Tendance : vers une communication européenne événementialisée

La communication européenne tant des institutions communautaires que des États-membres – au-delà du devoir d’information des citoyens européens et de la communication institutionnelle sur le projet de la construction européenne – tend à multiplier les événements ; ainsi à titre d’exemple : Premier Débat de Bruxelles dans le cadre de l’Année européenne de la créativité et de l’innovation en 2009 le lundi 16 février, Semaine européenne pour l’énergie renouvelable dans l’UE du lundi 9 au vendredi 13 février, Journée européenne pour un internet plus sûr le mardi 10 février…

La perte de crédibilité de la communication institutionnelle européenne

La parole portée par la communication européenne institutionnelle est de plus en plus décrédibilisée aux yeux des citoyens :

  • Les promesses des élus sur l’Europe ne sont pas tenues ;
  • Les messages des supports de communication des institutions sont éloignés des préoccupations quotidiennes ;
  • Les relais naturels que constitueraient les médias ou les enseignants sont défaillants parce que « l’Europe ne fait pas vendre » pour les uns et que les autres considèrent qu’ils ne doivent pas faire « la propagande de l’Europe ».

La quête de proximité de la communication événementielle européenne

L’événementiel permet d’agir directement auprès des citoyens européens ciblés afin de :

  • corriger l’image de l’Europe : lancement d’une campagne de sensibilisation des services linguistiques de la Commission le vendredi 20 février ou lancement d’une campagne consacrée à l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes le mardi 3 mars ;
  • créer de la participation et de la proximité ;
  • générer un sentiment d’appartenance à l’Europe ;
  • susciter de la préférence et faire des citoyens des relais de la communication européenne.

L’événementiel comme stratégie : vers une communication européenne événementialisée

Alors que toute communication média (achat d’espace publicitaire) est impraticable : le plan média serait trop coûteux à l’échelle européenne dans les 27 Etats membres et que la communication institutionnelle européenne tend à être inefficace, l’événementiel devient une stratégie de communication par défaut au point que la communication européenne apparaît comme une « communication événementialisée » pour reprendre l’enseignement de Cyril Giorgini, Président de l’agence Auditoire à l’Ecole de Communication de Sciences Po Paris :

  • L’événement comme outil d’accompagnement du changement, via la communication interne aux réseaux européens ;
  • L’événement comme outil de mobilisation sectorielle, associative ou civique, via les forums et la communication publique ;
  • L’événement comme outil de valorisation des cibles jeunes (happening et street marketing) ou des leaders d’opinion (colloques et relations publiques) : remise du Prix de la Semaine européenne de la mobilité et de la Capitale verte de l’Europe le lundi 23 février ;
  • Le Web événementiel (marketing viral, jeu-concours) : lancement d’un concours de dessin sur l’égalité entre les hommes et les femmes le dimanche 8 mars.

Ainsi, la tendance récente de la communication européenne consiste à faire de l’événementiel une véritable stratégie de communication à même d’appréhender enjeux, objectifs et solutions par une approche globale, cohérente et complémentaire des différents types de communication événementielle.

Polémique autour de la stratégie de communication de la Commission europénne

Un think tank britannique, Open Europe, vient de publier « The hard sell : EU communication policy and the campaign for hearts and minds », une étude qui affirme que la stratégie de communication de l’UE se limite à légitimer l’existence de la construction européenne, « parce que ces leaders reconnaissent que la promotion du projet européen est la seule manière de s’assurer que celui peut continuer ».

Réquisitoire d’Open Europe : une stratégie d’autolégitimation partiale

L’UE est accusée d’avoir dépensé 2,4 milliards d’euros l’année dernière dans des « campagnes de propagande partiales pour sa propre promotion » et des financements de diverses organisations (ONG ou think tanks) ayant pour objectif central de défendre l’intégration communautaire.

Ainsi, ce think tank estime qu’« au fil des années, la politique de communication de l’UE est de moins en moins concentrée sur l’information transmise aux citoyens mais de plus en plus attachée à vendre les politiques européennes et à faire la promotion de l’intégration communautaire ».

