Comment renforcer la communication entre l’UE et les citoyens ?

La communication directe entre les institutions européennes à Bruxelles et les citoyens européens reste un défi car il y a conflit entre une conception rationnelle et technique de ce qu’est l’UE et une perception beaucoup plus émotionnelle des citoyens. Pour combler ce hiatus, l’UE doit nouer des liens avec les citoyens qui eux doivent interagir de manière proactive avec les institutions de l’UE, selon Víctor Villanueva Ferrer dans « Strengthening Communication Channels Between the EU and EU Citizens: An Audience-Centric Approach ». Plus facile à dire qu’à faire…

La Commission Juncker : un programme politique et une nouvelle stratégie de communication bidirectionnelle avec les publics

Juncker vise à créer des liens entre politique et communication avec ses dix priorités politiques. La Commission Juncker abandonne l’idée que la communication est une stratégie à part et procède à son intégration dans l’agenda politique.

Il semble que ce soit une bonne stratégie pour capter l’attention des publics : au lieu de se concentrer sur les aspects juridiques ou institutionnels de l’Union, l’UE considère les dix priorités comme les principaux sujets à communiquer. De cette façon, l’UE cesse de communiquer sur des sujets décisionnels perçus comme trop bureaucratiques et détachés de la vie quotidienne. Au lieu de cela, l’UE communique sur les dix priorités qui reflètent les priorités des citoyens de l’UE dans les enquêtes Eurobaromètre.

Face à la pression du Brexit, de Trump et des néonationalistes en Europe, le destin démocratique de l’Union est remis en question comme jamais auparavant, l’UE doit redoubler d’efforts pour gagner une légitimité renouvelée aux yeux de l’électorat européen, à « gagner les cœurs et les esprits » basé sur un « engagement émotionnel actif » qui ne repose ni sur des revendications populistes ni sur la propagande mais vise à construire une Europe centrée sur les citoyens.

Alors que l’approche unidimensionnelle des moyens de communication traditionnels, enrichis par les actions du Service du porte-parole auprès des journalistes, sont majoritairement utilisés par les personnes âgées de 55 ans et plus ; pour les moins de 40 ans, Internet étant leur principale source d’information, l’approche bidirectionnelle semble mieux fonctionner avec des outils de participation physique et électronique.

Les dialogues citoyens représentent le dispositif interactif permettant aux citoyens de s’exprimer. Ainsi, la Commission Juncker aura conduit 1 572 dialogues citoyens. D’autres outils de communication ont été considérés comme jouant un rôle de plus en plus important au niveau national comme les réseaux européens, les représentations dans les États membres et les centres d’information Europe Direct.

La Commission von der Leyen : une approche de la communication ascendante centrée sur les publics

Ursula Von der Leyen, première femme à occuper la présidence de la Commission européenne s’appuie sur son « agenda pour l’Europe » autour de six grandes ambitions : le Green Deal, une économie luttant pour l’équité sociale et la prospérité, une Europe adaptée à une ère numérique sûre et éthique, protéger le mode de vie et les valeurs européennes, une Europe plus forte dans le monde et un nouvel élan pour la démocratie européenne.

Selon le Plan stratégique 2020-2024 de la Direction Générale de la Communication, ces priorités sont au centre de l’attention de la DG COMM. Ursula von der Leyen vise à prolonger l’approche centrée sur les publics établie par Jean-Claude Juncker : « Je veux renforcer le lien entre les personnes et les institutions qui les servent, réduire l’écart entre les attentes et la réalité et communiquer sur ce que fait l’Europe » ; « Les Européens doivent avoir leur mot à dire sur la manière dont leur Union est gérée et sur ce qu’elle produit. C’est pourquoi je crois que nous avons besoin d’une conférence sur l’Europe ».

Même s’il est encore trop tôt pour voir les résultats des efforts de communication européenne ascendante, il semble que l’UE devrait continuer à ouvrir la voie à la pleine mise en œuvre de l’approche actuelle centrée sur les publics.

Afin de mieux tenir compte des opinions des citoyens de l’UE, l’approche ascendante de la communication européenne renforcée et améliorée permettrait non seulement de se conformer au principe de transparence et aux valeurs démocratiques de l’UE mais surtout de parvenir à la légitimation et à la responsabilité et la nature démocratique de l’Union.

Une Realpolitik de l’Europe, un rêve pour l’Union européenne ?

Intervention lors des lundis de l’IHEDN de Jérémie Gallon diplomate, avocat et auteur de « Henry Kissinger, l’Européen » autour d’une réflexion sur une Realpolitik pour l’Europe…

Qui rêve encore d’un grand destin pour l’Europe ?

