Archives de catégorie : Communication de l’UE

Billets sur la communication des institutions européennes

De la résilience des partenariats de communication UE – Etats-membres

Après que la Commission européenne ait annoncé (unilatéralement, sans négociation et avant l’évaluation) la disparition des partenariats de gestion, au cœur de la stratégie de communication entre l’UE et les Etats-membres, la dernière réunion du Groupe Interinstitutionnel pour l’Information du 25 avril dernier pose les jalons du futur de la communication partenariale européenne…

Les partenariats de gestion, approuvés par l’évaluation indépendante et tous les acteurs ; mais sanctionnés unilatéralement par la Commission européenne

Attendue avec impatience, l’évaluation horizontale réalisée par Deloitte et publiée en avril dernier confirme à la fois que ce modèle de gestion a contribué à l’amélioration de la coopération globale entre les institutions européennes et les autorités nationales et renforcer la coordination et les synergies dans la communication inter-institutionnelle sur l’UE.

Contrairement à la décision unilatérale prise sans fondement, l’évaluation indépendante reconnaît l’impact positif des partenariats de gestion sur la mise en œuvre de priorités communes et de leur efficacité dans l’atteinte des objectifs de communication et des publics.

Dans le détail, il est noté que la communication grâce à des outils classiques a été favorisée par rapport à Internet et aux médias sociaux et que les activités de sensibilisation ont été privilégiées par rapport à des activités axées sur le dialogue.

En matière de gestion, des retards causés par la charge administrative, la faible planification et des rapports inégaux avec les prestataires ont pu entraver l’efficacité.

Les principales recommandations formulées dans le rapport d’évaluation sont :

  • maintenir l’approche de partenariat entre la Commission, le Parlement et les États membres ;
  • assurer une identification claire des besoins de communication dès la phase de planification ;
  • faire un meilleur usage des technologies en ligne, des outils de communication et de reporting ;
  • mettre davantage l’accent sur les activités axées sur le dialogue, au-delà de la simple sensibilisation des publics.

Les autres formes de partenariats de communication, au secours d’une communication UE – Etats-membres

Puisque les partenariats de gestion, pourtant les plus développés dans 18 Etats-membres disparaissent, les autres possibilités de partenariats ne permettant pas de délégation de fonds (chaque partenaire étant responsable du financement et de la gestion de ses actions) se développent par défaut :

  • le «partenariat stratégique» (toujours basé sur une planification conjointe de communication et d’un dialogue structuré mais sans budget mis en commun) : en plus des cinq déjà existants, trois États-membres supplémentaires ont entre-temps signé un accord de ce genre ;
  • le «partenariat unique» (coopération au cas par cas, à rebours de toute planification) prend également de l’ampleur.

En France, un partenariat stratégique temporaire jusqu’à la fin de 2014

Concernant la France, la délégation a expliqué être très satisfait du fonctionnement du partenariat de gestion en France et être également d’accord avec les principales recommandations du rapport d’évaluation.

La France a confirmé avoir signé dans l’intervalle, un accord de partenariat stratégique, mais seulement jusqu’à la fin de 2014, comme une solution temporaire.

La France a exprimé son intérêt à poursuivre le partenariat tripartite et a souligné l’importance de mettre en place des structures permanentes ainsi que son attachement aux principes énoncés dans la déclaration interinstitutionnelle « Communiquer l’Europe en partenariat » signé le 22 octobre 2008.

Vers une renégociation de la stratégie « Communiquer l’Europe en partenariat » ?

Pour l’ensemble des Représentations de la Commission européenne dans les Etats-membres, la fin des partenariats de gestion représente un impact, une entorse pourrait-on dire sur le fonctionnement de la Déclaration « Communiquer l’Europe en partenariat », qui organise la coopération interinstitutionnelle sur la communication européenne entre l’UE et les Etats-membres.

Dans ce cadre, si 2014 était une année de transition (élections européennes, nouveau mandat de la Commission), 2015 sera l’année du nouvel horizon avec des négociations qui devraient commencer dès que possible, car il faudra du temps pour obtenir l’approbation de tous les États-membres, pour faire des partenariats un véritable outil interinstitutionnel.

Ainsi, avant même que la nouvelle Commission soit encore en place, les réformes qui s’imposent, se préparent et le temps presse pour refonder la Déclaration de 2008 « Communiquer l’Europe en partenariat ».

Elections européennes : dépôt de bilan de l’information et de la communication sur l’UE ?

« Cette fois-ci, c’est différent » : le slogan de la campagne de communication du Parlement européen nous avait prévenu… Au lendemain du scrutin, les différences apparaissent effectivement au grand jour, et ce ne sont pas de bonnes nouvelles pour l’information et la communication sur l’UE.

