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Abstention record aux élections européennes : communiquer et politiser contre les paradoxes du déficit démocratique de l’UE ?

Alors que sous l’angle de l’abstention, les élections européennes de 2009 se sont inscrites dans le prolongement des scrutins précédents avec une baisse continue du taux de participation :

  • 61.99% de participation en 1979 (7 États membres) ;
  • 45.47% de participation en 2004 (25 États membres) ;
  • 43.1% de participation en 2009 (27 États membres) ;

plusieurs paradoxes semblent conforter le déficit démocratique malgré un contexte historiquement favorable et des pouvoirs accrus du Parlement européen…

Paradoxe n°1 : bien que les éléments participants au sentiment d’appartenance à l’UE semblent particulièrement portés par le contexte de crise, l’identité de l’Europe demeure un défi démocratique

Quoique curieusement, les enquêtes Eurobaromètre ne demandent pas aux « Européens » s’ils se sentent « citoyens de l’Union », alors que depuis 1993, le traité de l’Union européenne a institué une citoyenneté de l’Union ;

la dernière enquête Eurobaromètre disponible (EB Standard 70) montrent que les liens qui unissent les citoyens européens sont d’une actualité brulante permettant de renforcer le « sentiment d’européanité, (qui) constitue un défi essentiel pour l’Union pour résorber le déficit démocratique » selon Camille Lépinay : « Les Européens se sentent-ils vraiment Européens ? ».

Éléments participant à la construction de l’identité européenne, selon les Européens :

  • l’Euro, en tête des éléments constitutifs de l’identité européenne pour son rôle de stabilisateur et d’amortisseur de la crise ;
  • les valeurs démocratiques, qui s’illustrent magistralement avec les élections européennes.

Pourtant, malgré ce contexte particulièrement favorable pour conforter l’identité européenne, la désaffection des électeurs européens se répand au point que pour Louis Chauvel, « le défi central de la construction européenne est aujourd’hui celui de la constitution d’un demos européen » :

  • Les élites culturelles sont presque unanimement favorables au projet de construction européenne ;
  • Le reste de la population partage un « euroscepticisme communicatif ».

Seule solution : communiquer afin de renforcer la crédibilité du projet européen :

Communiquer de telle sorte, selon Louis Chauvel, que « le décalage entre des discours institutionnels communicationnels dont l’enthousiasme va culminant et les réalités auxquelles font face les populations » se réduise. En somme que le fossé entre Europe objective et Europe subjective soit comblé.

2ème paradoxe : bien que les pouvoirs du Parlement européen se soient considérablement accrus, la légitimité du Parlement européen demeure un défi démocratique

Quoique régulièrement les traités ont élargi les pouvoirs du Parlement européen – notamment la codécision avec le Conseil, la validation du budget ou le contrôle de la Commission – la dernière élection européenne montre que l’intérêt des citoyens pour l’institution s’est encore réduit, comme l’analysent les chercheurs Julia De Clerck-Sachsse et Piotr Maciej Kaczyński du Centre for European Policy Studies (CEPS) dans « The European Parliament : more powerful, less legitimate ? ».

Éléments justifiant de l’érosion de la légitimité du Parlement européen :

  • raison structurelle : le multilinguisme rend les débats difficiles à suivre ;
  • raison politique : l’absence de division forte entre partis appartenant à une majorité ou à une opposition rend les coalitions difficile à suivre ;
  • raison électorale : l’absence de cristallisation de la campagne électorale autour d’un thème, à fortiori à l’échelle européenne plutôt que nationale, rend les candidats difficiles à suivre ;
  • raison d’organisation: le travail en commissions tend à réduire la législation européenne à des mesures techniques plutôt que des positons idéologiques d’autant plus difficile à suivre ;
  • raison institutionnelle : l’absence de conséquence du scrutin européen sur les gouvernements européens rend les enjeux.

Seule solution : politiser afin de renforcer la légitimité du Parlement européen :

Politiser, de telle sorte que l’institution soit perçue comme véritablement politique au-delà des cercles bruxellois. En somme, un forum démocratique avec des controverses partisanes transeuropéennes sur les politiques publiques de l’UE.

Ainsi, lutter contre le déficit démocratique de la construction européenne, c’est s’attaquer à l’identité de l’Europe et à la légitimité du Parlement européen qui demeurent aujourd’hui un défi démocratique.