L’Après de la deuxième guerre mondiale, c’est la fin d’une Europe qui peut, seule, écrire l’histoire face à la force de l’armée rouge et du capitalisme américain. La gloire des Européens appartient au passé et l’Europe sort de l’histoire à grands pas et ne parvient plus à façonner les équilibres du monde.

Pourtant, la construction européenne, c’est la paix au sein de ses membres, les meilleures protections sociales, la civilisation des loisirs et le bien-être matériel ; bref une sacrée réussite inédite.

Mais, c’est se bercer d’illusions face aux menaces des puissances tierces entre guerres hybrides et désinformation où tout est bon pour déstabiliser les démocraties européennes. C’est sans compter sur nos vulnérabilités démographique et climatique, sachant qu’en un siècle, c’est un complet renversement du poids des populations entre l’Afrique et l’Europe. Les flux vont s’accroitre et continuer d’exercer une pression migratoire sur nos frontières poreuses, la libre circulation aurait dû avoir pour contrepartie le contrôle des frontières, sans parler de l’immigration illégale, nouvelle arme de régimes autoritaires.

Si nous voulons garder la capacité de transmettre notre héritage culturel, intellectuel et philosophique et offrir un futur aux futures générations qui ne soit pas dessiner par les autres puissances, nous ne devons pas nous résigner au déclin, à l’affrontement Chine-États-Unis, à l’abdication et à se résigner à la frilosité géopolitique avec une diplomatie des bons sentiments qui obtient peu de résultats et est en train de perdre jusqu’au respect des citoyens.

Quelle voie pour une Realpolitik pour l’Union européenne ?

Sans alternative possible pour répondre aux défis globaux actuels, la seule méthode d’action repose sur une analyse rationnelle des intérêts en présence, des circonstances historiques et politiques et des forces des idées afin d’atteindre des objectifs concrets.

Dans les Balkans, avec l’élargissement comme horizon unique et indépassable, l’Union européenne est parvenue à perdre sur tous les fronts : les citoyens européens sont exaspérés contre la machine bureaucratique, les résidents locaux sont humiliés, exaspérés, amers. Alors qu’une Realpolitik consisterait à bâtir des partenariats stratégiques pour barrer la route aux autres puissances.

La diversité est la première force de l’Union européenne, dans un monde en mutation, c’est notre meilleur atout pour comprendre les plis de l’histoire et le sens du temps long qui donne la densité nécessaire. Le statut de première puissance commerciale et de premier contributeur d’aide au développement est objectif.

La puissance normative pour la protection des consommateurs et la régulation des marchés est un modèle, correspondant à « l’effet Bruxelles » qui reflète nos valeurs, notre vision de l’individu et des libertés fondamentales ; sans oublier le potentiel de talents et d’expertises industrielles comme atouts européens à condition de lever les carcans sur la recherche, l’innovation et l’entreprenariat et de créer des écosystèmes vertueux.

Des obstacles sont à surmonter :

  1. Se doter d’une diplomatie européenne digne de ce nom, le SEAE n’est pas à la hauteur des espoirs, faute d’une culture stratégique et diplomatique commune vraiment partagée ;
  2. Passer à la majorité qualifiée plutôt que la règle de l’unanimité qui paralyse la diplomatie et favorise le véto des petits États-membres qui font du chantage sur d’autres sujets : le plus petit dénominateur commun n’est pas le reflet de l’intérêt général européen ;
  3. Mettre fin à la diplomatie en silo, surtout la politique commerciale et d’aide au développement, parce ce manque de synergies empêche une action cohérente dans le monde ;
  4. Mettre fin au mythe que prendre le chemin de la Realpolitik ne serait que la négation de notre identité européenne alors que la curiosité, comprendre l’altérité, le monde tel qu’il est, pas tel qu’on voudrait qu’il soit est au cœur de l’Europe.

Sans puissance militaire, la diplomatie ne peut être crédible. Mais, il ne faut pas se perdre dans des concepts comme l’armée européenne ou l’autonomie stratégique mais privilégier des projets industriels concrets et des interventions conjointes ponctuelles.

Le courage politique serait de regagner la confiance et l’estime de nos partenaires en respectant le seuil de 2% du PIB consacré à la dépense pour la défense, comme marqueur de notre effort. L’approche réaliste viserait à donner toute sa place à l’OTAN dans l’architecture de défense en Europe main dans la main avec l’allié américain face à des menaces auxquelles nous ne saurons pas répondre seul, ni maintenant, ni dans le futur ; sans oublier de renouer nos liens stratégiques avec le Royaume-Uni.

