Information européenne, innovations éditoriales et médiatiques : « comment placer l’Europe à la Une »

Les 3e Journées de la presse européenne interrogent des acteurs qui mènent des initiatives éditoriales et médiatiques pour renouveler le traitement de l’information européenne et inventer de nouvelles manières de raconter l’Europe auprès du public…

Twitch : l’Europe, les jeunes et Internet avec Jean Massiet

Alors qu’Alexandria Ocasio-Cortez incite les jeunes Américains à voter sur Twitch, Jean Massiet, fondateur d’Accropolis, ex-Youtubeur vulgarisateur de la politique, investit la plateforme depuis plusieurs années pour développer un format de conversation interactive, sur la politique, autour par exemple des questions au gouvernement ou de la convention citoyenne sur le climat, en complicité avec un public massivement très jeune.

Partenaire du Bureau du Parlement européen en France, Jean Massiet a pu y aborder les dernières élections européennes ou encore les auditions des Commissaires au Parlement européen, qu’il a estimé très intéressantes.

Sur Twitch, le premier discours sur l’état de l’Union européenne d’Ursula von der Leyen a fait l’objet d’une couverture extensive entre le commentaire en direct du discours (trop déclaratif, pas assez dans l’action), puis l’échange avec des invités et enfin le suivi du débat parlementaire (le plus apprécié par les twitcheurs).

Producteur de l’émission « Sénat Stream » sur la chaîne TNT Public Sénat, Jean Massiet s’investit pour développer un format de talk-show hebdo en plateau avec invités politiques et chroniqueurs en vue des prochaines élections présidentielles françaises.

Podcast : donner la parole à l’Europe avec Antoine Lheureux

Fondateur de l’agence de production de podcasts à Bruxelles Bulle Media, Antoine Lheureux, passionné de radio, s’est imposé ces dernières années comme le premier producteur de podcasts européens rassemblés, si vous souhaitez les découvrir, sur la plateforme Europod.

Après un mémoire sur la vassalisation des médias aux Gafam, Antoine Lheureux a produit son premier podcast sur l’influence de Google en lobbying à Bruxelles en partenariat avec La Libre Bruxelles. Bulle Média ayant un business model stabilisé, des productions propres seront lancées au premier semestre 2021.

Les conseils du spécialiste pour réussir un podcast et prendre par la main l’auditeur sont :

  • Une bonne conceptualisation du mode de narration et de bons invités à mettre en musique ;
  • Une post-production de qualité pour le montage, le mastering et le mixage du son ;
  • Une promotion sur les réseaux sociaux pour fédérer une communauté ;
  • Un partenaire média pour donner une légitimité et une audience immédiate.

Pour Antoine Lheureux, les podcasts européens explorent des sujets qui européanisent l’écoute et participent à la constitution d’un espace public européen.

Radio : de la hiérarchie de l’info et des rendez-vous dédiés hebdo sur l’Europe

Stéphane Leneuf, rédacteur en chef adjoint à France Inter et producteur pendant 10 ans de « Question pour l’Europe » et actuellement à l’antenne chaque dimanche matin avec « Café Europe » estime que l’actualité horizontale des pays européens a largement progressé puisque l’Europe est notre cadre de vie et notre actualité au quotidien car les gens ont envie et besoin d’Europe.

Pour l’actualité de l’UE, la hiérarchie de l’actualité nationale impose des choix dans les journaux de la radio en fonction de l’intérêt des sujets et de la ligne éditoriale du média. Résultat : on ne peut pas imposer un sujet européen. Solution : il faut développer des émissions hebdomadaires dédiées à l’Europe pour compenser l’absence de l’actualité européenne dans les journaux.

Contexte : pour expliquer les prises de décision aujourd’hui, il faut être à Bruxelles

Jean-Sébastien Lefebvre, responsable du bureau de Contexte à Bruxelles justifie la couverture des institutions européennes en raison des décisions politiques prises par des élus qui concerne les individus, les entreprises et les organisations partout dans l’UE.

La politique européenne est d’autant plus intéressante que sa dimension multinationale la rend plus multiforme, interculturelle mais aussi avec une instabilité plus importante et parfois des retournements spectaculaires face aux crises.

