FactCheckEU pour lutter contre la désinformation lors des élections européennes

La nouvelle plateforme multilingue FactcheckEU, lancée le 18 mars, met en commun leurs efforts le temps des élections européennes pour traquer les infox et « fact-checker » la campagne. De quoi s’agit-il ?

factcheckEU

La réponse de la communauté des fact-checkers en Europe aux fausses informations

Parce que « la désinformation ne connaît pas de frontière, en particulier en Europe, qui est à la fois une structure politique unique et une région composée de nombreuses langues et cultures » selon Jules Darmanin, coordinateur du projet, la communauté des fact-checkers se mobilisent à l’occasion des élections européennes.

Le service CheckNews de Libération s’est engagé à investir son premier prix d’innovation dans le fact-checking, décerné par le réseau international de fact-checking pour développer une plateforme permettant des passerelles éditoriales et techniques avec d’autres médias étrangers.

Des réponses aussi aux questions des internautes

La plateforme collaborative FactCheckEU réunit 19 rédactions issues de 13 pays européens pour partager leurs vérifications de rumeurs et d’infox pendant la campagne :

  • en étudiant la circulation des fausses informations au sein de l’Union européenne, et les idées reçues qui circulent sur les institutions européennes ;
  • en vérifiant les discours politiques autour des élections afin de décrypter les principales propositions ;
  • en répondant directement aux questions dans 11 langues différentes ;
  • en respectant des engagements de transparence, d’éthique, de méthodologie et d’impartialité.

En France, 5 rédactions y participent : Les Décodeurs du MondeFake Off de 20 minutesAFP FactuelCheck News de Libération et Les Observateurs de France 24. A cela s’ajoutent 14 médias d’autres pays européens.

Au total, une initiative de salubrité publique pour l’espace public européen, a fortiori en période électorale européenne !

Storytelling de l’Europe : comment parler de l’UE selon les communicants de terrain ?

Des experts en communication de l’UE issus de 22 États-membres travaillant au sein du réseau Europe Direct ou des bureaux locaux des députés européens partagent leurs expériences de terrain de la communication des politiques de l’UE. Que faut-il retenir de l’enquête de Nikoleta Vasileva et Brislav Mavrov « A new narrative for Europe : who will listen? »…

Quelles actualités européennes concrètes émergent auprès du grand public et influencent les électeurs ?

Les actualités sur l’euro, Schengen et Erasmus sont des exemples d’informations qui atteignent facilement un large public via leur couverture médiatique. D’autres exemples intéressants incluent « l’accès au WiFi gratuit » ou les « tentatives de taxation des sociétés multinationales ».

Le type d’actualité négative qui attire l’attention, outre les fausses informations, est ce que l’on considère généralement comme le plus grand échec de l’UE : « le terrorisme et l’immigration ».

Les questions qui influencent les électeurs sont : « investissement et développement régionaux », suivis par « sécurité et défense » et « politique économique et énergétique ». Plusieurs enseignements : la sécurité est cruciale pour les personnes (y compris financière) et les citoyens ne recherchent pas l’UE à Bruxelles, mais dans auprès de chez eux, là où ils souhaitent voir une nette différence.

Quelles sont les manières dont on parle de l’UE au niveau local ?

Le consensus est que l’UE devrait être critiquée, sur la base d’une argumentation approfondie, d’une analyse franche des problèmes et d’un renvoi à ses valeurs fondamentales.

Traiter le projet européen comme un produit dont on doit faire la pub, ouvre la voie aux sceptiques pour souligner ses défauts et susciter une réaction plus vive des populistes, qui s’appuient sur le manque de critiques pour obtenir encore plus de soutien.

Le fait de parler ouvertement de questions clés permettrait aux gens de voir que leur sécurité est une priorité et empêcherait aux populistes d’intensifier leur propagande.

Le langage utilisé pour la narration européenne est d’une importance cruciale. Il est essentiel que les gens comprennent le fonctionnement des institutions, la manière dont les décisions sont prises et la façon dont elles concernent tout le monde ; loin du jargon codé impénétrable.

Comment s’adresser aux publics ?