Qui peut incarner la Realpolitik européenne ?

L’exigence d’un monde de nuances qui ne se contente pas d’une grille de lecture manichéenne et offrant des options imparfaites, donc impopulaires est un héritage qui dépasse les personnalités. En tant que civilisation, la culture et l’histoire doivent nous offrir un regard unique sur le monde, qui nous rende digne de cet héritage. L’Union européenne s’est construite sur le déni de nos héritages façonnés par les siècles. Renouer avec la tradition de la Realpolitik européenne vise à puiser dans une culture européenne qui se différencie de l’Occident pour assumer ce que nous sommes, s’accepter pour accueillir et se projeter.

Les hommes deviennent des mythes par les buts qu’il se fixent, le temps est venu, à nouveau, d’avoir des grands rêves pour l’Europe, incarnés par une diplomatie de long terme.

Quels sont les principaux risques et remèdes des médias sociaux pour la démocratie ?

Aperçu par le Service de recherche du Parlement européen des principaux risques posés par les médias sociaux à la démocratie et leurs remèdes pour offrir de nouvelles opportunités pour étendre et améliorer la démocratie tout en perturbant le paysage politique, déstabilisant les élites gouvernantes et accélérant le rythme du changement et sans plonger dans le « solutionnisme technologique » – la croyance que des solutions technologiques faciles peuvent résoudre des problèmes sociaux et politiques complexes…

1. L’âge de la surveillance

Principaux risques de la surveillance :

  • Surveillance politique : Les médias sociaux offrent des moyens nouveaux et plus efficaces de surveiller les gens, qui peuvent être utilisés par les gouvernements pour cibler les citoyens politiquement actifs et faire taire la dissidence. Même en l’absence de coercition explicite, les citoyens qui soupçonnent qu’ils sont la cible d’une surveillance en ligne peuvent entraver leur expression politique en ligne par crainte de représailles (effets dissuasifs) ;
  • Perte de vie privée et d’autonomie : La collecte massive de données par les plateformes de médias sociaux crée des risques pour la vie privée des utilisateurs et peut affecter leur capacité à former et à exprimer des opinions politiques. Le modèle de capture d’attention des médias sociaux, d’une part, et les stratégies visant à exploiter les besoins et les préjugés humains pour accroître l’engagement, d’autre part, minent tous deux l’autonomie individuelle ;
  • Désengagement politique : Les médias sociaux peuvent contribuer au désengagement politique croissant des citoyens même s’ils ne sont pas les seuls responsables de ce phénomène. L’indifférence des médias sociaux à la démocratie se heurte de plus en plus au fait que les médias sociaux ont un impact croissant sur la démocratie.

2. L’ère de la personalisation

Principaux risques de la personnalisation :

  • Visions du monde rétrécies : En limitant la gamme d’informations à la disposition des citoyens, les modèles de partage d’informations et d’interactions sur les médias sociaux peuvent contribuer au renforcement des frontières de groupe qui empêcheraient un dialogue politique plus large. Malgré les inquiétudes généralisées, les preuves empiriques existantes suggèrent que les effets de personnalisation et de filtrage des médias sociaux sont moins graves et omniprésents qu’on ne le craignait initialement.
  • Fragmentation sociale et politique : Les effets négatifs de la personnalisation sont plus présents dans certains contextes politiques et tendent à toucher davantage certains groupes, comme les hyperpartisans. Les effets politiques négatifs de la personnalisation semblent moins graves et généralisés, le risque de fragmentation et de polarisation sociétale demeure. L’évaluation des effets des médias sociaux dépend également d’hypothèses politiques (idéologiques) sur la nature et les conditions de la politique démocratique.

3. Le fléau de la désinformation

Principaux risques de la désinformation :

  • Distorsion d’opinions et de préférences : Le plus souvent motivée par des entrepreneurs qui font la promotion d’un contenu très engageant pour tirer profit de la vente d’annonces, la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux peut saper la capacité des citoyens à former et exprimer des opinions politiques. Malgré les preuves croissantes d’une exposition significative à la désinformation politique en ligne, l’impact réel de la désinformation sur les opinions et les préférences des citoyens est difficile à évaluer. Bien que la portée et l’impact de la désinformation semblent avoir été surestimés, il existe des preuves d’effets négatifs dans des contextes particuliers et sur des groupes spécifiques.
  • Distorsion des résultats électoraux : La désinformation peut être utilisée pour persuader ou embrouiller les électeurs, et pour mobiliser ou démobiliser les citoyens pour qu’ils votent, ce qui peut, dans certaines conditions, être un facteur déterminant des résultats des élections. La désinformation généralisée et la perception aiguë de celle-ci par le public (amplifiées par le manque de recherches et des rapports inadéquats) peuvent saper la confiance dans (toutes) les informations en ligne et les institutions démocratiques.
  • Désinformation automatisée : Les comptes et algorithmes automatisés contribuent à la propagation de la désinformation sur les réseaux sociaux, mais l’interaction entre les utilisateurs et les algorithmes est indispensable pour que la désinformation soit efficace. Les algorithmes utilisés pour diffuser de fausses informations exploitent les préjugés et les prédispositions humaines, tels que le biais de confirmation humaine, l’inclination à croire des histoires répétées et l’attirance pour un nouveau contenu.