Pour avoir accès à l’information, il vaut mieux être lobbyiste que journaliste à Bruxelles !

VoxEurop : l’information sociétale à hauteur d’Européen

Catherine André responsable de VoxEurop, un média paneuropéen en 10 langues, veut faire de la bonne vulgarisation, c’est-à-dire donner les clés aux lecteurs pour qu’ils se fassent leur propre opinion.

Hors du suivi quotidien de l’activité des institutions européennes, VoxEurop se concentre sur :

  • Le traitement d’enjeux sociétaux qui traversent les frontières comme tous les thèmes globaux et les sujets de politiques globales ;
  • La publication des positions de la société civile ;
  • Des analyses et interviews de spécialistes au regard paneuropéen ;
  • Un dessin de presse hebdo sur l’Europe.

La série consacrée au Dreamers européens, ces enfants d’immigrés sans papier, illustre la puissance de récits concrets et humains qui concernent les Européens et renforcent le lien vivant.

Ouest France : l’Europe au cœur face aux algorithmes

Fabien Cazenave, journaliste à Ouest France, estime que sur tous les sujets européens, il faut aller aux enjeux, ne pas se perdre dans la technicité et aller sur le terrain pour illustrer et rendre concret l’action de l’Europe.

Le sens journalistique devrait davantage guider à faire des choix au profit de l’actualité européenne, compte tenu de son importance pour les Européens, mais le temps des institutions européennes est beaucoup trop long entre les annonces et leurs mises en œuvre.

La puissance des algorithmes et de la recommandation automatisée reposant sur l’exploitation des datas risque de pénaliser les sujets européens et les choix éditoriaux des médias disponibles dans leurs éditions papier et leur site web.

Télévision : l’Europe aux défis du dépaysement, des référendums et des fake news

Face aux préjugés des dirigeants de l’audiovisuel qui rechignent à investir dans l’Europe car ce n’est pas assez dépaysant, les journalistes européens à la TV doivent redoubler d’efforts pour leur prouver que mettre l’Europe à l’écran ne fait pas fuir les téléspectateurs.

Véronique Auger, ex présentatrice des émissions sur l’Europe à France 3, pointe depuis 2/3 ans que les JT de France 3, qui ne couvrent pas l’actualité de l’UE, commencent à couvrir les élections dans les autres États-membres : Allemagne, Italie, Royaume-Uni et même les élections municipales en Hongrie. Il est plus facile de traiter l’Europe dans les JT de France 3 Régional parce que les actions de l’UE y sont visibles par rapport à France 3 National.

Caroline de Camaret, rédactrice en chef à France 24 reconnaît qu’il est difficile même sur sa chaîne de vendre à sa propre rédaction l’Europe en tant que sujet en soi mais se félicite que France 24 anime un réseau de 12 correspondants dans l’UE, notamment davantage à l’Est.

Pour Véronique Auger, le traumatisme du référendum de 2005 explique la situation actuelle : on ne peut plus parler de l’Europe en bien, parce que les téléspectateurs ne l’ont pas apprécié, mais on ne veut pas parler de l’Europe en mal, donc on n’en parle plus. En vue de la présidence française du Conseil de l’UE en 2022, les choses devraient évoluer.

Pour Caroline de Camaret, le choc du référendum a mis l’Europe sous le tapis. L’Europe doit y mettre du sien pour que les MEP et les Commissaires répondent aux invitations des médias, comme ils l’ont davantage fait pendant le confinement. La question de l’accès aux institutions européennes aux journalistes est entre parenthèse tant aux Conseils européens à huis clos qu’au Parlement européen qui n’a plus siégé à Strasbourg depuis le début de la pandémie. Il y a un risque d’entre-soi.

Même au sein de l’UE, l’exercice du métier de journaliste est périlleux. Outre, les héros du journalisme que sont les deux journalistes assassinés en raison de leur enquête sur les mafias en Slovaquie et à Malte, les pressions sont nombreuses : la liberté de la presse est fragilisée, la crise économique fragilise les pigistes, la concurrence des réseaux sociaux mais aussi le cyber-harcèlement qui peut frapper notamment les femmes-journalistes.