S’adresser à différents publics avec des messages presque identiques (à fortiori des orateurs) compromet l’efficacité et limite l’impact escompté.

« Team Europe Junior », une équipe d’élèves qui ont la volonté, la motivation et les connaissances nécessaires pour participer en tant que conférenciers aux activités de communication de la Représentation et du réseau d’information Europe Direct, est un exemple réussi où les citoyens communiquent eux-mêmes sur l’UE – clairement le moyen le plus rapide de créer une union de citoyens.

Il convient aussi d’inclure tous les groupes de citoyens, qu’ils soient optimistes ou sceptiques, si un résultat durable est recherché. Bien que Erasmus + soit sans aucun doute l’une des initiatives les plus réussies que l’Union européenne ait jamais entreprise, on ne peut pas compter sans fin sur celle-ci pour améliorer son image.

Quels canaux de communication ?

Les canaux utilisés déterminent également qui sera atteint. Il est essentiel que les affaires européennes bénéficient d’une couverture médiatique régulière, même en l’absence de toute occasion particulière.

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La couverture en ligne ne devrait pas se faire au détriment des médias traditionnels. Tout le monde ne suit pas les comptes en ligne des institutions de l’UE. La plupart des gens ne recherchent pas activement des informations et dépendent entièrement des informations qu’ils reçoivent. C’est la couverture télévisée et radiophonique qui peut influencer des millions de personnes, qui leur font plutôt confiance, préférées en tout cas aux journaux et magazines en ligne.

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Quelle narration pour l’Europe ?

L’ingrédient le plus essentiel de la narration est, bien sûr, les histoires elles-mêmes : il faut rendre l’Europe plus humaine afin que les citoyens comprennent à quel point l’UE fait partie de leur vie.

La narration est également un moyen de montrer que l’Europe est une responsabilité morale et politique qui doit être partagée par tous les Européens. De nombreux citoyens voient dans l’Union une source de financement, mais cette perception est fondamentalement toxique. Non seulement, l’UE devient le suspect habituel à blâmer de certains échecs des gouvernements nationaux ; mais des éléments cruciaux pour la survie de l’idée européenne tels que la culture, l’identité et l’unité finissent par être complètement négligés.

Connaître la différence de quoi l’UE est responsable et ce qui dépend entièrement de l’Etat membre pourrait influencer de manière significative les attitudes à l’égard des élections européennes : les citoyens comprendraient mieux que l’Union n’est pas une baguette magique qui puisse régler les problèmes nationaux ; les gens apprécieraient les domaines dans lesquels l’UE pourrait apporter sa contribution alors que l’on sait que les domaines qui posent le plus de problèmes aux gouvernements sont ceux dans lesquels l’UE n’est pas compétente pour agir.

A contrario, les résultats les plus positifs se trouvent dans les domaines où l’UE exerce une compétence exclusive. C’est le genre de défis contemporains sur lesquels les nouveaux discours devraient se concentrer pour aider l’UE à renouer des liens avec les Européens.

Une bonne narration pourrait lutter contre l’idée fausse selon laquelle nous ne pouvons que profiter de l’UE. C’est pourquoi il est essentiel de toujours se référer à une perspective d’ensemble et de long terme.

Au total, tous les Européens devraient entendre trois messages fondamentaux : ce qui est bon pour la nation, ce qui est bon pour l’UE et pourquoi ils doivent s’unir pour réussir. La communication permettrait d’encourager les citoyens à œuvrer en faveur de l’Union qu’ils veulent – d’une Union des citoyens.

Élections européennes 2019 : quel est l’état d’esprit des Européens ?

Plusieurs enquêtes Eurobaromètre et rapports sur les Consultations citoyennes européennes fournissent des indicateurs sur l’état d’esprit des Européens à la veille des prochaines élections européennes dans quelques mois. Que faut-il retenir ?

Des électeurs conscients, mais seront-ils entendus ?

Selon l’Eurobaromètre 477 « Démocratie et élections », les Européens semblent prendre conscience des enjeux relatifs au prochain scrutin européen, même s’il n’est pas sûr qu’ils soient entendu quant à leurs attentes pour le bon déroulement de la campagne électorale.

