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Comment renforcer la communication entre l’UE et les citoyens ?

La communication directe entre les institutions européennes à Bruxelles et les citoyens européens reste un défi car il y a conflit entre une conception rationnelle et technique de ce qu’est l’UE et une perception beaucoup plus émotionnelle des citoyens. Pour combler ce hiatus, l’UE doit nouer des liens avec les citoyens qui eux doivent interagir de manière proactive avec les institutions de l’UE, selon Víctor Villanueva Ferrer dans « Strengthening Communication Channels Between the EU and EU Citizens: An Audience-Centric Approach ». Plus facile à dire qu’à faire…

La Commission Juncker : un programme politique et une nouvelle stratégie de communication bidirectionnelle avec les publics

Juncker vise à créer des liens entre politique et communication avec ses dix priorités politiques. La Commission Juncker abandonne l’idée que la communication est une stratégie à part et procède à son intégration dans l’agenda politique.

Il semble que ce soit une bonne stratégie pour capter l’attention des publics : au lieu de se concentrer sur les aspects juridiques ou institutionnels de l’Union, l’UE considère les dix priorités comme les principaux sujets à communiquer. De cette façon, l’UE cesse de communiquer sur des sujets décisionnels perçus comme trop bureaucratiques et détachés de la vie quotidienne. Au lieu de cela, l’UE communique sur les dix priorités qui reflètent les priorités des citoyens de l’UE dans les enquêtes Eurobaromètre.

Face à la pression du Brexit, de Trump et des néonationalistes en Europe, le destin démocratique de l’Union est remis en question comme jamais auparavant, l’UE doit redoubler d’efforts pour gagner une légitimité renouvelée aux yeux de l’électorat européen, à « gagner les cœurs et les esprits » basé sur un « engagement émotionnel actif » qui ne repose ni sur des revendications populistes ni sur la propagande mais vise à construire une Europe centrée sur les citoyens.

Alors que l’approche unidimensionnelle des moyens de communication traditionnels, enrichis par les actions du Service du porte-parole auprès des journalistes, sont majoritairement utilisés par les personnes âgées de 55 ans et plus ; pour les moins de 40 ans, Internet étant leur principale source d’information, l’approche bidirectionnelle semble mieux fonctionner avec des outils de participation physique et électronique.

Les dialogues citoyens représentent le dispositif interactif permettant aux citoyens de s’exprimer. Ainsi, la Commission Juncker aura conduit 1 572 dialogues citoyens. D’autres outils de communication ont été considérés comme jouant un rôle de plus en plus important au niveau national comme les réseaux européens, les représentations dans les États membres et les centres d’information Europe Direct.

La Commission von der Leyen : une approche de la communication ascendante centrée sur les publics

Ursula Von der Leyen, première femme à occuper la présidence de la Commission européenne s’appuie sur son « agenda pour l’Europe » autour de six grandes ambitions : le Green Deal, une économie luttant pour l’équité sociale et la prospérité, une Europe adaptée à une ère numérique sûre et éthique, protéger le mode de vie et les valeurs européennes, une Europe plus forte dans le monde et un nouvel élan pour la démocratie européenne.

Selon le Plan stratégique 2020-2024 de la Direction Générale de la Communication, ces priorités sont au centre de l’attention de la DG COMM. Ursula von der Leyen vise à prolonger l’approche centrée sur les publics établie par Jean-Claude Juncker : « Je veux renforcer le lien entre les personnes et les institutions qui les servent, réduire l’écart entre les attentes et la réalité et communiquer sur ce que fait l’Europe » ; « Les Européens doivent avoir leur mot à dire sur la manière dont leur Union est gérée et sur ce qu’elle produit. C’est pourquoi je crois que nous avons besoin d’une conférence sur l’Europe ».

Même s’il est encore trop tôt pour voir les résultats des efforts de communication européenne ascendante, il semble que l’UE devrait continuer à ouvrir la voie à la pleine mise en œuvre de l’approche actuelle centrée sur les publics.

Afin de mieux tenir compte des opinions des citoyens de l’UE, l’approche ascendante de la communication européenne renforcée et améliorée permettrait non seulement de se conformer au principe de transparence et aux valeurs démocratiques de l’UE mais surtout de parvenir à la légitimation et à la responsabilité et la nature démocratique de l’Union.