Face aux fake news, le débat s’anime entre Véronique Auger et Caroline de Camaret :

  • Véronique Auger estime que les médias se perdent à essayer de contrer les fake news, que c’est même une grave erreur que les médias dit sérieux crédibilisent des fake news en leur donnant un écho. Les médias audiovisuels devraient miser sur l’enquête et l’éducation aux médias pour permettre aux gens de vérifier par eux-mêmes.
  • Caroline de Camaret juge que la BBC, qui est restée neutre lors de la campagne du Brexit n’a pas fait le job de vérification au jour le jour et n’a pas tenu informé les citoyens sur la base des faits, ce qui constitue sinon au moins une grave erreur peut-être une faute professionnelle compte tenu des conséquences.

Les fake news à usage électoral, surtout lorsque les institutions européennes ne réagissent pas, doivent être débunkées par les médias audiovisuels.

La comm’ de l’UE en procès

Maria Udrescu, journaliste à La Libre Bruxelles pointe plusieurs défaillances dans la communication européenne :

  1. La « religion des effets d’annonce » joue trop au sein des institutions européennes, comme l’illustre le fiasco de la conférence sur les 100 jours de la nouvelle Commission européenne qui passe sous silence le Covid en pleine période de confinements des États-membres.
  2. Le « maquillage de la comm’ en info » montre trop les efforts pour embellir les discours sans parvenir à valoriser les véritables décisions parmi les intentions déclamatoires et les déclarations de principe sans effet sur la machine décisionnelle.
  3. La « religion du secret » verrouille l’accès indispensable des journalistes aux brouillons (les draft) des futures législations. En fait, l’information la plus importante n’existe pas officiellement tandis que l’information officielle n’est d’aucune utilité pour les journalistes.

Pour aller plus loin, toutes les vidéos sont disponibles sur Facebook et le Taurillon publie également une vaste enquête qui nous plonge dans les quinze années écoulées, à la recherche de l’Union européenne dans les médias français.

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Vous avez dit « semaine européenne » ?

Cette semaine, ce n’est pas une, ni deux, mais trois « semaine européenne » qui cohabitent en même temps. Même si ce format est sans doute intéressant pour l’UE, il est plus que temps de mieux l’organiser…

Un constat : 3 semaines européennes en même temps

Semaine européenne des villes et régions 2020 : #EURegionsWeek

18e édition en 2020, la semaine européenne des villes et régions 2020 se déroule sur 3 semaines consécutives en octobre du 5 au 22 octobre 2020, un planning permettant de réaliser plus de 500 sessions de travail autour de 3 thématiques : l’autonomisation des citoyens, la cohésion et coopération et une Europe verte.

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Semaine européenne pour la sécurité et la santé au travail 2020 : #EUHealthyWorkplaces

Au même moment, l’agence européenne pour la sécurité et la santé au travail organise sa semaine européenne afin de sensibiliser l’opinion aux troubles musculo-squelettiques d’origine professionnelle avec des centaines d’évènements dans l’ensemble de l’UE et au-delà, notamment des conférences, des concours, des sessions de formation, des expositions et des rencontres et séances de bonnes pratiques.

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Semaine verte de l’UE 2020 : #EUGreenWeek

Encore la même semaine, la Semaine verte de l’UE 2020 sur le thème de la nature et la biodiversité pour discuter comment les politiques européennes telles que le pacte vert pour l’Europe, peuvent contribuer à protéger et restaurer la nature, en lui laissant la possibilité de se rétablir et de prospérer sur la voie de la COP15.

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Une recommandation : un calendrier des semaines européennes

Certes, la pandémie du Covid19 rebat les cartes de la communication européenne en réduisant les fenêtres d’opportunité pour sensibiliser aux différents sujets importants pour l’UE, mais si l’on prend au sérieux les rendez-vous très spécifiquement européens des semaine européennes, il faut en tirer toutes les conséquences.

D’abord, il serait nécessaire d’établir un calendrier officiel à l’UE afin d’éviter de disperser l’attention déjà réduite en se concentrant logiquement chaque semaine calendaire sur une thématique différente, c’est le prix impératif de la cohérence.

