Comment maîtriser la communication européenne « post-vérité » ?

En dépit de penser que nous en savons plus (« l’info est à portée de clic »), en réalité, l’accélération de la circulation des données et l’enfermement dans des bulles de filtre nous condamne à une polarisation qui n’est plus limitée aux opinions et aux valeurs, mais atteint également les faits. Comment maîtriser la « communication post-vérité », une réflexion à partir du mémoire de Sarah Al Sabah ?

Quand la « self-communication » de masse réduit l’efficacité de la communication européenne

La « self-communication » de masse impliquée par les médias sociaux change considérablement la manière de communiquer. Dorénavant, la communication doit recommencer à chaque fois en s’adaptant à ses publics à écouter, apprendre, laisser les gens s’informer et lorsque tout cela a été fait tenter de faire passer un message audible.

Dans un monde « post-vérité » où l’opinion publique est déterminée d’abord par des émotions et des convictions personnelles davantage que par des faits objectifs sachant que les réseaux sociaux ont dépassé la télévision comme source principale d’information chez les jeunes ; la politique populiste et les mouvements sociaux sont capables d’intervenir de manière beaucoup plus décisive auprès des publics.

Le résultat de cette évolution est un glissement historique de communication dans une sphère multidimensionnelle et ouverte sans repères ou référentiels communs. La communication européenne a besoin plus que jamais d’être cohérent et proactive pour déployer des stratégies de communication destinées à tous les segments pertinents de la société et pouvoir aussi percevoir l’humeur du moment, parce que pour les citoyens, leurs perceptions sont devenues leur réalité.

Quand la « post vérité » entraîne la crise de crédibilité et d’influence de la communication européenne auprès du grand public

La suprématie du virtuel où tout y devenu possible alors que le réel est justement ce qui dit que tout n’est pas possible fait que la promesse de toute-puissance finit par faire craindre l’impuissance.

Une perte de maîtrise largement liée à la perte de contrôle face au nouvel écosystème complexe et volatil où convergent la « self-communication » de masse, des médias traditionnels en transformation, des nouveaux médias plus ou bien intentionnés et des opérations de déstabilisation de l’opinion et de propagande conduisant à l’émergence de « faits alternatifs » et de « fake news ».

Une impuissance qui se renforce, face à un tel bombardement d’informations et de désinformation circulant dans la sphère publique, lorsque l’absence de compétences numériques devient une nouvelle forme d’illettrisme, on parle d’ailleurs dorénavant d’illectronisme auquel de nombreux communicateurs publics font face avec un écart de capacité entre ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils sont capables de fournir aujourd’hui.

Il ne suffit plus de communiquer de la même manière traditionnelle pour espérer être entendu par les citoyens. Il s’agit de reconstruire le rôle d’une communication européenne légitime des politiques publiques de l’UE et de ne pas laisser les agendas politiques, les influences étrangères et / ou les diffuseurs de fausses nouvelles détourner les messages.

Quand la communication européenne se réadapte et se réajuste à la « post vérité »

Le compromis au cœur de la culture politique européenne ressort en miette de ces nouveaux rapports de forces de plus en plus violents dans la concurrence des apparences ou des vérités hâtivement instruites.

Des solutions doivent être mise en œuvre pour affronter les défis de l’ère de la « post-vérité » :

  • adopter une perspective multidimensionnelle avec les citoyens au cœur de toute stratégie de communication ;
  • passer en revue les approches qui aident à développer des stratégies créatives et d’innovation et éliminer les approches non applicables au secteur public ;
  • renforcer la communication économe, efficace et transparente ;
  • mieux connaître ses publics afin de créer des communications personnalisées ciblées ;
  • resensibiliser à l’honnêteté des « faits » et à la crédibilité des sources fiables ;
  • former et spécialiser les communicateurs publics.

Au total, maîtriser la « communication post-vérité » est l’un des défis les plus importants pour l’Union européenne afin de réinventer sa relation avec ses publics sur le bien-fondé de sa mission pour faire la différence.

Dixième conférence EuropCom : qui veut le programme ?