Elections européennes : Internet au cœur de l’information des citoyens

Alors que ce sont « près de sept individus sur dix âgés de 15 ans et plus qui se connectent au moins une fois par mois à Internet (…) le comportement politique en ligne des Français devient un véritable enjeu », étudié par l’Observatoire Ifop de la netcampagne…

Internet, le média de référence pour se forger une opinion politique

Invitée à préciser l’utilité de chacune des grandes familles de médias pour arrêter leur choix, une nette majorité des personnes interrogées a désigné Internet (56%). Viennent ensuite la télévision (50%), la radio (47%), la presse écrite nationale (44%), la presse écrite régionale (40%) et la presse gratuite (27%).

Internet, une source d’information politiquement neutre pour faire son choix

Fait remarquable, les chiffres varient assez peu d’un électorat à l’autre. Les électeurs du Front de gauche sont les moins enclins (52 %) à juger Internet « utile » pour arrêter leur choix, tandis que ceux de l’UMP plébiscitent ce média à 64%, tout comme l’électorat du MoDem et du NPA (62% tous les deux). En milieu de tableau, on retrouve les électeurs des listes socialistes (56%) et celles d’Europe Ecologie (58 %). Internet arrive donc en tête chez cinq des six principaux électorats, seuls les électeurs socialistes citant davantage la radio.

Internet, un outil principalement utilisé pour des recherches sur l’actualité et dans une moindre mesure sur les candidats et les programmes

Les activités pratiquées au cours de la campagne se sont principalement focalisées sur la recherche d’informations sur l’actualité politique (34%) quoique davantage du côté des cadres et des professions libérales que parmi les employés (31% contre seulement 13 %) et en agglomération parisienne (29% contre 19% dans les communes rurales).

Les activités proprement politiques sont pratiquées par moins de 20% des internautes :

  • 16% ont visité régulièrement des sites de candidats ;
  • 14% ont visionné des vidéos politiques en ligne – « alors que la plupart des état-major politiques ont axé une partie de leur communication « online » sur l’utilisation de ce support » selon le blog E-toile de Touteleurope ;
  • 12% ont visité un blog politique ;
  • 11% ont transféré à des proches des informations sur la campagne.
  • 6% ont participé à des débats en ligne, les plus actifs se recrutant parmi les moins de 25 ans (10% de participants réguliers).

Ainsi, la campagne des élections européennes révèle l’importance devenue forte d’Internet dans l’information des citoyens et a contrario l’importance encore faible d’Internet dans la communication politique.

Elections européennes : plaidoyer pour une campagne électorale officielle sur Internet

Afin de mieux faire vivre la démocratie, « la mise en place de règles particulières s’est peu à peu imposée comme une nécessité, lors des périodes électorales, afin que tous les candidats puissent être entendus, de façon relativement équitable, de l’ensemble des électeurs », selon Vie Publique

Conformément aux principes de l’accès équitable aux médias et de l’égalité de traitement entre les candidats :

Organisation d’une campagne d’affichage officielle strictement égalitaire : les candidats ou listes bénéficient d’un traitement strictement égalitaire s’agissant de l’affichage officiel dans la rue.

Organisation d’une campagne audiovisuelle officielle relativement équitable : les candidats ou listes pour les élections bénéficient d’un temps de parole dans la cadre de la campagne audiovisuelle officielle, qui est fonction de leur représentativité au Parlement et de leur résultats lors des élections précédentes.

Interdiction de toute communication politique publicitaire en période électorale :

  • Trois mois avant le scrutin, toute forme de communication électorale publicitaire est totalement interdite :dans la presse, à la télévision, à la radio et même sur Internet, puisque l’achat de liens sponsorisés est interdit : voir billet sur l’enjeu du référencement des sites de campagne).
  • Six mois avant le scrutin, les campagnes publicitaires des collectivités locales sont interdites, afin d’éviter l’auto-promotion des réalisations et de la gestion de la collectivité.

Ainsi, ces règles encadrant la communication politique en période électorale font l’objet d’une règlementation précise scrupuleusement contrôlée, notamment par le Conseil d’Etat ou le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA).

Conformément à la décision du Conseil Constitutionnel du 10 juin 2009 sur la loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet :

« en l’état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu’à l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions » (considérant n°12 relatif à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 sur la libre communication des pensées et des opinions)

On peut considérer qu’il devient nécessaire d’étendre les règles de la campagne électorale officielle à Internet :

Création d’un portail public officiel sur les élections et les candidats strictement égalitaire : les candidats ou listes bénéficieraient d’un traitement strictement égalitaire s’agissant de la présentation de leur matériel de campagne (bulletins de vote et professions de foi en format électronique) et les citoyens auraient accès à toutes les informations officielles sur le scrutin.