Ensuite, il conviendrait d’organiser davantage une communication orchestrée aux différentes échelles des institutions européennes pour concentrer les messages au même moment sur les mêmes sujets pour viser à minima à obtenir le maximum d’impact.

Enfin, il faudrait imaginer des dispositifs inter-institutionnels de communication permettant aux différentes institutions de l’UE de communiquer de manière coordonnée sur des thématiques préalablement approuvées autour d’un calendrier européen propre. 

En bref, la communication européenne gagnerait à mieux orchestrer ses différentes semaines européennes stratégiques pour sensibiliser aux priorités politiques de l’UE.

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Quand la communication européenne se met au meme

A la question sempiternelle de savoir s’il est possible de faire un buzz viral positif autour des affaires européennes, une réponse vient d’être apportée par la Commission européenne en France. Décryptage des meme européens, un phénomène déjà ancré et amené à se développer.

Le meme, le média co-construit de plaidoyer et viral par excellence

Dans son flot, la culture web charrie de nouvelles formes de communication qui s’imposent plus ou moins massivement dans la société comme l’utilisation d’emojis dans les textos et les publications en ligne ou en l’occurrence de meme.

Dans son principe, le meme est un montage simple superposant à une image ou un GIF emblématique (d’un film, d’une série ou d’une personnalité) un mot ou une phrase choc liée à l’actualité, à une cause ou un mouvement spécifique. Le meme peut se répandre de manière virale ; disparaissant aussi parfois aussi vite.

En somme, l’idée du meme, en tant que vecteur d’expression et de mobilisation est de parvenir à faire circuler une opinion très tranchée, chargée d’émotions, visuellement explicite et surtout avec beaucoup d’humour ou d’ironie – un facteur déterminant de succès.

Le meme dans la communication européenne off et on

Du coup, c’est plutôt du côté des parodies, des comptes pastiches et des initiatives individuelles que ce sont développés les usages amateurs, non officiels des meme qui circulent sur les réseaux sociaux.

Sans doute le précurseur s’incarne dans le compte @Berlaymonster qui depuis plus d’une décennie a su traduire avec humour, cynisme et dérision dans des formes d’expression visuelles et virales à l’échelle de la sphère bruxelloise (plus de 20,000 followers aujourd’hui).

Pile dans le mile, le compte @meme_ec se présence comme « la seule et unique Direction générale (de la Commission européenne) consacrée aux meme et aux parodies ». Avec plus de 11,000 followers en deux ans, l’initiative ne manque pas de souffle et prouve qu’il est payant de recourir au second degré pour intéresser et mobiliser un public avide de pouvoir partager ses réactions dans des formes décalées et distrayantes.

La nouveauté, d’importance, est l’utilisation récente d’un meme par le compte officiel de la Commission européenne en France dans le cadre de leur action « Décodeurs de l’Europe », lancée après le Brexit et renforcée pour les précédentes élections européennes avec un site dédié.

UEFrance_meme

Avec plus de 10,500 likes, 3,000 retweets et 1,200 mentions – des chiffres pas très loin des tweets d’un certain président-Twitter en campagne – la prise de parole très forte et surtout largement réussie est sans doute précurseur de nouvelles libertés de ton salutaire.

De l’usage du meme dans la communication de l’UE

Trop souvent critiquée pour être trop sérieuse voire sérieusement rébarbative, la communication européenne devrait se saisir de la culture web, des attentes de divertissement ludique et engageant du public et des ressorts de l’humour, du second degré, du léger décalage qui fait que l’on ne se prend pas au sérieux, mais que l’on reste appliqué à démontrer, convaincre avec bienveillance une audience à conquérir.

Dans cet exercice, qu’il faut bien finir par espérer, la seule limite, parfois précédemment franchie par les institutions européennes, c’est de ne pas jouer contre son camp. La communication, même décalée, ne doit pas enfreindre le coeur des valeurs du projet européen : le respect, la solidarité, l’ouverture…

L’exercice de l’humour, même dans le contexte de vigilance des oppositions, de pression du temps réel, n’est pas pas impossible et devrait même faire partie de la feuille de route plus systématiquement des communications de l’Union européenne afin de faire davantage confiance à l’intelligence, à la sympathie, à la connivence au service d’une relation plus forte entre les citoyens et l’Europe.

