Elections européennes : quelles sont les règles de la campagne officielle en matière de communication ?

La campagne électorale officielle des élections européennes du 7 juin – un scrutin de liste à un tour dans 8 circonscriptions régionales dont la répartition des sièges dans la circonscription se fait à la plus forte moyenne entre les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés – a commencé lundi à zéro heure et s’achèvera le samedi 6 juin à minuit.

Outre l’enjeu du financement public – les listes étant remboursées des frais engagés à condition de réunir au moins 3 % des suffrages, les dépenses autres que de propagande étant remboursées à hauteur de 50 % du plafond autorisé des dépenses, soit 1 150 000 euros par liste – la problématique de la communication est également présente. Quelles sont les règles de la campagne officielle en matière de communication ?

Communications licites et illicites pour tous les candidats

Selon le dossier de presse du ministère de l’Intérieur sur les élections européennes, la campagne électorale officielle est strictement encadrée :

  • Actions de communication autorisées : organisation de réunions électorales, animation d’un site de campagne, affichage public officiel et campagne audiovisuelle officielle, impression des professions de foi et des bulletins de vote ;
  • Actions de communication interdites : tout procédé de publicité commerciale par voie de presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle ou sur Internet par l’achat de liens sponsorisés ou de mots-clefs, ou le référencement payant.

Recommandation du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour toutes les radios et les chaînes de télévision

A la radio et à la télévision, le CSA « apprécie la présentation et l’accès équitables à l’antenne des listes de candidats et de leurs soutiens jusqu’à la clôture du scrutin » et il décompte les temps de parole, selon une dépêche de l’AFP.

Affichage public dans toutes les communes pour toutes les listes

Comme pour tous les scrutins, des panneaux électoraux installés dans les 36.686 communes françaises seront couverts des affiches de toutes les listes qui concourent pour ce scrutin. A la date limite du dépôt officiel des listes, vendredi soir, le ministère de l’Intérieur a dénombré 161 listes déposées (contre 168 en 2004), dont 28 en Ile-de-France et 11 en outre-mer. Il doit les officialiser lundi.

Diffusion de spots à la télévision publique pour certains partis

Les listes officielles se partagent trois heures d’antenne pour des spots à caractère partisan :

  • Deux heures pour les partis disposant d’un groupe parlementaire à l’Assemblée ou au Sénat (soir 6 partis politiques). Ce critère soulève le paradoxe qu’un parti politique avec groupe parlementaire mais sans candidat, le Parti Radical de Gauche, bénéficiera de ce temps gratuit.
  • Une heure pour les autres, pourvu qu’ils présentent des listes dans au moins cinq circonscriptions (soit 17 formations politiques).

Campagne des élections européennes : quels enseignements pour la communication européenne ?

Alors que la campagne des élections européennes peine à commencer et que les médias et/ou l’opinion publique semblent s’en désintéresser, quels peuvent être les principaux enseignements pour la communication européenne ?

Premier enseignement : l’information commande l’élection

L’analyse universitaire qui veut qu’en période électorale l’information médiatique supplante la communication politique dans l’influence du vote des citoyens pourrait se confirmer pour cette campagne des élections européennes.

Cette analyse est menée par Jacques Gerstlé, professeur à la Sorbonne, dans « L’information supplante-t-elle la communication en conjoncture électorale ? », in Les Cahiers de la Société Française des Sciences de l’ Information et de la Communication, N° 1 – Juin 2007.

La stratégie de communication d’un responsable politique en campagne consiste :

  • d’une part, à organiser sa campagne autour des enjeux pour lesquels sa crédibilité sectorielle d’origine partisane est forte ;
  • d’autre part, à corréler sa campagne autour des thèmes de l’agenda médiatique afin que sa visibilité soit amplifiée par l’actualité.

Cette stratégie est étudiée par Philippe Cohen dans une interview à Ecrans : « Sarkozy est une machine à scoops pour les journalistes » : « Nicolas Sarkozy a inventé ou plutôt adapté à notre pays une stratégie consistant à co-produire l’agenda médiatique » (…) Il « se met en permanence à la place des journalistes, au point de se demander lui-même quel est le sujet à proposer à la conférence de rédaction. Sarkozy s’efforce, semaine après semaine, d’avoir toujours de bonnes informations à proposer aux journalistes ».

Quoique l’intérêt des citoyens pour l’Europe ne soit pas comparable à la cristallisation de l’opinion lors d’une élection présidentielle et bien que le scrutin européen chargé d’établir la liste des représentants des citoyens auprès de l’UE ne puisse être comparé à la compétition pour désigner le titulaire de l’exercice du pouvoir national ; l’enseignement que l’information commande l’élection pourrait se confirmer.

Deuxième enseignement : le web commande en communication

La pratique professionnelle qui veut que les programmes de communication sur le web se substituent aux campagnes de communication médias pourrait se confirmer pour cette campagne des élections européennes.

