Recommandations pour la communication de la conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Avec près de 5 millions de visiteurs uniques sur la plateforme numérique multilingue, plus de 50 000 participants actifs et 17 000 idées débattues, quelles sont en particulier les recommandations en termes de communication des citoyens européens ayant participé à la conférence sur l’avenir de l’Europe ?

Une nouvelle stratégie de communication pour l’Union européenne

Parmi la centaine de recommandations tous azimuts, deux propositions portent spécifiquement sur la stratégie d’information et de communication de l’Union européenne.

Afin de susciter plus d’intérêt et d’implication parmi des citoyens européens davantage impliqués dans le processus décisionnel et de s’assurer que leur voix est entendue, la première recommandation consiste :

  • D’une part, l’UE devrait renforcer sa visibilité sur les médias sociaux et promouvoir activement son contenu ;
  • D’autre part, l’UE devrait continuer la conférence sur l’avenir de l’Europe sur une base annuelle en personne ;
  • Par ailleurs, l’UE devrait encourager davantage l’innovation en promouvant une plateforme européenne de médias sociaux accessible.

Afin de rendre l’Union européenne plus compréhensible et accessible et renforcer une identité européenne commune, la seconde recommandation vise à

  1. Rendre des informations fiables sur l’UE facilement accessibles de manière inclusive à tous les citoyens. Les institutions de l’UE devraient utiliser un langage plus accessible et éviter d’utiliser des termes bureaucratiques dans leur communication, tout en maintenant la qualité et l’expertise des informations fournies et en adaptant les informations aux différents canaux de communication et profils d’audience.
  2. Créer une application mobile où les informations concernant les politiques de l’UE présentées dans un langage clair. Un effort particulier doit être fait pour atteindre les jeunes par le biais des médias numériques, des mouvements de jeunesse et de divers « ambassadeurs » (organisations et individus) expliquant le projet de l’UE.

De nouvelles actions de communication européenne

Dès la 1ère recommandation au chapitre du changement climatique et de l’environnement, la communication est considérée comme nécessaire sous la forme d’un système de conseil et de formation pour et par les agriculteurs, ce qui semble un levier clé, pour promouvoir une production alimentaire sûre, durable, juste, climatiquement responsable et abordable, respectant les principes de durabilité, l’environnement, la sauvegarde de la biodiversité et des écosystèmes, tout en garantissant la sécurité alimentaire.

Au sujet de la transparence de l’UE et de ses relations avec les citoyens, la communication est perçue comme indispensable afin d’améliorer l’accessibilité pour les citoyens aux actions au niveau international, y compris les négociations commerciales sur lesquelles les critiques et les fantasmes aussi sont nombreux, par une meilleure information, éducation et participation citoyenne.

Parmi les nombreuses recommandations autour de la révolution numérique pour une société numérique sûre et digne de confiance, les citoyens identifient principalement deux justifications pour la communication :

  • D’une part, dans les luttes cybersécurité et désinformation, l’UE devrait assurer l’existence d’infrastructures résilientes et de canaux de communication alternatifs ;
  • D’autre part, pour la protection des données, l’UE devrait accroître la transparence et améliorer la communication pour un consentement éclairé qui utilisent un langage simple et clair compréhensible par tous.

Sur l’épineuse question d’accroître la participation des citoyens et l’implication des jeunes dans la démocratie au niveau de l’Union européenne afin de développer une « expérience civique complète » pour les Européens, garantir que leur voix soit entendue également entre les élections et que la participation soit effective, la recommandation porte sur des mécanismes participatifs inclusifs et leur communication pour pouvoir atteindre un public diversifié et une attention particulière doit être portée aux contenus, aux sujets et aux compétences des modérateurs.