Les 7 et 8 novembre prochain, EuropCom, le rendez-vous bruxellois de la communication publique européenne fêtera son 10e anniversaire. Une opportunité avec le nouveau personnel politique dans les institutions de l’UE afin de réfléchir à un nouveau départ pour communiquer sur l’Europe. Alors que la 1e conférence Europcom – d’ores et déjà discutée – réfléchissait déjà aux missions à confier aux communicateurs publics décentralisée, racontée et intégrée, qu’annonce le programme préliminaire ?

Élections européennes : rétrospective et prospective

Les tables-rondes permettront de faire une évaluation qualitative et quantitative de ce qui a fonctionné et de ce qui n’a pas fonctionné dans les campagnes de communication autour des élections européennes :

Le local est le nouveau global

Faire des élections européennes un enjeu local afin de sensibiliser les électeurs et d’accroître le taux de participation seront au cœur de multiples exemples et expériences locaux discutés pour comprendre la manière de transformer les élections au Parlement européen.

Nous sommes tous des influenceurs

Pendant la campagne, la stratégie de « ground game » adoptée par le Parlement européen reposait sur l’idée de transformer le public en acteurs et d’autoriser les citoyens à devenir des influenceurs dans leurs communautés. Cette expérience a permis d’explorer le militantisme des citoyens sur les médias sociaux. Comment maintenir l’élan et l’énergie pendant des périodes de moindre intensité politique ?

Citoyens : mobiliser et favoriser l’engagement local

Consultations des citoyens : what’s next ?

La mise en place de consultations des citoyens en lien avec la prise de décision politique a été largement adoptée ces dernières années par les institutions européennes à tous les niveaux afin d’impliquer les citoyens dans des processus participatifs, dans le but de formuler des recommandations à la prise de décisions. Comment intégrer de manière permanente et coordonnée cette démocratie participative permettant de renforcer la participation et de lutter contre le populisme ?

(Re)connecter avec les jeunes européens

Lors des dernières élections européennes, 40% des électeurs avaient moins de 35 ans dû à un engagement politique et sociétal accru des jeunes. Quels sont les sujets d’actualité pour attirer leur attention et susciter leur intérêt ? Comment engager les jeunes Européens sur les questions de politique publique ?

La politique de cohésion pour relier l’UE et ses citoyens

Près de 80% des citoyens estiment que les projets de développement de villes ou de régions financés par l’UE sont positifs. La politique de cohésion est la seule politique de l’UE qui touche tous les coins de l’UE et constitue une plate-forme unique pour adresser et impliquer ses citoyens. Cependant, un tiers seulement des citoyens européens ont effectivement connaissance de projets cofinancés par l’UE dans leur région. Comment y remédier ?

Open-data de l’UE pour combler le fossé entre les données et les citoyens

Le rôle et l’importance des données ont augmenté dans tous les domaines et sont déjà exploitées pour et par les décideurs, les citoyens ne semblant pas toujours comprendre ou voir leur utilité. Comment mieux impliquer les citoyens et les responsabiliser grâce aux données ouvertes ?

Tendances pour communiquer sur l’Europe

Faire passer une info avec émotion et humour

Les médias sociaux sont une fenêtre ouverte pour partager des informations et dialoguer avec des millions de personnes. Encore faut-il savoir communiquer de manière attrayante ? Comment l’émotion et l’humour peuvent améliorer l’utilisation des médias sociaux dans la communication publique ?

Stratégie éditoriale dans la rédaction de discours politiques

Les discours jouent un rôle central dans la communication publique et politique. Un bon discours est mémorable. Mais qu’est-ce qui fait un bon discours ? Comment adopter une écriture persuasive ?

Pouvoir et périls des récits

En répondant aux populistes, nous risquons d’accepter la manière dont ils abordent les problèmes et de suivre leurs schémas de penser. Comment contrer des récits populistes sans tomber dans les pièges pour un débat public ouvert et inclusif ?

Réagir à une attaque de désinformation

Cela commence sur des sites périphériques, s’étend aux médias sociaux et touche finalement votre organisation. Comment réagir de la prise de conscience à la résilience face à la désinformation ?