Cette pratique est décrite par Elie Ohayon, le président de l’agence McCann Paris lors du Buzz média Orange – Le Figaro du 31 mars dernier. Il ne s’agit plus pour communiquer d’acheter du « temps de cerveau disponible » avec une campagne d’achat d’espace publicitaire (affichage, print, web) mais de créer de « l’attention » avec un programme de communication.

Les programmes de communication sur l’Europe consisteraient à privilégier une approche participative (bottom-up vs top-down) prenant acte :

  • d’une part, de la disparition du monopole de l’information par des prescripteurs institutionnels, d’ailleurs jugés peu crédibles ;
  • d’autre part, de la circulation de flux d’informations, notamment de paroles citoyennes « terrain », de groupes d’intérêt ou d’experts.

Un exemple de programmes de communication avec : « Ensemble sauvons ces élections de l’ennui », une initiative de L’Express qui propose aux internautes de : participer aux enquêtes des journalistes sur l’UE en offrant notamment un journal de bord tenu par les journalistes au fur et à mesure de l’évolution de leurs recherches ; envoyer des pistes, des idées de traitement, des témoignages, et d’en discuter avec les journalistes et les autres internautes dans un forum dédié ; voter pour leurs enquêtes préférées.

Quoique la mobilisation de communautés autour de l’Europe ne soit pas comparable à l’animation des militants démocrates lors de la campagne présidentielle de Barack Obama et bien que le scrutin européen s’établissant dans les 27 États membres de l’UE ne puisse être comparé à une campagne électorale à l’échelle nationale ; l’enseignement que le web commande en communication pourrait se confirmer.

Référencement des sites de campagne et respect du code électoral : quels enjeux et conseils pour les communicants politiques ?

Le Conseil d’Etat a annulé, le 13 février 2009, l’élection du Maire de Fuveau parce que la liste du candidat vainqueur avait acheté des liens sponsorisés sur Google alors que le code électoral prohibe toute activité publicitaire pendant la campagne.

Quels sont les enjeux de cette décision sur le référencement des sites de campagne, sachant que le référencement est l’une des principales sources de trafic sur un site aujourd’hui ?

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat : le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral

Le raisonnement du Conseil d’Etat est tout à fait évident :

D’une part, le code électoral interdit aux candidats toute publicité commerciale pendant la campagne.

« Considérant qu’aux termes du premier alinéa de l’article L. 52-1 du code électoral : « Pendant les trois mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse ou par tout moyen de communication audiovisuelle est interdite. »

D’autre part, le référencement par liens sponsorisés du site de campagne revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale.

« Considérant que le référencement commercial d’un site à finalité électorale sur un moteur de recherche sur internet revêt le caractère d’un procédé de publicité commerciale, interdit par l’article L. 52-1 du code électoral. »

Ainsi, le référencement commercial d’un site à finalité électorale est interdit par le code électoral.

En d’autres termes, les résultats d’une élection peuvent être annulées si le candidat vainqueur est reconnu coupable d’avoir acheté des mots clés sur un moteur de recherche afin d’afficher un lien commercial sur la première page de résultats du moteur de recherche.

Les conséquences de la nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat sur les pratiques de référencement

La nouvelle jurisprudence du Conseil d’Etat ne sera pas sans conséquence sur les pratiques de référencement des sites de campagne des listes candidates.

Le Search Engine Optimization serait permis par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Optimization, l’ensemble des actions consistant à optimiser le site de campagne afin d’améliorer son référencement naturel, est permis par le code électoral.

Seraient ainsi permis :

  • l’optimisation du code HTML autour des mots clés pertinents dans les pages ;
  • l’indexation manuelle du site sur les outils de recherche les plus consultés par les internautes.

Le Search Engine Marketing serait interdit par le code électoral

On peut considérer que le Search Engine Marketing, l’ensemble des actions consistant à positionner le site de campagne inévitablement en tête des résultats des moteurs de recherche, est interdit par le code électoral.

Seraient ainsi interdits :

  • le lien sponsorisé, c’est-à-dire l’achat de mots clés sur les moteurs de recherche ;
  • le netlinking, c’est-à-dire l’indexation payante sur des annuaires, des magazines online et des portails, bénéficiant de forte notoriété.

Quid du Link building ?

Doit-on considérer que le Link building, la politique d’échange de liens entre webmasters serait permis ou interdit ?

Au vue des atouts de l’échange de liens qui sont nombreux, le link building semblerait plutôt permis :

  • D’abord, il ne s’agit pas – stricto sensu – de pratiques commerciales, donc considérés comme illégales par le code électoral puisque l’échange de liens est réalisé pour des raisons éditoriales/idéologiques et non commerciales.
  • Ensuite, cela permet une amélioration du positionnement dans les moteurs et une augmentation de la popularité et de la fréquentation de visiteurs directement de site à site sans recourir à des pratiques commerciales.
  • Enfin, sur le plan électoral, cette pratique permet de créer un réseau de sites « amis ».

