Comment informer et communiquer sur l’Europe avec les nouveaux formats du web ?

Au cours de l’été, Taybot de l’équipe web du Parlement européen a publié un papier d’angle très intéressant sur les tendances éditoriales actuelles en ligne : live coverage, citizen journalism, social media stories, crowdsourcing, infographies et data journalism… Quelles sont les exemples de ces nouveaux formats du web en matière d’information et de communication européenne ?

Infographie : « les Français et l’Union européenne »

Présenter l’Union européenne : son fonctionnement, sa place dans la vie quotidienne et l’opinion des Français, c’est la prouesse réussie par une infographie réalisée par la Représentation de la Commission européenne à Paris.

En matière d’infographies, le Parlement européen est d’ailleurs devenu un spécialiste et propose un Tumblr et un board sur Pinterest. La Commission européenne se lance également avec des infographies tels que « Are your in control of your personnal data? » ou sur la qualité des conditions de consommation dans l’UE.

Cartographie interactive : « la crise en Europe »

CNN propose une carte interactive des chiffres clés des pays européens : chômage, PIB, croissance et dette. Un exercice factuel très lisible qui souffre néanmoins de l’absence d’analyse.

Data visualization : le réseau des dettes en Europe

Le New York Times réalise une data visualization des flux de dettes entre les principaux pays en crise en Europe : Espagne, Italie, Portugal, Irlande et Grèce. La complexité demeure relativement plus accessible, en tout cas pour un public plutôt averti, quoique malheureusement les données ne sont pas mises à jour depuis la publication en mai 2010.

Animation : l’évolution du personnel politique de Maastricht au traité budgétaire

Le Monde publie une petite frise chronologique animée sur les positions successives de la plupart des responsables politiques sur les principaux traités européens. Une illustration éclairante des parcours individuels et des mouvements collectifs depuis 20 ans.

« Appli » : lecture augmentée du traité budgétaire

Rue 89 réalise une « appli » qui présente le texte du traité et surligne les parties techniques ou sensibles pour en proposer une explication simplifiée. Une lecture facilitée, quoique le commentaire limpide soit plus engagé que pédagogique.

Au total, de nombreuses et multiples exploitation des nouveaux formats du web pour présenter différemment une actualité européenne qui demeure complexe, à l’image de la réalité de l’Union européenne.

Si vous avez des suggestions, n’hésitez pas à les proposer en commentaire.

Quel dispositif de communication numérique autour du 3e discours sur l’État de l’Union de José Manuel Barroso ?

Pour la 3e année consécutive, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a prononcé devant le Parlement européen un discours sur l’Etat de l’Union. Entre ouverture d’un compte personnel sur Twitter, teasing sur Youtube et hangout sur Google+, quel est le dispositif de communication ?

Une communication numérique disposant d’une « mentalité sociale »

A peine une semaine avant ce discours annuel, José Manuel Barroso s’est finalement lancé – après une quinzaine de Commissaires européens – sur Twitter avec un compte personnel @BarrosoEU. Comme l’année dernière, le président de la Commission est l’invité d’une émission diffusée simultanément sur Euronews et Youtube, dont la vidéo-teaser (ci-dessous) est particulièrement dramatique. La nouveauté du cru 2012 réside dans l’organisation en parallèle d’un hangout (chat vidéo) avec ses portes-paroles sur Google+.

Le déploiement en ligne via des médias sociaux permettant le dialogue indique que la communication numérique du président de la Commission réalise progressivement une mue sociale.

La communication en ligne n’est plus inspirée par une démarche exclusivement top-down pratiquée à l’époque des médias traditionnels. Bien davantage toute communication en ligne s’inspire d’une mentalité sociale, qui place l’internaute-citoyen au cœur de la démarche.

Cette approche semble s’inspirer des pratiques observées dans la campagne électorale des présidentielles américaines, qui selon Tony Lockett sur « European Union 2.0 », s’anime autour d’une « mentalité sociale » dans toute la communication numérique.

Une communication numérique souffrant d’« infobésité »

Avec ces multiples canaux numériques, la communication de José Manuel Barroso en ligne est quasiment passée du silence à la cacophonie. Les multiples sources d’information rendent plus imperceptible le fond du message. Que faut-il retenir du discours sur l’Etat de l’Union ?

L’infobésité – pour appliquer le raisonnement de Cadde Reputation à la communication numérique du président de la Commission européenne – ne doit pas seulement être entendu comme un excès de volume mais davantage comme un déficit de qualité.