Communication de la Commission européenne : le programme de travail en 2022

Avec pour mission de renforcer les liens entre les citoyens et les institutions qui les servent, de réduire l’écart entre les attentes et la réalité et de communiquer sur ce que fait l’Europe, la DG Communication se voit confier un vaste programme de travail pour l’année

Services de communication exécutive et corporate : 47 506 000 €

Deux lignes directrices animent la première mission de la DG COMM :

  • Une meilleure conceptualisation des politiques de l’UE : la communication fournit intelligences politique et économique et analyses spécifiques à chaque pays ;
  • Une meilleure image pour la Commission et l’UE : la communication assure la cohérence des messages autour des priorités politiques associée à une image de marque visuelle distinctive.

1. Le portail web Europa : le contenu politique des sites web de la Commission (par exemple, le Collège, les priorités, les actualités) et du site web interinstitutionnel de l’UE.

2. Les Eurobaromètres : les enquêtes génériques ou ad hoc portant sur des thèmes spécifiques et/ou des groupes cibles spécifiques, ainsi que des études qualitatives. Des synergies sont systématiquement recherchées par le biais d’une programmation annuelle avec d’autres directions générales et une coordination avec le Parlement européen.

3. Les studios de télévision et Europe by Satellite : des services audiovisuels, y compris la production d’actualités et de programmes audiovisuels et de clips vidéo pour les médias sociaux (YouTube, Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram).

4. La médiathèque et la production audiovisuelles : actualités vidéo (reportage en direct et en différé, actualité montée), principalement destinée à l’usage des médias ; production multimédia grand public ; événements d’information et soutien technique aux journalistes ; couverture vidéo et photo de l’actualité de l’UE.

5. Veille médiatique et analyse des médias : feedback continu sur la couverture médiatique de la Commission et de l’UE dans tous les États membres ; analyse quantitative et qualitative des médias sur l’impact médiatique des politiques prioritaires de la Commission dans les États membres, couvrant tous les types de médias (presse écrite, médias en ligne, médias audiovisuels et médias sociaux).

6. Abonnements à des sources d’information telles que agences de presse et fournisseurs d’informations.

7. Soutien à la communication, y compris conception graphique, concepts visuels, infographies, visualisations de données, contenus animés et interactifs.

8. Médias sociaux pour la gestion des comptes centraux et locaux : planification éditoriale ; animation communautaire ; surveillance et analyse des données ; alertes en direct lors de moments politiques clés ; soutien au réseau de community managers ; campagnes de communication, y compris l’achat médias.

Représentations de la Commission : 26 026 000 €

Produits et services de communication conçus pour informer et dialoguer avec les citoyens, par le biais de messages simples, clairs et compréhensibles, soit via une combinaison de canaux et de médias, soit directement avec les citoyens et en stimulant les échanges et l’engagement en face à face :

1. Communication :

  • Liens avec les autorités nationales, régionales et locales, les médias et les parties prenantes, et les citoyens en général ;
  • Appui à la préparation, à la conduite et au suivi des visites formelles ou informelles dans les États membres ;
  • Analyses et rapports approfondis, sur les principaux problèmes politiques, économiques et liés à la communication selon les sensibilités de communication nationales et locales.

2. Rayonnement local et coopération entre les représentations et les bureaux de liaison du Parlement européen, sous la marque « Maisons de l’Europe ».

3. Les activités de soutien local couvrant la formation et le soutien des centres Europe Direct, des centres européens de documentation (CED) et du réseau Team EUROPE DIRECT.

4. Information des journalistes : organisation d’événements d’information, visites des institutions et organes de l’UE, studios de la Commission et soutien technique des journalistes, information, points presse et bulletins d’informations.

Services de communication aux citoyens : 17 504 000

Informer et dialoguer avec les citoyens par le biais de messages simples, clairs et compréhensibles pour aider les citoyens à accéder à des informations actualisées et conviviales sur les politiques et les valeurs de l’UE, en les incitant à s’engager directement :

1. Réseaux – gestion et soutien : centres EUROPE DIRECT, centres européens de documentation et réseau EUROPE DIRECT.

2. Services d’information : exploitation et développement du centre de contact Europe Direct, qui fournit des services gratuits d’information générale multilingue sur les questions européennes.

3. Dialogues citoyens, axés sur les panels de citoyens de l’UE, la plate-forme et les événements autour de la conférence sur l’avenir de l’Europe.