Afin de renforcer l’incitation à voter lors des prochaines élections européennes, les Européens estiment qu’être mieux informer sur l’UE et son impact sur la vie quotidienne des citoyens est le facteur le plus susceptible (43%) d’accroître l’inclination des Européens à voter lors des prochaines élections, devant le fait qu’un plus grand nombre de jeunes se porte candidat (31%) ou la présence de candidates (20%).

Pour l’utilisation d’Internet pendant la période préélectorale, une grande majorité s’estime préoccupée par la désinformation ou la désinformation en ligne et convient que les règles que les médias traditionnels doivent respecter pendant la période préélectorale devraient également s’appliquer aux réseaux sociaux en ligne, aux plates-formes Internet et aux acteurs les utilisant.

Des citoyens favorables à l’UE, mais laquelle ?

Dans l’Eurobaromètre 479 « Futur de l’Europe », les Européens dessinent les contours de l’avenir, plutôt souhaité d’une construction européenne approfondie, quoique les orientations ne soient pas toujours alignées.

Un optimisme quasi consensuel se dégage pour l’avenir de l’UE, dans tous les États-membres à un niveau de près de deux tiers des Européens, hormis la France, toujours plus pessimiste et la Grèce.

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Les principaux atouts de l’Union européenne permettent de distinguer trois clubs de pays, selon les États-membres :

Le respect de la démocratie, des droits de l’homme et de l’État de droit importe d’abord dans la moitié des États-membres (la plupart de l’Europe du Nord et des pays fondateurs) ;

  • Le pouvoir économique, commercial et industriel est plus sensible dans l’Europe du Sud et quelques États d’Europe centrale ;
  • Les standards de vie des citoyens touche quasiment toute l’Europe de l’Est et l’Irlande ;
  • Les bonnes relations entre États-membres sont mises en avant en Grèce.

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Le futur idéal de l’Union européenne est projeté différemment selon les citoyens des Etats-membres, qui révèle quatre visions des priorités à long terme de l’UE :

  • des salaires égaux pour le même travail pour une majorité de pays en Europe du Sud et de l’Est ;
  • Davantage de sécurité pour l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie ;
  • Un système de santé garanti en Finlande, Irlande et Luxembourg ;
  • L’accès égal et juste à l’éducation aux Pays-Bas et au Royaume-Uni ;
  • L’égalité des sexes en premier pour la France ;
  • Le développement des énergies renouvelables en Suède et au Danemark.

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Des attentes et des préoccupations, mais seront-elles satisfaites ?

Selon le rapport qui synthétise les contributions des Etats-membres à l’issue des consultations citoyennes européennes, l’UE est perçue de manière positive, en dépit de ses difficultés, notamment la valeur de l’appartenance à l’UE et les bénéfices associés. Toutefois, l’absence d’une vision et d’une direction claires est un élément qui freine l’UE, ce qui suscite des souhaits de réforme.

1 – Une Union sûre et sécurisée

La questions des migrations apparaît comme l’une des principales préoccupations des citoyens de l’UE, systématiquement en tête des priorités dans presque tous les États membres.

Ce phénomène nécessite une action urgente de l’UE tant la meilleure protection des frontières extérieures de l’UE que l’impératif humanitaire et une politique commune solidaire et responsable de l’UE en matière d’asile et de répartition. Réduire l’immigration illégale passe par ses causes profondes en améliorant sécurité, conditions de vie et prospérité dans les pays d’origine, par l’aide au développement, le commerce et les investissements, tout en veillant particulièrement à soutenir la croissance économique sur le continent africain.

2 – Une Union de la convergence et de la compétitivité

Pour assurer une croissance économique durable dans toute l’Europe, le marché unique doit être achevé, notamment dans le domaine des services et du numérique, et l’Union économique et monétaire doit être approfondie pour empêcher et gérer les crises.

Plus largement, la crainte que l’UE ne soit en retard ou trop peu active dans le domaine de la recherche, du développement technologique, de l’innovation et de la transition numérique est présent chez nombre de citoyens.

Les appels à favoriser la compétitivité sont contrebalancés par des demandes en faveur de la convergence économique et sociale ainsi que par l’appui à la cohésion territoriale.