Organisation du vote électronique sur Internet afin de lutter efficacement contre l’abstention, notamment des jeunes.

Ainsi, un meilleur usage d’Internet en période électorale permettrait notamment de mieux faire connaitre les programmes des candidats et d’améliorer le débat démocratique.

Puisque l’élection européenne est réputée « ne pas intéresser les citoyens, car ses enjeux sont complexes et les pouvoirs des élus difficiles à cerner. Raison de plus, selon le blog d’Olivier Ezratty, que de se poser les questions de la pédagogie politique et d’un meilleur usage de l’Internet ».

En quoi la nouvelle composition politique du Parlement européen permettrait un meilleur traitement médiatique des débats au sein de cette assemblée ?

Au-delà des réflexions nécessaires sur l’inquiétant recul continu de la participation électorale depuis les premières élections en 1979, Il semble important de s’intéresser aux conséquences institutionnelles et médiatiques des résultats du scrutin européen de juin 2009…

Les résultats du scrutin de juin 2009 : victoire des partis modérés sur les partis d’extrême

Le scrutin se caractérise par un relatif renforcement de la droite et du centre droit par rapport à la gauche :

  • en 2004, victoire de la droite et du centre droit dans 14 États membres et la gauche dans 11
  • en 2009, la droite et le centre droit sont victorieux dans 20 États membres et la gauche dans 7 (Slovaquie, Malte, Danemark, Grèce, Roumanie, Suède, Estonie).

Le scrutin se caractérise également par une relative stagnation des extrêmes (les partis d’extrême droite atteignent un résultat à 2 chiffres dans 8 États membres : Belgique, Pays-Bas, Hongrie, Finlande, Autriche, Danemark, Bulgarie et Italie).

Ainsi, suivant un premier niveau de lecture du scrutin, « face à la crise économique, les Européens ont majoritairement exprimé leur confiance aux forces modérées qui proposaient des réponses européennes aux problèmes », selon la lettre n°399 du 15 juin de la Fondation Robert-Schuman.

Vers une radicalisation des clivages entre les groupes exigeants et les groupes réticents

Quelle que soit la recomposition du paysage politique en Europe, pour prendre un second niveau de lecture du scrutin proposé par Gaëtane Ricard-Nihoul, secrétaire générale de Notre Europe dans « Elections européennes : cinq réflexions pour susciter le débat », « un clivage assez profond semble donc s’installer entre :

  • les Européens exigeants quant à leur représentation à Bruxelles : « ils n’acceptent plus que l’action européenne soit prise en otage par les querelles nationales et qu’il y ait un décalage entre discours et réalité des actes ».
  • les Européens réticents quant à l’intégration européenne : « leur position se renforce par la montée des partis d’extrême droite qui instrumentalisent l’euroscepticisme et par l’exploitation par les eurosceptiques du discours sur le caractère non démocratique de l’UE ».

Conclusion de Gaëtane Ricard-Nihoul, « il faut donc s’attendre à une prochaine législature où les positions se radicalisent quant à la perspective de l’intégration politique de l’UE ». Il s’agit d’un point de vue assez proche de Jean-Dominique Gillani, président de la Fondation Robert-Schuman dans une tribune « Ce que permettra la nouvelle physionomie du Parlement de Strasbourg » dans Le Figaro du 9 juin : « De nouvelles alliances sont possibles pour trouver des majorités sur les textes en discussion. Le rôle pivot du centre droit n’est pas contesté. Il lui permet l’expression d’une nouvelle vision de l’Union, plus politique, plus offensive… ».

Vers une médiatisation des débats parlementaires européens

Selon Gaëtane Ricard-Nihoul, « ‘cette cristallisation du débat sur la nature et la perspective politique de l’Union serait sans doute bienvenue :

  • pour attirer les médias qui aiment la polémique vers le Parlement européen ;
  • pour rendre les options politiques défendues par celui-ci plus lisibles pour le citoyen ;
  • pour mettre au grand jour des divergences fondamentales entre forces politiques et Etats membres, trop souvent mises sous le boisseau.