4. Centre des visiteurs : activités liées au centre d’information Experience Europe au Rond-Point Schuman à Bruxelles et Europa Experiences dans 5 États membres où ces espaces d’exposition interactifs existent actuellement, ainsi qu’à Paris et Rome, où Europa Experiences devrait ouvrir en 2022.

5. Rapport général et publications : production, diffusion et promotion de publications et de supports de communication en ligne et hors ligne pour les citoyens qui expliquent ce qu’est l’Union européenne, ce qu’elle fait, quelles sont ses priorités actuelles et comment elles affectent positivement la vie des citoyens.

Politique d’information et communication stratégique pour l’action extérieure : 2 795 000 €

Contributions de la politique étrangère et de sécurité commune, des relations extérieures, de la coopération et des partenariats internationaux, de la politique européenne de voisinage, de l’élargissement, de la prévention des conflits et des politiques/programmes humanitaires ; l’objectif général est de montrer la valeur ajoutée du soutien de l’UE dans différents domaines de la vie des personnes.

En 2022, la campagne NextGenEU continuera d’informer sur les efforts de l’UE dans la reprise de la crise mondiale du coronavirus, tant du point de vue de la santé publique que du point de vue économique. La campagne expliquera également le rôle moteur de l’Europe dans la lutte contre l’urgence climatique planétaire autour de l’objectif zéro carbone 2050, le Green Deal et les politiques environnementales connexes qui sont d’intérêt européen et mondial, par exemple dans le domaine de la biodiversité. La campagne NextGenEU s’adressera en particulier aux jeunes, d’autant plus que 2022 sera l’Année européenne de la jeunesse.

Illusions institutionnelles et monolinguisme de la communication européenne sur les médias sociaux

Dans un système de 23 langues officielles, certaines sont en pratique plus égales que d’autres, et en particulier les institutions européennes se sont illusionnées en sacrifiant à la promotion d’une sphère publique européenne, des pratiques de communication linguistiques hégémoniques où l’anglais domine, selon Kaisa Koskinen dans « Social media and the institutional illusions of EU communication »…

Des « illusions institutionnelles » du multilinguisme plus théorique que pratique

Dans la théorie littéraire, le concept de « la suspension volontaire de l’incrédulité » ou « foi poétique » développé par William Coleridge en 1817, fait référence à l’acceptation par les lecteurs de la fictionnalité de la fiction. Nous acceptions les règles de la fiction pour profiter d’une histoire divertissante.

Les politiques linguistiques institutionnelles reposent sur une attitude quelque peu similaire en ce sens qu’elle implique une ignorance volontaire de certains aspects pragmatiques de la vie quotidienne au profit d’un principe d’« illusions institutionnelles ». Le multilinguisme peut être à jamais inaccessible dans la vie quotidienne, mais il peut être nécessaire de continuer « comme si » il était la réalité car l’abandonner ferait s’effondrer la construction d’ensemble.

De la « cyberécologie linguistique » virtuelle : le monolinguisme pragmatique des institutions européennes

Les illusions institutionnelles d’égalité et d’équivalence entre les langues n’ont pas survécu au passage aux médias sociaux. Le choix de l’anglais en tant que lingua franca européenne s’est réalisé sans discussion des questions d’égalité et d’accès à l’information, afin de favoriser un dialogue européen en atteignant directement les citoyens intéressés par les affaires européennes au détriment du multilinguisme institutionnel. L’anglais devient la langue commune par laquelle les Européens se comprennent ; rien à voir avec l’impérialisme linguistique britannique ou américain et tout à voir avec l’aspect pratique.

Le développement simultané de se connecter directement aux citoyens en adaptant la communication aux besoins locaux s’est traduit, si l’on peut dire par le détachement d’une partie des traducteurs dans des bureaux locaux et la création d’une unité de traduction web distincte à Bruxelles. Les traducteurs de ces deux unités ont pour tâche explicite de briser l’illusion d’équivalence dans leurs stratégies de traduction et de commencer à localiser les communiqués et pages web en adaptant à la fois leur style et leur contenu aux mieux se conformer aux intérêts locaux dans la culture cible.

Sur les réseaux sociaux, la plupart des profils dans des langues autres que l’anglais sont ceux mis en place par les représentations locales et la coexistence avec d’autres langues que l’UE est devenue rare.

L’anglais est en effet majoritaire sur la chaîne Youtube de la Commission européenne EUtube qui permet les commentaires, et il y en a souvent, majoritairement en anglais. EuroparlTV, en revanche, la webTV du Parlement euuropéen est une chaîne à sens unique, diffusant des informations dans plusieurs langues mais n’invitant à aucune réponse.