3 – Une Union qui protège l’environnement et favorise la durabilité

Sentiment urgent de s’engager plus fortement en faveur de la protection de l’environnement et du climat, en particulier réduire les émissions de gaz à effet de serre ainsi que les émissions toxiques et polluantes, améliorer le recyclage et le bien-être animal.

La lutte contre le changement climatique touche non seulement la production et la distribution énergétiques, mais aussi l’agriculture et l’agroalimentaire.

4 – Une Union du bien-être et des possibles

La protection sociale constitue un sujet de préoccupation majeur des citoyens, les citoyens souhaite un rôle plus important de l’UE dans la lutte contre la pauvreté, l’exclusion sociale, le chômage, les discriminations, les menaces pesant sur les droits des travailleurs, l’accès limité aux services ainsi que les problèmes résultant des changements sociétaux et technologiques, y compris combler le fossé numérique.

La question de l’avenir du travail, notamment les questions d’accès, de mobilité et d’égalité hommes-femmes figure en bonne place.

Pour l’éducation, les demandes portent sur l’acquisition de nouvelles compétences répondant aux besoins du marché du travail, au renforcement de la mobilité à des fins éducatives, à la reconnaissance mutuelle des diplômes et des qualifications techniques et professionnelles, à l’accroissement des investissements dans la science et la recherche, ainsi qu’à l’apprentissage tout au long de la vie.

5 – Une Union forte sur la scène mondiale

Sujet de moindre importance, l’UE est généralement perçue comme une force au service du bien dans le monde, les citoyens insistant sur la puissance normative de l’Union, une action guidée par des valeurs perçue à la fois comme une responsabilité au niveau mondial et comme un impératif moral.

Pour protéger ses citoyens, l’UE est souvent perçue comme trop faible, manquant d’efficacité et de crédibilité en vue d’assurer sa propre sécurité et sa propre défense.

Les relations commerciales de l’UE sont généralement considérées positives, mais des préoccupations sont également exprimées sur les normes sociales et environnementales dans les accords de libre-échange avec les pays tiers.

6 – Une Union des valeurs et de la diversité

L’apparente absence de partenariat véritable entre petits et grands pays est problématique., se traduisant par l’impression d’un manque d’équité et d’une politique à deux vitesses.

Face aux divisions, l’UE continue d’être considérée comme une force au service du bien et comme une communauté liée par des valeurs partagées : droits de l’homme, État de droit, paix et démocratie comptent parmi les valeurs les plus souvent citées, de même que la paix.

La diversité des États membres est également vue comme un atout précieux pour l’Union, une identité européenne devrait coexister avec les identités nationales, plutôt que les remplacer.

Au total, le message des Européens à quelques mois des élections européennes est d’une part que l’UE concentre son action sur les domaines où elle peut faire réussir le projet européen et d’autre part que la transparence soit renforcée autour des compétences respectives des États membres et de l’UE afin de lever toute méfiance envers l’UE.

« Take back control » : insuffler de la démocratie participative dans l’UE

Outre la participation aux prochaines élections européennes – la voie royale pour exprimer ses convictions – les citoyens pourraient également libérer les potentialités de la démocratie participative au sein de l’UE afin de tenter de rompre le monopole de l’établissement du programme dont jouit l’appareil institutionnel européen, notamment la Commission européenne et le Conseil européen. Comment ?

Maintenir la pression citoyenne exercée avec les consultations citoyennes européennes : une initiative citoyenne européenne destinée à influencer le Conseil européen

Première possibilité dans le cadre des modalités de démocratie participative actuellement disponible pour les citoyens : lancer une Initiative citoyenne européenne pour imposer aux chefs d’Etat et de gouvernement de prendre en compte les conclusions des consultations citoyennes européennes (voir le rapport complet pour la France).

L’enjeu consiste à préserver les priorités politiques et les suggestions de politiques publiques, formulés lors des consultations citoyennes européennes, dans les conclusions des prochains Conseils européens, en particulier celui prévu sur le sujet à Sibiu, en Roumanie, le 9 mai prochain.