Les échecs d’une information européenne sur l’UE

Le traitement de la campagne électorale européenne dans les médias permet de dresser deux conclusions :

A l’échelle de l’UE, des médias européens sans journalistes : le paysage médiatique d’une information européenne sur l’UE n’a pas percé à l’occasion de ces élections européennes – les quelques médias européens demeurent marginalisés à une cible élitaire ;

A l’échelle des Etats-membres, des journalistes européens sans médias : les médias nationaux, demeurent non seulement dominants mais également très peu ouverts aux enjeux européens – les quelques journalistes spécialisés dans les affaires européennes sont plus que jamais marginalisés dans leur rédaction.

Autrement dit, le journalisme européen ne sort pas grandi de cette échéance électorale, l’européanisation de l’information sur l’UE n’a pas progressé, ni par le haut avec des médias européens bourgeonnants, ni par le bas avec des médias nationaux déclinants.

La faillite de l’information européenne s’est traduite – faute de moyens ou d’intérêts pour aborder les enjeux – par une reductio ad nauseum de l’UE à une succession de classements sans intérêt : classement des eurodéputés (avec des critères plus ou moins lisibles), classement des partis politiques selon leurs intentions de vote (avec une course de chevaux stériles), classement des vidéos d’incitation au vote…

Les défauts de la communication politique européenne

L’autre principal enseignement de la campagne des élections européennes porte sur la communication politique européenne :

La campagne des « Sptizenkandidaten », i.e. la compétition des partis politiques européens pour la présidence de la Commission européenne, n’est pas parvenue à s’adresser très loin au-delà des milieux européens ;

Les campagnes nationales s’articulant le plus souvent autour des changements à apporter à la construction européenne ne pouvaient que favoriser les positions les plus tranchées.

Autrement dit, la tentative des institutions européennes, portée par les partis politiques européens, à l’échelle européenne, de proposer un embryon de campagne électorale paneuropéenne et européo-centrée n’a pas réussi à sélectionner des candidats charismatiques, à façonner des programmes ambitieux ou à inverser la conversation nationale « pour » ou « contre » l’UE.

Au total, face au dépôt de bilan de l’information et de la communication sur l’UE lors des élections européennes de 2014, l’impérieuse nécessité d’une refondation s’impose.

Elections européennes, piège à abstention ?

Alors que l’échéance électorale approche, tout le monde s’interroge sur l’abstention et notamment sur les raisons de sa progression d’un scrutin après l’autre. Est-ce l’attention des médias à la campagne qui mène les électeurs à voter ou plutôt la propension générale de certains électeurs à voter qui induit un intérêt de leur part pour le travail des médias ?

Le « storytelling » des bouc-émissaires de l’abstention aux élections européennes

A première vue, les choses sont claires et les avis tranchés sur les causes de l’abstention aux élections européennes.

Pour les uns, c’est la faute aux politiques :

  • C’est bien connu, l’offre électorale – quoique pléthorique – ne répondrait pas aux attentes des électeurs qui boudent ;
  • La poussée de l’abstention, c’est la traduction de la force des populismes face à la faiblesse des partis politiques gouvernementaux qui se déplument ;
  • Surtout, l’absence de pédagogie sur l’UE ou la duplicité des discours sur « Bruxelles » justifie l’évaporation des électeurs.

Pour les autres, c’est la faute aux médias :

  • D’abord, la couverture médiatique de la campagne électorale européennes stricto-sensu est indigente, notamment la faible retransmission de l’innovation des débats entre les « grands candidats » ;
  • Ensuite, les compétences européennes plus largement dans les rédactions nationales sont squelettiques, ce qui se traduit dans l’actualité ;
  • Enfin, l’intérêt des journalistes pour les affaires européennes – serait à l’égal de celui des électeurs – réduit au service minimum.

Et ne parlons pas de tous ceux – nombreux – qui estiment que la cause de l’abstention aux élections européennes doit être trouvée dans l’Europe elle-même, lointaine et complexe. La lecture du policy paper d’Yves Bertoncini détaillant « un grand nombre d’éléments explicatifs de nature politique et institutionnelle » d’une « abstention naturelle » ne peut que leur être conseillé.

Faut-il vraiment blâmer les médias d’information ?

L’avis nuancé dans « Blaming the Messenger? Political Communications and Turnout in EU Elections » de Pippa Norris de l’Université d’Harvard est éclairant.

L’hypothèse la plus plausible correspond plutôt à un cercle vertueux entre le suivi de l’actualité médiatique et des prédispositions civiques : l’attention aux médias cristallise les choix électoraux, et inversement.

Tout comme les fans de sport lisent la presse sportive ou les investisseurs achètent la presse business, les électeurs ayant une prédisposition électorale s’intéressent à l’actualité politique. Rapporté à l’échelle européenne, les bataillons de lecteurs/auditeurs/téléspectateurs fort réduits expliquent mécaniquement la faible participation électorale.