Dans ces lignes directrices pour une action responsable dans les médias sociaux, la Commission européenne ne s’exprime pas sur les langues à utiliser. La pratique où l’anglais domine a été autorisée à se développer de manière organique, car L’utilisation d’une langue commune dans les discussions accroît les possibilités d’une sphère publique européenne commune.

Du « linguicisme » : le monolinguisme dans la participation des « citoyens »

Les principes du multilinguisme institutionnel sont bouleversés dans les médias sociaux : le multilinguisme institutionnel a traditionnellement permis aux citoyens de rester individuellement monolingue, mais comme l’institution est désormais plutôt monolingue en n’utilisant que l’anglais dans les médias sociaux, c’est aux commentaires des citoyens d’introduire davantage de langues. Cependant, peu d’entre eux sont disposés à le faire. La majorité des commentateurs optent pour le renforcement du choix linguistique préétabli par l’institution.

Si l’objectif est de permettre une participation démocratique de tous les groupes linguistiques, l’absence de toute régulation institutionnelle des pratiques langagières dans les médias sociaux est donc frappante. Cette absence de politique linguistique explicite laisse place à une évolution que l’on pourrait qualifier de linguicisme, c’est-à-dire de pratiques qui légitiment ou reproduisent une répartition inégale du pouvoir et des ressources sur la base de la langue.

Si la Commission européenne avait une politique de traduction réfléchie pour les médias sociaux, elle aurait pu résoudre différemment la question du multilinguisme. L’unité de traduction web distincte aurait pu élargir sa portée pour inclure les médias sociaux, sachant qu’il existe désormais des services de traduction commerciaux qui fournissent des traductions automatiques pour les besoins des médias sociaux instantanément.

De deux choses l’une sur les réseaux sociaux, soit les pratiques soutenant l’hégémonie de l’anglais sont le résultat accidentel d’un développement organique des stratégies de communication de la Commission européenne, soit il existe des motivations considérées comme plus précieuses qu’un régime linguistique égalitaire pour créer une identité européenne commune et un sentiment d’appartenance et in fine une sphère publique européenne partagée.

Il est évident que l’utilisation croissante des médias sociaux par les institutions de l’Union européenne a un effet profond sur leur paysage linguistique virtuel. En l’absence d’une politique linguistique explicite, les pratiques entraînent une perte importante des formes démocratiques de multilinguisme et une augmentation de la prédominance d’une langue, l’anglais.

Si l’égalité entre les langues officielles demeure l’idéologie dominante, il y a très peu de preuves de tentatives de sauvegarde de l’illusion d’égalité. Il s’ensuit que la question de l’équivalence ne se pose même pas dans la plupart des cas. L’illusion d’équivalence n’a donc pratiquement aucune place dans ces forums.

Si l’on devait identifier quels types d’illusions sont venues remplacer les anciennes : la première illusion est que si la politique linguistique n’est pas explicitée, elle n’existe pas ; la seconde est que tout le monde connaît l’anglais ; la troisième pourrait être que la langue n’est qu’une question pragmatique de communication, sans rapport avec les questions d’identification, d’idéologie, de politique, de pouvoir ou d’éthique.

Sur les médias sociaux, la politique linguistique hégémonique émergente basée sur l’anglais peut bien soutenir l’objectif politique de créer la sphère publique européenne, mais il faut accepter que cette sphère publique ne sera pas « sociale », mais sera alors une construction d’élite non accessible à ceux qui ne sont pas adeptes du numérique et ne maîtrisent pas bien l’anglais.

Décryptage des communiqués de presse de la Commission européenne

La Commission européenne n’a cessé de se féliciter d’une « meilleure communication avec les citoyens européens », investissant dans des ressources, des stratégies et du personnel professionnel. Pourtant et toujours, l’image d’une technocratie détachée semble imprimer. Pourquoi ?

C’est la question que se pose le chercheur Christian Rauh qui s’est plongé dans l’analyse des 44 978 communiqués de presse que la Commission européenne a publié entre 1985 et 2020 : « From the Berlaymont to the citizen? The language of European Commission press releases 1985-2020 ».

