Archives de catégorie : Web et Europe

Billets sur les enjeux de la communication numérique européenne

Comment la DG Elargissement à gérer sa communication de crise face aux critiques d’une vidéo ?

Quelques jours après la sortie d’une vidéo « So similar, so different, so European » unanimement saluée, la Direction générale à l’Elargissement vient de s’excuser et retire une autre vidéo « The more, the stronger » largement critiquée, notamment dans la presse britannique. Retour sur la communication de crise…

La crise : vives critiques d’une vidéo inspirée de Kill Bill sur l’élargissement

Plutôt mal accueillie dans le milieu européen, la vidéo publiée par la DG Elargissement s’inspire de Kill Bill. Destinée à encourager de nouveaux pays à adhérer à l’UE, le scénario consiste à montrer une jolie femme blanche vêtue d’une combinaison jaune vif (qui représente une Europe pacifique) qui réussit à calmer trois agresseurs costauds vêtus de tenues stéréotypées (qui sont censés représenter les pays non européens).

Le Daily mail publie ce matin un article exhaustif « Just what is the EU doing making this video? Accusations of racism over ‘propaganda’ film showing white woman facing ethnic minority ‘attackers’ » des critiques publiées dans les commentaires sur Youtube : « La vidéo est stigmatisée comme raciste, sexiste et impérialiste par les internautes You Tube qui l’ont regardé plus de 3000 fois ».

La gestion de crise : retrait de la vidéo et communiqué d’excuses

Face à ces critiques relayées sur Twitter dans la matinée, la DG Elargissement décide de retirer la vidéo et publie un communiqué signé du directeur général pour « regretter que le clip ait été perçu comme raciste » et « s’excuser auprès de tous ceux qui ont pu se sentir offensé ».

Il s’agissait d’un clip viral ciblant un public jeune (16-24 ans) à travers une diffusion dans les réseaux sociaux en détournant les codes de leurs univers, les films d’arts martiaux et les jeux vidéo. Les réactions furent d’ailleurs positives lors des focus groupes de test. Ces partis-pris avaient été choisi pour attirer les jeunes et augmenter leur curiosité sur une politique importante de l’UE.

Ainsi, la communication de crise de la DG Elargissement par la rapidité de réaction et la diffusion ciblée via Twitter semble plutôt bien gérée. Reste le prix élevé de toute l’opération, tant au niveau budgétaire qu’en termes d’image.

Facebook, Twitter, Youtube : quelles sont les communautés de la Commission européenne dans le web social ?

Après une description de la présence des Commissaires européens sur Facebook et sur Twitter, qu’en est-il de la présence des directions générales de la Commission européenne (l’équivalent des ministères en France) sur Facebook, Twitter et Youtube ?

Facebook : les services touchant émotionnellement les citoyens sont les plus « aimés »

Trois DG dépassent les 10 000 Fans sur Facebook, sur un total de 12 pages Facebook pour 32 directions générales :

Avec la page « I Fight Poverty » (Développement et coopération) et ses 6 811 fans, les pages les plus suivies de la Commission européenne sur Facebook indiquent que les citoyens sont intéressés par des sujets chargés d’émotion et d’empathie : enjeux sociaux ou humanitaires.

Par ailleurs, la page Facebook totalement multilingue « Interpreting for Europe » rassemble la communauté des traducteurs-interprètes de la Commission européenne et au-delà.

Twitter : les services informant directement des professionnels sont les plus « followés »

Deux DG dépassent les 5 000 Followers sur Twitter, sur un total de 15 comptes Twitter pour 32 directions générales :

  • EU_EEAS (Service européen de l’action extérieure) ave cplus de 10 000 Followers ;
  • ECFIN (Affaires économiques et financières).

Avec les comptes DigitalAgendaEU (4 327 Followers) et EU_enterprise (3 789 Followers), les comptes les plus suivis diffusent des informations intéressant des professionnels des affaires européennes.

Youtube : une activité inégale de 1 000 vues par vidéos à quasiment 100 000

Seules 4 chaînes Youtube ont été créées par des Directions générales de la Commission européenne pour le meilleur et pour le pire :

Quelles sont les Directions Générales les mieux engagées dans le web social ?