Certes, un spécialiste comme Alberto Alemano, professeur à HEC, concède que « le processus ne reconnaît aucun lien explicite entre une demande d’Initiative citoyenne européenne et le processus décisionnel en cours au sein de l’UE. Les composantes participatives et représentatives de la démocratie européenne sont comme des navires qui passent la nuit ».

Mais, il n’en demeure pas moins qu’une telle initiative citoyenne européenne contribuerait à influencer l’établissement de l’agenda politique et donc à accroître l’inclusion politique de l’UE.

Agir sur les programmes des partis politiques européens : une participedia européenne pour crowd-brainstormer les priorités

Autre possibilité à totalement inventer : lancer une plateforme de crowd-brainstorming d’idées, en particulier issues des consultations citoyennes européennes, à intégrer dans les programmes des partis politiques européens.

Le modèle s’inspire du concept de Participedia, qui exploite le pouvoir de la collaboration afin de développer une vaste contribution accessible au public en lecture et en écriture pour là encore exercer une pression dans la formulation des programmes des principaux partis politiques.

Pour Alberto Alemano, « l’UE doit élargir l’accès et multiplier les possibilités pour les citoyens de participer à la résolution des problèmes. À cette fin, les commentaires du public doivent être autorisés tout au long du processus d’élaboration des politiques, de l’établissement de l’agenda au suivi et à l’évaluation des politiques existantes ».

Peser sur la formulation des programmes et la sélection des priorités, facilité par la formulation et le partage d’idées et donc in fine influencer l’agenda politique de manière « bottom-up » permettrait de développer la participation des citoyens à une étape clé du cycle politique européen.

Poursuivre la pression sur le nouveau leadership européen : un European Question Time

Dernière possibilité – puisque toute tentative sérieuse de faire fonctionner la démocratie participative en Europe nécessite de simplifier radicalement le fonctionnement des institutions aux yeux du public – proposée par Alberto Alemano : un « European Question Time ».

« European Question Time » serait une sorte d’agenda participatif de l’UE permettant aux institutions européennes de recevoir et de débattre publiquement, mensuellement, d’informations présélectionnées, présentées par des citoyens via différents canaux, notamment un site convivial participatif et performatif.

Plusieurs bénéfices à ce nouveau rendez-vous participatif :

  • Obliger les décideurs politiques de l’UE à être régulièrement informés de la contribution du public ;
  • Favoriser un débat européanisé sur des questions d’intérêt commun ;
  • Renforcer les incitations pour les institutions de l’UE et les représentants européens à réagir de manière réfléchie aux commentaires du public.
  • Saisir les propositions les plus pertinentes et les plus prometteuses émanant des citoyens et les faire ensuite progressivement peser sur le travail quotidien de chaque institution.

Au total, l’enjeu de la reprise du contrôle des citoyens sur l’UE, c’est de parvenir à relier les réalités quotidiennes des Européens au fonctionnement quotidien de leurs institutions en humanisant et en transnationalisant le processus décisionnel de l’UE.

Quelles nouvelles formes d’engagement autour de l’Europe ?

Dans le cadre des consultations citoyennes européennes, plusieurs collectifs sur la citoyenneté et la démocratie participative débattent de l’Europe, des jeunes et de l’engagement…

Discussions

Comment construire un espace politique européen démocratique ?

Aujourd’hui, les enjeux démocratiques, tels que façonnés par les politiques, ne correspondent pas aux problèmes de la population. Les citoyens ont l’impression qu’ils ne peuvent pas peser sur les vrais leviers de pouvoir. C’est donc une réelle crise de la représentation politique.

Les citoyens n’arrivent pas à projeter un imaginaire sur l’Europe, ni à « érotiser » cet imaginaire européen. Elle est considérée comme un acquis et comme un sujet très ennuyeux. Or il existe des réflexes européens dans la jeunesse.

Comment réduire le désintérêt pour les questions européennes ?

Pourquoi, alors que les sujets européens impactent nos vies quotidiennes, on ne réussit pas à partager cela ? La communication est-elle trop institutionnelle ? Le sentiment d’impuissance est-il trop fort ? Les sujets sont-ils trop complexes ?