La communication de la Commission européenne fait partie du problème

Face à la demande croissante de communication de la Commission vers le citoyen européen, l’offre abondante de communication de la Commission n’y répond guère. La communication de la Commission européenne semble fortement liée à son identité institutionnelle ambiguë. Ayant commencé comme une technocratie plutôt détachée au service des gouvernements nationaux, le dorénavant « exécutif » supranational relativement puissant, visible dans la sphère publique n’a pas suffisamment fait évoluer ses pratiques.

Non seulement, les tâches de communication sont de plus en plus institutionnalisées à cause de la politisation générant des incitations stratégiques à communiquer de manière plus proactive avec le citoyen européen, mais surtout, un état d’esprit technocratique omniprésent, des responsabilités peu claires et multiples, et la prudence stratégique qui en résulte réduisent les capacités de parler plus efficacement aux citoyens européens au cours des dernières décennies.

C’est à dessein que le service des porte-parole du président Juncker a réduit le nombre de communiqués de presse afin d’aider les journalistes qui couvrent l’UE à identifier ce qui est pertinent parmi les centaines d’infos qui sortent quotidiennement et aussi afin de mieux cibler les journalistes autour de sujets susceptibles d’attirer leur attention.

Le volume injustifié des communiqués de presse de la Commission européenne

European_Commission_press_releases_over_timeLa quantité d’informations publiques observée ici n’est pas proportionnelle à la croissance des compétences politiques ni corrélée à la production législative de la Commission européenne.

Il est frappant de voir que les baisses majeures de la production de communiqués de presse se sont produites dans des périodes de forte politisation de l’UE, par exemple à la suite de l’eurocrise, de la crise de Schengen ou du débat sur le Brexit.

Une communication plus proactive ne reflète donc pas nécessairement plus ou une meilleure information pour l’ensemble des citoyens. Au contraire, davantage de communication pourrait également créer une confusion politique ou brouiller, désamorcer ou même obscurcir les responsabilités politiques.

La langue technocratique des communiqués de presse de la Commission européenne

Les communiqués de presse sont très pertinents à analyser :

  1. Des efforts de communication conscients uniquement produits pour transmettre un message au grand public ;
  2. Une sélection des messages préférés de la Commission avant la sélection ou l’encadrement journalistique et par d’autres acteurs politiques ;
  3. La forme la plus classique de communication avec une vaste expérience sur une longue période.

Le langage extrêmement technique, beaucoup plus proche du discours scientifique que du langage des cadres nationaux ou des médias publics, n’est pas motivé par les sujets politiques sur lesquels la Commission communique et, de manière frappante, sans guère changé au cours des près de 35 ans d’intégration européenne observés ici – notamment une période au cours de laquelle les compétences politiques de la Commission et la politisation publique de l’UE se sont nettement accrues. Par conséquent, le jugement du chercheur est sans appel, la Commission souffre d’un remarquable « déficit de communication » comportemental.

Le langage que la Commission européenne alimente dans le débat public est significativement moins accessible que le langage que les citoyens éprouvent habituellement lorsqu’ils consomment des informations politiques. En fait, la manière dont la Commission communique avec le public est plus proche de la manière dont les politologues communiquent entre eux.

Ce que la Commission nourrit dans le débat public est très différent du langage politique que les citoyens européens rencontrent habituellement. En fait, cela ressemble plutôt à une prose académique spécialisée.

Même lorsque la Commission européenne couvre des sujets similaires à ceux des exécutifs nationaux, la communication est presque toujours moins accessible : complexité du langage, familiarité du vocabulaire ou expression de l’action.

Au final, la communication de la Commission européenne doit être qualifiée d’extrêmement technocratique. Le style de communication se caractérise par un langage grammaticalement complexe, par un jargon très spécialisé et par un style inhabituellement nominal qui brouille les actions et les choix de la prise de décision supranationale. En plus de 35 ans d’intégration européenne, cela ne s’est guère amélioré.

Pourquoi le style de communication technocratique de la Commission européenne perdure

Dans le contexte actuel où les compétences politiques de la Commission européenne affectent les citoyens européens dans une intégration européenne de plus en plus politisée et contestée dans les débats publics, ce style de communication est au mieux risqué ; au pire, dangereux. Le discours technocratique que cultive la Commission fait trop facilement le jeu de ceux qui veulent construire l’image d’une élite bruxelloise largement détachée du citoyen européen.

Les raisons invoquées sont certainement correctes quoique décevantes. Certaines preuves anecdotiques suggèrent que les querelles bureaucratiques peuvent expliquer l’inefficacité. Une communication hésitante peut indiquer une prudence stratégique et une gestion des risques institutionnels. L’enracinement dans un langage technocratique peut refléter une stratégie de gestion de la politisation qui vise à désamorcer les débats publics critiques en cachant délibérément les décisions prises à Bruxelles.