En résumé, bonne nouvelle, le plaidoyer politique européen s’enrichit progressivement de la culture web, comme en exploitant le meme, un format hyper synthétique, très connivent et surtout mnémotechnique.

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La Commission von der Leyen sur LinkedIn : des progrès

Alors que l’actualité social media de la rentrée est passée totalement sous silence, puisque le lancement du compte LinkedIn de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen s’est fait à bas bruit, qu’en est-il en fait de l’ensemble des membres du Collège de la Commission européenne ?

Trois-quarts des Commissaires encore inactifs sur LinkedIn

Alors que tous les grands patrons ont très largement investi dans leur communication personnelle une présence proactive sur LinkedIn, sans parler des bataillons de C-level qui se poussent du col pour exister ; ce n’est pas encore le cas pour une majorité des Commissaires européens qui n’y sont pas présents.

Non seulement, plus de la moitié y sont carrément absents, mais, pire, encore un quart des Commissaires n’y sont présents uniquement qu’au travers de leurs CV parfois vides, parfois complets.

Autrement dit, la nouvelle équipe, jeune génération, plus branchée sur le monde, plus connectée avec les nouvelles technologies, plus proche et à l’écoute des parties prenantes, plus moderne dans son management est globalement aux abonnés absents sur LinkedIn

Commission_vonderLeyen_LinkedIn

En effet, les trois-quarts des membres de la Commission von der Leyen ne sont toujours pas actifs sur LinkedIn en cette rentrée 2020.

Faut-il rappeler les derniers chiffres communiqués qui évoquent plus de 700 millions de comptes dans le monde. Ou encore, faut-il préciser que la progression du reach organique est impressionnante sur LinkedIn contrairement au contre-modèle ultra-publicitaire de Facebook qui bride la portée naturelle de toutes publications avec ses algorithmes.

La communication inégale des Commissaires proactifs sur LinkedIn

Seul Vice-Président présent, Maroš Šefčovič, Commissaire aux Relations inter-institutionnelles et à la Prospective surclasse tous les autres membres de la Commission européenne.

Comment Maroš Šefčovič est-il parvenu à rassembler près de 500,000 followers ?

  • D’abord, par son antériorité, il est actif depuis de nombreuses années, il a un mandat d’avance ;
  • Ensuite, il exploite toutes les possibilités offertes pour partager des publication courtes (format post) et longues (format tribune) et c’est presque l’un des seuls ;
  • Enfin, il tient une ligne éditoriale à la première personne, même si on se doute bien que ce n’est pas lui qui le fait, ça reste authentique et sincère.

La présidente de la Commission Ursula von der Leyen met donc les bouchées doubles avec un compte Premium pour rattraper son retard et après 15 jours de présence, elle rassemble un peu plus de 10,000 followers. Ses publications sont nombreuses, richement illustrées, mais pourraient gagner à trouver une touche un peu plus personnelle pour percer davantage.

Parmi les autres Commissaires à signaler, Thierry Breton, hérite d’une présence acquise lors de ses années à la tête d’une grande entreprise de hautes technologies où il développait déjà son activité sur LinkedIn. Il est déjà à la tête de 125,000 followers, un petit empire à la taille de son multi-portefeuille.

A ce jour, il semble qu’aucun Commissaire européen n’ait encore acquis le statut d’Influencer sur LinkedIn qui permet d’accéder à une visibilité renforcée de leur profil et de leurs publications.

Commissaires_LinkedIn

Que faut-il retenir ? Les membres de la Commission européenne devraient rapidement se livrer à davantage communiquer sur LinkedIn, le réseau social le plus professionnel.

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Faut-il aussi un plan de relance pour la communication européenne ?

Plongée dans le chaos, la communication européenne, hoquetant au gré des décisions nationales de lutte contre la pandémie du Covid ou encore les négociations budgétaires entre les États-membres, a vu son crédit particulièrement endommagé cette année. Comment redonner un nouveau souffle ?