Au sujet du rôle de l’UE en matière de migration légale, l’idée serait de lancer une campagne de communication à l’échelle européenne afin qu’EURES (services européens de l’emploi), le portail européen sur l’immigration et l’outil de profil de compétences de l’UE pour les ressortissants de pays tiers soient mieux connus des citoyens européens et plus fréquemment consultés et utilisés par les entreprises de l’UE lorsqu’elles recrutent.

Enfin, autour du sport, crucial pour nos sociétés afin de défendre nos valeurs, assurer un mode de vie et un vieillissement sains, promouvoir une culture des échanges et aussi célébrer la diversité du patrimoine européen, il s’agirait d’investir davantage dans les efforts de communication tels que la Semaine européenne du sport pour garantir que les citoyens de toute l’UE puissent bénéficier ensemble d’opportunités.

Ainsi, dans les recommandations de la conférence sur l’avenir de l’Europe, la communication occupe une place importante tant autour d’une nouvelle stratégique que de nouvelles actions.

Quelles politiques et stratégies de communication européenne en Italie ?

Dans « Educating citizens to the EU: How policies and communication strategies are implemented in Italy », Lucia D’Ambrosi analyse la stratégie de communication réussie afin d’impliquer les institutions européennes avec les institutions nationales et locales en vue de faire connaître aux citoyens les politiques de l’Union européenne, promettre l’inclusion à l’information, respecter la diversité culturelle et d’opinion dans les débats publics et promouvoir la participation des citoyens dans la vie démocratique.

Information trop sectorielle, peu orientée vers l’information sur les questions européennes et faible participation des citoyens aux processus décisionnels avec une indifférence conséquente envers la politique européenne

Dans le contexte italien, règne souvent un sentiment de désinformation et de confusion sur les institutions européennes, leurs activités et leur fonctionnement. Les informations en provenance d’Europe sont souvent perçues comme quelque chose de lointain, difficile à comprendre, peu utile pour les besoins d’information et de transparence exigés par les citoyens.

De plus, la quantité et la qualité croissantes des sources d’information rendent plus difficile l’accès et l’utilisation de ces informations par les citoyens et les désorientent au sein de ce même univers informatif.

Deux raisons principales semblent être responsables du manque d’information :

  • Le langage « eurocratique » parlé par les institutions européennes, souvent trop autoréférentiel et incompréhensible pour la plupart des citoyens ;
  • L’aspect sectoriel de l’actualité, concernant principalement des sujets de politique nationale et donc peu propice à l’analyse et à la réflexion critique.

En Italie, les médias nationaux et locaux accordent peu d’espace aux actions de l’UE et à l’impact positif que de telles opérations peuvent avoir sur le territoire. Les informations concernant une dimension identitaire européenne et ses racines sont totalement marginalisées, avec une désaffection conséquente que les citoyens ressentent envers les symboles et les politiques de l’UE.

Priorités de communication : être « européen » donne une valeur supplémentaire et sensibiliser les jeunes à leurs droits et devoirs découlant de la citoyenneté européenne

En Italie, le partenariat de gestion né dès 2008, vise à investir dans des projets de communication civique relatives à l’Union européenne qui mettent en évidence des actions de formation promues localement et favorisent un partenariat mieux intégré (institutions européennes et nationales, agences éducatives et citoyens).

Le rôle joué dans la communication européenne concerne soit l’information soit l’éducation à travers des programmes de formation, ainsi que l’éducation civique à l’école, le maillage entre l’université, l’école et les institutions, et le soutien au débat européen :

1. Un processus d’acculturation est promu par le recours aux systèmes éducatifs formels et informels, supports cruciaux pour la prise de conscience des droits et des devoirs de l’UE. Les principaux centres de formation et d’éducation, tels que les écoles et les universités, et les composantes sociales travaillent ensemble pour trouver didactiques et méthodes d’apprentissage efficaces pour éduquer les gens à la citoyenneté. L’acquisition de certaines capacités et techniques ainsi que d’attitudes et de valeurs liées à des contextes adéquats où exercer la citoyenneté européenne, renforcent une telle identification européenne et facilitent l’intégration culturelle.