Au total, les messages hautement technocratiques du Berlaymont aux citoyens européens qui ne sont pas synchronisés avec les débats publics politisés dans l’Union européenne révèle que l’institution n’est pas encore parvenue à intégrer la mission de communiquer au cœur de son action dès l’élaboration des politiques.

Décryptage des dépenses de la DG COMM de la Commission européenne en 2019

A partir d’une masse de 1 245 contrats représentant plus de 110 millions de dépenses en 2019, l’analyse des dépenses de la Direction générale de la Communication au sein de la Commission européenne est révélatrice…

Première approche des dépenses de la DG COMM

Une légère majorité des dépenses engagées correspond aux actions relatives aux campagnes tandis que les dépenses administratives (loyers, déplacements, abonnements presse, etc.) représentent 30% et les frais pour l’assistance technique s’élèvent à 10% (équipements IT et factures tel, etc.). Les fonds distribués à d’autres actions de communication comme Horizon 2020 (Recherche et Développement), Erasmus+ ainsi que les questions agricoles ou rurales sont minimes.

DG_COMM_2019_depenses_generales

Principales dépenses de communication de la DG COMM

En laissant de côté les diverses dépenses de fonctionnement et en rassemblant les différents contrats auprès des principaux fournisseurs de la DG COMM, le détail des actions peut se lire de la manière suivante :

Premier prestataire de la DG COMM, l’institut de sondage Kantar se positionne en tête des prestataires de la Direction générale de la communication avec 9,4 millions d’euros sur l’année, avec 2 types de contrat très différents : les enquêtes Eurobaromètre à 4,7M€ et les services de monitoring média à 4,6M€.

Deuxième prestataire, la société Ausy IT Consulting pèse près de 9 millions d’euros au travers de ses différentes prestations essentiellement web (gestion, gouvernance, analyse sur demande, plateforme technique et outils) et aussi social media pour 1,3M€.

Du côté des campagnes de la Commission européenne, la campagne d’information et de communication corporate menée par l’agence Scholz & Friends représente en cumulé plus de 7M€ tandis que la 2nde campagne corporate pour les zones rurales talonne à 6,9M€ avec comme agence Media Consulta.

Dernier ensemble de dépenses, les productions vidéos et audiovisuelles sont très importantes, entre 4,3M€ pour VideoHouse, 1,2M€ pour la distribution web, 800k+ pour une production audiovisuelle de news sur l’UE avec AllTV.

Enfin, l’opération du Centre de contact Europe Direct s’élève à plus de 4M€.

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Et la communication européenne en France

Avec près d’une centaine de lignes de dépenses et près de 10M€ dépensés, la Représentation de la Commission européenne en France est assez active pour communiquer auprès des citoyens européens.

Une entreprise, Team Work se distingue tant par le volume de contrats, 16 au total, que par le montant global de plus de 2,2M€ :

  • Plus de 1,4M€ pour l’organisation des dialogues citoyens sur l’UE, ces événements dédiés à la rencontre des Commissaires européens avec le grand public.
  • Le reste pour l’organisation des Europe Day, Rock-en-Sein, la semaine de la Jeunesse européenne, les Journées Portes ouvertes et une opération sur le Vieux-Port à Marseille.

Que faut-il retenir ? 3 tendances de la communication de l’Union européenne

D’abord, le digital est partout dans la communication de la Commission européenne; il représente une grande partie des postes de dépenses pour l’animation du portail Europa et ses différents contrats, y compris les réseaux sociaux qui apparaissent mineurs encore pour le moment.

Ensuite, la vidéo est très présente, au travers de plusieurs contrats; le format vidéo (interviews et animations) montre son importance dans la communication de l’UE, ce que l’on ne peut que confirmer en particulier sur les comptes de la Commission européenne sur les réseaux sociaux.

Enfin, les campagnes de communication sont hyper concentrées; sur l’ensemble des principaux postes de dépenses, il ne reste que deux campagnes de communication corporate pour l’outreach traditionnel de la Commission européenne, ce qui est là encore une évolution significative sur ces dernières années.

Au total, l’analyse des dépenses de la DG COMM en 2019 révèle qu’une minorité des dépenses sont affectées aux campagnes de communication, à fortiori celles destinées au grand public.