Plaidoirie de la Commission européenne : une stratégie partenariale

Selon Euractiv, le porte-parole auprès de Margot Wallström, vice-présidente chargée des relations interinstitutionnelles et de la stratégie de communication, Joe Hennon, a indiqué lors d’une conférence de presse que le budget la DG Communication – de 100 millions d’euros par an – bénéficiait du soutien des Etats membres.

Hennon a admis que les financements de l’UE tendaient à soutenir des organisations relativement pro-européennes parce que les réponses aux appels à projet lancées par l’UE étaient souvent portées par de telles structures.

Par ailleurs, les institutions communautaires se sont accordées récemment autour d’un partenariat validant la stratégie de communication de l’UE de donner aux citoyens de l’Union une place centrale dans la construction européenne.

La coopération locale est essentielle à la communication européenne

Dans le cadre de la semaine européenne de la démocratie locale, lacomeuropéenne traite des enjeux de la communication européenne à l’échelle locale.

Retour sur le débat organisé par la Direction Générale de la politique régionale de la Commission européenne le 8 octobre à Bruxelles autour de l’importance de la coopération locale dans la communication européenne.

Le porte-parole de la DG Politique Régionale, Dennis Abbott estime que « la coopération avec les médias locaux et régionaux est essentielle à une meilleure communication politique européenne à destination des citoyens ».

Alors que la communication des institutions communautaires – perçues comme éloignées de la vie quotidienne des citoyens – semble davantage dirigée vers une audience bruxelloise en raison de sa technicité et de sa généralité ; la communication des représentations dans les États membres peut davantage reformuler les messages pour les adapter aux circonstances et aux populations locales.

Pierre Zemor, Président de la Fédération européenne des Associations en Communication Publique a estimé que pour lutter contre les préjugés sur l’UE, il ne convient pas de savoir ce que Bruxelles « veut vendre » aux citoyens, mais plutôt ce que les citoyens veulent connaître sur les enjeux des politiques européennes.

Les personnes clés de la PFUE

Le succès de la PFUE repose sur l’action et la détermination de quelques responsables politiques et administratifs…

Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, pilote les négociations avec les responsables gouvernementaux des Etats membres de l’UE.

Mini bio :

  • Né le 13 février 1954 à Montreuil sous Bois
  • Diplômé de l’IEP de Paris et ancien élève de l’ENA, promotion Voltaire (1980)

Parcours :

  • Directeur du cabinet de Jacques Delors, président de la Commission européenne, de 1991 à 1995
  • Directeur-adjoint du cabinet de Lionel Jospin, Premier ministre, de 1997 à 2000
  • Directeur du Trésor, de 2001 à 2005
  • Chef du Service de l’Inspection générale des finances, de 2005 à 2007

Source : Wikipedia

Voir le portrait dans Le Monde

Claude Blanchemaison, le secrétaire général de la PFUE, anime une équipe d’une vingtaine de fonctionnaires à Paris, chargée d’orchestrer les manifestations officielles et de gérer le budget de la PFUE (190 millions d’€).

Mini bio :

  • Né le 6 mars 1944
  • Diplômé de l’IEP de Paris, de HEC et ancien élève de l’École nationale d’administration, promotion « François-Rabelais » (1973)

Parcours :

  • Premier secrétaire à la représentation permanente de la France auprès des Communautés européennes à Bruxelles, 1978-1979
  • Ancien ambassadeur en Inde, en Russie et en Espagne

Source : Cuej – Europe

Gilles Briatta, conseiller Europe au cabinet du Premier ministre et secrétaire général des Affaires européennes (SGAE), anime une équipe interministérielle de 200 personnes à Paris, chargée de coordonner les positions françaises et de les transmettre aux représentants français à Bruxelles.

Mini bio :

  • Né le 1 avril 1960 à Lyon

Source : Secrétariat général aux affaires européennes

Pierre Sellal, le Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne anime une équipe interministérielle de 80 conseillers assistée d’experts, à Bruxelles, chargée de « préparer les travaux des ministres, pour la discussion et l’adoption des propositions à l‘ordre du jour au Conseil de l’UE ».