4. Les dérives de la modération

Principaux risques de la modération :

  • Censure politique : Les mesures de modération peuvent contribuer à lutter contre la désinformation sur les réseaux sociaux, tout autant que porter atteinte à la liberté d’expression et permettre la censure politique. Toutes mesures de modération sont risquées, la suppression de contenu est particulièrement problématique lorsque le contenu ciblé n’est pas explicitement illégal. Supprimer et étiqueter le contenu peut être contre-productif, car cela peut renforcer les perceptions concernant la censure injuste et injustifiée de points de vue et de groupes particuliers.
  • Biais algorithmique : Alors que l’automatisation peut alléger certains fardeaux de la modération humaine, elle peut également amplifier les erreurs et automatiser les biais préexistants. Une pression accrue sur les médias sociaux pour s’attaquer aux contenus problématiques peut pousser les plateformes à s’appuyer encore plus sur des outils automatisés, conduisant ainsi à une censure excessive.
  • Pouvoir irresponsable : Malgré les efforts visant à rendre la modération plus transparente et systématique, les mesures de modération sur les réseaux sociaux restent largement floues, arbitraires et appliquées de manière incohérente. La modération des médias sociaux soulève un sérieux problème de responsabilité sur les décisions des plateformes relatives aux contenus problématiques.

5. Les excès du microtargeting

Principaux risques du miocrotargeting :

  • Manipulation politique : Par rapport à la publicité politique conventionnelle, le microciblage politique exploite des types de données plus larges pour identifier des micro-groupes de personnes et pour tester et leur proposer des messages personnalisés. Alors que le microciblage peut servir à réengager les citoyens dans la politique, il peut également être utilisé pour manipuler les opinions et les attentes des citoyens. Le microciblage est intrusif car il est basé sur un grand nombre de données et d’informations (y compris des profils psychologiques) sur les personnes, ce qui peut porter atteinte à la vie privée et à l’autonomie. La nature secrète ou cachée du microciblage augmente le risque de manipulation et sape ainsi la capacité des citoyens à se former et à faire des choix politiques.
  • Distorsion du processus électoral : Le micro-ciblage politique remet en cause les règles électorales existantes concernant la transparence, les campagnes et le financement politique et peut fausser les processus électoraux et politiques. Les preuves d’une large utilisation du micro-ciblage politique sont de plus en plus nombreuses, l’impact réel du micro-ciblage politique reste incertain. Il est possible que les campagnes de micro-ciblage politique puissent déterminer le résultat des élections, en particulier dans les systèmes électoraux où le vainqueur rafle tout. Même si le microciblage ne peut pas être blâmé pour avoir fait basculer les élections récentes, les risques qu’il crée sont susceptibles d’augmenter, étant donné les intérêts politiques et économiques élevés en jeu et les futures avancées technologiques.

Aucun de ces risques n’est à négliger, mais aucun ne doit être pour autant surestimer. Les solutions simplistes n’existent pas. Les technologiques autant que les usages individuels ainsi les comportements collectifs doivent être considérés.

Plusieurs mesures pourraient viser à :

  1. Renforcer la concurrence pour lutter contre les abus de position dominante sur le marché ;
  2. Protéger les données et la vie privée pour empêcher le traitement abusif des données ;
  3. Revoir les règles de responsabilité du contenu pour clarifier les responsabilités pour le contenu en ligne ;
  4. Accroître la transparence et la responsabilité pour le filtrage et la modération du contenu ;
  5. Superviser les algorithmes pour augmenter leur transparence et leur fiabilité ;
  6. Réglementer la publicité politique ciblée pour empêcher les abus et la manipulation ;
  7. Donner aux citoyens les moyens de comprendre les risques numériques et de repousser les attaques.

Quels modèles pour institutionnaliser la démocratie délibérative en Europe ?