L’expérience pionnière réussie du projet « HOPEurope — Building Citizenship, Democracy, Peace and Sustainability in a Multilevel United Europe », financé par l’Union européenne, comme contribution au développement de l’éducation civique européenne dans les lycées de Ligurie, au profit des élèves et des enseignants.

Le projet « Apiceuropa.eu » (Association pour les rencontres des cultures en Europe), qui signifie informer et sensibiliser sur la politique et les cultures européennes et stimuler les enquêtes et les confrontations sur les perspectives futures de l’Union européenne, en accordant une attention particulière à la jeunesse.

2. La responsabilisation des réseaux entre le système éducatif, les institutions et le journalisme afin d’expérimenter des langues adéquates pour chaque type de citoyen et pour trouver des stratégies de communication capables de rendre les informations plus attrayantes et émotionnellement engageantes. L’approfondissement des connaissances et l’analyse critique des questions européennes sont en effet des priorités à mener à travers une plus grande intégration entre les canaux d’information, qu’ils soient formels ou informels. Ainsi, le rôle joué par les centres et réseaux d’information de l’Union européenne apparaît utile et nécessaire pour rapprocher les citoyens des institutions et articuler les activités directes ou de contre avec les projets de transparence informante.

L’observatoire « Puglia-Europa » sur la communication de l’UE, destiné à surveiller l’information européenne sur la presse locale et à améliorer les connaissances des journalistes même dans un contexte régional. « Europe Direct Puglia » est son partenaire dans ce projet et ils travaillent activement ensemble pour promouvoir l’information. Un tel exemple est le fruit d’une synergie entre différents acteurs qui partagent leur expertise pour assurer la veille de l’information européenne et mettre en œuvre des actions de communication.

3. Le soutien et l’extension des débats européens est de favoriser la confrontation, de permettre aux citoyens d’exprimer leurs opinions sur les politiques communautaires et d’utiliser des lieux physiques pour expérimenter la participation. L’aspect opérationnel implique que la participation du public européen s’élargisse et devrait prendre en compte les différents multiples niveaux d’interaction nationaux et supranationaux avec les outils pour accéder au débat. Plus précisément, les nouvelles technologies et particulièrement les médias sociaux offrent des perspectives intéressantes pour stimuler l’intérêt et la curiosité des citoyens.

Parmi les expériences italiennes les plus significatives, le projet réalisé par « Casa per l’Europa (Home for Europe) » (Gemona — Friuli-Venezia Giulia), une organisation à but non lucratif, qui encourage des valeurs telles que le pluralisme, la paix et la coopération afin d’éveiller une conscience européenne civique également par une utilisation innovante des technologies existantes. Casa per l’Europa a sa place sur notre territoire et travaille comme médiateur entre les institutions européennes et les jeunes pour leur offrir des programmes et des opportunités.

En conclusion, il ne s’agit pas d’aller au-delà dans la promotion d’outils et de stratégies pour une citoyenneté active, mais plutôt d’œuvrer à rendre réelles les opportunités d’inclusion actuellement offertes par les politiques européennes. Un tel résultat peut être soutenu par la création de réseaux plus ou moins formels d’acteurs et d’experts qui peuvent rechercher des solutions pragmatiques, politiquement faisables, et qui peuvent aussi élaborer des points de vue partagés et des positions communes.

Quel bilan pour la présidence française de l’Union européenne ?

Exercice aussi rituel que les annonces initiales, le bilan – avec un programme déjà bien trop ambitieux pour un exercice très atypique avec les élections en son plein cœur – a été bouleversé par l’imprévu de l’événement majeur de la guerre en Ukraine, comme la précédente PFUE en 2008 avec la Géorgie. Que retenir ?