La communication européenne souffre d’un seuil de tolérance auprès du grand public particulièrement faible, qui entraîne un risque aisé à l’indigestion. La communication autour du discours sur l’Etat de l’Union en multipliant les angles et les canaux déstabilise le régime de consommation de l’information européenne et augmente dangereusement ce seuil d’acceptabilité au sein du grand public, à condition de limiter les messages et de contextualiser toute prise de parole.

Ainsi, la communication numérique de José Manuel Barroso autour du discours sur l’Etat de l’Union doit trouver son point d’équilibre entre une mentalité sociale indispensable et un seuil de tolérance incontournable.

Eurobaromètre : les contrastes de l’opinion publique sur l’Union européenne

Interrogés récemment dans le cadre de deux enquêtes récurrentes – l’Eurobaromètre Standard de la Commission européenne et l’Eurobaromètre du Parlement européen ou Parlamètre – les Européens délivrent des messages pour le moins contrastés sur l’Union européenne…

Image de l’UE : une perception temporellement contradictoire

Dans le Parlamètre EB/PE 77.4, l’image de l’UE – abordée dans l’absolu : « en général, l’image que vous avez de l’UE » – s’améliore aux yeux d’une majorité d’Européens (40% d’opinion positive +9 points par rapport à l’automne 2011 contre 23% d’opinion négative -3).

En revanche, dans l’Eurobaromètre standard 77, l’image de l’UE « après la forte baisse à l’automne 2011 (-9), la proportion d’image positive de l’UE se stabilise à 31% » tandis que les opinions négatives progressent légèrement (28%, +2).

D’une enquête à l’autre – sondages réalisés par le même prestataire TNS opinion – la même question non seulement entraîne des niveaux de résultats significativement différents mais en pus avec des tendances inverses. Seule la période du terrain (du 3 au 20 novembre 2011 pour le Parlamètre et du 12 au 27 mai 2012 pour l’Eurobaromètre standard) peut justifier un tel écart.

La tendance à la dégradation de l’image de l’UE serait donc le phénomène le plus récemment mesuré.

Sentiment d’appartenance, confiance et participation dans l’UE : une perception faussement contradictoire

Autres conclusions contradictoires – à la première lecture – des deux enquêtes récurrentes :

  • Bonne nouvelle : « une majorité absolue se dégage pour dire que l’appartenance à l’UE est une « bonne chose » », une grande première, selon le Parlamètre ;
  • Mauvaise nouvelle : la confiance dans l’UE s’est encore dégradée pour atteindre le plus bas niveau jamais mesuré (31%, – 3 points), selon l’Eurobaromètre standard.

Autrement dit, les Européens – dans la crise – considèrent que l’appartenance à l’UE ne peut être qu’un « plus » – quoiqu’ils soient sans illusion sur les capacités réelles de l’UE – quasi équivalentes aux autres institutions publiques – à résoudre difficultés et problèmes.

La construction européenne devient un phénomène majoritairement soutenu dans la société, mais dans un état d’esprit sinon résigné, du moins aussi peu enthousiaste qu’en matière de politique nationale.

Des sentiments contrastés de l’opinion publique européenne sur l’UE à mettre en parallèle avec le fait que « la majorité des personnes interrogées pensent toujours que leur voix  « ne compte pas dans l’UE » ».

Communication européenne et esprit national : comment les pays communiquent sur l’Europe ?

Chaque nation européenne noue une relation particulière avec l’Europe et par voie de conséquence toute communication européenne est fortement imprégnée par l’esprit national. Comment l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France communiquent-ils sur l’Europe ?

Communication européenne affirmative de l’Allemagne autour de l’autorité : « I will Europa »

Lancée récemment, la campagne de communication allemande sur l’Europe s’appuie sur l’héritage historique de la construction européenne vue par les Allemands. A cause de la seconde guerre mondiale et du regard des Européens, les Allemands ne pouvaient pas ouvertement affirmer leur volonté européenne, sans doute de plus en plus frustrée par une culpabilité de moins en moins présente dans la société.

Sous cet angle, la campagne « I will Europa » (Je veux l’Europe) libère la parole des Allemands qui désirent enfin pouvoir exprimer publiquement leurs visions de l’avenir de la construction européenne. La communication européenne de l’Allemagne est une forme d’exutoire de l’affirmation d’une autorité retrouvée dans la famille européenne.

