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Euromyths : comment la presse britannique influence les relations médias de l’UE ?

Au-delà du petit jeu de massacre par déclarations interposées entre les autorités publiques françaises et Barroso, le président de la Commission ; les relations avec les médias de la Commission européenne semblent bien davantage influencées par le traitement de l’UE par la presse anglo-saxonne friande des « Euromyths »…

Les « Euromyths » dans la presse britannique et les « réfutations » de l’UE

Selon la page Wikipedia des « Euromyths » (en anglais), il s’agit d’histoires concernant les politiques de l’UE qui, selon elle, sont « généralement considérées comme désobligeantes ou exagérées ».

Tandis que la Commission européenne soutient que ces histoires inventées par les médias sont fausses, les eurosceptiques affirment, notamment grâce au soutien d’une partie de la presse britannique que de telles histoires sont vraies.

Les « Euromyths » sont tellement courants et populaires que l’UE a mis en place une politique de réfutation publique des couvertures négatives qu’elle considère comme injustes ou déformées.

Trois exemples illustrent l’activisme de la Commission européenne, surtout au Royaume-Uni pour contrecarrer les « Euromyths » :

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Le nouveau blog « Setting the facts straight » piloté par le service des porte-parole de la Commission

A moins d’un an des élections européennes, les « Euromyths » redoublant dans la presse, le service des porte-parole de la Commission européenne passe à la vitesse supérieure avec un nouveau blog « Setting the facts straight » où chaque porte-parole démonte méthodiquement les exagérations ou approximations débusquées.

setting_up_the_factsL’engagement en première ligne des porte-parole – les agents publics européens autorisés à s’exprimer publiquement – tranche avec l’approche plus anonyme et administrative des initiatives antérieures.

La place laissée aux commentaires constitue une autre innovation de taille qui positionne non plus seulement l’UE sur la défensive mais prouve qu’elle s’ouvre à la discussion – même si parfois elle risque d’être difficile.

L’intégration des comptes Twitter des porte-parole montre enfin que la Commission européenne prend conscience de l’importance de ce média social dans la propagation rapide des idées vraies comme fausses.

Au total, la pression de la presse britannique à travers les « Euromyths » pèse sur les pratiques de relations médias de la Commission européenne, qui s’adaptent et se modernisent, tout en restant dans une logique essentiellement défensive.

La résorption du déficit démocratique de l’UE passe-t-elle forcément par la démocratie participative ?

A moins d’un an d’élections européennes frappées avec régularité depuis le 1er scrutin en 1979 par la hausse de l’abstention, il est temps de s’interroger sur le rôle de la démocratie participative sur le chemin de la résorption du déficit démocratique de l’UE. La démocratie participative peut-elle renouveler la citoyenneté européenne ?

Donner de nouvelles formes à la citoyenneté européenne

Les promesses de la démocratie participative européenne comme opportunité de créer de nouvelles formes d’expression de la citoyenneté européenne ne sont plus à démontrer. Au-delà des outils « classiques » de démocratie participative (sondage collaboratifs, forum ouvert…) testés par l’UE dans le cadre du plan D, la « e-démocratie » ou l’initiative citoyenne européenne sont sources d’espoir.

Attention aux contre-sens : la promesse de la démocratie participative européenne ne réside pas dans un réengagement des citoyens dans des formes « classiques » d’expression, d’opinion ou d’action.

Autrement dit, il ne faut pas attendre de la démocratie participative européenne qu’elle permette de faciliter la compréhension entre l’UE et les citoyens, car leurs discours respectifs seront toujours éloignés.
Il n’est pas concevable d’imaginer que la démocratie participative européenne soit forcément l’occasion de réduire le déficit de connaissances ou la dureté de jugements quant à la performance de l’UE.
Surtout, il n’est absolument pas certain que les citoyens qui participent le fassent dans le cadre respectueux et scrupuleux des modalités définies au préalable.

Bien au contraire, la démocratie participative européenne fonctionnera d’autant mieux que les citoyens s’exprimeront, penseront et agiront selon leurs propres règles souples et autonomes qui ne peuvent pas se décréter d’en haut. Mais, la démocratie participative ne signifie pas pour autant l’anarchie.

Lier des citoyens à large échelle pour améliorer les décisions collectives

La démocratie participative européenne doit reposer sur une logique qui consiste à favoriser les liens entre citoyens, afin que de leurs interactions jaillissent une expression partagée qui pèse alors sur les futures décisions de l’UE. En somme, la démocratie participative est « une procédure permettant de construire ensemble une vision de la société ».

La participation ne consiste pas à constater l’activité désordonnée d’individus isolés mais à lier les citoyens entre eux autour d’idées et de projets à caractère européen afin qu’ils s’assemblent le plus naturellement dans une dynamique convergente et orientée vers des débouchés concrets. Ces solutions enrichissent évidemment la démocratie représentative et les élus en apportant l’intelligence de la pratique et du terrain.