Des circonstances exceptionnelles favorables au Statesmanship de l’UE sous présidence française

L’Union européenne – comme on le dit trop souvent « qui progresse dans les crises » – aura, pendant ces six derniers mois, clairement cheminée vers davantage de souveraineté européenne tant le champ stratégique aura été élargi par les questions de sanctions (6 packages) de la Russie et d’interdépendance énergétique et alimentaire pour les Européens.

La période aura été marquée notamment par le sommet de Versailles en mars visant à renforcer l’autonomie de l’UE (énergies, matières premières, santé, alimentation, tech & numérique) et par l’adoption de la boussole stratégique en matière d’orientation de sécurité et de défense de l’UE dans un contexte de renforcement de la position de l’OTAN en Europe avec les demandes d’adhésion de la Suède et de la Finlande.

Du côté de l’agenda institutionnel, peuvent être porté au crédit de la présidence semestrielle plusieurs grands dossiers comme l’adoption de la législation phare sur le numérique avec le Digital Market Act et le Digital Services Act ; l’adoption dans la douleur (après un premier échec) de la taxe carbone aux frontières d’un Green Deal dont la route législative sera encore longue et des directives sur les quotas de femmes dans les conseils d’administration et sur un salaire minimum européen sans oublier la présentation par la Commission européen du programme REPowerEU visant l’indépendance des approvisionnements énergétiques via la diversification des partenaires et la construction de nouvelles infrastructures.

Avec le leadership français, le renforcement des capacités européennes, de son Statesmanship, aura globalement été au rendez-vous ; même si les partenaires de la France sont encore loin d’être alignés sur les thèses et les arguments hexagonaux en matière de souveraineté stratégique. La pédagogie autour de l’Union européenne aura été largement articulée autour de l’agression russe contre l’Ukraine et l’adhésion officielle du pays à l’UE.

Des controverses circonstancielles défavorables au Thought-leadership de la France en Europe

La crédibilité des positions françaises n’aura pas permis d’obtenir des avancées décisives sur trois sujets qui seront repris par la future présidence tchèque :

Sur les questions migratoires, les intentions de réforme de l’espace Schengen pour poser un cadre aux situations de crise sanitaire ou lutter contre l’instrumentalisation des flux migratoires par un pays-tiers (comme la Biélorussie avec la Pologne) se sont heurtées à la démission spectaculaire du patron français de l’agence Frontex.

Sur la réforme du pacte de croissance et de stabilité, l’exemplarité légendaire des finances publiques françaises n’en ont pas fait le champion d’un sujet encore en suspens, les esprits ne sont pas encore mûrs pour avancer.

Sur la convocation d’une convention de révision des traités européens sur la base des recommandations de la conférence sur l’avenir de l’Europe, le consensus ne semble pas pour le moment se faire sur les positions défendues par le président de la République. De même, le débat sur l’idée d’une communauté politique européenne pour un élargissement politique immédiat n’a pas vraiment encore pris au sein de la sphère bruxelloise.

Au total, l’ordre du jour prévu a volé en éclats avec l’agression russe de l’Ukraine et la France a tenté de faire avancer son agenda afin que ce nouveau moment critique pour l’unité européenne participe de l’accouchement de l’Union européenne en tant que puissance géopolitique.

Élargissements de l’UE : la communication de moins en moins à la hauteur de l’événement

Dans la vie de la construction européenne, les élargissements successifs sont des événements importants, dont la communication semble de plus en plus diverger. Qu’en est-il exactement ?

Élargissements antérieurs et renforcement du narratif européen

Avec 7 élargissements depuis 1957, l’Union européenne est habituée à accueillir de nouveaux membres qui s’inscrivent toujours dans un récit logique et cohérent qui donne du sens, signifiant à la fois une volonté de crédibiliser le projet d’ensemble et de donner une destination future. D’une certaine manière, les élargissements successifs ont chacun conforté le narratif européen.