Exploiter le mix média

Les médias sociaux semblent depuis longtemps un moyen privilégié d’améliorer la communication et d’accroître la portée, mais les sondages d’opinion montrent que les gens perçoivent les médias traditionnels comme la source d’information la plus fiable. Comment, lors de la planification des stratégies de communication, exploiter l’intégralité des médias, qu’ils soient traditionnels ou nouveaux, hors ligne ou en ligne ?

Vendre des sujets lourds 2.0

Communiquer des sujets lourds, comme la politique spatiale, peut soulever des controverses Comment transmettre des messages simples sur des questions politiques ou techniques complexes et créer un engouement ?

Communication inclusive : du contenu pour tous

Les gens sont certainement plus conscients des problèmes de genre et de minorités grâce aux efforts accrus pour améliorer la situation actuelle. Comment rendre la communication publique plus inclusive et pertinente pour toute la société ?

Encore plus que chaque année, la 10e conférence EuropCom s’impose comme un événement incontournable pour les professionnels de la communication sur l’Europe.

Quelles sont les tendances sociologiques du monde de l’information européenne ?

Dans une approche structurelle pour faire la lumière sur les racines institutionnelles et sociologiques du « problème » de la communication de l’UE, sans entrer dans une discussion normative sur ses succès et ses échecs, Philippe Aldrin invite à explorer le monde des producteurs, intermédiaires et médiateurs de l’information européenne, avec ses routines, ses contingences et ses conflits dans sa réalité concrète afin de faire la sociologie des professionnels de la « sphère publique européenne ». Quelles en sont les principales tendances ?

Tendance n°1 : l’introduction dans les services spécialisés de l’UE de compétences et de savoir-faire typiques du secteur professionnel de la communication d’entreprise

La dialectique entre l’externalisation et l’internalisation des compétences a conduit à l’alignement progressif des pratiques institutionnelles internes sur les méthodes des professionnels de la communication.

Que l’on songe aux missions suivantes comme autant d’actions réalisées aujourd’hui avec les mêmes outils et méthodes par les agents de l’UE et leurs sous-traitants :

  • identifier les « meilleures histoires » dans la rédaction de fiches en utilisant l’outil d’analyse SWOT utilisé en marketing pour évaluer les forces, faiblesses, opportunités et menaces d’un lancement de produit ;
  • rédiger un rapport d’impact médiatique analysant les résultats d’un communiqué de presse ou d’un éditorial
  • organiser les visites de Commissaires dans une région ;
  • concevoir le planning stratégique d’une campagne de communication.

Ce partage d’un langage commun et d’outils professionnels montre combien la culture institutionnelle a changé. Autrefois considéré comme un outil à mettre en œuvre après le travail politique, la communication est désormais intégrée dès le départ et est considérée comme une composante essentielle de la légitimité de l’action politique.

Le principal indicateur de cette évolution est le récent effort de professionnalisation du personnel de la DG COMM et la rationalisation de la chaîne de production des communications au sein des institutions (planification préalable, mise en commun des instruments et renforcement de la coordination interinstitutionnelle).

Tendance n°2 : la managérialisation du système de coproduction d’informations

L’intégration européenne a toujours impliqué le recrutement d’experts et de professionnels externes dans ses différents domaines d’activité. S’agissant des services chargés de l’information et de la communication, ces collaborations, basées sur des affinités électives autour de programmes de relations publiques à long terme, ont apporté une certaine efficacité malgré sa fragmentation fonctionnelle.

Ce modèle de répartition des tâches entre les porte-parole (nommés par les Commissaires et affectés à des missions politiquement sensibles) et les agents de la DG COMM (la plupart d’entre eux fonctionnaires exécutant des tâches plus invisibles) a subi une rationalisation dans le but de contrer les forces centripètes liées à l’existence d’intérêts et de visions divergents conduisant inévitablement à une fragmentation de la production d’informations.

Ces efforts de rationalisation peuvent être compris comme un effort de généralisation des « meilleures pratiques » et des principes du dialogue et non comme une tentative de hiérarchisation des fonctions d’information et de communication.