Contre les veilles recettes et les promesses au coin de la rue

Il ne s’agit plus de « vendre » l’idée d’Europe par une information de masse dont les publicitaires ou les médias, notamment télévisuels, maitrisaient tantôt la pratique. L’époque des mass-médias est largement morte et enterrée au profit d’un engagement permanent, avec le poids massif acquis par les médias sociaux.

La promesse jadis de placer les citoyens au cœur du débat européen est devenue en ligne une réalité quotidienne qui dépasse des institutions européennes qui doivent s’adapter en urgence.

Il ne s’agit plus de « promouvoir » les politiques européennes, chacune conduite séparément, mais bien de faciliter le débat partout en cours sur la pertinence de l’action, sur leur légitimité et sur leur utilité pour les nouvelles phases de “gouvernance” de l’Union européenne.

La promesse d’une énième conférence sur l’avenir de l’Europe, surtout sans innovation démocratique est un hochet d’un maniement sensible quand la crise gronde et que les solutions divergent.

Il ne suffit plus d’éduquer à l’Europe des citoyens mal informés, quand la circulation des informations et des fake news est exponentielle et que la croyance individuelle à détenir la vérité voir des vérités alternatives rabat violemment les cartes des connaissances sur l’Europe que des millions de citoyens s’approprient à leur manière, très différente de celle des connaisseurs de l’UE.

La promesse d’entendre les Européens dans leurs situations quotidiennes, idéalement de les écouter en les faisant participer à la préparation de l’action publique menée en leur nom est d’une actualité brulante.

Il ne suffit plus comme le font les institutions depuis quelques vingt ans, de persévérer dans des plans d’action pour une meilleure communication de l’Europe autour d’intentions bonnes de coordonner les activités de communication pour optimiser les efforts et mieux utiliser les moyens de communication.

La promesse de plans internes et d’objectifs de mutualisation ou de standardisation, voire d’auto-régulation n’est plus à la hauteur des enjeux technologiques et pédagogiques actuels.

Renoncer à ces vieilles recettes suggèrent que pour toucher le grand public, il est temps de faire une vraie relance de la communication européenne.

Une communication de l’Europe plus que jamais appelée à faire ses preuves

Aujourd’hui, le contexte mondial et les craintes sociales incitent à bouleverser les idées reçues sur la relation par laquelle les citoyens peuvent adhérer à un projet européen. Les temps de crises accentuent les doutes, les interrogations et les demandes d’explication sur les décisions. Les crises paraissent œuvrer pour une plus grande cohésion européenne, face à la gravité des situations. Mais – très vite – la disparité des intérêts déstabilisent la crédibilité des messages.

La principale problématique aujourd’hui de la communication européenne, c’est de retrouver du crédit, de devenir plus crédible auprès des ses parties prenantes en priorité du grand public plus généralement. Si le discours sur l’état de l’Union de la présidente de la Commission européenne donne une cohérence ponctuelle, l’activité quotidienne et les multiples effets d’annonces la réduisent en cendre. Il faut sans cesse renouveler l’effort de clarté, de lisibilité.

La distance entre l’UE et les citoyens est un autre serpent de mer. L’UE doit se reconnecter au réel, donc elle doit répondre davantage aux attentes de valeurs et ne peut plus être à l’écart des évolutions sociétales. Le sens doit diriger les prises de parole.

La surinformation, de la part des institutions européennes qui multiplient les communiqués paradoxalement crée chez les journalistes et ceux qui veulent de bonne foi suivre l’actualité de l’UE de l’anxiété, une sorte de débordement cognitif. Cette logique de « carpet bombing » est tout sauf une stratégie : plus on bombarde ses cibles, plus on risque par susciter le rejet, le dégoût. L’essentiel doit guider les propos.

La spécificité de la relation entre l’UE et les citoyens ou la communication européenne demeure trop de conviction, souvent curative, défensive, poussive et en fin de compte peu crédible n’est plus adaptée à l’ère numérique. Plus la communication est descendante, longue et fastidieuse, moins elle est consommée. Plus la proximité et l’intérêt humain sont présents, et plus l’attention sera captivée. En somme, les vertus cardinales de cette rentrée devraient être : sincères, authentiques, engagés et empathiques.

Face aux crises, il est urgent de repenser la communication européenne pour s’ouvrir et s’adapter à une authentique société de communication.

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