Après une première analyse « Catching the deliberative wave », l’OCDE récidive avec un policy paper consacré à l’intelligence collective de la démocratie délibérative dans le monde, ces nouveaux espaces démocratiques permettant à des groupes de personnes largement représentatifs d’apprendre ensemble, de lutter contre la complexité en se fondant sur des preuves, de s’écouter les uns les autres dans une vraie logique de dialogue et de trouver un terrain d’entente afin de recueillir des jugements publics collectifs sur des questions complexes pour les décisions publiques. Existe-t-il des modèles pour relever certains des défis sociétaux les plus urgents et les plus difficiles de notre époque que les systèmes de gouvernance démocratique actuels ne parviennent pas à résoudre ?

1. Combiner une assemblée citoyenne permanente avec des panels de citoyens ponctuels

Le modèle Ostbelgien

  • Il fonctionne mieux avec un accord multipartite afin d’assurer la pérennité et d’éviter l’association avec le gouvernement ou seulement un/certains partis.
  • La rotation d’une partie des membres du conseil de citoyens tous les six mois permet de garantir que l’organe délibérant représentatif reste dépolitisée et ne devient pas soumis aux mêmes enjeux qu’une chambre élue dont le mandat est plus long.
  • La séparation des rôles entre le conseil des citoyens (fixation de l’ordre du jour et suivi) et les panels de citoyens (élaboration des recommandations politiques) assure que le travail de chacun est ciblé et qu’il y a suffisamment de temps pour chaque tâche respective.
  • Il est important que l’évaluation ne soit pas politisée.
  • La durée du panel de citoyens est décidée en fonction de la complexité de la question soulevée par le conseil des citoyens.
  • La taille du conseil des citoyens doit être relative à la taille de l’organe parlementaire.

La Convention citoyenne en France :

  • Impliquer tous les groupes politiques dans la conception du modèle pour assurer la pérennité et éviter l’association avec le gouvernement ou seulement un/des partis et aussi qu’il y a suffisamment de temps pour chaque tâche respective.
  • L’évaluation ne soit pas politisée.
  • La capacité de l’assemblée des citoyens à s’auto-organiser doit permettre de travailler en sous-groupes et démocratise le fonctionnement, mais présente également un risque pour l’émergence de dynamiques inégales parmi les membres.
  • Le secrétariat doit suivre l’évolution et introduire potentiellement de nouvelles règles pour empêcher que ce risque ne se produise.

2. Relier la démocratie délibérative aux commissions parlementaires

Les Commissions délibérantes à Bruxelles

  • Rassembler un groupe largement représentatif et diversifié de citoyens ordinaires et leur permettre de comprendre la complexité d’un problème offre une vision collective éclairée aux membres de la commission – une source manquante dans le travail parlementaire.
  • Mélanger les députés et les citoyens ordinaires aura ses avantages et ses défis.
  • Fonctionne mieux s’il existe un accord de tous les partis pour établir les comités mixtes dès le départ (pas une initiative purement gouvernementale) pour assurer la longévité et encourager les députés à délibérer ouvertement plutôt que de défendre une ligne de parti.
  • La participation d’élus de tous les partis faisant partie du processus augmentent le potentiel de mise en œuvre des recommandations au parlement.
  • Un examen attentif de la proportion d’élus par rapport aux citoyens est nécessaire.
  • La facilitation par des professionnels qualifiés est particulièrement importante dans ce modèle, étant donné que les députés auront une plus grande confiance pour s’exprimer que la plupart des gens.
  • Trouver un moyen d’imposer la mise en œuvre de règles et normes fixées dans un vade-mecum (lignes directrices).
  • L’évaluation ne doit pas être politisée.
  • En travaillant directement ensemble, les députés en viennent à valoriser la compétence et la perspicacité des gens, et les gens développent une plus grande empathie pour la difficulté de prendre des décisions publiques qui nécessitent des échanges.

3. Combiner démocratie délibérative et démocratie directe

Le Citizens’Initiative Review :

  • Produit des informations précises pour aider les électeurs à prendre une décision plus éclairée avant de voter sur un bulletin de vote de la Déclaration citoyenne.
  • Dans sa conception actuelle, il s’agit d’un processus réactif (un CIR se produit après qu’une mesure de vote a été proposée) plutôt que proactif ou créatif.
  • Les Citizens’Initiative Review se limitent aux problèmes de choix binaires.

4. Les Groupes consultatifs permanents de citoyens

Le Planning Review Panel à Toronto :

  • Nécessite un leadership soutenu au sein des panels.
  • Le processus a besoin d’une connexion et du soutien de la haute administration, ainsi qu’une gestion de projet cohérente.
  • Identifier les problèmes que le panel permanent abordera pendant au moins une première année à l’avance peut contribuer à garantir son importance stratégique et son utilité.
  • Maintenir l’engagement des membres pendant deux ans nécessite un effort continu de la part du « concierge civique » de l’organisation de mise en œuvre, et est aussi important que l’impact politique.
  • Compte tenu du délai de deux ans d’engagement, il y a plus de temps pour apprendre et aller « dans les coulisses » de la politique.
  • Les membres du panel permanent sont bien informés et il y a un dividende démocratique élevé.