Plus procédurale qu’organisationnelle, la rationalisation s’articule donc autour de protocoles par lesquels les agents de l’institution gèrent, dans des relations plus dépersonnalisées, des travailleurs intermittents (collaborateurs indépendants, contractuels, stagiaires) et des prestataires externes exécutant des tâches pour l’UE.

Tendance n°3 : la standardisation de la manière dont les élites de l’UE abordent la « question » de la publicité de l’Europe politique

Considéré jusqu’à récemment comme un problème de didactique (aider le public à comprendre de quoi parle l’UE avec l’idée que plus les citoyens connaissent l’UE, plus ils s’y identifient), le problème de la communication est désormais davantage de trouver l’équilibre entre l’action réglementaire et la nécessité de légitimer ses fondements et ses objectifs.

La succession de crises telles que la baisse de la participation électorale ou les échecs de référendum a provoqué un choc. Même les Commissaires commentent aujourd’hui publiquement les relations difficiles entre l’UE et les citoyens et la nécessité d’une politique de communication plus participative. La pression pour un « large débat sur l’avenir de l’UE » se fait plus pressante.

Du coup, les agents de la Commission apparaissent plus fréquemment dans leurs arènes publiques nationales. Les Commissaires font de leurs visites dans les régions un rituel systématique. Derrière la rhétorique délibérative et, au-delà de la multiplication des apparitions publiques visant à « donner un visage humain à l’Europe », le débat public sur l’action de l’UE dans le domaine de l’information et de la communication est critiquée sous l’angle de la politique par des journalistes, des groupes de réflexion, des dirigeants politiques nationaux, qu’ils soient pro ou anti-européens.

Bien que ceux qui détiennent le pouvoir doivent aussi leur existence à leur appropriation de l’information, cet exercice nécessite dans une démocratie de nombreux compromis pour ne pas apparaître comme une tentative par les institutions de manipuler ou de monopoliser l’expression politique.

Au total, l’UE est aujourd’hui prise dans la tension typique des démocraties modernes en ce sens qu’elle doit développer des stratégies, des moyens et des outils pour réduire l’incertitude dans un espace public libre, pluraliste et parfois d’opposition, tout en évitant les accusations de distorsion et de propagande.

La communication européenne doit-elle être déraisonnable pour passionner ?

A l’heure des fake news, infox en bon français, il ne s’agit pas de plaider pour que la communication européenne prenne le chemin des populistes et sombre dans l’irrationnel et la dissimulation ou le mensonge. Bien au contraire ! Néanmoins, l’ennui, la monotonie, la rationalité ratiocinante ne peuvent plus suffire pour contrer les discours anti-européens.

Dépasser le projet rationnel et l’esprit de sérieux pour partager émotions et passions communes

A suivre Pascal Lamy, rencontré par Le Grand Continent, la communication européenne doit trouver les moyens de s’extirper d’un paradoxe où le projet européen pour se délier des passions négatives… doit trouver ses passions positives.

« La base de la souveraineté de l’Europe est rationnelle et relève de l’aspect commercial et économique de l’Union. Le sommet est purement passionnel et imaginaire : c’est toutes les questions liées à la défense et la sécurité européennes. L’Europe existe là où il y a de la raison, mais pas là où il y a de la passion. Développer une politique de sécurité commune, c’est finalement partager les mêmes cauchemars. »

Que faut-il en conclure pour la communication européenne ?

Que la seule solution viendra de la créativité, de ce petit plus « déraisonnable » mais pas irrationnel, ce petit grain de folie passionnel hors de l’esprit de sérieux qui prédomine et surdétermine les discours sur l’Europe.

La communication européenne doit considérer pour de vrai les différentes sensibilités nationales, qui dépendent des développements culturels et historiques afin de proposer un véritable « récit équilibré », respectant la liberté de presse et d’opinion et comprenant mieux non seulement les problèmes institutionnels, mais aussi les problèmes pratiques et les préoccupations communes.

Par ailleurs, la communication européenne ne doit pas craindre d’être plus prosaïque, moins stratosphérique pour aborder ses sujets de la vie quotidienne ainsi que viser à faire vivre des expériences européennes, au-delà des débats d’idées et à échelle humaine.