Dans ce cadre, ce ne peut pas être un surcroit d’actualité européenne qui permettent de toucher les abstentionnistes potentiels. La diffusion d’un débat entre candidats européens sur une grande chaîne ne représenterait à coût sûr ni un succès d’audience, ni un antidote contre l’abstention.

A l’évidence, la couverture des affaires européennes dans les médias d’information ne devrait pas être blâmée à la place d’inégalités dans les compétences éducatives ou les ressources socio-économiques qui sont des facteurs d’apolitisme dans les sociétés européennes.

Mais alors, faut-il être condamné à voir passer les trains de l’abstention ? Autrement dit, comment augmenter soit l’intérêt aux médias sur l’actualité européenne, soit la propension civique à s’engager lors de scrutin européen ? Seul l’apprentissage sur le long terme permet de corriger ces tendances de fond…

Faut-il alors s’appuyer sur les partis politiques ?

Puisque l’activité des médias est limitée – en période électorale – pour lutter contre l’abstention, seuls les partis politiques peuvent motiver les électeurs, selon Hoblot et Spoon dans “Motivating the European Voter: Parties, Issues, and Campaigns in European Parliament Elections”.

Les comportements des électeurs sont différents lors des scrutins européens, parce que leurs orientations partisanes sont « contrariées » à la fois par une offre attractive des partis de niche segmentés selon des enjeux européens et par la tentation d’un vote stratégique protestataire à peu de frais.

Du coup, une campagne européenne à la fois plus polarisée sur des enjeux européens (ce que les partis politiques ne savent pas faire) et plutôt critique contre l’UE (ce que la plupart des partis ne savent que trop bien faire) offre plus de chance de motiver les électeurs à sanctionner ou sauver (c’est plus rare) la construction européenne.

Au total, l’information des médias et la communication des candidats impactent à la marge des électeurs d’autant plus abstenant qu’il s’agit d’Europe.

Médias et Europe : je t’aime, moi non plus

Les élections européennes semblent à bien des égards se transformer en campagne contre les médias dans leur traitement déficitaire de l’Europe au point que le secret des sources sur France culture s’interroge : le désintérêt médiatique pour l’Europe : choix ou incompétence ? Quelle est la relation entre l’Europe et les médias aujourd’hui ?

Journalistes et eurocrates : même combat face à la défiance du public

La défiance du public envers les journalistes est au moins aussi importante que celle envers les eurocrates. Le métier de journaliste est quasiment le pire au monde, selon les classements internationaux, à moins que ce ne soit celui de fonctionnaire européen.

La crise de la presse traditionnelle – sa perte de lecteurs et d’annonceurs – est au moins aussi béante que le déficit démocratique de l’UE. Autrement dit, a distance entre les journaux et les citoyens devient équidistante de celle entre l’UE et les citoyens.

Résultat ? Les médias tentent de sauver leur fond de commerce et l’UE aurait intérêt à regarder ce que tentent les journalistes pour restaurer la confiance…

Les pure players, nouveau modèle du journalisme européen ?

La principale disruption dans le monde des médias ces dernières années est constituée par l’apparition et le développement international des pures players de l’information : Huffington Post, Slate, Buzzfeed, The Onion, Vice, Quartz, Upworthy…

Ces sites d’information qui cartonnent en Amérique du Nord et débarquent en Europe représentent un nouveau modèle de « journalisme » qui ne repose pas seulement sur le low cost mais surtout sur l’irrévérence, le décalage et les médias sociaux pour attirer l’audience.

Evidemment, l’UE n’est pas « médiagénique » et cette tare génétique n’est pas prête de changer. Pour autant, les nouveaux acteurs de l’information en ligne sont autant de sources d’inspiration pour un journalisme européen renouvelé :

  • les journalistes tentent d’intéresser avec de nouveaux angles, sur le fond, qui s’appuient sur les nouvelles lignes de fracture dans la société entre les inclus et les exclus mais aussi sur les nouvelles cultures de la TV, du cinéma, des séries TV…
  • les journalistes innovent, sur la forme, avec des nouveaux formats de narration…

Au-delà du modèle de l’information institutionnelle sur l’UE

Trop souvent, l’association entre information européenne et grande presse d’information et d’opinion apparaît comme une évidence irréfutable. L’information européenne correspondrait à un type de médias très particulier rassemblant une couverture technique de l’actualité institutionnelle européenne et un lectorat de CSP+ multilingue, enfin plutôt bilingue anglais. Autrement dit, la presse européenne, ce serait, de facto, quelques médias anglo-saxons ou bruxellois.