Développer une conscience européenne chez des citoyens mieux formés et informés

La participation des citoyens contribue en tant qu’effet induit bénéfique à la formation et à l’information des citoyens européens, qui maîtrisent davantage les enjeux et les problématiques européennes.

Et des citoyens européens mieux formés et informés sont des citoyens européens actifs à la fois pour participer au débat public sur l’avenir de l’UE et de ses politiques publiques mais très sûrement aussi pour participer aux élections, car la volonté de peser sur le cours d’un processus que l’on connait est beaucoup plus forte.

Ainsi, la démocratie participative apparaît comme une respiration dans l’espace public, entre le pouvoir et la société, dans une démocratie européenne non plus sous influence des plus forts mais d’influence des plus participatifs.

Parlement européen : la meilleure institution européenne en matière de web social ?

A la tête d’une communauté de plus de 800 000 fans sur Facebook, le plus important réseau social mondial, le Parlement européen est également présent sur la plupart des médias sociaux (Youtube, Twitter, Flickr, Pinterest, Tumblr, ect.) au point d’avoir réalisé une infographie  : « Parlement européen 2.0 : la session plénière en un clic ». Alors, le Parlement européen est-il la meilleure institution européenne en matière de web social ?

A la lettre, le Parlement européen dans les médias sociaux : l’institution la plus visible auprès du grand public

Face à la Commission européenne ou a fortiori aux Conseils (de l’UE ou européen), le Parlement européen est sans conteste l’institution européenne la plus visible auprès du grand public, dans les médias sociaux. D’ailleurs, ce n’est que justice.

D’abord, c’est le moins que l’on puisse attendre d’une institution composée d’élus au suffrage universel. L’institution européenne représentant les citoyens se doit, en raison de son rôle, d’être l’institution la plus visible auprès du grand public et contrairement aux autres institutions européennes plus discrètes, l’ensemble de ses membres – les députés européens – contribue à son rayonnement.

Ensuite, c’est logique aux vues des moyens, notamment d’achat publicitaire sur Facebook, que le Parlement européen déploie pour développer sa présence. (cf. « Les astuces du Parlement européen pour accroître sa popularité sur Facebook »). On peut songer également aux efforts salutaires du Parlement européen en matière de « datavizualisation » ou de curation des contenus publiés dans les médias sociaux avec « EPnewshub ».

Enfin, c’est une avance qui se paye au prix d’innovations pas toujours heureuses comme le rappelle les échecs de MyParl – un MySpace des eurodéputés qui n’a jamais vu le jour, de Citzalia – un Second Life (monde virtuel 3D) qui n’a jamais franchi la version beta, ou le retrait d’une vidéo virale en avril dernier.

En bref, le Parlement européen sait faire preuve de créativité pour exploiter les opportunités offertes par les médias sociaux et y consacre des moyens – budgétaires et humains – importants.

Dans l’esprit, le Parlement européen : l’institution la moins transformée par le web social

Pour autant, si l’on considère les transformations qu’impliquent le web social pour n’importe quelle institution, le Parlement européen semble l’institution européenne la moins transformée par le web social au sens où son activité et sa communication ne semblent pas bouleversées par le phénomène du web social. Déjà habituée à la transparence et au dialogue avec les citoyens, le Parlement européen s’adapte aux médias sociaux sans trop de difficulté.

Si l’on considère le Conseil européen et le huis clos des sommets de chefs d’Etat et de gouvernement, lorsque le président Van Rompuy tweete en décembre 2010 « We have an agreement on treaty amendment. », cela provoque un changement durable, que relève d’ailleurs dans une dépêche de l’AFP. Cette rupture de la chaîne de l’information à un moment crucial, permis par les médias sociaux, est un moment charnière qui explique pourquoi @euHvR (aujourd’hui @eucopresident) est le compte officiel d’un responsable européen le plus suivi encore à ce jour.

Autre exemple des transformations du web social – qui n’affectent pas le Parlement européen – c’est le développement de nouvelles manières de travailler avec des plateformes communautaires, des sortes de réseaux sociaux sur mesure (eTwinning, Regionetwork, Digital Agenda for Europe) développés par la Commission européenne pour collaborer avec les acteurs décentralisés de l’action publique européenne.

Au total, le Parlement européen est l’institution européenne, quoique la moins transformée par les médias sociaux, qui parvient le mieux à communiquer dans les médias sociaux.