En somme, partager des valeurs pour résoudre les divergences et surmonter les obstacles stéréotypés est nécessaire, mais n’est plus suffisant. La communication européenne doit impérativement parvenir à remobiliser les cœurs européens autour non pas de passions tristes mais d’émotions positives, littéralement communicatives.

Programme politique de la nouvelle présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen

Le vote d’approbation du Parlement européen à la nouvelle présidente de la Commission européenne est l’occasion de s’intéresser à ses orientations politiques pour 2019-2014, son programme pour l’Europe et une « Union plus ambitieuse ». Une lecture brute pour découvrir et apprécier les mots et les idées d’Ursula von der Leyen, l’un de ses seuls atouts jusqu’à présent qu’elle a su utiliser avec talent entre la phase d’écoute des eurodéputés et de silence médiatique, puis la phase de révélation avec son discours et ses interviews média…

De manière synthétique, la vision d’Ursula von der Leyen pour l’Union européenne : « pour répondre à l’aspiration des citoyens d’une Europe à la pointe mondiale des principaux défis de notre temps (…) par une action à la hauteur des nouvelles ambitions d’aujourd’hui, nous devons redécouvrir notre unité et notre force intérieure liées à notre modèle unique d’économie sociale de marché (…) une approche de travail plus inclusive et plus ouverte, avec 6 grandes orientations politiques se fondant sur les idées et priorités communes qui nous unissent afin de prendre le leadership sur la scène mondiale. »

1. Un pacte vert pour l’Europe : le premier continent climatiquement neutre au monde

Devenir le premier continent climatiquement neutre au monde est le plus grand défi et la plus grande chance de notre temps afin d’ancrer l’objectif de la neutralité climatique à l’horizon 2050 :

  • Une taxation revue des énergies et une taxe carbone aux frontières ;
  • Une nouvelle stratégie industrielle pour faire de l’Europe un leader mondial de l’économie circulaire et des technologies propres ;
  • Un nouveau Fonds pour une transition juste et équitable pour tous et un pacte climatique européen qui rassemblera régions, collectivités locales, société civile, industries et écoles ;
  • Un plan d’investissement pour une Europe durable dans la recherche de pointe et dans l’innovation via une stratégie en faveur de la finance privée verte et un plan d’investissement public pour une Europe durable à hauteur de mille milliards d’euros sur les dix prochaines années ;
  • Une stratégie en matière de biodiversité à l’horizon 2030 ;
  • Une nouvelle «stratégie “de la ferme à l’assiette”» pour une alimentation durable à tous les stades de la chaîne de valeur ;
  • Une stratégie transversale pour protéger la santé des personnes contre la détérioration de l’environnement et la pollution, en veillant à la qualité de l’air et de l’eau et en contrôlant les produits chimiques dangereux, les émissions industrielles, les pesticides et les perturbateurs endocriniens ;
  • Un nouveau plan d’action pour l’économie circulaire qui mettra l’accent sur l’utilisation durable des ressources ;
  • Un nouveau front dans notre lutte contre les déchets en plastique, en visant les microplastiques.

=> Pour dire les choses brutalement, la nouvelle présidente de la Commission européenne met le paquet sur une approche holistique de la transition climatique, industrielle, environnementale au point de ne même pas mentionner la PAC qui reste encore le premier budget de l’UE à ce jour. Des convictions plus marquées et des promesses fortes qui n’auront pas convaincus les eurodéputés Vert et devront être portées par des Commissaires crédibles.

2. Une économie au service des personnes : une Europe plus ambitieuse en matière d’équité sociale et de prospérité

Notre modèle européen unique d’économie sociale de marché constitue le moteur de la lutte contre la pauvreté et les inégalités et assure la primauté de l’équité sociale et du bien-être social :