Mini bio :

  • Né le 13 février 1952 à Mulhouse
  • Licencié en droit et ancien élève de l’ENA (1977)
  • Directeur de cabinet de l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine de 1997 à 2002

Source : Wikipedia

Voir le portrait dans Le Monde

Le point de vue de Jacques-René Rabier sur la communication européenne

Dans un entretien à EurActiv, Jacques-René Rabier, le fondateur de ce qui est devenu la DG Communication de la Commission européenne, et ancien collaborateur de Jean Monnet précise sa vision de la communication européenne. Extraits…

Vous venez de participer au Congrès de l’Europe de La Haye, organisé par le Mouvement européen. Cet évènement a essayé de recueillir, filtrer et discuter « 60 idées pour l’Europe « , présentées aux Présidents des Institutions européennes. Ce type d’initiative peut-il rendre l’Europe plus démocratique ? Des thèmes vous ont-ils marqué ?

L’initiative est intéressante, moins peut-être parce qu’elle apporte aux décideurs (ou aux chercheurs) que par ce qu’elle incite les répondants à réfléchir, imaginer et…répondre. On retrouve dans ces 60 idées – et plus encore dans le classement qui en a été fait par les participants au Congrès – des thèmes qui sont largement traités par les médias : ce que j’appellerai, sans connotation péjorative, la « rhétorique ambiante ».

Qu’est-ce qui manquait, par exemple : l’avenir imaginé (ou souhaité) pour l’Union européenne à l’horizon 2068, puisqu’il s’agissait, cette année, à La Haye, de rappeler les progrès obtenus depuis 1948.

Vous êtes le fondateur de ce qui est devenu la Direction Générale de la communication de la Commission. Depuis toujours, celle-ci semble hésiter entre information et communication. Quelle approche recommandez-vous ?

Les mots ont une certaine importance…(« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde », disait Albert Camus). Information, au sens habituel, c’est donner forme, ou tout au moins une aptitude à prendre connaissance; communication, c’est établir une relation en vue de transmettre quelque chose à quelqu’un. Je n’en fais pas une querelle de vocabulaire, mais, pour simplifier mon propos, je dirais que la communication c’est le tuyau, et l’information ce que l’on veut (ou tout au moins ce que l’on souhaite) faire passer…

A un cours que je donnais en 1965 à l’Institut d’Etudes Européennes de l’Université libre de Bruxelles, j’avais donné comme titre : « L’information des Européens et l’intégration de l’Europe » ; cela signifie que, dans ma conception, l’information n’est pas neutre ; elle annonce les couleurs et, bien sûr, suscite la discussion, en prenant garde de ne pas dériver vers la propagande et l’endoctrinement. Son contenu : des « news », évidemment, mais aussi des valeurs et des symboles. Toutes les institutions de l’Union européenne devraient contribuer à cette politique d’information du public, et je dirais plutôt des citoyens et citoyennes.

Mais je pense que chaque institution doit agir selon sa propre compétence. Une concertation est évidemment nécessaire ; elle pourrait, par exemple, prendre la forme d’une meilleure utilisation concertée de l’ « Eurobaromètre ». Le Parlement européen devrait, en ce domaine, jouer un rôle beaucoup plus important.

A l’initiative de la Vice Présidente Wallström, la Commission a réagi aux référendums Français et Néerlandais en lançant le Plan D « Dialogue, Débat, Démocratie ». Qu’en pensez-vous? Le nouveau Président du Comité des Régions Luc Van Brande suggère un « quatrième D » : Décentralisation : comment feriez-vous cela ?

« Dialogue, Débat, Démocratie, Décentralisation »: je n’ai rien à ajouter. C’est un beau programme. Encore faut-il du courage pour l’appliquer. La Commission européenne a un rôle capital à assumer, sous le contrôle évidemment du Parlement européen. Elle ne doit pas se défausser de ses responsabilités politiques propres sur les Etats membres, avec lesquels elle doit évidemment coopérer en faisant connaître et en encourageant les meilleures initiatives.

Avez-vous d’autres conseils à donner à Mme Wallström, ou au Directeur Général de la DG Communication, Claus Sörensen ?