Communication européenne démonstrative du Royaume-Uni autour des intérêts : « EU, what’s in it for me? »

Plus ancienne, la campagne de communication britannique sur l’Europe s’inscrit dans un contexte national spécifique : la société est sensiblement plus europhobe et toute affirmation pro-européenne n’est pas envisageable. Fruit de l’héritage conservateur de Margaret Thatcher (cf. « I want my money back »), la relation des Britanniques à la construction européenne est marquée par le pragmatisme et la défense des intérêts nationaux.

Dans ce cadre, la campagne « EU, what’s in it for me? » joue sur la principale attente du peuple britannique de connaître les bénéfices concrets apportés par l’UE, dans une relation utilitariste : “a No-Nonsense Guide for UK Citizens to what the European Union Delivers”. La communication européenne du Royaume-Uni démontre et contre-argumente avec des faits sur les intérêts tirés de la cohabitation avec les pays européens continentaux.

the-eu-and-me.org.uk

Communication européenne imaginative de la France autour de la grandeur : « les grandes étapes de la construction européenne »

En France, la communication sur l’Europe se réalise sur un autre registre : ni dans l’affirmation d’une autorité, ni dans la démonstration des intérêts, l’Etat présente – depuis plusieurs décennies – la construction européenne comme un projet permettant à la France d’être plus que la France, d’être en quelque sorte la France en grand.


Elections Européennes – 7 juin 2009 par SIG-PM

Avec cette ambition, la dernière campagne d’incitation au vote lors des élections européennes de 2009 illustre cette approche de la construction européenne, résumée aux grands hommes européens, particulièrement français et aux grands projets européens, d’inspiration partiellement française. La communication européenne de la France montre l’inspiration et la grandeur de l’union des nations européennes.

Ainsi, les campagnes de communication européennes menées par chaque Etat-membre de l’UE se révèlent particulièrement éclairantes sur les relations qu’entretiennent chaque société avec l’Europe.

Vers une communication européenne « existentielle » sur le pourquoi de l’UE ?

La période est sombre pour l’Union européenne : la résolution des crises patine et le soutien des opinions publiques vacille. Les esprits ne sont plus seulement préoccupés par le déficit démocratique supposé ou admis de l’UE. L’existence même de l’UE dans ses formes actuelles est au cœur des interrogations. L’UE se doit de réagir sous peine de se voir condamner à disparaître. Quelques indices laissent à penser qu’une communication « existentielle » sur le pourquoi de l’UE est en préparation…

Indice n°1 : positionnement de la Commissaire titulaire du portefeuille de la communication comme soutien du Président de la Commission

Viviane Reding, actuelle Vice-Présidente de la Commission européenne, notamment responsable de la communication, se positionner de plus en plus ouvertement pour assurer un 3e mandat à José Manuel Barroso, comme elle l’affirme à Euractiv.com.

Afin d’asseoir cette continuité au sein des milieux européens, Viviane Reding aurait tout intérêt à faire porter par ses services une vaste campagne de communication sur ce que l’UE représente actuellement, sur la plus-value d’une approche européenne sur les grands dossiers du moment – une occasion de poser un bilan et un programme pour le futur agenda politique de la Commission européenne.

Indice n°2 : prise de parole du plus haut responsable de la communication en faveur d’un accent sur le pourquoi de l’UE

Gregory Paulger, le Directeur Général de la DG Communication à la Commission européenne, qui a été récemment nommé, s’est récemment exprimé lors d’une réunion du comité communication du Comité économique et social européen (CESE), selon le blog du secrétaire général du CESE.

Dans un exposé, qui demeure à ce jour l’une des premières et des seules indications publiques de ses intentions depuis sa prise de fonction, Gregory Paulger décrit comment, en cette période d’austérité, avec des mesures de crise étant décidées et mises en œuvre rapidement, il y a un risque que le messager soit puni pour le message. Cela signifie, selon lui, un changement de tactique de la Commission européenne et de ses activités de communication, mettant moins l’accent sur le « quoi » et le « comment » et davantage sur le « pourquoi ».

Indice n°3 : priorité interinstitutionnelle de communication autour de la notion de « Tirer le meilleur parti des politiques de l’UE »

Parmi les 3 priorités communes aux institutions européennes pour l’année 2012, les principaux responsables de la communication de l’UE se sont accordés autour de la notion de « Tirer le meilleur parti des politiques de l’UE », ce qui signifie notamment de « maximiser la valeur ajoutée des politiques de l’UE » et de communiquer sur « le coût de la non-Europe ».

Ainsi, semble se dessiner une prise de parole « existentielle » de l’UE sur ce qu’elle a à dire aux Européens. 2013, Année européenne des citoyens pourrait accueillir cette initiative.