5. Les processus délibératifs représentatifs séquencés tout au long du cycle politique

L’Assemblée citoyenne itinérante à Bogotá :

  • Permet aux gens ordinaires de jouer un rôle significatif dans toutes les phases du cycle politique, et donne aux gens d’autres rôles à jouer dans la prise de décision publique au-delà de fournir des recommandations sur une question politique spécifique.
  • La séparation du travail en une série d’assemblées de citoyens, dont chacune implique un nouveau groupe de personnes sélectionnées par loterie civique, permet à de nombreuses personnes d’être impliquées dans la prise de décision publique au fil du temps.
  • Encourage un dialogue plus récursif entre les membres et les décideurs.
  • L’approche séquencée introduit également une nouvelle forme de responsabilité entre les gens ordinaires impliqués en tant que membres dans les assemblées.
  • Les organisateurs de chaque chapitre d’assemblée peuvent adopter une conception itérative, en s’adaptant à ce qui a bien fonctionné et à ce qui pourrait être amélioré.

6. Donner aux citoyens le droit d’exiger un processus délibératif représentatif

Le Vorarlberg Citizens’ Council on Land Use Rights :

  • Un moyen alternatif pour que les gens puissent définir l’agenda du modèle ostbelgien, en leur permettant d’exiger un processus délibératif représentatif si suffisamment de signatures sont atteintes parmi la population.
  • Une demande ascendante concernant une certaine politique en question à traiter par le biais d’une délibération publique représentative (par opposition aux résultats plus courants des pétitions débattues par les élus).
  • Les règlements doivent spécifier que les questions soulevées doivent relever de la compétence de l’autorité publique pour agir.
  • Nécessite un engagement politique à établir le Conseil des citoyens si suffisamment de signatures sont obtenues.

7. Exiger une délibération publique représentative avant certains types de décisions publiques

La loi française sur la bioéthique :

  • Garantir une délibération publique solide avant les nouvelles lois et amendements concernant la bioéthique aide les décideurs publics à s’assurer qu’avant de prendre des décisions sur cette question difficile et controversée, ils ont entendu un point de vue collectif informé de la part des gens ordinaires.
  • L’enchaînement du processus délibératif représentatif avec d’autres formes de consultation et participation citoyennes sont importantes.

8. Intégrer les processus délibératifs représentatifs dans la planification stratégique locale

La Victorian Local Government Act de 2020 en Australie :

  • Avec l’évaluation, un cycle positif d’apprentissage et d’amélioration continus peut émerger.
  • Changer la culture parmi les conseillers et l’administration municipale autour du rôle positif que les gens ordinaires peuvent jouer dans le façonnement de leurs communautés.
  • Inculque une culture de participation et de délibération, et aide les pouvoirs publics à considérer le public comme une ressource plutôt que comme un risque.
  • Le caractère récurrent de la délibération peut aider à construire une infrastructure délibérative dans le temps.

Principales raisons pour lesquelles ces modèles aident les décideurs publics à prendre des décisions difficiles et à renforcer la confiance :