« Comment Neelie » : la plateforme de commentaires des discours du Commissaire Kroes

Alors que les formes d’engagement du public en ligne avec des responsables politiques sont potentiellement très nombreuses, faute d’imagination, elles se dégradent le plus souvent en fugaces et éphémères apostrophes sans suite. La plateforme de commentaires des discours du Commissaire Neelie Kroes innove et ouvre la voix à de nouvelles pratiques pour les futurs candidats, élus et responsables européens. Pourquoi ?

comment_neelieTout engagement numérique fonctionne d’autant mieux lorsque l’internaute ne part pas de zéro

Fort de ce constat logiquement établit – notamment cette semaine dans « Lessons learnt from online engagement: don’t expect policy co-creation » par David Osimo, le premier intérêt de « Comment Neelie » est de proposer un engagement circonscrit et contextualisé qui repose sur des données plutôt que des impressions.

Chaque internaute peut commenter une phrase de son choix parmi les discours prononcés par la Commissaire européenne. Le dialogue s’établit ainsi sur la base d’une ressource documentée et clairement identifiée, ce qui ne peut que susciter des commentaires potentiellement de meilleure qualité.

Toute curation fonctionne d’autant mieux lorsque les interactions sont faciles à rassembler

Du point de vue de Neelie Kroes, l’ouverture d’une plateforme centralisant les interactions est une solution intelligente pour rassembler aisément les suggestions judicieuses du public, autrement éclatées entre les différents médias sociaux. Pour en prendre connaissance et y répondre ou en tirer des enseignements, la plateforme se révèle un outil précieux et un gain de temps considérable.

Quoique la plateforme encore en version beta pourrait s’enrichir d’une interopérabilité avec les principaux réseaux sociaux (Facebook Connect et dépôt de commentaire sous la forme de tweets), c’est une leçon d’ouverture, de transparence et de maturité numérique qui permet d’établir un dialogue éclairé et simplifié entre un responsable public et les internautes.

En raison de ses nombreux intérêts, il ne serait pas surprenant de voir ce type de plateforme de commentaire de discours se développer lors de la prochaine campagne électorale européenne.

Comment la place de l’UE dans les médias est conditionnée par le respect du pluralisme ?

Les nombreuses transformations du paysage médiatique liées à l’Internet haut-débit, aux nouvelles chaînes de TV ou aux radios numériques peuvent menacer la place de l’UE et de l’information européenne. Un meilleur respect du pluralisme dans les médias pourrait consister à sauvegarder, voire améliorer, la place de l’Europe dans les médias. Quels sont les enjeux et les propositions ?

Convergence web-audiovisuel : sauvegarder l’accessibilité à des « contenus d’intérêt général » européens pour tous les publics

Dans le Livre vert « Se préparer à un monde audiovisuel totalement convergent: croissance, création et valeurs », la Commission européenne s’inquiète que « l’accessibilité de « contenu d’intérêt général », y compris dans l’environnement en ligne, pourrait en pratique être limitée par des décisions d’ordre économique, comme celles des fabricants d’équipement, des opérateurs de plateformes ou, bien sûr, des fournisseurs de contenu eux-mêmes ».

En effet, les évolutions en ligne correspondant aux « mécanismes de filtrage, et notamment la personnalisation des résultats de recherche » sans même parler du social design qui conditionne l’affichage des contenus en fonction de l’activité de l’internaute dans le web social pourraient menacer le rôle des médias dans la formation de l’opinion publique.

Dorénavant, il est plus probable que l’internaute reçoive les informations qui l’intéressent et sous l’angle qui lui convient, ce qui limite la diversité des opinions qui lui sont visibles et aboutit à ce que le public se retrouve, selon les termes de la Commission « en situation de vulnérabilité sans même en être conscient ».

Aussi, le respect de l’accessibilité à des « contenus d’intérêt général », notamment de dimension européenne, sur les plateformes du nouveau paysage médiatique, doit être sauvegardé pour tous les publics. Une préoccupation que n’aborde pas le Livre vert.

Multiplication des chaînes radio/TV : améliorer la visibilité du débat politique européen

Autre évolution, notamment perceptible en France, l’éclatement du paysage audiovisuel avec la multiplication des chaînes de TV, notamment les chaînes parlementaires et d’information en continue pour laquelle la place de l’Europe ne semble pas suffisamment considérée.

Pour améliorer la visibilité du débat politique européen dans les médias audiovisuels français, la Fondation Terra Nova publie une note qui formule des propositions s’appuyant sur le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA).

Dans le cadre du respect du pluralisme et de l’honnêteté de l’information et des engagements européens, le CSA pourrait d’ores et déjà dans le cadre de ses missions :

  • assurer le respect par les chaînes de service public de leurs obligations en matière de débat politique européen et d’information européenne ;
  • assurer un temps de parole équilibré dans les médias audiovisuels aux représentants politiques européens dans les mêmes conditions que les élus nationaux et locaux ;
  • assurer la représentation du débat parlementaire européen dans les mêmes conditions de visibilité et de diffusion des débats parlementaires nationaux.

Les transformations du paysage médiatique doivent être une opportunité pour assurer un meilleur respect du pluralisme européen. Des propositions respectueuses des législations actuelles pourraient être aisément mises en œuvre pour conforter la place de l’Europe dans les médias.