Songeons aux élargissements importants :

  • En 1973, la Communauté économique européenne est suffisamment solide pour accueillir des anglosaxons désireux de la rejoindre avec le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark alors qu’ils n’avaient pas été convaincus dès le départ ;
  • En 1986, le choix incarne parfaitement l’ambition d’une collectivité démocratique qui accueille des ex-dictatures d’Europe du Sud avec l’Espagne et le Portugal ;
  • En 1995, l’ouverture renforce le projet de paix avec l’entrée de pays neutres avec l’Autriche, la Finlande et la Suède, ces deux derniers étant d’ailleurs actuellement en train de frapper à la porte de l’OTAN.

L’élargissement, le plus important, en 2004, correspond évidemment à l’unification avec les démocraties d’Europe centrale et orientale, ex-membres forcés du Pacte de Varsovie, qui signe une véritable consolidation du projet continental de l’Union européenne. Malgré les critiques relatives pour l’essentiel à la temporalité de cet élargissement, le principe d’accueillir des peuples ayant souffert pendant la Guerre froide ne pouvait raisonnablement être refusé malgré les conséquences anticipées ou inattendues.

A chaque élargissement jusqu’à présent, les choix historiques de la communauté européenne venaient nourrir et enrichir la vision, les promesses et la symbolique de la construction européenne, confortée à chaque étape, bien que cela n’en fasse pas un projet davantage populaire pour autant.

Élargissements présents et balkanisation du message européen

La machine se grippe avec les États des Balkans après le conflit en ex-Yougoslavie. Dernière péripétie cette semaine avec l’échec des membres de l’Union européenne à pouvoir confirmer officiellement la trajectoire européenne de pays comme la Serbie ou le Monténégro. Et de justesse pour la Macédoine du Nord – après un blocage de dernière limité lié à la chute du gouvernement bulgare – se verra finalement accéder au feu vert pour l’ouverture des négociations d’adhésion, comme l’Albanie tandis que le Kosovo et la Bosnie-Herzégovine restent au point mort. Bref, difficile de s’y retrouver, c’est la balkanisation des candidatures.

L’attente aux portes de l’Union est toujours trop longue et parfois humiliante, puisqu’un des États dans le purgatoire a du quand même changé de nom (Macédoine du Nord). La symbolique pour le projet européen est délétère ainsi que le ressentiment dans les classes politiques et le risque de dégradation du soutien à l’intégration européenne dans les opinions publiques locales.

La faillite à ne pas parvenir à donner une trajectoire proeuropéenne, la nature ayant horreur du vide, ne peut faire craindre que des conséquences négatives pour la géopolitique européenne à ses propres frontières face aux puissances russe ou chinoise qui viennent profiter de la situation pour semer la zizanie.

Alors que la communication politique était parvenue jusqu’à présent à réinscrire les élargissements dans le projet d’ensemble de la construction européenne de manière constructive, l’élargissement aux Balkans ne fait que souligner la division et l’incapacité à s’aligner sur une position claire d’ouverture.

Élargissements sous contrainte et realpolitik

Lors du Conseil européen de fin juin, les chefs d’État et de gouvernement confirment le statut officiel de pays-candidat à l’UE pour l’Ukraine, en conflit avec la Russie depuis plusieurs mois ainsi que la Moldavie menacée aussi tandis que la Géorgie, qui a également connu des affrontements militaires avec la Russie, ne se voit pas officiellement confirmée.

Laissons de côté la timidité des messages des dirigeants européens à l’issue du Conseil européen, quoique la visite tant attendue des responsables allemand, français et italien à Kiev est venue in extremis évité l’incident diplomatique avec un Volodymyr Zelensky peu enthousiaste avec les partisans du camp de la paix au risque de l’apaisement face à ses voisins culturels et géographiques de l’UE, défenseurs de la justice territoriale et hébergeant les migrants ukrainiens.