Je connais trop les difficultés de la fonction – plus encore dans une Union à 27 que de mon temps – pour me permettre de donner des conseils à mes successeurs. Tout au plus des encouragements…

Dans un an auront lieu les élections au Parlement européen. La tendance à long terme est à la baisse du taux de participation et les études eurobaromètre – dont vous êtes également le fondateur – n’incitent pas à l’optimisme. Comment contrer cette tendance ? Comment porter le débat sur les vrais sujets européens dans les médias et les classes politiques nationales ? Quel rôle peut jouer l’internet dans ce débat ?

La question est vaste. Le Parlement européen a une image relativement bonne, mais sa notoriété et celle de ses activités reste faible. La participation électorale, dans les pays où le vote n’est pas obligatoire, (c’est-à-dire dans la plupart d’entre eux), est peu élevée. La mobilisation des électorats dépend évidemment des partis politiques et des organisations de la société civile.

La principale difficulté, me semble-t-il, c’est que l’on appelle à voter pour un Parlement européen à partir de thèmes principalement – sinon exclusivement – nationaux. Ce qu’il faudrait, c’est ouvrir et nourrir le débat sur les solutions qui pourraient être recherchées et débattues au niveau européen à des problèmes ressentis au niveau national ou régional.

Des débats sur une plateforme Internet entre parlementaires de divers pays et d’une même tendance politique pourraient être utiles. On pourrait aussi, dans les pays où les élections européennes se font au scrutin de liste, suggérer aux partis qui en auraient le courage et sauraient en valoriser l’initiative d’introduire sur leur liste un nombre non négligeable de candidats d’autres nationalités.

Avez-vous des questions à suggérer pour des prochaines éditions de l’Eurobaromètre ? Etant donné la sensibilité de certaines questions et la difficulté pour les institutions d’en publier les résultats, pourquoi ne pas encourager des instituts de sondage privés, associés à des médias, de réaliser leur propres enquêtes comme c’est déjà le cas au plan national ?

Voilà une question toute trouvée pour l’ « Eurobaromètre », à poser aux personnes qui se disent inscrites et disposées à voter pour l’élection du Parlement européen : « Je ne vous demande pas pour quelle liste vous allez probablement voter, mais si, sur cette liste, figuraient, par exemple, plusieurs candidats d’une autre nationalité européenne que la vôtre, seriez-vous très pour, plutôt pour, plutôt contre, très contre, ou est-ce que cela vous serait égal ? « . (Dans une autre partie du questionnaire, on demande aux personnes interrogées de se positionner sur la dimension « droite-gauche », ce qui éclaire l’analyse).

On pourrait même « pimenter » le questionnaire en demandant à ceux qui auront répondu positivement : « Y a-t-il néanmoins des candidats de votre tendance politique, mais d’une autre nationalité européenne que la vôtre, pour qui vous ne voteriez pas certainement ? Si oui, de quelle nationalité s’agit-il ? ».

Les responsables actuels de l’ « Eurobaromètre » n’aiment pas ce genre de questions « pimentées », par exemple celle qui n’a plus été posée depuis 1997 sur la confiance entre les peuples… Manque de courage? Il en a pourtant fallu, en 1950, cinq ans après la fin de la guerre, pour proposer d’unir Français, Allemands, Italiens et « Bénéluxiens » dans la première « Communauté européenne »… Et ce n’était pas une question dans un sondage !

Il me semble que des médias pourraient demander à la Commission européenne la possibilité de poser dans un « Eurobaromètre », à leur charge et sous leur responsabilité éditoriale, des questions « européennes » légèrement « pimentées », mais il me semble que ce serait plutôt au Parlement européen de prendre l’initiative de telles questions, éventuellement en liaison avec des chercheurs universitaires intéressés.

Périodiquement, on entend des appels à créer de « vrais média de masse pan-européens »? Qu’en pensez-vous ?

Médias de masse pan-européens ? Certaines tentatives ont été faites. Aucune n’a encore réussi . Question de langues , évidemment, mais aussi de contenu… « Salut aux chercheurs d’aventure ! « , pour reprendre un propos historique !

Pour lire l’intégralité de l’entretien.