Au final, la décision du Conseil d’Etat semble lourde de conséquence sur les stratégies de référencement des webmasters de sites de campagne. Les élections européennes seront le prochain scrutin pour étudier les pratiques…

Tendance : vers une communication européenne événementialisée

La communication européenne tant des institutions communautaires que des États-membres – au-delà du devoir d’information des citoyens européens et de la communication institutionnelle sur le projet de la construction européenne – tend à multiplier les événements ; ainsi à titre d’exemple : Premier Débat de Bruxelles dans le cadre de l’Année européenne de la créativité et de l’innovation en 2009 le lundi 16 février, Semaine européenne pour l’énergie renouvelable dans l’UE du lundi 9 au vendredi 13 février, Journée européenne pour un internet plus sûr le mardi 10 février…

La perte de crédibilité de la communication institutionnelle européenne

La parole portée par la communication européenne institutionnelle est de plus en plus décrédibilisée aux yeux des citoyens :

  • Les promesses des élus sur l’Europe ne sont pas tenues ;
  • Les messages des supports de communication des institutions sont éloignés des préoccupations quotidiennes ;
  • Les relais naturels que constitueraient les médias ou les enseignants sont défaillants parce que « l’Europe ne fait pas vendre » pour les uns et que les autres considèrent qu’ils ne doivent pas faire « la propagande de l’Europe ».

La quête de proximité de la communication événementielle européenne

L’événementiel permet d’agir directement auprès des citoyens européens ciblés afin de :

  • corriger l’image de l’Europe : lancement d’une campagne de sensibilisation des services linguistiques de la Commission le vendredi 20 février ou lancement d’une campagne consacrée à l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes le mardi 3 mars ;
  • créer de la participation et de la proximité ;
  • générer un sentiment d’appartenance à l’Europe ;
  • susciter de la préférence et faire des citoyens des relais de la communication européenne.

L’événementiel comme stratégie : vers une communication européenne événementialisée

Alors que toute communication média (achat d’espace publicitaire) est impraticable : le plan média serait trop coûteux à l’échelle européenne dans les 27 Etats membres et que la communication institutionnelle européenne tend à être inefficace, l’événementiel devient une stratégie de communication par défaut au point que la communication européenne apparaît comme une « communication événementialisée » pour reprendre l’enseignement de Cyril Giorgini, Président de l’agence Auditoire à l’Ecole de Communication de Sciences Po Paris :

  • L’événement comme outil d’accompagnement du changement, via la communication interne aux réseaux européens ;
  • L’événement comme outil de mobilisation sectorielle, associative ou civique, via les forums et la communication publique ;
  • L’événement comme outil de valorisation des cibles jeunes (happening et street marketing) ou des leaders d’opinion (colloques et relations publiques) : remise du Prix de la Semaine européenne de la mobilité et de la Capitale verte de l’Europe le lundi 23 février ;
  • Le Web événementiel (marketing viral, jeu-concours) : lancement d’un concours de dessin sur l’égalité entre les hommes et les femmes le dimanche 8 mars.

Ainsi, la tendance récente de la communication européenne consiste à faire de l’événementiel une véritable stratégie de communication à même d’appréhender enjeux, objectifs et solutions par une approche globale, cohérente et complémentaire des différents types de communication événementielle.

Polémique autour de la stratégie de communication de la Commission europénne

Un think tank britannique, Open Europe, vient de publier « The hard sell : EU communication policy and the campaign for hearts and minds », une étude qui affirme que la stratégie de communication de l’UE se limite à légitimer l’existence de la construction européenne, « parce que ces leaders reconnaissent que la promotion du projet européen est la seule manière de s’assurer que celui peut continuer ».

Réquisitoire d’Open Europe : une stratégie d’autolégitimation partiale

L’UE est accusée d’avoir dépensé 2,4 milliards d’euros l’année dernière dans des « campagnes de propagande partiales pour sa propre promotion » et des financements de diverses organisations (ONG ou think tanks) ayant pour objectif central de défendre l’intégration communautaire.

Ainsi, ce think tank estime qu’« au fil des années, la politique de communication de l’UE est de moins en moins concentrée sur l’information transmise aux citoyens mais de plus en plus attachée à vendre les politiques européennes et à faire la promotion de l’intégration communautaire ».

Plaidoirie de la Commission européenne : une stratégie partenariale

Selon Euractiv, le porte-parole auprès de Margot Wallström, vice-présidente chargée des relations interinstitutionnelles et de la stratégie de communication, Joe Hennon, a indiqué lors d’une conférence de presse que le budget la DG Communication – de 100 millions d’euros par an – bénéficiait du soutien des Etats membres.

Hennon a admis que les financements de l’UE tendaient à soutenir des organisations relativement pro-européennes parce que les réponses aux appels à projet lancées par l’UE étaient souvent portées par de telles structures.

Par ailleurs, les institutions communautaires se sont accordées récemment autour d’un partenariat validant la stratégie de communication de l’UE de donner aux citoyens de l’Union une place centrale dans la construction européenne.