Storytelling de l’Europe : comment parler de l’UE selon les communicants de terrain ?

Des experts en communication de l’UE issus de 22 États-membres travaillant au sein du réseau Europe Direct ou des bureaux locaux des députés européens partagent leurs expériences de terrain de la communication des politiques de l’UE. Que faut-il retenir de l’enquête de Nikoleta Vasileva et Brislav Mavrov « A new narrative for Europe : who will listen? »…

Quelles actualités européennes concrètes émergent auprès du grand public et influencent les électeurs ?

Les actualités sur l’euro, Schengen et Erasmus sont des exemples d’informations qui atteignent facilement un large public via leur couverture médiatique. D’autres exemples intéressants incluent « l’accès au WiFi gratuit » ou les « tentatives de taxation des sociétés multinationales ».

Le type d’actualité négative qui attire l’attention, outre les fausses informations, est ce que l’on considère généralement comme le plus grand échec de l’UE : « le terrorisme et l’immigration ».

Les questions qui influencent les électeurs sont : « investissement et développement régionaux », suivis par « sécurité et défense » et « politique économique et énergétique ». Plusieurs enseignements : la sécurité est cruciale pour les personnes (y compris financière) et les citoyens ne recherchent pas l’UE à Bruxelles, mais dans auprès de chez eux, là où ils souhaitent voir une nette différence.

Quelles sont les manières dont on parle de l’UE au niveau local ?

Le consensus est que l’UE devrait être critiquée, sur la base d’une argumentation approfondie, d’une analyse franche des problèmes et d’un renvoi à ses valeurs fondamentales.

Traiter le projet européen comme un produit dont on doit faire la pub, ouvre la voie aux sceptiques pour souligner ses défauts et susciter une réaction plus vive des populistes, qui s’appuient sur le manque de critiques pour obtenir encore plus de soutien.

Le fait de parler ouvertement de questions clés permettrait aux gens de voir que leur sécurité est une priorité et empêcherait aux populistes d’intensifier leur propagande.

Le langage utilisé pour la narration européenne est d’une importance cruciale. Il est essentiel que les gens comprennent le fonctionnement des institutions, la manière dont les décisions sont prises et la façon dont elles concernent tout le monde ; loin du jargon codé impénétrable.

Comment s’adresser aux publics ?

S’adresser à différents publics avec des messages presque identiques (à fortiori des orateurs) compromet l’efficacité et limite l’impact escompté.

« Team Europe Junior », une équipe d’élèves qui ont la volonté, la motivation et les connaissances nécessaires pour participer en tant que conférenciers aux activités de communication de la Représentation et du réseau d’information Europe Direct, est un exemple réussi où les citoyens communiquent eux-mêmes sur l’UE – clairement le moyen le plus rapide de créer une union de citoyens.

Il convient aussi d’inclure tous les groupes de citoyens, qu’ils soient optimistes ou sceptiques, si un résultat durable est recherché. Bien que Erasmus + soit sans aucun doute l’une des initiatives les plus réussies que l’Union européenne ait jamais entreprise, on ne peut pas compter sans fin sur celle-ci pour améliorer son image.

Quels canaux de communication ?

Les canaux utilisés déterminent également qui sera atteint. Il est essentiel que les affaires européennes bénéficient d’une couverture médiatique régulière, même en l’absence de toute occasion particulière.

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La couverture en ligne ne devrait pas se faire au détriment des médias traditionnels. Tout le monde ne suit pas les comptes en ligne des institutions de l’UE. La plupart des gens ne recherchent pas activement des informations et dépendent entièrement des informations qu’ils reçoivent. C’est la couverture télévisée et radiophonique qui peut influencer des millions de personnes, qui leur font plutôt confiance, préférées en tout cas aux journaux et magazines en ligne.

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Quelle narration pour l’Europe ?

L’ingrédient le plus essentiel de la narration est, bien sûr, les histoires elles-mêmes : il faut rendre l’Europe plus humaine afin que les citoyens comprennent à quel point l’UE fait partie de leur vie.

La narration est également un moyen de montrer que l’Europe est une responsabilité morale et politique qui doit être partagée par tous les Européens. De nombreux citoyens voient dans l’Union une source de financement, mais cette perception est fondamentalement toxique. Non seulement, l’UE devient le suspect habituel à blâmer de certains échecs des gouvernements nationaux ; mais des éléments cruciaux pour la survie de l’idée européenne tels que la culture, l’identité et l’unité finissent par être complètement négligés.

Connaître la différence de quoi l’UE est responsable et ce qui dépend entièrement de l’Etat membre pourrait influencer de manière significative les attitudes à l’égard des élections européennes : les citoyens comprendraient mieux que l’Union n’est pas une baguette magique qui puisse régler les problèmes nationaux ; les gens apprécieraient les domaines dans lesquels l’UE pourrait apporter sa contribution alors que l’on sait que les domaines qui posent le plus de problèmes aux gouvernements sont ceux dans lesquels l’UE n’est pas compétente pour agir.

A contrario, les résultats les plus positifs se trouvent dans les domaines où l’UE exerce une compétence exclusive. C’est le genre de défis contemporains sur lesquels les nouveaux discours devraient se concentrer pour aider l’UE à renouer des liens avec les Européens.

Une bonne narration pourrait lutter contre l’idée fausse selon laquelle nous ne pouvons que profiter de l’UE. C’est pourquoi il est essentiel de toujours se référer à une perspective d’ensemble et de long terme.

Au total, tous les Européens devraient entendre trois messages fondamentaux : ce qui est bon pour la nation, ce qui est bon pour l’UE et pourquoi ils doivent s’unir pour réussir. La communication permettrait d’encourager les citoyens à œuvrer en faveur de l’Union qu’ils veulent – d’une Union des citoyens.

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