  • Une stratégie spécifique pour les PME, afin qu’elles puissent prospérer, moyennant un allégement des formalités administratives et une amélioration de leur accès au marché ;
  • Un fonds public-privé spécialisé dans les introductions en bourse de PME, avec un investissement initial de l’UE ;
  • Approfondir notre Union économique et monétaire, exploiter pleinement la souplesse interne du pacte de stabilité et de croissance ;
  • Un système européen d’assurance des dépôts bancaires ;
  • Faire du Semestre européen un instrument qui intègre les objectifs de développement durable des Nations unies ;
  • Un plan d’action pour la mise en œuvre intégrale du socle européen des droits sociaux ;
  • Un salaire minimum équitable ;
  • Un régime européen de réassurance des prestations de chômage ;
  • Une garantie européenne pour l’enfance, tels que les soins de santé et l’éducation ;
  • Un plan européen de lutte contre le cancer ;
  • Une nouvelle stratégie européenne d’égalité entre les hommes et les femmes ;
  • L’instauration de mesures contraignantes en matière de transparence des rémunérations ;
  • Des quotas garantissant une égale représentation des hommes et des femmes dans les conseils d’administration ;
  • Une représentation pleinement paritaire à tous les niveaux d’encadrement de la Commission d’ici à la fin de mon mandat ;
  • Renforcer la directive sur les droits des victimes et ajouter la violence envers les femmes aux infractions pénales définies dans le traité.
  • Réformer les systèmes de l’impôt sur les sociétés au niveau de l’UE et au niveau international ;
  • Un impôt numérique équitable à l’échelle mondiale d’ici la fin 2020
  • Améliorer l’environnement fiscal des entreprises sur le marché unique, intensifier la lutte contre la fraude fiscale et renforcer notre action contre les régimes fiscaux dommageables dans les pays tiers.

=> Outre la carte féminine légitime, la présidente de la Commission européenne porte la vision allemande d’un capitalisme rhénan régulé et social qui apparaît comme une légère inflexion, dont on verra si elle parvient à convaincre sa famille politique et surtout les eurodéputés sociaux-démocrates divisés lors du vote d’investiture.

3. Une Europe adaptée à l’ère du numérique : saisir les possibilités offertes par l’ère du numérique, au sein d’un cadre garant de la sécurité et de l’éthique

  • Parvenir à une souveraineté technologique dans certains domaines essentiels : blockchain, calcul à haute performance, informatique quantique, algorithmes et outils permettant le partage ainsi que l’exploitation des données ;
  • Aider à trouver des solutions aux enjeux sociétaux actuels, que ce soit dans le domaine de la santé ou de l’agriculture, de la sécurité ou de l’industrie manufacturière ;
  • Une approche européenne coordonnée relative aux implications humaines et éthiques de l’intelligence artificielle ;
  • Une nouvelle législation sur les services numériques en matière de responsabilité et de sécurité pour les plateformes, les services et les produits numériques ;
  • Une unité conjointe de cybersécurité, afin d’accélérer le partage d’informations et de mieux nous protéger ;
  • Mettre l’Europe à niveau en matière de compétences numériques, tant pour les jeunes que pour les adultes, en actualisant le plan d’action en matière d’éducation numérique ;
  • Tripler le budget d’Erasmus+.

=> Manifestement moins à l’aise au vue des propositions moins précises, la nouvelle présidente de la Commission européenne pose néanmoins un regard pas béat mais lucide sur les enjeux numériques contemporains qui devraient monté en puissance lors de son mandat.

4. Protéger notre mode de vie européen et nos valeurs

L’Union européenne est une communauté de droit, c’est la marque de fabrique de l’Europe :

  • Un nouveau mécanisme européen complet de protection de l’état de droit, applicable dans l’ensemble de l’UE, avec établissement de rapports annuels objectifs ;
  • Faire de l’état de droit une partie intégrante du prochain cadre financier pluriannuel ;
  • Un nouveau pacte sur la migration et l’asile, avec notamment la réouverture des discussions pour la réforme des règles de Dublin en matière de droit d’asile ;
  • Renforcer l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes ;
  • Un nouveau mode de répartition de la charge de l’asile ;
  • Renforcer la coopération avec les pays tiers, notamment via des corridors humanitaires ;
  • Une approche plus soutenable en matière de recherche et de sauvetage et de retour des migrants ;
  • Intensifier notre coopération transfrontière pour combler les failles de la lutte menée en Europe contre les formes graves de criminalité et le terrorisme et les nouveaux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme ;
  • Une approche européenne intégrée, afin de renforcer la gestion des risques en matière douanière et d’aider les États membres à procéder à des contrôles efficaces.