Avec cette nouvelle configuration politique au Parlement européen, les nouveaux eurodéputés pourraient être davantage présents dans le débat public à condition qu’ils se conforment davantage aux critères de sélection médiatique, notamment :

  • meilleure personnalisation des courants idéologiques à travers des leaders identifiés par les médias ;
  • meilleure spectacularisation des arguments politiques à travers des prises de parole calibrées pour les médias.

Ainsi, les résultats du scrutin impliquent une nouvelle composition politique du Parlement européen qui pourrait également induire un meilleur traitement médiatique des débats au sein de cette assemblée.

Communication politique lors des élections européennes : quelles leçons tirées de la campagne des listes Europe-Ecologie ?

Plus d’une semaine après les résultats du scrutin européen – marqués en France par le succès de la liste Europe-Ecologie – il s’agit de tenter de tirer des leçons de la campagne des listes Europe-Ecologie en matière de communication politique ?

Premier enseignement : il faut renouveler les pratiques des hommes politiques afin de renforcer la lisibilité de la communication politique

Pour Benoit Thieulin – le concepteur de la cyber-campagne Europe Ecologie – interrogé par David Abiker de France Info dans Parlons net, samedi 13 juin, la stratégie à consister à renouveler les pratiques afin de renforcer la lisibilité de la communication politique.

En dépit d’un contexte défavorable au départ pour les listes Europe Ecologie (septembre-octobre 2008) :

  • La presse considère que l’unité de ces listes hétéroclites ne marchera pas ;
  • Les sondages indiquent qu’avec la crise, il faut parler du social ;
  • Les responsables politiques de gauche pensent que c’est l’anti sarkozisme qui rassemble ;

Le positionnement pour lancer les listes Europe-Ecologie repose sur le renouvellement des pratiques :

  • créer une dynamique de rassemblement avec des listes élargies à des non professionnels de la politique ;
  • démarrer la campagne des européennes très tôt ;
  • parler exclusivement d’Europe et d’écologie.

S’appuyant sur ces nouvelles pratiques, la communication politique sort renforcée notamment via une présence médiatique à l’unisson des têtes de listes permettant de concentrer les citations dans les JT (de seulement 9 secondes en moyenne) sur l’Europe et l’écologie.

Deuxième enseignement : il faut renouveler les usages du web afin de démultiplier l’efficacité de la communication politique

Toujours selon Benoit Thieulin dans Parlons net, la stratégie à également consister à renouveler les usages du web afin de démultiplier l’efficacité de la communication politique.

L’utilisation d’Internet s’est orientée vers une double fonction :

  • l’arrimage des contacts « virtuels » avec les citoyens, notamment à travers la présence sur les réseaux sociaux ou le buzz autour d’un lipdub collectif (vidéo de chanteurs en play-back réalisée avec des militants de toute la France : 50 000 vues en 2 semaines).
  • la fédération des énergies militantes dans la vie « réelle », ainsi selon La Croix du 3 juin : « Européennes : les politiques tentent de mobiliser avec les réseaux sociaux » : « l’internaute, après avoir signé « l’appel » du rassemblement, rejoint la communauté virtuelle, peut y créer son propre groupe local, y discuter et créer des événements dans la « vraie vie »…

Ainsi, le nouvel usage politique du web – largement inspiré de la campagne du candidat Obama – permet de créer un nouvel « e-militantisme » : on ne s’adresse plus seulement à un citoyen-électeur mais à un média-prescripteur à part entière qui crée de la valeur ajoutée pour la campagne.

Troisième enseignement en contre-point : il faut profiter des circonstances offertes par la société médiatique

La volonté de renouveler les pratiques et les usages ne serait rien sans la capacité à saisir les opportunités que l’air du temps ou l’inconscient collectif offre pour démultiplier la communication politique.

Profiter de l’air du temps saturé par l’écologie (paquet climat-énergie à l’échelle de l’UE, Grenelle de l’environnement en France, diffusion de Home – le documentaire de Yann Arthus-Bertrand, l’avant-veille du scrutin, etc.) afin d’étiqueter la liste autour de cet enjeu (les électeurs se contentant le plus souvent du nom de la liste sans lire le programme).

Profiter de l’image de figures politiques qui résonnent dans l’inconscient collectif (Cohn-Bendit : dissidence, révolution, changement, énergie, impertinence & Eva Joly : intégrité, justice, légitimité, honnêteté, anticorruption) afin de se conformer aux critères de sélection et d’intérêt des médias.

Ainsi, le succès de la campagne des listes Europe-Ecologie repose à la fois sur une communication lisible et efficace et sur une instrumentalisation heureuse des circonstances.