Pourtant, plusieurs exemples de journalisme européen mêlant boradcasting et interactivité démontrent qu’il est tout à fait possible d’intéresser le grand public à l’Europe en s’y donnant la peine :

  • Fish Fight : une émission dans le genre de Thalassa, version UK, a lancé une pétition en ligne pour lutter contre certaines techniques de pêche destructrice des fonds marins en complément d’un reportage ;
  • Battle Front : une série de TV réalité consacrée au chômage des jeunes s’appuyant sur le suivi de quelques jeunes encadrés, notamment par des « coachs » recourant aux programmes d’aides européennes ;
  • Voting Aid : un programme à la TV finlandaise de sondages via les médias sociaux en temps réel et accompagné de fact checking permettant aux électeurs de se positionner lors d’un scrutin législatif…

Au total, les médias comme l’UE sont chacun en rupture avec leur public et à défaut d’une prise de conscience sur les tentatives des uns et des autres pour restaurer la confiance, la crise de la presse comme le déficit démocratique de l’UE ne sont pas prêts de se résorber.

Médias sociaux et élections européennes : la grande désillusion ?

Alors que tout le monde s’attendait à ce que le cru 2014 des élections européennes soit millésimé « médias sociaux », c’est plutôt la grande désillusion qui s’installe alors que la campagne commence à peine. Pourquoi ?

La prime aux extrêmes

Après les campagnes victorieuses d’Obama en 2008 (Change) et 2012 (Foward), qui semblaient consacrer l’importance du digital et des médias sociaux dans la mobilisation des électeurs en ligne et leur participation dans les urnes, la campagne européenne de 2014 n’avait qu’à s’en inspirer pour vaincre l’abstention avec un story-telling autour de l’idée quelque peu démagogique du Parlement européenne que « cette fois, c’est différent ».

Le rêve est en train de se transformer en cauchemar. C’est de la bouche même des conseillers du candidat Barack Obama en 2008, venus à Bruxelles, que la douche froide est annoncée, selon Euractiv dans « Les populistes passent maître dans l’art des médias sociaux » :

« L’inconvénient, surtout en Europe, c’est que les médias sociaux tendent à sanctionner le compromis et la modération (…) Ils récompensent les extrémismes »

Alec Ross, chargé de la campagne en ligne du candidat Barack Obama en 2008

Déjà très remontés dans les sondages après plusieurs années de crise, les populistes tireraient donc leur épingle du jeu dans les médias sociaux.

La prudence académique

Dans une étude maison du Parlement européen, « Social media in election campaigning », Ron Davies se montre prudent sur l’impact attendu pour les élections européennes de 2014 :

Alors que les médias sociaux sont de plus en plus utilisés dans les campagnes à travers l’Europe, l’effet ultime de leur utilisation reste incertaine. Certains attribuent l’augmentation des niveaux d’activité politique sur Internet aux citoyens qui sont déjà engagés politiquement. Il se peut que les médias sociaux ont un effet très limité sur l’activation de citoyens par ailleurs démotivés à participer – même juste pour aller voter. Il faudra du temps, et plus que les prochaines élections du Parlement européen, pour évaluer le véritable rôle que les médias sociaux viendront à jouer.

Une prudence confirmée par Kosmopolito dans « The inconvenient truth about social media and #ep2014 » qui, quoique parfois sans nuance, liste les principales raisons de l’impact vraisemblablement réduit des médias sociaux sur la participation civique aux élections.

Y a-t-il alors quelque chose de nouveau ?

A vrai dire, le fantasme consistant à se bercer de l’illusion que les médias sociaux permettraient comme par enchantement d’intéresser des citoyens désabusés par la politique et de les mobiliser au point de les faire se déplacer le jour du scrutin est démiurgique.

Encore une fois, revenons aux enseignements des campagnes d’Obama qui semblent – et c’est bien là la nouveauté en Europe – porter leurs fruits cette année :

  • Obama 2008 : Internet révolutionne la mobilisation et l’organisation « on » et « off line » de la campagne en donnant de nouveaux pouvoirs aux militants ;
  • Obama 2012 : Internet révolutionne l’intelligence politique de la campagne en combinant le recueil et l’analyse de données en temps réel et l’activité militante.

Autrement dit, il ne faut pas porter le regard sur les citoyens, mais sur les militants et sur les machines électorales. Ainsi, pour les partis politiques européens, Internet et les médias sociaux sont utilisés – à une échelle encore réduite – pour réorganiser l’activité politique :

  • scénariser pour les médias traditionnels la campagne (bus pour le PPE ou yourte itinérante pour les Verts européens…) ;
  • micro-cibler des publics tels que les journalistes ou les « influenceurs » en ligne ;
  • personnaliser et humaniser les contacts avec les leaders ;
  • diffuser auprès des premiers cercles les messages clés…

Au total, l’impact des médias sociaux sur les élections européennes est le plus important pour les professionnels de la politique qui doivent s’adapter ou disparaître tandis que pour les citoyens, le statut est « complicated ».