=> Sur les défis régaliens, la feuille de route est copieuse, mais encore faut-il que les Etats-membres y souscrivent et surtout que les budgets prochainement négociés soient à la hauteur des ambitions.

5. Une Europe plus forte sur la scène internationale : un leadership mondial responsable qui fait sa singularité

  • Renforcer le rôle de chef de file de l’Europe et sa vocation à fixer les normes au niveau mondial, par un solide programme en faveur d’un commerce libre et équitable ;
  • Conclure rapidement les négociations en cours avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande et de poursuivre de nouveaux partenariats si les conditions sont réunies ;
  • Consolider un partenariat commercial équilibré et mutuellement bénéfique avec les Etats-Unis ;
  • Tout nouvel accord conclu comporte un chapitre consacré au développement durable et adhère aux normes les plus élevées de protection en matière de climat, d’environnement et de travail, y compris une tolérance zéro pour le travail des enfants ;
  • Un responsable du commerce chargé de veiller à un meilleur respect de nos accords, de les faire effectivement appliquer ;
  • Jouer un rôle moteur dans la modernisation et la réforme de l’Organisation mondiale du commerce ;
  • Adopter une stratégie globale à l’égard de l’Afrique ;
  • Ouvrir des négociations avec la Macédoine du Nord et l’Albanie ;
  • Une nouvelle prolongation du Brexit à condition que de bonnes raisons soient avancées ;
  • Renforcer le Fonds européen de la défense afin de soutenir la recherche et le développement des capacités.

=> Sur les dossiers internationaux, la feuille de route est plutôt classique, dans le prolongement des engagements et des trajectoires. La capacité de pédagogie de la nouvelle présidente de la Commission sera mise à l’épreuve en particulier sur les sujets commerciaux qui peinent de plus en plus à convaincre les Européens.

6. Un nouvel élan pour la démocratie européenne : nourrir, protéger et renforcer notre démocratie

  • Une conférence sur l’avenir de l’Europe, en fixant clairement sa portée et ses objectifs et donner suite aux points qui y seront décidés ;
  • Renforcer le partenariat entre la Commission européenne et le Parlement européen : établir en priorité un dialogue permanent, raviver la tradition de l’Heure des questions et favorable à un droit d’initiative pour le Parlement européen ;
  • Supprimer l’unanimité pour les politiques en matière de climat et d’énergie, en matière sociale et de fiscalité ;
  • Améliorer le système des Spitzenkandidaten et étudier la question de listes transnationales aux élections européennes ;
  • Un organe éthique indépendant commun à toutes les institutions de l’UE ;
  • Accroître la transparence tout au long du processus législatif ;
  • Une approche conjointe ainsi que des normes communes pour traiter des problèmes tels que désinformation et messages de haine en ligne, transparence en matière de publicité politique payante et financement des partis politiques européens.

=> Ce dernier chapitre semble avoir été le plus travaillé en fonction des auditions par les groupes politiques au Parlement européen en amont de son investiture. La plupart de ses propositions traduisent une volonté  – une nécessité  – de davantage collaborer avec le Parlement européen qui aura été davantage en capacité de négocier le programme par rapport à Juncker qui s’était imposé par les urnes.

La conclusion est éclairante pour voir le fil du mandat se dérouler : « Dès le premier jour, je présenterai un Collège qui respectera la parité hommes-femmes. Dans les 100 premiers jours de mon mandat, je présenterai un pacte vert pour l’Europe. D’ici à l’année prochaine, les Européens auront leur mot à dire lors d’une conférence sur l’avenir de l’Europe. D’ici à 2024, 10 000 garde-frontières et garde-côtes européens devraient contribuer à protéger nos frontières extérieures et chaque travailleur devrait bénéficier d’un salaire minimum équitable. Et d’ici à 2050, l’Europe devrait être le premier continent au monde à atteindre la neutralité climatique. Telle est ma vision d’une Europe plus ambitieuse. »