  • Réaliser de meilleurs résultats politiques parce que la délibération aboutit à des jugements publics réfléchis plutôt qu’à des opinions publiques. La plupart des processus de participation du public ne sont pas conçus pour être représentatifs ou collaboratifs. Par conséquent, ils peuvent être accusatoires – une chance d’exprimer des griefs plutôt que de trouver des solutions ou un terrain d’entente. Les processus délibératifs créent un espace pour l’apprentissage, la délibération et l’élaboration de recommandations éclairées, qui sont plus utiles aux décideurs et aux décideurs.
  • Donner une plus grande légitimité pour faire des choix difficiles. Ces processus aident les décideurs à mieux comprendre les priorités publiques, les valeurs et les raisons qui les sous-tendent, et à identifier où le consensus est et n’est pas réalisable. Les preuves suggèrent qu’ils sont particulièrement utiles dans les situations où il est nécessaire de surmonter une impasse politique et de peser les compromis.
  • Renforcer la confiance du public dans le gouvernement et les institutions démocratiques en donnant aux citoyens un rôle important dans la prise de décision publique. Les gens sont plus susceptibles de faire confiance à une décision qui a été influencée par des gens ordinaires qu’à une décision prise uniquement par le gouvernement.
  • Signaler le respect civique et responsabiliser les gens. Engager les gens dans la délibération renforce leur efficacité politique (la croyance que l’on peut comprendre et influencer les affaires politiques).
  • Rendre la gouvernance plus inclusive en ouvrant la porte à un groupe de personnes beaucoup plus diversifié. Les processus délibératifs, avec leur utilisation de loteries civiques, attirent des personnes qui ne contribueraient généralement pas aux politiques publiques et à la prise de décision.
  • Renforcer l’intégrité et prévenir la corruption (ainsi que la perception publique de la corruption) en veillant à ce que ceux qui ont de l’argent et du pouvoir ne puissent avoir une influence indue sur une décision publique.
  • Aider à contrer la polarisation et la désinformation. Des recherches empiriques ont montré que les « chambres d’écho » qui se concentrent sur la culture, la réaffirmation de l’identité et la polarisation ne survivent pas dans des conditions délibératives, même dans des groupes de personnes partageant les mêmes idées.
  • Respecter l’indépendance : En raison de la procédure de sélection, les membres d’un organe délibérant peuvent éviter d’être « capturés » par des groupes d’intérêt ou influencés par des personnes et des organisations puissantes ou riches. Il n’y a pas d’élections, pas de campagnes et pas de collecte de fonds.
  • Renforcer la diversité cognitive : Le processus atteint des personnes qui n’ont peut-être jamais voté ou contribué à une consultation. La recherche montré que, pour développer des idées réussies, une telle diversité est plus importante que la capacité moyenne d’un groupe.
  • Développer collectivement des recommandations pour le bien commun afin de permettre aux décideurs publics de mieux prendre des décisions plus difficiles, ainsi que plus de décisions ayant des impacts à long terme telles que sur le changement climatique, la biodiversité, les technologies émergentes, la planification urbaine, les investissements dans les infrastructures et d’autres questions.
  • Renforcer la confiance du public. Un processus délibératif ponctuel peut faire la différence, mais c’est la pratique régulière de la délibération publique qui donne aux citoyens et aux décideurs l’opportunité de construire une confiance mutuelle au quotidien à des « gens comme eux ». Au terme d’un processus délibératif, ce sont ses membres – un microcosme de la population – qui expliqueront leurs recommandations au public.
  • Renforcer l’aptitude démocratique de la société. L’ajout de la délibération publique étend le privilège de la représentation à un groupe de personnes beaucoup plus large. Il augmente également de façon exponentielle le dividende démocratique positif de la participation. Ces processus renforcent le libre arbitre des personnes, exploitent les capacités collectives et éveillent une conscience collective qui relie les personnes les unes aux autres et à quelque chose de plus grand qu’elles-mêmes. Il existe de nombreuses preuves que la participation à un processus délibératif a un effet transformateur sur les personnes impliquées. Elle conduit souvent à des niveaux accrus d’efficacité politique non seulement parmi les membres des organes délibérants, mais aussi dans le grand public. Les gens renforcent leurs « muscles démocratiques » par la participation. Voir des « personnes comme moi » participer à une prise de décision publique complexe peut avoir un effet similaire sur ceux qui ne sont pas directement impliqués mais qui sont conscients du processus.

Au total, des changements structurels pour faire de la démocratie délibérative une partie intégrante de l’architecture démocratique des pays est un moyen de promouvoir efficacement une véritable transformation, car l’institutionnalisation ancre les mécanismes de suivi et de réponse et crée des opportunités régulières pour améliorer non seulement les politiques et les services, mais augmenter également l’impact positif de la participation sur la perception qu’ont les gens d’eux-mêmes et des autres, renforçant ainsi la confiance et la cohésion sociétales.

L’institutionnalisation de la démocratie délibérative crée plus d’opportunités pour que plus de personnes puissent vivre une telle expérience transformatrice.

Bilan de la campagne électorale en ligne pour les élections européennes de 2019

Que peut-on apprendre de l’Observatoire européen des élections, qui a collecté plus de 10 000 documents électoraux, en particulier les publications sur les réseaux sociaux et des annonces imprimées, produits par 418 partis politiques ou candidats et 193 de leurs comptes Facebook officiels, dans les 28 États-membres appelés à voter…

Principales tendances : une campagne globalement pro-Europe

28 campagnes électorales différentes : La campagne électorale pour les élections européennes ne s’est pas déroulée de manière uniforme, il existe plusieurs différences entre les 28 nations européennes, chacune d’entre elles marquée par des spécificités et particularités.