Avec plus de 25 000 Fans sur Facebook et près de 5 000 Followers su Twitter, la Direction générale « Emploi, affaires sociales et inclusion » s’est créée une marque forte « Social Europe ». Les enjeux sociaux d’action pour l’emploi et contre l’exclusion sociale – quoique de second plan dans l’activité de la Commission européenne – intéressent manifestement les citoyens européens.

S’adressant au monde entier du fait de sa mission, le Service européen de l’action extérieure – le ministère des Affaires étrangères de l’UE en quelque sorte – se trouve également bien positionné dans le web social, notamment avec plus de 10 000 Followers sur Twitter.

Ainsi, au total, les Directions générales de la Commission européenne rassemblent plus de 80 000 Fans sur Facebook et deux fois moins, 40 000 Followers sur Twitter.

N.B. : Il est intéressant de noter qu’il s’agit exactement de l’inverse pour ce qui concerne la présence des Commissaires beaucoup plus suivis sur Twitter avec plus de 85 000 Followers et seulement 40 000 Fans sur Facebook.

Qu’est-ce qui s’annonce intéressant dans le séminaire « The Next Web and its Impact on Government Communication » ?

Dans le cadre des séminaires organisés de temps en temps par le Club de Venise, ce groupe de coopération interinstitutionnelle informelle en matière de communication européenne, « The Next Web and its Impact on Government Communication » aborde, le jeudi 16 février prochain au Conseil de l’UE, la communication gouvernementale et comment elle est affectée par le paysage numérique, en utilisant des exemples concrets et des études de cas. Qu’est-ce qui s’annonce intéressant ?

Sessions du matin : tendances numériques et impacts sur la communication publique

Au cours de la matinée, le discours d’ouverture de Reijo Kemppinen, le directeur général presse, communication et transparence au Secrétariat du Conseil sera à écouter avec attention tant en raison de son parcours personnel (ancien journaliste, ancien porte-parole de Romano Prodi, président de la Commission européenne) que de ses dernières interventions (discours de clôture à EuropCom et interview à Euractiv).

Par ailleurs, les débats modérés par le journaliste Damien Van Achter : « Développeur éditorial chez OWNI » devraient être instructifs pour ce qui concerne la communication européenne, avec notamment :

  • Zvonimir Frka-Petešić, le directeur de la campagne de communication de l’UE sur le référendum européen en Croatie ;
  • Karolina Wozniak, la coordinatrice media sociaux au Parlement européen qui prévoit une présentation sur les usages des médias sociaux lors des futures élections européennes en 2014.

Sessions de l’après-midi : comportements et attentes des e-citoyens et services publics en ligne

Les tables rondes prévues dans le programme l’après-midi se concentreront sur les services publics numériques :

  • gouvernement et réseaux sociaux : comment le web social favorise une culture interne de la collaboration et le partage d’information ;
  • service public de l’avenir : comment mieux interagir et servir les citoyens ? applications mobiles et tactiles, open-data, géolocalisation…

« The Next Web and its Impact on Government Communication » s’annonce comme un événement –piloté par Aurélie Valtat, responsable de la communication web au Conseil de l’UE – à ne pas manquer.

Porte-parole de la Commission européenne : plus de la moitié sur Twitter

Tandis que l’attention médiatique (cf. dépêche AFP : « Avec Twitter les commissaires européens goûtent au plaisir du parler vrai ») est portée sur la présence dorénavant majoritaire des Commissaires sur le réseau de micro-blogging avec l’inscription du 14e Commissaire européen Androulla Vassiliou @VassiliouEU, l’activité charnière des porte-parole de la Commission européenne, eux-mêmes très présents sur Twitter, ne doit pas être négligée dans la communication européenne…

Le service du porte-parole, une activité charnière dans la communication de la Commission européenne

Au sein de la Direction générale de la communication, le service du porte-parole représente environ 10% des effectifs de la DG COMM avec une centaine de fonctionnaires, dont 40 porte-parole, selon la liste établie au 1er février 2012. Ce service occupe une place importante, à plus d’un titre :

  • place stratégique dans la communication de la Commission européenne, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels habilités à s’exprimer au nom de l’institution ;
  • place transversale au sein de l’organigramme à l’interface avec les autres directions générales, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels informés de toutes les initiatives de l’institution ;
  • position cardinale auprès des relais d’opinion, tant auprès des médias traditionnels que dans les médias sociaux, puisqu’il s’agit des quasi seuls personnels centralisant les échanges avec les journalistes et les inscrits sur Twitter.