Oublions les rares débats relatifs aux conséquences de ces élargissements historiques sous la contrainte de la realpolitik qui n’ont pas suffisamment permis d’éclairés les nombreux enjeux tant pour le projet européen, la politique de voisinage, les futures politiques européennes, le futur budget ou encore la répartition des fonds structurels, sans même parler de l’idée de communauté politique européenne qui n’aura pas vraiment été débattue.

La famille européenne ne semble plus autant en capacité à mettre en récit avec passion et enthousiasme ses élargissements que les intérêts soient trop saillants ou les émotions trop négatives pour être vraiment communicatives.

Panorama des think tank au regard des financements européens

Afin de mieux appréhender la transparence des financements européens au sein de la sphère des think tanks européens, le registre de la transparence de l’UE permet de s’appuyer sur les déclarations d’intérêts pour mieux connaître les situations…

Catégories de think tanks selon leur dépendance ou indépendance aux financements européens

Première catégorie, quelques think tank se distinguent par un niveau de financement supérieur à leur budget annuel ou très important par rapport au budget global déclaré. On retrouve ainsi le Wilfried Martens Center for European Studies (dépendance à 128%) qui n’est autre que la fondation politique au niveau européen du Parti populaire européen comme l’on aurait pu retrouver la Foundation for European Progressive Studies qui ne se déclare pas encore. De même, The Lisbon Council (taux de dépendance à 103%), qui se présente comme « à but non lucratif, indépendant et politiquement neutre » peut légitimement être considéré comme un quasi think tank organique aux institutions européennes.

Deuxième catégorie, les think tank qui sont largement subventionnés par les financements de l’UE : Rand Europe à hauteur de 75%, Carnegie Europe à hauteur de 71%, deux antennes de think tank américain. Dans une moindre mesure, l’Institut Jacques Delors (54%) et Friends of Europe (50%) sont également largement couverts par les divers financements européens déclarés.

Troisième catégorie, les think tank partiellement financés par des subventions de l’UE, comme la Fondation Robert Schuman (27%) et le Centre for European Policy Studies (26%) ainsi que dans une moindre mesure International Crisis Group (9%) et European Policy Centre (7%), voir aussi The Brookings Institution (3%) ainsi que le Centre for European Reform (3%).

Quatrième catégorie, les think tank européens et internationaux qui publient sur le registre de la transparence de l’UE aucun financements européens pour l’année écoulée où l’on retrouve des think tank européens bien en vue comme le European Council on Foreign Relations, Bruegel ou l’Egmont Institute, ainsi que des think tanks allemands comme Bertelsmann Stiftung, The German Marshall Fund of the United States – The Transatlantic Foundation, Friedrich-Ebert-Stiftung et Konrad-Adenauer-Stiftung et enfin des think tank français comme l’Institut Français des Relations Internationales et l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Catégories de think tanks selon leur présence sur Twitter

Considérant les think tanks principalement européens, le classement place par ordre décroissant en tête l’European Council on Foreign Relations avec plus de 91k abonnés suivis par Bruegel (68k), Carnegie Europe (56k), The Transatlantic Foundation (54k), Centre for European Policy Studies (53k), Friends of Europe (41k), European Policy Center (40k), Centre for European Reform (39k), Centre for European Studies (34k) et à la 10e place Notre Europe, l’Institut Jacques Delors (23k).

Se dégagent en haut, logiquement les grands think tank internationaux comme The Brookings Institution (437k) et International Crisis Group (206k) et en bas de tableau avec moins de 10k abonnés des think tank comme Egmont Institute, Rand Europe, The Lisbon Council, l’Institut Français des Relations Internationales et Bertelsmann Stiftung.

Y a-t-il des leçons à tirer de ces deux manières de lister les think tank ?

D’une part, les financements européens varient fortement jusqu’à 6 millions d’euros annuels, ciblant autant des think tank bruxellois qu’américains ou nationaux. D’autre part, les présences sur Twitter sont très disparates, même si les comptes spécialisés dans les affaires européennes recueillent forcément moins d’audience que les comptes globaux.