Pas de campagne supranationale : Les différentes campagnes électorales nationales ont présenté un faible degré d’internationalisation. La présence des campagnes de l’UE n’était pas détectable. Un aspect qui, au moins pour la communication électorale, confirme que les identités nationales priment de loin sur les affiliations politiques européennes.

L’impact des réseaux sociaux : Un changement dans les instruments de la campagne apparaît évident, les réseaux sociaux, dont l’utilisation représente la plus grande nouveauté de cette campagne électorale, ont surclassé les médias traditionnels. Pourtant, des différences notables apparaissent dans la production et l’utilisation des réseaux sociaux entre les quatre zones géographiques et familles politiques.

Une campagne électorale de faible intensité : A deux semaines du scrutin, la campagne électorale avait encore du mal à décoller. Seuls dans quelques pays, on peut parler d’une campagne électorale intense, alors que dans la plupart des autres, la campagne européenne était à peine perceptible.

Des thèmes plus nationaux qu’européens : La prédominance des thèmes domestiques par rapport aux thèmes européens était une tendance commune dans presque tous les pays. Les sujets abordés par les partis politiques et leurs candidats étaient principalement nationaux, par exemple, l’immigration, bien que potentiellement supranationale, était fréquemment présentée et discutée dans la limite de ses conséquences nationale. En revanche, les sujets environnementaux étaient généralement traités dans une dimension supranationale.

Des enjeux géographiés : Parmi les macro-thèmes les plus discutés pendant la campagne électorale, outre l’Europe, on retrouve les valeurs, puis l’économie. Les macro-thèmes de l’environnement et de l’immigration présentent une caractérisation géographique marquée, alors que les questions liées à l’immigration sont plus présentes dans la campagne électorale en Europe de l’Est, l’environnement est strictement lié à l’Europe du Nord et de l’Ouest.

Une campagne pro-Europe : Malgré l’opinion générale d’une campagne électorale caractérisée par l’activisme significatif des sentiments eurosceptiques et des partis eurocritiques, les forces les plus actives dans la campagne électorale et celles qui ont le plus communiqué ont été celles fortement ou en tout cas assez favorable à l’Europe. La campagne électorale européenne de 2019 n’a pas été dominée par la propagande des forces eurocritiques ou eurosceptiques, ni par le front généralement défini des forces souveraines. Un fait qui pourrait être lié au changement des thèmes de la campagne électorale de certains partis politiques qui par le passé avaient soutenu des positions d’opposition radicale envers l’Europe jusqu’à la sortie de l’euro, et qui cette année ont plutôt limité leurs critiques sur aspects spécifiques de l’UE et de ses politiques.

Meilleurs partis politiques sur les réseaux sociaux : l’engagement des populistes

Les partis des pays les plus actifs sur Facebook concernent l’Italie, entre la Lega, près de quatre fois le deuxième parti du classement, également italien, le Movimento 5 Stelle tandis que le Britannique Ukip n’était pas loin derrière.

Au sein des groupes politiques au Parlement européen, cinq des sept premiers partis, dont les deux premiers, sont membres d’Identité et démocratie (ID) et d’Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD). Le premier rassemble certains des principaux partis d’extrême droite, le second quelques partis eurosceptiques dont le Brexit Party. Les deux formations partagent une vision fortement critique et sceptique de l’Europe.

Les partis des familles politiques les plus nombreuses et les plus pro-européennes, tels que le Parti populaire européen (PPE), l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) et Renew Europe se trouvent en bas de la liste.

L’engagement n’est pas automatiquement lié à la production. L’Italie détient la suprématie absolue dans ce domaine. Les positions suivantes révèlent plusieurs changements par rapport au classement de la production. En deuxième position se trouve la Grande-Bretagne, en troisième position la Hongrie et en quatrième position l’Espagne, avec un ratio particulièrement élevé entre posts et engagement.

La hiérarchisation des interactions par parti et leur affiliation politique au sein du Parlement européen confirme le plus grand activisme des partis qui soutiennent des positions critiques et eurosceptiques, caractérisées par un leadership dit populiste.

La présence de deux partis appartenant au PPE aux premières places est atténuée par la particularité du parti hongrois Fidez, au point qu’il a été suspendu par le PPE. Les trois partis S&D sont en bas du tableau. Le seul membre du groupe GUE/NGL est le parti espagnol Podemos, qui se classe dixième.

Globalement, les réseaux sociaux ont impacté la campagne électorale européenne 2019, s’avérant être un outil plus largement utilisé et encore plus utile pour certains segments politiques, des partis non traditionnels et des partisans de positions plus critiques et vision sceptique de l’Europe ; quoique la tonalité pro-Europe ait été plus largement présente.