Les porte-parole sur Twitter, une présence balbutiante dans la communication de la Commission européenne

Avec au total, 22 comptes Twitter chez les porte-parole pour 4 665 Tweets et 15 686 Followers à ce jour, la présence des porte-parole sur Twitter est encore balbutiante :

  • le porte-parole le plus suivi : « ECspokesKoen » est très logiquement le chef du service du porte-parole de la Commission européenne ;
  • le porte-parole le plus actif : « ECspokesRyan » est assez logiquement le porte-parole de la Commissaire Neelie Kroes, responsable de l’agenda numérique et disposant d’un compte Twitter de plus de 35 000 Followers.

Comment améliorer la présence des porte-parole sur Twitter ?

Afin de pleinement déployer la présence de la Commission européenne sur Twitter, les porte-parole auraient intérêt à mieux se faire connaître des acteurs présents en ligne (institutionnels, journalistes, bloggeurs…) via la pratique du Following.

Par ailleurs, les porte-parole de la Commission européenne devraient également mieux se coordonner avec les équipes médias sociaux des Commissaires et des directions générale afin que les infos circulent davantage entre les comptes @EUCommissaireX/Y ; @DGtruc/bidule et @ECspokemachin/chose.

Enfin, les porte-parole de la Commission européenne auraient tout intérêt à développer des listes de comptes classées par thèmes, à inclure dans leur veille en ligne des sujets de conversation relatifs à leur politique publique européenne.

L’arrivée des porte-parole de la Commission européenne – concomitante à la présence des Commissaires –se généralise, il convient maintenant de mieux l’organiser.

BloggingPortal fête ses 3 ans : qui sont les Eurobloggeurs, ces indignés de l’UE ?

Aujourd’hui, le BloggingPortal, rassemblant plus de 900 Eurobloggeurs, fête ses 3 ans…

Les Eurobloggeurs, ces indignés de l’UE

Tous les jours, des citoyens plus ou moins jeunes, sans autre intérêt que de s’exprimer en toute liberté, se saisissent de leur blogs plus ou moins anonymes et publient des billets sur une actualité européenne que la plupart des grands médias traditionnels délaissent faute d’audience ou d’intérêt. De manière plus ou moins constructive, chacun selon son style et ses sujets de prédilection, ces Eurobloggeurs par leurs voix s’expriment sur la façon dont l’UE avance.

Quel est le point commun de tous ces Eurobloggeurs qui se sont aggrégés sur le BloggingPortal ?

Une même indignation partagée sur les évolutions, les décisions… voire la communication qui concerne l’Union européenne. À la manière des mouvements d’indignés à Wall Street, à la Puerta del Sol et ailleurs, les « indignés de l’UE » forment une vaste agora en ligne que seul un sentiment commun rassemble, sans aucune structure ou direction particulière.

Le BloggingPortal, un point de ralliement

Depuis 3 ans, venant quasiment des 27 États-membres, des Eurobloggeurs se rassemblent autour du BloggingPortal, un portail qui présente – grâce à une équipe d’une petite trentaine d’éditeurs à laquelle j’appartiens – une sélection quotidienne des meilleures publications.

Quelle est l’influence de tous ces Eurobloggeurs auprès de l’UE ?

Au-delà de l’activité des uns et des autres, c’est à l’occasion de la sortie de classements d’euro-blogs en 2010 – réalisés avec une indigence plus ou moins forte quant à la connaissance réelle de ces blogs et à la rigueur de l’analyse – que les Eurobloggeurs ont pris conscience de former un écosystème fragile mais observé.

Après que le chef du service de presse du Parlement européen ait soulevé la question en juin 2010 « Should serious EU bloggers get some sort of accreditation to EU institutions? But on what criteria? », c’est grâce aux porte-parole de la présidence hongroise du Conseil de l’UE en 2011, que la place des Eurobloggeurs est devenue plus sensible lorsque des accréditations aux réunions du Conseil ont été délivrées à quelques un d’entre nous. Dernièrement, c’est encore un Eurobloggeur qui, de manière totalement inédite, est invité en janvier 2012 au voyage traditionnel de presse d’ouverture de la présidence semestrielle danoise.

Quelle sera la prochaine étape de ce mouvement des « indignés de l’UE » qui parvient à se faire entendre des institutions européennes ? Se rallieront-ils au cri d’« Occupy Brussels » ?