeur aux marchés publics de l’UE pour les citoyens et les entreprises ;
  • Encourager la réutilisation des données et l’innovation.

Tenderlake, récompensée est une application qui utilise les données de TED (Tenders Electronic Daily) et l’intelligence artificielle pour lire les sites web des entreprises et apprendre ce qu’elles font, puis proposer des opportunités de contrat pertinentes et apprendre continuellement à partir des nouveaux avis TED pour faciliter l’identification de contrats publics pertinents.

Un potentiel de personnalisation, ouvert aux entreprises autour des marchés publics qui pourrait se révéler très prometteur à plus large échelle sur d’autres sujets, voire auprès du grand public.

L’inspiration avec Analytics.USA.gov

A l’échelle de la communication européenne, une fonctionnalité propre à la Commission européenne et ses services voire interinstitutionnelle serait de réaliser un dashboard actualisé en temps réel sur les statistiques clés relatives au portail Europa, nécessitant de s’interroger sur les KPIs les plus pertinents :

  • Quelles sont les pages les plus consultées ?
  • Quels sont les rapports les plus téléchargés ?
  • Quels sont les parcours de visites ?
  • Quels sont les pays d’origine ?

Le projet en soi porte de nombreuses opportunités :

  • donner une visibilité interne et externe à l’intérêt et à l’importance de mesurer la performance ;
  • optimiser les pages web et les parcours sur les sites à partir des données de fréquentation ;
  • interpréter plus collectivement les infos et trouver des idées d’optimisation crowdsourcée ;
  • former un sentiment d’appartenance à une communauté commune de destin.

Impossible ? Le portail Analytics.USA.gov tend à montrer le contraire. Les données y sont naturellement anonymisées et propulsées via un projet open source librement et intégralement réutilisable.

Analytics_USA_gov

Au total, un tableau de bord de la fréquentation des sites web des institutions de l’UE serait une chance donnée à l’intelligence collective européenne.

Les médias d’information sont-ils des facilitateurs ou des obstacles dans la « spirale de l’euroscepticisme » ?

Comprendre comment les connaissances et les attitudes liés à l’euroscepticisme sont façonnées par les médias et, en retour, les opinions des citoyens sont conditionnées à l’ère des médias sociaux, c’est le défi de Charlotte Galpin et Hans-Joerg Trenz de l’Université de Copenhague dans « The Spiral of Euroscepticism: Media Negativity, Framing and Opposition to the EU ».

La négativité traditionnelle des médias sur l’UE décuplée par les forces eurosceptiques

L’euroscepticisme s’explique au moins en partie par le biais de négativité de l’actualité politique et non pas simplement par les campagnes des partis politiques eurosceptiques. Une perspective médiatique sur l’euroscepticisme aide à comprendre le rôle crucial joué par les journalistes pour amplifier et cadrer les informations négatives sur l’UE dans les médias traditionnels, ainsi que l’impact important des médias sociaux sur les attitudes eurosceptiques.

La négativité des médias peut avoir des conséquences négatives sur la connaissance de l’UE et la sensibilisation à la politique européenne, ainsi que sur la manière dont le cadrage des informations peut entraver un engagement critique dans le processus politique de l’UE en renforçant le soutien aux partis eurosceptiques.

Cadrer des articles d’actualité en capitalisant sur les peur, les identités exclusives ou la politique politicienne bruxelloise peut susciter une opposition à l’UE et pousser également le soutien aux partis populistes.

Le potentiel des nouveaux médias amplifié par l’euroscepticisme en ligne

Avec les médias sociaux, la négativité vis-à-vis de l’UE n’est plus médiatisée, ni même atténuée par les journalistes, mais exprimée par la voix directe des internautes contre les élites et les représentants politiques.

Comprendre l’influence des nouveaux médias et des médias sociaux met en lumière le rôle actif joué par les médias d’information qui créent une demande pour des articles qui remettent en cause la légitimité de l’UE et contribuent à l’encadrement négatif de l’UE.

Les auditoires eurosceptiques se voient proposer un forum où ils peuvent réagir directement aux informations politiques européennes en commentant et en partageant. Les médias sociaux et les commentaires d’actualités amplifient donc le parti pris négatif des informations de l’UE auprès des citoyens exprimant principalement leur critique, leur mécontentement ou leur frustration envers l’UE.

Les conséquences de la « spirale de l’euroscepticisme » sur la communication européenne

Le parti pris négatif de la couverture des informations politiques a des répercussions importantes sur la conception d’un gouvernement démocratique et sur les manières régulières dont les représentants politiques recherchent la publicité et interagissent avec les journalistes.

Dans le cas de l’UE, la négativité des médias correspond à une double représentation erronée des politiques démocratiques. Non seulement, la légitimité de l’UE est limitée dans la mesure où les journalistes se concentrent principalement sur la sur-réglementation, l’échec et la crise mais en plus les journalistes appliquent une perspective essentiellement nationaliste sur la formation de la volonté démocratique, qui privilégie souvent la voix des eurosceptiques par rapport aux autres.

La négativité médiatique est donc un cadre interprétatif utile pour comprendre les contraintes systémiques sur la légitimité de l’UE, notamment en ce qui concerne les nombreuses tentatives des acteurs et institutions de l’UE de lancer une stratégie médiatique et de communication plus proactive pour « vendre » une image plus positive. Du point de vue de la négativité des médias, de tels efforts de communication produisent des effets opposés : plus la publicité est importante, moins la légitimité est grande.

Le retrait de la scène médiatique et le virage vers une gouvernance technocratique dépolitisée sont toutefois tout aussi risqués et pourraient créer des informations encore plus négatives à long terme. Les institutions de l’UE restent donc très vulnérables aux événements négatifs, en particulier dans les moments d’attention accrue du public lors des poly-crises actuelles.

Pris au piège de la « spirale de l’euroscepticisme », les acteurs et les institutions de l’UE doivent apprendre à rendre compte des impondérables de la communication médiatique et des préjugés du journalisme politique, pour lesquels les médias en ligne et sociaux ne fournissent pas de correctifs.