Le désintérêt peut s’expliquer par la méconnaissance du public, un manque d’information et le déficit du pouvoir d’agir citoyen au niveau des institutions. Il existe un véritable sentiment de “moins c’est près de nous, moins ça nous impacte”. Ainsi, les personnes concernées par les subventions de l’UE ne le savent généralement pas. Et les initiatives locales atteignent toujours un problème du changement d’échelle.

Ce qui bloque les gens, c’est aussi l’indécision et l’incertitude face à ce qu’est l’Europe. La fin de l’Europe n’est pas tranchée. Cette indécision empêche l’intérêt des gens.

Comment engager les jeunes avec l’Union européenne ?

Les jeunes ont une conception de l’Europe qui n’est pas celle de l’Europe institutionnalisée. Ils voient l’Europe à travers le partage de savoirs, des voyages, voire d’Erasmus qui est vraiment plébiscité. La question de l’Europe les intéresse mais il y a une distinction à faire entre l’Europe institutionnelle et l’Europe « concrète » qui a plus d’intérêt pour eux. En effet, il y a un décrochage réel par rapport aux institutions.

Les jeunes ressentent que leur vote ne va pas peser sur l’évolution des choses. Et ils éprouvent une véritable doute sur la fonctionnalité même du vote. Les formes d’engagement des jeunes sont surtout au niveau du local, mais toutefois ils recherchent réellement de faire le lien avec d’autres dynamiques similaires dans d’autres pays européens.

Concernant les projets de démocratie locaux des citoyens, elle sont perçus comme des initiatives qui n’ont pas un but institutionnel en Europe, mais plutôt une volonté de créer une dynamique de « réseau » de projets européens similaires. Ce sont plutôt des initiatives nationales qui essaient de trouver des alliés, plutôt que des projets réellement transnationaux.

Pistes de propositions

Repolitiser l’Europe

Pour changer cette perception d’Europe antidémocratique, il faut ralentir la communication “pro européenne” et remettre le débat politique au cœur de la stratégie. il ne faut pas multiplier la « propagande » aux faveurs de l’UE.

Nous devons arrêter de réduire le débat sur l’Europe à un “pour ou contre”. Cette vision manichéenne ne laisse pas de réelle place au débat d’idées. Et les partis politiques doivent relever cet enjeu à l’occasion des élections européennes en faisant des propositions clivantes et en montrant les différentes alternatives possibles au sein du projet européen.

Il faut repolitiser l’Europe pour re-créer de l’engagement et de l’engouement. Il faut retrouver une vraie démocratie de base et des outils de démocratie directe (à l’aide des civic techs par exemple) sur les thématiques européennes, avec des échanges entre les citoyens susceptibles.

Re-populariser l’Europe

Il est nécessaire d’aller dans la rue au contact des gens et de les forcer à en parler à travers une discussion apaisée. Il faut remettre l’Europe comme quelque chose d’actif dans la bouche des gens en sortant des sentiers battus, à travers l’utilisation de mots chocs, de gros mots. Il faut passer par ces artifices linguistiques pour instaurer le dialogue et partir de l’expérience que les gens ont de l’Europe et qui la vivent au quotidien. Rendre attirante l’Europe c’est aussi faire le pari de parler d’Europe là où on s’y attend le moins et sortir de sentiers battus. Le personnel politique doit adopter un style et langage plus proche des gens.

Réhausser l’image de l’Europe et l’intérêt des citoyens

Il y a un manque d’intérêt pour l’Europe énorme et désolant de la part des médias. Ils parlent de façon ethnocentrique. L’européen est traité comme quelque chose d’exotique. Il faut donc plus de moyens financiers et de volonté politique pour développer des médias européens comme Euronews.

Les réseaux sociaux sont aussi là pour médiatiser l’Europe. Les médias traditionnels ne vont pas se mettre à médiatiser tout seul l’UE, ils vont suivre avant tout les débats de société : il faut créer du buzz. Il faut une approche bottom-up et mettre dans l’agenda les questions de citoyenneté. Il est important de parler de l’Europe à travers les droits de la citoyenneté européenne.